vendredi 24 février 2017

Vie de Saint Nectaire d'Egine

P. AMBROISE FONTRIER


SAINT NECTAIRE
d'EGINE

Ed. L'AGE D' HOMME

ESQUISSE BIOGRAPHIQUE

AVANT-PROPOS


Il y a à peine quatre lustres, nous tirions au duplicateur à main quelques exemplaires de cette ESQUISSE BIOGRAPHIQUE de Saint Nectaire le Thaumaturge. Personne en France ne connaissait, à cette époque, l'Astre nouveau qui brillait déjà au firmament de l'Eglise du Christ, ce don de la Sainte Trinité fait aux hommes de notre époque. Même en Grèce il était peu connu. Depuis, Dieu l'a révélé au monde par les miracles qu'Il accomplit chaque jour, par lui.
Les quelques exemplaires tirés à l'origine, épuisés et devenus introuvables, une nouvelle publication s'imposait, mais les moyens manquaient. Par les prières de notre Saint, Dieu a touché le cœur du Directeur des Editions de l'Age d'Homme, M. Dimitrievic, qui s'est proposé d'éditer notre ESQUISSE BIOGRAPHIQUE et de la diffuser. Que Dieu le comble en retour de toutes sortes de bénédictions !

Nous n'avons pas retouché notre texte, voulant lui laisser son caractère de Synaxaire, mais nous l'avons enrichi par la Préface et l'Epilogue admirables écrits par l'admirable père Justin Popovic, de bienheureuse mémoire, pour son édition des VIES DES SAINTS. Nous n'avons pas non plus ajouté le récit des miracles sans nombre du Saint, qui se font chaque jour dans le monde entier. Nous avons sous les yeux un épais volume de feu D. Panagopoulos, intitulé : POUR SAINT NECTAIRE, AUCUNE MALADIE N'EST INGUERISSABLE, publié en 1968, où figurent plus de six cents guérisons.

Etre déifié, Saint Nectaire doit être placé parmi les théologiens inspirés et dignes de ce nom, qui ont contribué, à notre époque, au renouveau de la Théologie Patristique Orthodoxe, ignorée de la science théologique académique officielle, submergée par la théologie rationaliste occidentale.
Ses œuvres, maintenant tirées de l'ombre, sont étudiées et éditées. En appendice, nous donnons une de ses Etudes sur l'Ecclésiologie Orthodoxe et un Hymne à l'Amour Divin.

Nous espérons que le lecteur trouvera, en lisant les pages qui vont suivre, autant de joie et de profit spirituel que nous avons eus à les écrire. Nous demandons son indulgence pour toutes les imperfections de notre travail, dues à notre faiblesse, mais fait avec amour.

En ce Premier Dimanche du Grand Carême 1985.
Triomphe de l'Orthodoxie.




AVEC TOUS LES SAINTS
Père Justin Popovic


Avant la venue du Christ Sauveur dans notre monde terrestre, nous les hommes, nous ne connaissions que la mort seulement, et la mort ne connaissait que nous seuls. Tout ce qui était humain était arrosé par la mort, captif, vaincu par elle.
La mort nous était plus proche que nous-mêmes, plus forte, incomparablement plus forte que tout homme pris séparément, plus forte que tous les hommes ensemble. La terre était une horrible prison de la mort, et nous ses prisonniers, ses esclaves impuissants (Hébr.2, 15). Ce n'est que par la venue du Christ le Dieu-Homme que « la vie éternelle a été manifestée » aux mortels désespérés, aux malheureux esclaves de la mort (I. Jn 1,2). Cette « Vie Immortelle », « nous l'avons vue de nos yeux et nous l'avons touchée de nos mains » ; nous les Chrétiens, « nous lui rendons témoignage et nous l'annonçons à tous » (I Jn 1,2). En vivant en communion avec le Christ Sauveur, nous vivons déjà, dès ici-bas, la vie éternelle (I Jn 1,3). Nous connaissons, par notre expérience personnelle, que Jésus-Christ est « le vrai Dieu et la Vie éternelle » (I Jn 5,20) ; qu'il est venu dans le monde pour nous montrer le vrai Dieu et, en Lui, la vie éternelle (I Jn 5,11). La philanthropie vraie et réelle réside seulement en ceci : « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde, pour que nous vivions par Lui » (I Jn 4, 9) et, en Lui, la vie éternelle. « Celui donc qui a le Fils possède la vie ; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie » (I Jn 5, 12), et se trouve, tout entier, dans la mort.
Notre seule vraie vie, c'est la vie dans le seul vrai Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, parce qu'elle est totalement éternelle et plus forte que la mort. Car comment appeler vie, celle qui est tachée par la mort et qui aboutit à la mort ? Quand le miel est mêlé au poison, il cesse d'être miel pour devenir, tout entier, poison ; de même, la vie qui se termine à la mort n'est plus la vie.
L'amour, pour les hommes du Christ Dieu-Homme, ne connaît ni limites ni fin. Pour acquérir la vie éternelle qui est en Lui et pour la vivre, nous n'avons besoin ni de culture, ni de gloire, ni de richesse, ni rien de ce que l'on peut ne pas avoir ; car une seule chose est exigée, que chacun de nous devrait posséder, c'est la foi dans le Seigneur Jésus-Christ ; parce que Lui, le seul ami des hommes, qui a apporté au genre humain le merveilleux message : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle...Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn 3,16). De tout le genre humain, seul le Christ, le seul vrai Dieu, qui donne à l'homme ce qu'aucun des anges ni aucun des hommes ne peut donner, Lui seul a pu proclamer avec autorité : « Amen ! Amen ! Je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jn 6, 47) et, dès ici-bas, « il est passé de la mort à la vie » (Jn 5, 24).
La foi en Christ unit l'homme au Seigneur éternel, son âme est remplie de vie éternelle à la mesure de sa foi et il comprend et se sent alors comme éternel ; et cela va s'amplifiant, dans la mesure où il vit cette foi qui, progressivement, sanctifie son âme, son cœur, sa conscience, tout son être, par les énergies divines de la Grâce. La sanctification de la nature de l'homme progresse en fonction de sa foi ; plus il devient Saint, plus il acquiert, de plus en plus forte, de plus en plus vivante, la sensation de son immortalité personnelle ; il acquiert la connaissance de sa propre éternité, de même que celle de tous. En réalité, la vraie vie de l'homme commence par sa foi en Christ, foi qui livre au Seigneur toute son âme, tout son cœur, tout son esprit, toute sa force, que le Seigneur sanctifie, transfigure et déifie progressivement. Par cette sanctification, cette transfiguration, cette déification, le Seigneur répand sur l'homme les énergies divines de Sa Grâce, qui lui donnent la sensation toute-puissante de son immortalité et de son éternité personnelles. En réalité, notre vie n'est vie que dans la mesure où elle est vie en Christ. Dans quelle mesure est-elle en Christ ? Cela est révélé par sa sainteté. Plus la vie est sainte, plus elle est immortelle et éternelle.
Tout le contraire arrive avec la mort. Qu'est-ce que la mort ? La mort, c'est le péché « accompli » (Jq. 1, 15). Le péché « accompli », c'est la séparation d'avec Dieu, en qui seul se trouvent la vie et la source de la vie. La vérité divine et évangélique est la suivante : la sainteté, c'est la vie ; le péché, c'est la mort ; la piété, c'est la vie, l'impiété, c'est la mort ; la foi, c'est la vie, l'incrédulité, c'est la mort. La mort, c'est la séparation d'avec Dieu ; le retour à Dieu, c'est la vie en Dieu. La foi, voici ce que c'est exactement : « La foi, c'est le retour de l'âme de la mort à la vie, c'est la résurrection de l'âme. « Il était mort et il est revenu à la vie » (Luc 15, 24). Cette résurrection de l'âme d'entre les morts, l'homme l'a vécue, pour la première fois, avec le Christ Dieu-Homme, et il la vit sans cesse dans la sainte Eglise, où le Dieu-Homme Se trouve tout entier, Se donne à tous les fidèles, dans les saints mystères et les saintes vertus. Là où Il Se trouve, il n'y a plus de mort ; là, l'homme est passé de la mort à la vie ; là, il vit déjà la vie éternelle. Avec la Résurrection du Christ, « nous célébrons la mort de la mort, le commencement de la vie éternelle » (canon pascal, ode VII).
La vie véritable sur la terre commence, justement, par la Résurrection du Sauveur ; c'est une vie qui ne se termine pas par la mort. Sans la Résurrection du Christ, la vie humaine n'est qu'une lente agonie, qui aboutit, inévitablement, à la mort. La vraie vie, c'est celle qui ne se termine pas par la mort. Une telle vie est devenue possible sur la terre, par la Résurrection du Christ Dieu-Homme. La vie n'est vraie vie qu'en Dieu seulement. Elle est vie immortelle parce que vie sainte. Comme dans le péché se trouve la mort, de même dans la sainteté se trouve l'immortalité. Par sa foi en Christ ressuscité, l'homme vit le miracle le plus décisif de son existence : son passage de la mort à l'immortalité, de l'éphémère à l'éternel, de l'Enfer au Paradis. C'est alors seulement que l'homme trouve son être, le vrai, son être éternel. « Il était perdu et il est retrouvé », « Il était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 24).
Que sont les Chrétiens ? Les Chrétiens sont des christophores, des porteurs du Christ, et, par conséquent, des porteurs et des citoyens de la vie éternelle, selon la mesure de leur foi et celle de leur sainteté, qui est un fruit de la foi. Les Saints sont les Chrétiens les plus parfaits, parce que sanctifiés au degré le plus élevé, par l'ascèse de la foi dans le Seigneur Jésus ressuscité et éternellement vivant. Ils sont, en vérité, les seuls et vrais immortels dans le genre humain, parce que, de tout leur être, ils vivent dans le Ressuscité et par le Ressuscité : le Christ, et aucune mort n'a de pouvoir sur eux. Leur vie entière est du Christ et, de ce fait, elle est vie en Christ ; leur pensée est pensée du Christ ; leur sensation est sensation en Christ. Ce qui est à eux appartient d'abord au Christ, puis à eux. Si c'est leur âme, elle est d'abord en Christ, ensuite à eux. Si c'est leur vie, elle est d'abord au Christ, ensuite à eux. Ils ne s'appartiennent pas, mais Christ le Seigneur est tout en tous (Col. 3, 11).
C'est pour cela que les VIES DES SAINTS ne sont pas autre chose que la Vie du Christ Sauveur répétée dans chaque Saint, plus ou moins, de telle ou telle manière ; ou, plus exactement, c'est la vie du Christ prolongée dans les Saints ; c'est la vie du Verbe Dieu Incarné, de Jésus le Dieu-Homme, fait Homme pour nous donner et nous comuniquer, en tant qu'Homme, Sa vie divine ; pour sanctifier, immortaliser, et éterniser, par Sa vie de Dieu, notre vie humaine sur la terre. « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d'un seul » (Hébr. 2, 11). Tout cela a été rendu possible et réalisable pour le monde humain par le Christ le Dieu-Homme, depuis qu'Il s'est fait Homme et « qu'il a participé à la chair et au sang », c'est-à-dire qu'il est devenu participant de notre nature humaine, notre frère selon la chair et le sang (cf. Hébr. 2, 14). Devenu Homme tout en restant Dieu, le Dieu-Homme a vécu la vie sainte, irréprochable, divino-humaine, sur la terre, et par sa vie, sa mort, sa résurrection, Il a détruit le Diable et la puissance de la mort. Ainsi, Il a donné et donne sans relâche, à tous ceux qui croient en Lui, les énergies de sa Grâce, pour qu'ils puissent, eux aussi, détruire le Diable, toute mort, toute tentation (cf. Hébr. 2,14). Cette vie divino-humaine se trouve toute entière dans ce Corps divino-humain du Christ – l'Eglise-, et elle est perpétuellement vécue par elle, par son plérôme terrestre-céleste, et par chaque membre, en partie, selon la mesure de sa foi. La vie des Saints est, en réalité, la vie même du Christ le Dieu-Homme donnée à ceux qui Le suivent, et vécue par eux dans son Eglise. Tout ce qui touche à cette vie vient toujours du Christ qui est la Vie (Jn 14,6), la Vie infinie, sans fin, éternelle, dont la force divine délivre de toute mort et vainc toutes les morts.
Comme le dit fort bien l'Evangile plus que vrai du Seigneur véridique, « Je suis la Résurrection et la Vie » (Jn 1, 25). L'admirable Seigneur, qui est tout entier « la Résurrection et la Vie » habite, avec tout son être, comme réalité divino-humaine, dans son Eglise ; c'est pourquoi il n'y a pas de terme à la durée de cette réalité. Cette vie se perpétue dans tous les siècles, chaque Chrétien étant concorporel du Christ (Ephes. 3, 6) et, s'il est Chrétien, c'est parce qu'il vit, comme cellule organique, la vie divino-humaine du corps même du Christ.
Qu'est-ce qu'un Chrétien ? Un Chrétien, c'est celui qui vit par le Christ et dans le Christ. Le commandement divin de l'Evangile du Christ dit : «  Conduisez-vous d'une manière digne du Seigneur » (Col.1, 10), autrement dit, vivez d'une manière digne de Dieu, qui s'est fait Homme et qui, tout entier, est resté dans son Eglise qui vit par Lui et qui est éternelle. Quand on vit d'une « manière digne de Dieu », quand on vit selon l'Evangile du Christ, il est normal de suivre le commandement évangélique : « Conduisez-vous d'une manière digne de l'Evangile du Christ » (Phil. 1, 27).
La vie selon l'Evangile, la vie sainte, c'est la vie naturelle et normale pour les Chrétiens. Cette merveilleuse nouvelle, ce commandement, retentit dans tout l'Evangile du Nouveau Testament. Nous sanctifier totalement, âme et corps, voilà notre vocation (cf . I. Thes. 5, 22). Et ceci n'est pas un miracle, mais une règle, la règle de la foi, la nature et la logique de la foi évangélique. Le commandement du divin Evangile est clair et net : « A l'imitation du Saint qui vous a appelés, vous-mêmes aussi soyez Saints dans toute votre conduite » (I Pet. 1, 15), ce qui signifie comme le Christ, le Saint qui a pris chair et s'est fait Homme, et qui a montré en Lui la vie sainte et absolue et ordonné en tant que tel aux hommes : « Soyez Saints, parce que Je suis Saint » (I. Pet. 1, 16).
Lui seul a le droit de nous ordonner cela, parce que, devenu Homme, Il donne de Lui-même, en tant que Saint, toutes les forces divines ( les énergies) nécessaires aux hommes, pour « vivre dans la piété » (cf. 2 Pet. 1, 3). Et les Chrétiens, unis spirituellement, dans la Grâce et par la foi, avec le Saint Seigneur Jésus, reçoivent de Lui les forces divines pour vivre la vie sainte.
Vivant en Christ, les Saints font les œuvres du Christ ; par Lui ils ne deviennent pas seulement puissants mais aussi tout-puissants : « Je puis tout, en Christ qui me fortifie » (Phil. 4, 13). Ainsi la parole de la Vérité devient réalité, car ceux qui croient en Lui feront Ses œuvres et même de plus grandes : « Amen, amen! Je vous le dis, celui qui croit en Moi fera aussi les œuvres que Je fais, et il en fera de plus grandes » (Jn 14, 12). En effet, l'ombre de l'Apôtre Pierre ne guérissait-elle pas les malades ? Saint Marc l'Athénien, par sa seule parole, ne déplaça-t-il pas une montagne avant de l'arrêter ? Quand Dieu S'est fait Homme, la vie divine est devenue celle de l'homme, la force divine est devenue puissance de l'homme, la vérité divine est devenue celle de l'homme, et la justice divine est devenue la justice de l'homme ; tout ce qui appartient à Dieu a été donné à l'homme.
Qu'est-ce que les « ACTES des APOTRES » ? Ce sont les œuvres du Christ, faites par les Saints Apôtres, avec la force du Christ qui vit en eux et opère par eux. Qu'est-ce que la vie des Saints Apôtres ? C'est la vie vécue du Christ, vie transmise, dans l'Eglise, à tous les fidèles qui le suivent, et qui se perpétue par eux, par les saints mystères et les saintes vertus.
Qu'est-ce que la vie des Saints ? Rien d'autre qu'un aspect de la continuation des ACTES des APOTRES. Dans ces VIES, on trouve le même Evangile, la même Vie, la même Vérité, la même Justice, le même Amour, la même Foi, la même Eternité, la même « Force qui vient d'En-Haut, » le même Dieu et Seigneur ; « car Jésus-Christ est le même, hier, aujourd'hui et pour les siècles » (Hébr. 13, 8) : le même pour tous les hommes, pour tous les siècles, distribuant les mêmes charismes et les mêmes énergies divines à tous ceux qui croient en lui. Cette continuité, toutes ces forces divines, toutes ces énergies vivifiantes qui demeurent et se perpétuent dans l'Eglise du Christ,
à travers les siècles, de génération en génération, forment la tradition vivante et sacrée. Cette sainte Tradition se transmet sans discontinuer, en tant que vie charismatique, à tous les Chrétiens, en qui, par les saints mystères et par les saintes vertus, le Christ Lui-même vit par la Grâce, tout entier présent dans son Eglise, qui est sa plénitude : « La plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (Ephes. 1, 23). Christ le Dieu-Homme est la plénitude plus que parfaite de la divinité : «  car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col.2, 9). Les Chrétiens doivent, par les saints mystères et par les saintes vertus, s'emplir « de toute la plénitude de Dieu » (Ephes. 3, 19). Les VIES des SAINTS font justement apparaître ces êtres pleins du Christ-Dieu, ces êtres christophores, saints, en qui est gardée et par qui est transmise la sainte Tradition de la vie dans la Grâce, gardée et transmise par leur conduite sainte et évangélique. Les VIES des SAINTS ne sont rien d'autre que les vérités évangéliques et divines transférées à notre vie humaine par la Grâce et les ascèses. Il n'est pas de vérité évangélique qui ne puisse être changée en vie. Toutes ces vérités ont été données par le Christ, dans un seul but : devenir notre vie, notre réalité, notre propriété, notre joie. Et tous les Saints vivent ces vérités divines, au centre de leur vie, substance de leur être. Les VIES des SAINTS sont la preuve et le témoignage que notre origine est du Ciel, car nous n'appartenons pas à ce monde, mais à l'autre. L'homme n'est vrai homme qu'en Dieu seulement ; si nous vivons sur la terre, c'est par le Ciel, car « notre cité est dans les Cieux ». (Phil. 3, 20) ; notre but c'est de devenir célestes, nourris par le « pain céleste » qui est descendu du Ciel sur la terre (cf. Jn 6, 33). Car ce Pain Céleste est descendu sur la terre pour nous nourrir de vérité divine et éternelle, d'amour divin et éternel, par la divine eucharistie, pour notre vie dans le seul vrai Dieu et Seigneur Jésus-Christ (cf. Jn 6, 50). En d'autres termes, notre vocation c'est de nous remplir du Christ Dieu-Homme, de Ses énergies divines et vivifiantes, de parvenir à être en Christ et à devenir Christ. Si tu œuvres dans ce sens, tu es déjà au Ciel, bien que tu marches encore sur la terre ; tu es déjà tout entier en Dieu, bien que tu sois dans les limites de la nature humaine. L'homme christifié se surpasse en tant qu'homme, se surpasse par Dieu, par le Dieu-Homme, en qui lui a été donné le modèle parfait de l'homme vrai, achevé, de forme divine. En Lui, lui ont été également données les toutes-puissantes énergies divines, par lesquelles l'homme s'élève au-dessus de tout péché, de toute mort, de tout châtiment ; mais cela dans l'Eglise seulement, contre laquelle « les portes de l'Enfer seront impuissantes » ( Matth. 16, 18), parce qu'en elle vit, tout entier, l'admirable Dieu-Homme, le Seigneur, avec toutes Ses forces divines, Ses énergies, Ses vérités, Ses réalités, Ses perfections vivantes et éternelles.
Les VIES des SAINTS sont des témoins sacrés de la puissance thaumaturgique du Seigneur Jésus-Christ ; en vérité des témoignages des Actes des Apôtres prolongés à travers les siècles. Les Saints ne sont pas autre chose que des témoins saints, comme les Apôtres qui furent les proto-témoins. Témoins de qui ? Mais du Christ Dieu-Homme, crucifié, ressuscité, monté au Ciel, éternellement vivant. Ils sont les témoins de l'Evangile du Salut, qui continue d'être écrit, sans interruption, par leurs œuvres évangéliques et saintes, de génération en génération. Car le Christ, qui est le même pour tous les siècles, continue par la même puissance divine, à faire des miracles par ses saints témoins. Les divins Apôtres sont les premiers Saints Martyrs du Seigneur Jésus et de son économie divino-humaine du Salut du monde ; leurs vies sont des témoignages vivants et éternels de l'Evangile du Sauveur, de la vie nouvelle, de la vie pleine de Grâce, de la vie sainte et divino-humaine, et, par conséquent, de la vie miraculeuse et vraie, tout comme est miraculeuse et vraie la vie même du Christ Sauveur. Et les Chrétiens ? - Les Chrétiens sont les hommes par lesquels se prolonge la vie divino-humaine et sainte du Christ, de génération en génération, jusqu'à la fin du monde.Ils forment ensemble un seul corps, le corps du Christ : l'Eglise, concorporels du Christ et membres les uns des autres (I Cor. 12, 27). C'est du Christ Dieu-Homme que le fleuve de la vie immortelle et divine a jailli, et a commencé à rouler ses flots ininterrompus. Les Chrétiens sont l'Evangile continué à travers tous les siècles du genre humain. Dans Les VIES des SAINTS, tout est familier, comme dans l'Evangile, mais paradoxal, comme dans l'Evangile et, dans les deux cas réel et vrai, selon un mode unique. Tout est vrai et réel, selon la même vérité divino-humaine, la même réalité divino-humaine, et tout est confirmé par la même puissance sainte -divine et humaine- selon un mode divinement et humainement parfait.
Avec Les VIES des SAINTS, nous nous trouvons dans les lieux célestes, parce qu'avec les Saints de Dieu, la terre devient un Ciel. Nous nous trouvons avec des anges dans un corps, par des christophores. Là où ils se trouvent, Se trouve, tout entier, le Seigneur Dieu, en eux et avec eux, et, au milieu d'eux, « Dieu se repose parmi les Saints », « Dieu se tient au milieu des dieux ». Là est toute la Vérité éternelle de Dieu, toute la Justice éternelle de Dieu, tout l'Amour éternel de Dieu, toute la Vie éternelle de Dieu.
Avec les VIES des SAINTS, nous nous trouvons au Paradis, là où pousse et s'épanouit tout ce qui est divin, saint, immortel, éternel, juste, vrai, évangélique. En chaque Saint a fleuri, par la Croix, l'arbre de la vie éternelle, divine et immortelle, qui a porté beaucoup de fruit. La Croix nous introduit dans le Paradis, elle nous y introduit avec le Larron qui, pour nous entraîner, est entré le premier avec le Christ, le tout-puissant et divin, porteur de la Croix ; il est entré avec la Croix de la pénitence.
Avec les VIES des SAINTS, nous nous trouvons dans l'éternité, le temps n'existe plus. « Il n'y aura plus de temps » dit l'Apocalypse (10, 6) parce que, chez les Saints de Dieu, règnent la vérité divine et éternelle, la justice divine et éternelle, l'amour divin et éternel, la vie divine et éternelle. Pour eux, « la mort ne sera plus », parce que leur être est empli des divines forces résurrectionnelles du Christ ressuscité, de l'unique Vainqueur de la mort, de toutes les morts dans tous les mondes. La mort n'existe pas pour eux, ils sont Saints, parce que tout leur être est plein du Seul Immortel, du Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, le Sur-Immortel. Parmi eux, sur la terre, nous nous trouvons parmi les vrais immortels, qui ont vaincu chaque mort, chaque péché, chaque passion, chaque démon, chaque enfer. Quand nous sommes avec eux, aucune sorte de mort ne peut nous atteindre, parce que les Saints sont comme des paratonnerres contre la mort.

Les Saints sont des hommes qui vivent sur la terre les vérités saintes, éternelles et divines. Les VIES des SAINTS sont, en réalité, la dogmatique appliquée, parce que toutes les vérités dogmatiques, saintes et éternelles, dans toute leur force féconde et créatrice, ont été vécues par eux. Dans Les VIES des SAINTS, on voit clairement que les dogmes ne sont pas seulement des vérités ontologiques en elles-mêmes et pour elles-mêmes, mais que chaque dogme est source de vie éternelle et de sainte spiritualité, conformément à l'Evangile plus que vrai de l'unique et irremplaçable Sauveur et Seigneur qui a dit : « Mes paroles sont Esprit et Vie » (Jn 6, 63). Chaque « parole du Seigneur », chaque parole de Dieu, répand une force salvatrice, sanctificatrice qui remplit de Grâce, vivifie et transfigure.

Sans la vérité dogmatique sur la Sainte Trinité, aurions-nous les énergies divines qui viennent de la Sainte Trinité, que nous puisons par la Foi juste, qui nous vivifient, nous sauvent et nous déifient ? Sans la sainte Vérité sur le Dieu-Homme aurions-nous le Salut de l'homme ? N'est-ce pas d'elle, quand elle est vécue, que jaillit la force divine qui sauve du péché, de la mort et du Diable ? Et cette vérité dogmatique sur Jésus le Dieu-Homme, n'a-t-elle pas été clairement attestée et expérimentée par la vie d'innombrables Saints ? Les Saints sont saints, parce qu'ils vivent tout le Seigneur Jésus le Dieu-Homme, comme âme de leur âme, comme conscience de leur conscience, pensée de leur pensée, être de leur être, vie de leur vie. Et chacun d'eux crie avec le divin Apôtre cette vérité : « Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi. » (Gal.2,20). Approfondissez la vie des Saints et vous verrez chez tous rayonner la force charismatique, vivifiante et salvatrice de la Toute-Sainte Mère de Dieu, qui les a conduits d'ascèse en ascèse, de vertu en vertu, de la victoire sur le péché à la victoire sur la mort, de la victoire sur la mort à la victoire sur le Diable. C'est Elle qui les introduit dans la joie spirituelle, là où il n'y a ni maux, ni peines, ni soupirs, mais « la paix et la joie dans l'Esprit Saint » (Rom. 14, 17), joie et paix de la victoire remportée sur chaque péché, chaque passion, chaque mort, chaque esprit mauvais. Tout cela sans aucun doute atteste, par la vie et l'expérience, la vérité du saint dogme sur la Très-Sainte Mère de Dieu, vraiment «  plus vénérable que les Chérubins et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins. » Ce dogme, les Saints le serrent dans leur cœur et dans un amour embrasé par la foi. Si vous voulez un, deux et même mille témoignages indiscutables sur la force de la vivifiante et vénérable Croix du Seigneur qui a porté la Vie, et qui seraient, en même temps, des démonstrations empiriques de la vérité du dogme de la mort rédemptrice du Seigneur, prenez la route de la VIE des SAINTS, et vous découvrirez alors, vous sentirez que, pour chaque Saint et pour tous les Saints ensemble, la force de la Croix constitue l'arme invincible, avec laquelle ils brisent tous les ennemis visibles et invisibles de leur Salut. Vous la trouverez partout : en eux, dans leur conscience, leur esprit, leur volonté, sur leur corps. Vous la verrez, telle une source intarissable de forces salvatrices et sanctifiantes, les mener avec sûreté, de perfection en perfection, de joie en joie, et les introduire dans l'éternel royaume des Cieux, « là où ne cessent les chants de ceux qui célèbrent et contemplent la beauté inexprimable de la Face du Seigneur ».
Par leur sainte vie et leurs saintes personnes, les Saints de Dieu confirment également, d'une manière convaincante, tous les autres dogmes, sur l'Eglise, la Grâce, les saints Mystères, les saintes Vertus, l'Homme, le Péché, les saintes Reliques, les saintes Icônes, la Vie future, tout ce qui constitue l'économie divino-humaine de notre Salut. Oui, les VIES des SAINTS, c'est une dogmatique empirique, c'est la dogmatique vécue, dogmatique devenue vie dans la sainte vie des hommes saints de Dieu.

En outre, les VIES des SAINTS contiennent toute l'éthique orthodoxe, la morale chrétienne dans tout l'éclat de sa splendeur divino-humaine et de sa force invincible. Par la vie des Saints est prouvée et démontrée, d'une manière convaincante et réelle, que les Saints Mystères sont les sources des saintes Vertus, que les saintes Vertus sont des fruits des saints Mystères de l'Eglise, que c'est d'eux qu'elles naissent, que par eux elles croissent, sont nourries et vivent, s'achèvent et sont éternisées. Toutes les lois morales divines prennent leur source dans les saints Mystères et sont réalisées par les saintes Vertus. Voilà pourquoi les VIES des SAINTS constituent l'éthique vécue, l'éthique appliquée. Les VIES des SAINTS attestent, sans doute aucun, que l'éthique n'est pas autre chose que la dogmatique appliquée ; Toute la vie des Saints est faite de saints Mystères et de saintes Vertus, fruits du Saint-Esprit qui opère tout en tous ( I Cor. 12, 4-6).

Qu'est-ce encore que la VIE des SAINTS ? C'est l'unique pédagogie de l'Orthodoxie. En eux, et de manière innombrable, parfaitement éprouvée par une longue expérience, a été démontré comment était formée et édifiée la personne humaine parfaite, l'homme parfait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph. 4, 13), par les saints Mystères et les saintes Vertus dans l'Eglise du Christ. Cela constitue, justement, l'idéal pédagogique de l'Evangile, le seul idéal pédagogique digne d'un être en forme divine, tel que l'homme. Cet idéal c'est le Christ le Dieu-Homme qui l'a exposé et qui a été le premier à le réaliser, suivi en cela par les Saints Apôtres et par les autres Saints de Dieu. Sans le Christ le Dieu-Homme, hors de Lui, quel que soit l'idéal pédagogique de l'homme, celui-ci restera un être inachevé, un être mortel, un être misérable et tragique, digne de toutes les larmes qui peuvent exister dans tous les mondes de Dieu.

Si vous le voulez, les VIES des SAINTS sont aussi une encyclopédie orthodoxe originale. Chez les Saints on peut trouver tout ce qu'une âme affamée, assoiffée de justice éternelle et de vérité éternelle peut désirer en ce monde, affamée et assoiffée d'immortalité et de vie divine ; Si tu as soif de Foi, tu la trouveras abondante dans la VIE DES SAINTS, et ton âme rassasiée de cette nourriture n'aura jamais plus faim. Si tu désires l'amour, la vérité, la justice, l'espérance, la douceur, l'humilité, la pénitence, la prière ou tout autre vertu et ascèse, tu trouveras dans la VIE des SAINTS une foule de maîtres saints pour chaque ascèse et tu recevras le secours de la Grâce pour chaque vertu. Si tu souffres le martyre pour ta foi en Christ, les VIES des SAINTS te consoleront, t'encourageront, te fortifieront, te donneront des ailes, au point que tes souffrances se changeront en joie. Es-tu tenté ? Les VIES des SAINTS t'aideront à vaincre les tentations dès maintenant et pour toujours. Et si à nouveau tu étais menacé par les ennemis invisibles de ton Salut, les VIES des SAINTS t'armeront de la « panoplie de Dieu » (Ephes. 6, 11), tous tu les combattras et les disperseras, dès maintenant et à jamais, pour toute ta vie. Si tu te trouves au milieu d'ennemis visibles et persécuteurs de l'Eglise du Christ, les VIES des SAINTS te donneront l'audace et la force de confesser, sans crainte, le seul vrai Dieu et Seigneur Jésus-Christ dans tous les mondes. Tu te tiendras inébranlable jusqu'à la mort, quelle qu'elle soit, pour Son Evangile, et tu sentiras ton être plus fort que toute mort et que tout ennemi du Christ. En souffrant pour le Christ, tu jubileras de joie, sentant que tout ton être, que toute ta vie se trouvent dans les Cieux, au-delà de toutes les morts, cachée avec le Christ en Dieu (Col.3,3).
Les VIES des SAINTS nous indiquent une foule de voies, toutes sûres, de Salut, d'illumination, de sanctification, de transfiguration, de christification, de déification ; elles nous indiquent également toutes les manières par lesquelles la nature humaine vainc le péché, chaque péché ; comment elle vainc la mort, chaque mort ; comment elle vainc le démon, chaque démon. On y trouve le remède à tout péché, la guérison de toute passion, la résurrection de toute mort, la délivrance de tout diable, la fuite de tous les maux. Il n'est pas de passion, il n'est pas de péché, dont on ne puisse trouver dans les VIES des SAINTS, la manière de les vaincre, de les mortifier, de les déraciner. Chez les Saints, on voit clairement qu'il n'est pas de mort spirituelle, de laquelle on ne pourrait ressusciter par la force divine du Seigneur Jésus Ressuscité et monté au Ciel ; il n'est pas de malheur, de tristesse, d'affliction ou de maladie, que le Seigneur ne change, progressivement ou d'un seul coup, en joie sereine et pleine de contrition, selon la foi que nous avons en Lui.



VIE DE SAINT NECTAIRE


C'est une tradition très ancienne, une loi donnée par Dieu et transmise par nos pères, que de raconter les exploits des hommes vertueux qui ont vécu selon Dieu, de les célébrer par des hymnes dans l'Eglise, d'écrire leur vie comme un exemple à imiter, afin de parcourir derrière eux, comme derrière des aînés, la voie de l'Evangile. L'Ancien comme le Nouveau Testament sont remplis de vies de Saints. Quand on lit la vie d'un homme de Dieu, ses exploits, ses miracles, on se demande si l'Humanité sans Dieu ne tente pas, sans le savoir, à suppléer par la Science et la Technique aux dons et aux pouvoirs que l'homme a perdus dans la chute originelle et qu'il ne peut récupérer et même dépasser qu'en Christ Jésus. Seule la vertu nous unit au Christ,après avoir allumé en nous la flamme de l'Amour divin, de l'Eros divin,dont notre Saint disait qu'il fait monter l'âme jusqu'au Ciel, jusqu'à Dieu,la faisant converser avec Lui nuit et jour. Saint Nectaire s'est fait l'amant de la vertu et s'est élevé jusqu'à ses cimes.
C'est la vie de ce thaumaturge contemporain que nous allons esquisser, selon nos faibles forces, d'après ce que nous avons appris de ceux mêmes qui l'ont connu, d'après une brève biographie du Père Théodose et le Volume Commémoratif publié en 1953. La vie d'un Saint échappe aux prises de l'homme qui vit dans le monde et selon ce monde. L'homme qui s'est sanctifié, qui a été déifié, est devenu pour parler comme Saint Grégoire Palamas éternel, sans passé, par son union même avec Dieu selon la Grâce. « La Théologie appelle aussi dieux, » écrit le saint Athénien, Denys l'Aréopagite, les hommes de chez nous qui se distinguent par leur amour de Dieu et par leur sainteté. Tout être doué d'intelligence ou de raison, qui tend tout entier, au maximum de sa puissance, vers l'union avec Lui, qui s'élève incessamment autant qu'il le peut, vers Ses illuminations divines, en imitant, si l'on ose dire, Dieu Lui-Même à la mesure de ses forces, celui-là mérite bien l'épithète de divin. » C'est pourquoi nous ne parlerons que des « extérieurs » de la vie d'un tel homme. Le cheminement intérieur est affaire entre son Dieu et lui. On aimerait, parfois, pénétrer dans le cœur des Saints de Dieu, pour y contempler les liturgies mystiques qui s'y déroulent ; mais qui est-on pour oser approcher, pénétrer dans ces sanctuaires ? C'est aux Saints qu'il appartient d'écrire la vie des Saints. Etant dépourvu du moindre grain de sainteté, que Dieu nous vienne en aide, Lui qui donna une voix humaine à l'âne de Balaam, pour que nous puissions raconter pour Sa gloire, pour le bien des fidèles comme pour le nôtre, quelque chose sur celui qu'Il a glorifié.


E, 1961, nous fûmes conviés par des amis, le docteur P. et son épouse, à les accompagner dans leur voyage en Grèce. Un petit guide bien fait nous conduisit avec intelligence vers ce qu'il y a de plus célèbre dans cet antique pays qu'on a surnommé « Berceau de la Civilisation. »
Mais la Providence de Dieu, qui veille sur toute chose, eut aussi son mot à dire. C'est Elle qui nous poussa vers l'île de Paros alors que nous nous dirigions vers la Sainte Montagne de l'Athos.
Paros est une île des Cyclades, très célèbre dès l'Antiquité. Elle a donné des poètes, des sculpteurs, des peintres. Son marbre contribua aussi à sa réputation. A l'époque chrétienne, elle s'orna de beaucoup de gloire avec les ascètes qui y vécurent. On en trouve encore de nos jours qui y mènent la vie spirituelle la plus authentique. Sa Cathédrale aux CENT PORTES, dédiée à la Mère de Dieu est, après Sainte-Sophie de Constantinople, le Temple paléo-chrétien le plus grand, édifié au temps de la pieuse impératrice Hélène, mère de Constantin le Grand, puis agrandi et embelli à l'époque de Justinien. C'est au Monastère de Notre-Dame de la Source Vivifiante que pour la première fois nous entendîmes parler de Saint Nectaire.
Nous étions plusieurs, en ce jour de Dimanche, à deviser, assis sous le grand eucalyptus, sur le parvis du monastère, quand une femme, une paysanne, juchée sur sa mule, s'arrêta devant nous. Elle tenait dans ses bras une petite fille qu'un serpent venait de mordre. L'enfant souffrait et enflait. Pas de médecin dans l'île, pas de pharmacie ouverte ce jour-là, pas d'argent non plus. Seul Dieu pouvait venir en aide, et à travers les moines, c'est Lui qu'elle venait chercher, implorer.
On étendit à terre l'enfant. Les moines allèrent chercher des reliques, les plongèrent dans un verre d'eau et administrèrent ce médicament à l'enfant. Cette thérapeutique fit sourire un certain visiteur sceptique. Le père Nectaire, qui nous avait quittés, revint lui aussi avec des reliques, celles de son saint patron Nectaire d'Egine. Il nous les remit et nous pria de bénir avec elles la petite fille. Nous obéîmes et exécutâmes machinalement sa demande. L'enfant se calma, cessa de souffrir et s'endormit. La mère la ramena à la maison et rien de fâcheux ne suivit.
Le père Nectaire devenu notre ami ( nous nous connaissions depuis quelques heures à peine) nous conta beaucoup de choses sur son Saint qui nous émerveillèrent.
« Un jour, nous dit-il, j'étais à Athènes, chez ma sœur. Elle préparait du thé.Par maladresse, elle renversa la casserole d'eau bouillante sur sa main gauche. La souffrance la fit hurler très fort. Je pris les reliques que vous avez tenues tout-à-l'heure et comme perdu, je dis : « Seigneur notre Dieu, par les prières de Saint Nectaire, guéris ma sœur. » Je frottai la main – une immense cloque violacée – au risque d'aggraver le mal et, aussitôt, ô miracle du Christ ! la main fut guérie. Le mal disparut, se retirant progressivement, comme un gant qu'on enlève. Je dis alors à ma sœur qui tout en croyant en Dieu ne croyait pas en l'immortalité de l'âme : « C'est Saint Nectaire qui t'a guérie. Crois maintenant en l'immortalité de l'âme, car lui y croyait. » Ainsi la sœur du vénérable moine trouva en même temps la guérison et l'orthodoxie de la foi. 
Ce que nous venions de voir et d'entendre nous donna une envie irrésistible d'aller à Egine vénérer les reliques et le tombeau du Saint et rendre gloire à travers lui au Dieu des Chrétiens qui a fait l'homme de peu inférieur à Dieu, pour citer le psalmiste. Notre envie augmenta encore quand à Athènes nous entendîmes de nouveau parler avec chaleur et émerveillement du Saint, chez un célèbre iconographe que nous visitions. Un malentendu avec la personne qui nous accompagnait dans Athènes nous fit manquer le seul départ du Pirée pour l'île d'Egine qui nous eût permis de faire l'aller-retour dans la journée. Nous vîmes dans ce fait un châtiment que Dieu nous infligeait à cause de la multitude de nos fautes en nous refusant la joie de ce pèlerinage.
L'heure de quitter la capitale de l'Hellade était là, irrévocable. Nous priâmes notre guide et compagnon de se rendre en notre nom à Egine et avec quelques noms tracés à la hâte sur du papier, nous lui remîmes de qui payer le voyage et faire une offrande pour un office d'intercession.

Le retour en France et la reprise de la vie agitée placèrent au second plan les souvenirs et les impressions du voyage en Grèce. Octobre, novembre s'écoulèrent. Puis un jour, une personne nous fit part d'une apparition extraordinaire qui se répéta plusieurs fois.Un personnage d'un certain âge, noble et digne, doux et lumineux, vêtu de noir et portant sur la tête, jeté par-dessus la coiffure, un grand voile noir, lui souriait et la bénissait, puis disparaissait sans rien dire. Derrière lui se tenait quelqu'un de notre connaissance. Il laissait, après son départ, une atmosphère de paix et de joie indicibles. Selon les Pères, il ne faut pas prendre garde aux songes, aux rêves et aux apparitions. S'ils sont vraiment de Dieu, ils se renouvellent. Malgré la répétition des apparitions, nous continuâmes à n'y attacher aucune importance.Mais un jour, piqu é dans notre curiosité, nous priâmes la personne de demander le nom de son visiteur.Il revint et après l'avoir bénie, il lui présenta une sorte de parchemin sur lequel des caractères inconnus d'elle étaient écrits. Nous lui conseillâmes de les relever et à notre grande surprise, nous pûmes lire écrit en grec parfait, avec accents toniques et esprits, le texte suivant : «  Tu es bénie. Père Nectaire. » Nous nous souvînmes alors de tout ce que nous venons de narrer et que la personne visitée était sur la liste des noms envoyés à Egine.
Nous informâmes immédiatement notre ami le père Nectaire de Paros qui nous répondit plein de joie : « C'est mon saint patron qui, en cette personne, a salué les Orthodoxes français... » A sa lettre était jointe une photographie. Nous la montrâmes à la personne et pour l'éprouver, nous lui dîmes que c'était la photographie d'un ami, évêque grec. « Non, nous répondit-elle avec assurance, c'est le personnage qui m'est apparu plusieurs fois, c'est Saint Nectaire. »

Voilà l'origine de la rencontre avec le Saint et de la dévotion que nous lui avons vouée. En août 1961, accompagné d'un ami qui porte son nom, nous fîmes le pèlerinage à Egine et c'est riches de bénédictions célestes que tous deux sommes revenus.


***

Le soulèvement des Grecs en 1821 ne libéra pas entièrement le monde hellénique du joug que les Turcs faisaient peser sur lui depuis la chute de Constantinople. La capitale de l'Empire romain et une grande partie de la Thrace devaient définitivement rester sous la domination turque. La Thrace, très vaste au temps de Périclès, puis réduite au temps du premier empereur chrétien Constantin le Grand, est formée aujourd'hui par la Bulgarie et la Roumélie. Elle a donné à la Grèce, d'après les historiens, ses premiers habitants et de grands noms comme Linus le poète que les Grecs disaient être le fils d'Apollon et à qui on attribuait l'invention des Thrènes ou Chants funèbres, Orphée le poète musicien, dont la théogonie passe pour être supérieure à celle d'Homère et Musée, également poète et disciple d'Orphée.

De nos jours, la même Thrace devait donner à l'Eglise du Cjrist, Nectaire, cet autre Orphée qui par ses accents mélodieux tirés de la lyre du Saint-Esprit, allait réveiller le sentiment religieux de tout un peuple, étouffé par quatre siècles de domination étrangère. Admirable siècle que ce XIX° qui d'une part a fait tant de découvertes scientifique, préparé l'athéisme, et de l'autre a donné de grands saints, des hommes dont les exploits n'ont pas été réalisés par la science et la machine. Saint Arsène de Paros, n'ayant pas à sa disposition d'embarcation, marcha un jour sur les flots de la mer pour se rendre d'une île à l'autre. Saint Séraphim de Sarov révéla au journaliste venu l'interroger la lumière de l'Esprit Saint et le monde transfiguré. Saint Jean le Russe fit porter par les anges, depuis la Cappadoce jusqu'à La Mecque, un plat de riz à son maître musulman qui était en pèlerinage. Saints Macaire de Corinthe et Nicodème Haghiorite revivifièrent la tradition hésychaste, formèrent le Pèlerin Russe par la publication de la PHILOCALIE, dont l'influence va grandissant à travers le monde. Innombrables sont les miracles que Nectaire fit durant sa vie terrestre et plus innombrables encore ceux qu'il accomplit quand il fut libéré des limites du corps, de l'espace, du temps. Les Saints thaumaturges sont comme les mains de Dieu, car c'est Dieu Lui-Même qui agit à travers eux.
« Qui est celui, demande Macaire le Grand, qui a fermé les portes du Ciel ? Est-ce Elie ou Dieu qui était en Elie qui a commandé à la pluie ? Il me semble que c'est le souverain du Ciel qui a habité l'esprit d'Elie et par la bouche duquel la parole de Dieu ordonna à la pluie de ne pas tomber sur la terre. Puis il parla de nouveau et les portes des Cieux se rouvrirent et la pluie tomba...Est-il possible à la seule nature humaine d'opérer de telles choses ?... Si au temps de l'ombre ( la Loi) la puissance de Dieu était avec les justes, opérant des prodiges éclatants, c'est que la Grâce divine habitait en eux. Chez les prophètes, le même Esprit opérait et agissait en leurs âmes. Ils prophétisaient et parlaient quand il était nécessaire d'annoncer au monde des choses grandes. Ils ne parlaient pas n'importe quand, mais seulement quand l'Esprit Saint qui était en eux le voulait bien. Si donc au temps de l'ombre, l'Esprit était déjà répandu, combien plus l'a-t-il été dans la Nouvelle Alliance, lors de la Croix, lors de la Venue du Christ où s'est réalisé le déversement, l'ivresse de l'Esprit : « Je répandrai, est-il écrit, de mon Esprit sur toute chair » (Hom.50).
A travers les Saints, c'est Dieu que nous célébrons et glorifions, Lui le Saint par excellence et la source de toute sainteté. Etre saint, c'est posséder Dieu en son cœur. Quand on dit que Dieu habite sur la terre, c'est dans les Saints, comme l'Ecriture le révèle, quand elle dit : «  Je serai avec vous et je marcherai parmi vous. » Et Paul le divin écrit : « Cherchez la sanctification, car sans elle nul ne verra le Seigneur. » Honorer les Saints c'est honorer Dieu. Les textes liturgiques ne laissent de place à aucun doute. Le tropaire de Saint Nectaire, par exemple, se termine ainsi : « Gloire au Christ qui t'a glorifié ! Gloire à Celui qui t'a fait thaumaturge!Gloire à Celui qui par toi accorde à tous la guérison. »
« Dans les empires de la terre, écrit le Métropolite Philarète de Moscou, le peuple se conduit avec un respect particulier envers ceux qui entourent le roi qui les a revêtus de sa confiance, de son pouvoir, de titres d'honneur, en partie dans l'espérance de leur bienfaisante intercession auprès de lui et de leur protection selon le pouvoir qui leur a été donné. Pareillement, dans le Royaume de Dieu, qui est l'Eglise de Jésus-Christ, le peuple des croyants, comme vous-mêmes, s'adresse avec dévotion aux saints hommes de Dieu, honorant la Grâce de Dieu vivant en eux, et espérant, selon la foi, l'intercession de leurs prières devant Dieu, et leur bienfaisance selon la Grâce qui leur a été donnée.


***

L'influence du milieu familial joue, en général, un grand rôle dans la formation d'un homme. Le climat religieux d'une famille Orthodoxe est liturgique. Les Icônes rendent présente l'Eglise céleste et la lampe à huile qui brûle devant elles sans déclin, rappelle la prière, l'offrande, le sacrifice. La mère, pieuse, encense tous les jours les saintes icônes et la maison, bénit ses enfants quand ils sortent et quand ils rentrent. Le père de famille bénit le pain qu'il a gagné par le travail de ses mains. Le prêtre, chaque mois, vient purifier et bénir la maison. L'Apôtre Paul, écrivant aux Ephésiens, recommande aux parents ceci : « Pères, n'irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les instruisant et en les avertissant selon le Seigneur. » C'est dans une telle famille, simple, nombreuse, pieuse, pauvre, vivant selon les commandements de Dieu, que naquit en Sélybrie de Thrace, près de Constantinople, le Ier octobre 1846, Anastase Képhala. Le grand Paul disait à Timothée que la foi viavante de sa mère Eunice demeurait en lui. La foi vivante de Marie Képhala, la mère de notre Saint, se transmit et demeura en son fils. Dès sa plus tendre enfance, nourri du lait de la piété, le futur Nectaire se révéla tel qu'il allait être toute sa vie : intelligent, doux, humble, chaste, ami de la vertu. Tout enfant, nous a-t-on raconté, quand il revenait de l'église à la maison, il montait sur une chaise et de là, comme en une chaire, il répétait le sermon entendu à l'église. En attendant le jour de le confier à l'école publique, ses parents, sa mère en particulier, lui enseignèrent l'histoire sacrée et lui apprirent à réciter des psaumes. L'enfant aima entre tous les psaumes le cinquantième, que David écrivit lorsqu'il fit pénitence après le meurtre du mari de Bethsabée. Il aimait à répéter les versets : « Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta grande miséricorde... » comme pour indiquer une des lignes maîtresses de sa vie : la pénitence et l'humilité.
L'humilité, le Seigneur Lui-Même l'a exaltée, quand Il a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes. » Pour jouir du repos dont parle le Christ, il faut savoir ou apprendre ce que Lui-Même a subi et le subir aussi. L'humilité, c'est briser sa propre volonté, comme Saint Nectaire l'enseignait à ses moniales, après l'avoir lui-même réalisée. Le Seigneur dit très clairement qu'Il est descendu des Cieux, non pour faire Sa volonté, mais la volonté du Père qui L'a envoyé. Saint Nectaire possédait la véritable humilité, celle qui exalte et qui n'est pas l'humilité qui consiste en signes extérieurs, en paroles humbles, mais cette humilité que l'Esprit Saint crée au-dedans, au fond de l'homme, comme le dit Saint Grégoire Palamas dans son discours à Xénia. Quant à la pénitence qui a fait dire à un Saint Paul qu'il était le premier parmi les pécheurs, on sait qu'elle lui a valu la pitié et la miséricorde de Dieu et le troisième Ciel.
Un autre verset du même psaume : « J'enseignerai tes voies aux pécheurs et les impies reviendront à toi » l'attirait beaucoup et prédisait en quelque sorte sa vocation.Il avait à peine sept ans, quand un jour il acheta du papier et en relia les feuilles. A sa mère qui lui demandait ce qu'il allait en faire, il répondit que c'était pour en confectionner des livres afin d'y écrire les paroles de Dieu. Il y a des enfants plus sages que des vieillards, de ces enfants pour lesquels Jésus rend grâces à son Père qui cache ses mystères aux sages et aux intelligents et les révèle à eux. « Dès le sein de ma mère, pouvait dire Anastase, empruntant les paroles de David,je m'appuie sur Toi, Seigneur. Tu m'as fait sortir du sein maternel,tu es sans cesse l'objet de mes louanges. » Anastase n'était pas un enfant comme les autres et rarement il se mêlait aux enfants de son âge. A Sélybrie on l'appelait Anastase le simplet.


***

Très doué pour les études tant profanes que sacrées,le jeune Anastase ne put en faire dans sa patrie. La pauvreté de ses parents – son père était devenu aveugle -, l'absence d'école secondaire, l'obligèrent à quitter sa patrie. Il avait quatorze ans quand il se rendit au port de Sélybrie, muni de la bénédiction maternelle, portant sur son épaule son petit baluchon et caressant l'espoir de pouvoir faire gratuitement le voyage jusqu'à Constantinople, car il n'avait pas d'argent. Dans le port un petit bateau s'apprêtait à partir. Anastase demanda au capitaine de le prendre gratuitement à bord. Ce dernier, voyant l'âge du garçon, lui dit en se moquant : « Va faire un petit tour, mon gars, et reviens ! » Anastase comprit le refus mais la voix intérieure lui dit d'attendre sur le quai ; Le capitaine fit tourner ses machines mais le bateau ne démarra pas. Il en fit accélérer la vitesse ; l'embarcation demeura immobile ; C'est alors que le regard perplexe du capitaine rencontra celui suppliant d'Anastase. « Monte », dit le capitaine, ému et repentant. Le jeune garçon bondit comme un cerf ; Enfin à bord ! Et le bateau prit le large. Le jeune élu de Dieu était dans la joie. Plongé dans ses pensées le futur Saint Nectaire glorifiait Dieu dans son cœur et lui rendait grâce. Ses yeux remplis de reconnaissance se portaient de temps à autre vers le Ciel. Mais le contrôleur des billets qui commençait sa ronde le ramena sur la terre ; Il n'avait pas de billet. La crainte s'empara de lui. Le capitaine qui connaissait le secret était à ses machines. « Que vais-je faire ? Se demanda Anastase. Que vais-je dire ? Me croira-t-on si je dis que je suis pauvre, que je n'ai pas d'argent ? » L'angoisse l'étouffait...Il allait dire la vérité, toute la vérité, simplement, avec assurance. Pourquoi après tout ne serait-il pas cru ? Le contrôleur était maintenant devant lui. Anastase présenta son honorable identité : - Je suis pauvre, dit-il. Je n'ai pas d'argent. J'ai quitté mes parents pour aller travailler afin de vivre et pour les aider en même temps.
Ses paroles, portées par l'Esprit Saint qui habitait en lui, touchèrent par leur sincérité le cœur du contrôleur qui crut tout ce que l'enfant disait. Et de nouveau Anastase remercia le Seigneur qui veillait sur lui, comme on le verra tout au long de sa sainte vie.


A CONSTANTINOPLE


Seul dans la vieille capitale de l'Empire, Anastase chercha du travail. On lui proposa une place d'apprenti horloger, mais il la refusa, trouvant que ce n'était pasun métier que de réparer ce que les autres cassaient. Il entra dans une manufacture de tabac où il travailla très durement pour un morceau de pain. Sa détresse, sa pauvreté furent si grandes qu'un jour il redoubla de ferveur dans la prière. Dans ssa naïveté, dans son innocence d'enfant, il décida d'écrire une lettre au Seigneur Jésus pour lui exposer ses besoins, ses nécessités... »Je vais lui demander un tablier, se dit-il, des vêtements, des chaussures, car je n'ai absolument rien et j'ai froid... » Il prit du papier, un crayon et écrivit son épître à Jésus : « Mon Christ, je n'ai pas de tablier ni de chaussures. Je te demande de m'en envoyer. Tu sais combien je t'aime. » Il plia la lettre, la mit sous enveloppe et écrivit l'adresse suivante : « Au Seigneur Jésus-Christ, Les Cieux ». Puis il partit pour la poste. En route il rencontra un commerçant voisin, que la Providence avait mis sur son chemin :
  • Où vas-tu, Anastase ? lui demande-t-il.
    Cette question inattendue troubla le jeune garçon qui murmura quelques paroles tout en gardant sa lettre dans la main.
  • Donne-moi ta lettre, je vais te la poster.
    Sans réfléchir, Anastase donna la lettre. Le commerçant la prit, la mit dans sa poche et continua sa route. Anastase rentra joyeux chez lui. Au moment de poster l'épître l'ami commerçant vit l'énigmatique adresse et poussé par la curiosité ouvrit l'enveloppe et lut ce qu'elle contenait. Emu et troublé, il pensa qu'Anastase était un enfant bien exceptionnel. Il décida de répondre sur-le-champ, certainement inspiré par Celui qui a dit «  tout ce que vous ferez à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'aurez fait ; » Il traça sur du papier quelques mots affectueux et les fit porter sous enveloppe avec de l'argent à Anastase. La réponse du Seigneur avait été si rapide que notre jeune Saint se présenta le surlendemain chez son patron vêtu de neuf. En le voyant habillé ainsi, le patron entra en colère, accusa Anastase d'avoir volé de l'argent et le battit sans aménité. L'enfant protesta, cria son innocence, disant la vérité incroyable que c'était Dieu qui lui avait envoyé l'argent, qu'il n'était pas un voleur.
  • Je n'ai jamais volé de ma vie !
    Les coups furent si forts que les cris de l'enfant parvinrent jusqu'aux oreilles de son protecteur, le commerçant voisin qui vint au secours et expliqua les choses au patron au cœur dur.
    C'est ainsi que le jeune Saint travailla durement pour gagner son pain, étudier et aider pécuniairement sa famille.
    Le talent et l'amour de l'étude peuvent à eux deux former des hommes sages et savants. Mais si à ces éléments vient s'en ajouter un autre, infiniment supérieur, celui de la sainteté, le monde peut alors admirer en ces hommes des figures modèles de chefs, de conducteurs d'âmes, de guides spirituels. Un grain de sainteté vaut plus qu'une tonne de sagesse humaine. Cette sainteté Anastase la possédait déjà.
Le tumulte, les attractions, les séductions et les distractions qu'offre la grande ville comme celle des bords du Bosphore ne détournèrent pas Anastase un seul instant de la prière, de l'église, de l'étude, du travail. Sa vie était austère, comme celle des Grégoire et Basile à Athènes durant leurs études. Grégoire de Nazianze, dans son discours funèbre de Saint Basile, disait : « Pour beaucoup d'autres, Athènes était malsaine. Pour moi, Athènes fut de l'or, car elle me fit le don de l'amitié de Basile, qui par son caractère austère était prêtre bien avant son ordination... »
Grâce à ses lectures assidues, il rassembla avec discernement et sagesse une grande quantité de pensées, de textes, de sentences tirées de la Sainte Ecriture, des Pères et des philosophes. Ce qu'il jugeait utile au prochain il le transcrivait sur des papiers destinés à contenir du tabac. Lui-même raconte la chose dans le prologue de son livre intitulé TRESOR DE PAROLES SACREES. « Cette œuvre, dit-il, est le résultat d'un long et persévérant travail, dû à un ancien désir de répandre la connaissance de ce qui est bienfaisant...Faute d'argent, la publication n'était pas facile. Je trouvai cependant le moyen d'en contourner la difficulté : utiliser comme feuilles publicitaires les feuilles de papier à cigarettes des marchands de tabac de Constantinople. L'idée me parut heureuse et aussitôt je la mis en pratique. Sur bon nombre de ces feuillets, j'écrivais chaque jour des pensées diverses que j'avais collectionnées, de manière que les usagers, piqués de curiosité, puissent en les lisant être enseignés par ce qui est sage et bénéfique... »
Toujours poussé par le désir de s'instruire, il quitta son emploi et s'engagea comme surveillant d'études dans un collège de Constantinople dépendant du Saint Sépulcre. Là, tout en enseignant dans les classes primaires, il put suivre les cours des classes supérieures.
Une année, il voulut retourner à Sélybrie sa patrie, pour y fêter la Nativité du Seigneur ? Il emprunta un voilier, car les routes en ce temps-là étaient rares et mauvaises. Durant la traversée, une grande tempête se leva, tellement violente que le bateau faillit faire naufrage. Beaucoup parmi les voyageurs murmurèrent contre Dieu. Anastase, accroché aux voiles défaillantes, criait vers le Seigneur dans le fond de son cœur : « Mon Dieu, sauve-moi. J'étudierai la théologie afin de réduire au silence ceux qui blasphèment ton Nom Divin. » La tempête cessa promptement et le bateau entra plus tôt que prévu, sain et sauf dans le port.


A CHIO.


A vingt-deux ans, il quitta Constantinople pour Chio, une île de l'archipel, à l'ouest de l'Asie Mineure, d'un climat agréable et fertile. En 1822, lors du soulèvement pour la libération, elle connut d'horribles massacres. Dans l'antiquité, elle fut une des principales colonies des Ioniens.
Pendant le voyage, Anastase subit encore une fois les assauts et les violences de la tempête et c'est encore par miracle qu'il fut sauvé.
A Chio, il remplit les fonctions de maître d'école pendant sept ans, instruisant non seulement les élèves mais aussi les habitants de l'île, les exhortant à la piété, à la vertu, donnant lui-même l'exemple de l'homme qui vit selon les commandements de Dieu, comme le décrit le premier psaume du psautier, pratiquant l'ascèse, les veilles, la continence, attentif à lui-même. La classe terminée, il s'enfermait chez lui pour méditer, prier, prendre l'unique repas du jour. Doué d'un exceptionnel talent d'écrivain, il écrivit beaucoup mais aucune des œuvres de cette époque ne nous est parvenue, tous ses écrits ayant disparu lors du tremblement de terre qui désola l'île.
Le jeune garçon, qu'il occupait à faire ses courses et à veiller sur sa cuisine, laissa un jour, par distraction, brûler le contenu de la marmite. Anastase entra en colère et punit l'enfant par deux bonnes gifles. Mais il se repentit aussitôt, demanda pardon à Dieu et comme punition la perte du sens du goût. Dieu accorda la demande, accepta la pénitence et, depuis ce jour, Saint Nectaire ne put jamais distinguer le goût des aliments qu'il mangeait.



AU MONASTERE.

Chaleureux partisan de la vie monastique, Anastase se rendait souvent au couvent de l'île, nommé « Néamoni », remarquable par ses mosaïques du IX°siècle, et s'entretenait avec l'Higoumène sur la vie monastique et ascétique. C'est cet abbé qui devait le revêtir le 7 novembre 1875 de l'habit angélique des moines avec le nom de Lazare. Un poème du Saint, composé à la louange de la vie monastique et dédié à un moine peut donner une idée de ce qu'elle représentait pour lui :

Aime la prière, le jeûne, la veille.
Sois empressé à l'ouvrage, demeure silencieux.
Sois parfait dans l'humilité, la décence, la patience, la constance,
le discernement, l'attention.
Aie le renoncement, la noblesse, la bienfaisance, l'esprit de droiture, l'innocence, un cœur pur.
Sois modeste, chaste, parfaitement obéissant, charitable, détaché, sans rancune.
Fais-toi violence, n'oublie pas le labeur.
Acquiers l'amour du travail, bannis la crainte, rejette la colère, possède la sérénité.
Ferme-toi aux désirs des passions.
N'aie aucun souci, aucune sollicitude ou plutôt n'aie qu'un souci, celui de progresser dans la vie. Lutte, cherche ta perfection, afin d'apporter des fruits dignes de la pénitence.
Dans ton cœur, aie la mémoire du Nom de l'Epoux Céleste ; ne cesse jamais de Le servir.
Aime à séjourner dans la cour du Seigneur et à chanter de tout ton cœur ton Créateur et ton Dieu.

Le Saint resta trois ans au couvent après sa toonsure, en fut le secrétaire et y vécut en parfait ascète. Les frères l'aimèrent beaucoup à cause de ses vertus ; Le Métropolite de Chio le remarqua et le 15 janvier 1877, jour anniversaire de son baptême, l'ordonna diacre et lui imposa le nom merveilleux de Nectaire qui signifie breuvage d'immortels. Ce nouveau nom était comme une prophétie, car le Nectar de la Vie devait couler en son âme, de lui allaient jaillir des flots d'ambroisie pour réjouir l'Eglise du Christ tout entière. En Nectaire se levait une nouvelle comète.
La coutume orthodoxe veut que lorsque l'on passe de l'état de laïc à celui de moine, on change de nom, car la profession monastique est considérée comme un nouveau baptême et le nom nouveau comme un programme. « On se fait un devoir, écrira plus tard le Saint à une moniale, de prendre en exemple les vertus et les perfections, la vie et le comportement du Saint dont nous portons le nom, au cours de la lutte menée durant notre vie, afin de nous parfaire en l'imitant. L'exemple des vertus d'un Saint aide beaucoup celui qui court dans le stade. Il l'enseigne à s'humilier, même s'il est de race royale, à affronter tous les obstacles, même s'ils sont difficiles. Il lui apprend à aimer ceux qui le haïssent, à honorer ceux qui l'insultent. Il lui apprend à vivre pour ses frères et à mourir pour la Loi de Dieu et ses commandements. Il lui apprend à aimer la dernière place et àprendre plaisir à ne jamais paraître. Et que ne lui apprend-il pas ? Si je devais énumérer une chose après l'autre, ni le temps, ni le papier ne me suffiraient. »
Souvent le monde juge inutile pour la société l'état monastique. Selon cette optique, le christianisme lui-même devient un phénomène purement social, consistant en œuvres extérieures, ignorant que le moine qui a su plaire à Dieu, qui s'est uni à Lui, peut plus que n'importe qui et n'importe quoi pour le monde, car Dieu exauce sa prière. Saint Nectaire le disait clairement à son ami, l'Exarque du Saint Sépulcre à Athènes, avec lequel il aimait à s'entretenir des choses de Dieu : «  Quand l'homme a compris quelle est sa destinée,qu'il est enfant du Père Céleste, c'est-à-dire du Bien Suprême, il voit alors avec un certain détachement les biens de ce monde. Certes, l'homme vertueux subit des tentations et des épreuves en ce monde, mais il se réjouit au fond de son cœur, parce que sa conscience est en paix. Le monde déteste et méprise les hommes vertueux tout en les enviant cependant, car comme le disaient nos ancêtres : l'ennemi lui-même admire aussi la vertu. »
Saint Nectaire pensa un instant se retirer au Mont Athos pour y vivre en ermite. Mais le monde le revendiqua. Un richissime ami et bienfaiteur de l'île de Chio lui proposa de faire à ses frais des études à Athènes. Le même le présenta ensuite au Patriarche d'Alexandrie qui le prit en sympathie et lui conseilla d'aller à Athènes étudier la Théologie à l'université. Muni de tout le nécessaire : bourse, recommandations, lettres canoniques, le Saint entra en Faculté en 1882 et obtint sa licence en 1885.


A ALEXANDRIE

Il revint avec ses diplômes à Alexandrie où grâce à la protection du Patriarche il gravit rapidement tous les degrés ecclésiastiques, et reçut des charges officielles, au grand mécontentement de la cour patriarcale qui ne put souffrir la rapide ascension du nouveau venu.
Le 23 mars 1886 fut un grand jour pour Nectaire. Le Patriarche Sophrone d'Alexandrie lui imposa les mains et le fit prêtre en la cathédrale de Saint-Sabbas. C'est avec crainte et tremblement que le Saint, qui avait à l'époque quarante ans, reçut la prêtrise, cette fonction redoutable que les anges envient aux hommes et dont Saint Syméon le Nouveau Théologien se disait indigne. « Le prêtre, enseignait Saint Syméon, doit être pur de corps et surtout d'âme. Ne jamais prendre part au péché. Etre humble dans son comportement extérieur et intérieurement contrit. Pendant la célébration des Mystères, il doit voir Dieu en esprit et de ses yeux corporels les dons qui sont offerts. Il doit sentir, connaître le Christ en son cœur, qui s'y trouve indiciblement, afin de pouvoir converser avec audace et familièrement avec Dieu le Père comme avec un ami et lui dire sans être condamné : Notre Père... »
Le 23 août de la même année, il fut élevé à la dignité d'Archimandrite et successivement chargé de la prédication, de la confession des fidèles, du Secrétariat Patriarcal, puis nommé légat patriarcal au Caire. Toutes ces fonctions, il les remplit avec zèle et dévouement, en fidèle économe digne de tout éloge. Il embellit et décora l'église de Saint-Nicolas du Caire, dirigea lui-même les travaux, les artistes, et paya même de ses deniers une grande partie des frais.
Plus tard, l'évêque thaumaturge de Myres, Saint Nicolas, devait le remercier de son dévouement. Et voici comment. En 1907, Saint Nectaire se trouvait à Athènes.Il fit un rêve qu'il conta par écrit à ses moniales à Egine, un rêve prémonitoire : « ...Je me tenais, écrit-il, aux pieds de la châsse des reliques de Saint Nicolas. Je le regardais et lui semblait dormir. Peu après, il parut remuer puis ouvrir les yeux, se lever, s'asseoir, élever ses mains et me les tendre. Je m'inclinai avec respect afin de l'embrasser et lui m'entoura de ses bras et m'embrassa par trois fois sur la bouche. Je l'embrassai aussi. Après le baiser, il me dit : «  Je vais t'élever très haut, mais je te demanderai de me faire un trône d'argent. » Après avoir dit ces choses, il se recoucha et s'endormit de nouveau. Moi, je m'éveillai. Une fois réveillé, je me souvins aussitôt avoir déjà fait ce rêve quelques jours auparavant et que je l'avais oublié. La première fois il se leva pour m'embrasser mais sans rien me dire. Ce n'est que la seconde fois qu'eurent lieu le baiser et la demande. Voilà ce que j'ai vu et vous l'écris comme un rêve, lequel m'a d'ailleurs impressionné à cause de son caractère révélateur, ses promesses, sa demande. Nous verrons bien si le rêve deviendra réalité. Il me semble cependant véridique et clair. Soyons disponible, sans désir, afin de nous laisser guider par Dieu dans l'accomplissement de ce qui est bien. L'église du Caire que j'ai ornée et embellie, faisant d'elle de médiocre qu'elle était une merveille, est dédiée à Saint Nicolas. C'est la première fois que je vois Saint Nicolas en rêve m'embrasser et me parler. Que le nom du Seigneur soit béni. »
Il y a dans le symbolisme du baiser un signe mystérieux, comme la transmission d'un don, d'une grâce. Nicolas Stéthatos, le disciple de Saint Syméon, raconte la même chose : « ...Une nuit je fis un rêve et il me sembla que quelqu'un me parlait et me disait : « Frère, ton père spirituel te demande, suis-moi et allons chez lui. » J'obéissai et y allai avec beaucoup de joie ( depuis sa mort, je n'avais pas été digne de voir mon maître une seule fois). Nous parvînmes à un palais royal;mon guide ouvrit la porte et m'invita à entrer. Dès que je fus à l'intérieur, je vis le Saint assis sur un lit très élevé, comme un roi. Son visage brillait, il souriait et me regardait.Il me signe de sa main de m'approcher de lui. Je courus aussitôt, m'approchai puis m'inclinai. Lui me prit dans ses bras, me donna un baiser sur la bouche et me dit d'une voix douce : « Tu m'as tranquillisé mon enfant bien-aimé. » De sa main droite il saisit la mienne et la plaça sur sa jambe. Dans sa main gauche il tenait un parchemin avec des inscriptions et me le montrait en disant : « Pourquoi as-tu oublié l'Apôtre qui dit : Transmets ces choses à des hommes fidèles, capables de les enseigner à d'autres ? » Je m'éveillai aussitôt. J'étais dans une telle joie que je désirais quitter mon corps pour aller avec mon âme nue là où il se trouvait. Je révélai mon songe à un homme qui avait du discernement et qui m'expliqua les paroles de mon maître. « Les paroles « Tu m'as tranquillisé mon enfant bien-aimé... » révèlent que les Saints accueillent avec joie les louanges et les hymnes qu'on leur dédie, comme le divin Denys l'Aréopagite le dit dans son livre sur le Mystère des Morts. Dans le baiser qu'il t'a donné, il manifeste l'intimité des Saints qu'acquièrent ceux qui composent leurs louanges et la Grâce qu'ils en reçoivent. Ta main droite sur sa jambe signifie le serment qu'Abraham donna à son parent et le Saint t'a demandé la même promesse pour les œuvres qu'il a écrites sous l'inspiration de l'Esprit Saint et qu'il t'a révélées en citant les paroles de l'Apôtre.Il te demande de les copier et de les transmettre à d'autres hommes fidèles... »


L'EPISCOPAT

Mais revenons au Caire. Dans l'église de Saint Nicolas que Nectaire venait de décorer et d'embellir, le Patriarche et pape d'Alexandrie Sophrone, assisté des Archevêques du Sinaï et de Corfou, va sacrer Evêque de la Pentapole l'Archimandrite Nectaire. C'est le 15 janvier 1889. L'illustre Métropole de la Pentapole n'existe plus aujourd'hui. Ce nom était donné autrefois à des territoires comprenant cinq villes principales.Ici, il s'agit de la Cyrénaïque, qui avec la Lybie formaient le Patriarcat d'Alexandrie. Les Evêques de l'Egypte, de la Lybie et de la Pentapole considéraient comme premier parmi eux, selon le rang et conformément aux canons du Deuxième Concile Oecuménique, l'Evêque d'Alexandrie.
Il arrive souvent que des hommes humbles deviennent en changeant de fortune ou de situation, hautains, méprisants à l'égard des amis ou du milieu de la veille. Le pouvoir fait quelquefois perdre la tête. Les honneurs sont difficiles à porter et l'humilité, quand elle n'est pas authentique et solide, cède à la vanité, à l'orgueil.
Jamais, dit Saint Paul, écrivant aux Hébreux, personne ne doit prendre de lui-même cet honneur, mais il doit être appelé par Dieu. Saint Nicodème Haghiorite, dans son Manuel sur la garde des sens, écrit à son cousin Hiérothée, Evêque, que nul, autrefois, ne pouvait de son propre gré devenir Evêque. L'Evêque doit être élu soit par Dieu qui manifeste par les grâces du Saint-Esprit son élection, soit encore par le peuple. Il conseille de choisir les Evêques parmi les moines, parce que le moine, par ses labeurs ascétiques, se purifie avant de purifier les autres, reçoit l'illumination avant d'illuminer les autres, se parfait avant de rendre parfaits les autres. L'Evêque doit être comblé des grâces du Saint-Esprit. Selon Denys l'Aréopagite, l'Evêque doit être rempli de la Grâce de la déification afin de devenir ce que Paul dit : « Il faut que l'Evêque soit irréprochable. »
Nectaire remplissait toutes ces conditions. Le doigt de Dieu l'avait indiqué. Il fut choisi à cause de ses vertus parmi plusieurs candidats.
La dignité épiscopale ne changea en rien sa manière de vivre et son comportement. Voici ce qu'il disait sitôt après son sacre : « Pourquoi, Seigneur, m'as-tu élevé à une si haute dignité ? Je T'avais seulement demandé de devenir théologien et non métropolite. Dès ma tendre jeunesse je T'ai demandé d'être digne de devenir un simple ouvrier de Ta parole divine et Toi maintenant Tu m'éprouves par de telles choses. Seigneur, je me soumets à Ta volonté et Te supplie : cultive en moi l'humilité et la semence des autres vertus, selon la manière que Toi seul connais. Rends-moi digne de vivre tous mes jours sur la terre en accord avec les paroles du bienheureux Paul qui a dit : « Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vis en moi. »
Voici aussi ce qu'il répondit à un moine qui lui écrivit pour le féliciter : « ...Votre humilité établit une inégalité entre elle et moi à cause de la dignité épiscopale. En vérité cette dignité est grande, mais en elle-même, pour elle-même. Elle honore celui qui la porte à cause de sa valeur objective, mais elle ne change en rien les rapports de celui qui en est revêtu avec ses frères, les frères du Seigneur. Ces rapports demeurent toujours les mêmes. C'est pourquoi il n'y a pas d'inégalité entre nous. En plus de cela, la dignité épiscopale doit être un exemple d'Humilité. Si l'Evêque doit être le premier c'est bien dans l'humilité et, s'il est le premier parmi les humbles, il doit donc être le dernier de tous. S'il est le dernier de tous où donc est la supériorité ? La dignité donne à celui qui la possède de l'honneur, certes, mais elle n'établit jamais de différence entre lui et les frères du Seigneur. Entre les frères du Seigneur, seuls se distinguent, sans aucun rapport avec les dignités, les imitateurs du Christ, car ceux-ci portent l'image de l'Archétype et la Grâce de l'Esprit-Saint, qui orne, élève sur les sommets de la gloire et de l'honneur. Seul cet honneur apporte une distinction, une inégalité. Celui qui s'est parfait dans la vertu est supérieur à celui qui ne s'est pas parfait, et celui qui n'est pas entièrement devenu vertu est de beaucoup inférieur à celui qui vit dans la vertu. L'insouciant, le négligent, quand bien même il serait Evêque, est de beaucoup inférieur à celui qui est diligent et empressé, même si celui-ci est un simple moine.
La dignité n'élève pas celui qui la possède, seule la vertu est une puissance d'élévation. Elle donne les arrhes de la gloire parfaite. Où donc est la supériorité que donne la dignité ? Où est l'inégalité... ?
Votre révérence bien-aimée voit entre elle et moi une certaine inégalité, mais nous venons de dire que seule la vertu et non les dignités établissent l'inégalité. Je vous prie de me dire qui l'emporte sur la vertu, est-ce celui qui passe sa vie dans le confort et le bien-être ou l'ermite privé de la plus petite consolation ?...
Nous, bien-aimé, nous avons le sentiment de notre indignité, de notre nudité, et nous n'osons pas nous comparer au dernier des moines qui mène dans l'ascèse une vie sainte.Je vous affirme que, chaque jour, j'envie ceux qui se sont consacrés à Dieu, qui vivent, se meuvent, existent en Lui. Quoi en vérité de plus vénérable, de plus lumineux que cette vie ? C'est elle qui travaille avec art l'image pour lui rendre sa première beauté. C'est elle qui mène vers la béatitude. C'est elle qui sanctifie celui qui la possède. C'est elle qui orne celui qui la détient. C'est elle qui conduit vers la philosophie en Christ. C'est elle qui révèle les mystères. C'est elle qui enseigne la vérité. C'est elle qui fait retentir dans le cœur la divine parole. C'est elle qui conduit avec assurance l'homme dans le Ciel. C'est elle qui fait de la respiration une mélodie perpétuelle. C'est elle qui unit aux anges. C'est elle qui fait apparaître l'homme semblable à Dieu. C'est elle qui nous porte vers le divin et nous le rend familier. Voilà, frère bien-aimé, quelle est ma conviction, qui fait que je considère l'ascète comme supérieur à l'Evêque et je confesse cela en toute humilité... »
Acquérir les vertus, voilà en somme le but de la vie chrétienne, car elles nous rendent semblables à Dieu. Saint Nectaire les avait toutes acquises. Bien que poussé de tout son être à la vie ascétique, Nectaire se laissait guider par la volonté de Dieu. Il voulait être solitaire, mais c'est dans le désert du monde que Dieu permit que son serviteur servît et fût éprouvé.La renommée du Saint se répandit très vite dans le peuple Orthodoxe de l'Egypte. Nectaire était un Nathanaël au cœur simple et pur dont le Christ a dit : « Voici en vérité un Israélite chez qui il n'y a pas de fraude. »
« Pureté de cœur, droiture de l'esprit, écrivait-il à Xénia l'aveugle, voilà deux choses que nous devons aimer, que nous devons demander à Dieu, pour lesquelles nous devons lutter. Rien que cela nous conduit à la perfection. A elles seules ces deux choses font de nous des images de Dieu. Par elles, nos cœurs deviennent des trônes de Dieu. Par elles, nous devenons bienheureux et recevons les arrhes, l'avant-goût des choses à venir. »
C'est pour avoir purifié son cœur des passions que Nectaire fut digne d'être le temple et l'habitacle du Saint-Esprit et de posséder des charismes qui furent les siens.


LA PERSECUTION


Le Malin, le Diable, que notre époque rejette ou dépersonnalise – elle en fait un concept, comme celui de mal ou lui donne encore le nom de complexe-, Satan, contre qui le Seigneur Jésus Lui-Même eut à lutter, ne devait pas laisser Nectaire accomplir la volonté de Dieu sans le combattre au-dedans et au-dehors. Comment ? Bien simplement. Selon sa tactique éprouvée, en jouant sur le clavier des passions humaines. Contre Nectaire, il allait soulever la haine, la jalousie des courtisans patriarcaux, qui voyaient en lui le redoutable concurrent à la succession au siège de Saint Marc. Le Patriarche Sophrone était fort avancé en âge ; il avait à l'époque quelque quatre-vingt-dix ans. Les ambitieux l'abusèrent, en lui laissant entendre que son protégé, celui qu'il venait de sacrer Evêque, briguait le trône de Saint Marc, que tout le peuple était séduit par lui, que, même, dans un banquet, il avait accepté, sans protester, des vœux lui souhaitant l'accession au patriarcat d'Alexandrie. La chose eût été vraie, qu'elle n'avait rien de grave, car il est de bonne coutume de souhaiter l'avancement ou l'élévation de ceux qu'on admire.Un banquet, des souhaits, voilà des choses qui vont ensemble.
Puis on ajouta à tout cela des calomnies plus graves, des bruits sur ses mœurs, sur sa moralité. La calomnie est intarissable et celui qui en est atteint peut difficilement se justifier si Dieu ne lui vient pas en aide.
Le vieux Patriarche crut tout ce qu'on lui racontait, en fut profondément convaincu et céda à la colère. Pour les courtisans et les conseillers il n'y avait qu'un remède au mal : éloigner l'intrus de l'Egypte.


LA DESTITUTION

Sans aucune forme de procès, malgré les règles de l'Eglise, les canons, les Pères, les coutumes, le Saint fut congédié comme un simple valet. Un décret signé du Patriarche et voilà l'Evêque de la Pentapole destitué, chassé.
« Monseigneur Nectaire, disait le décret du 3 mai 1890, est relevé de ses fonctions de Directeur du Bureau Patriarcal et de la direction ecclésiastique.Il lui est cependant permis de demeurer, s'il le désire, en son domicile ( ô condescendance) pour y étudier, écrire et participer à la table commune des prêtres pour y prendre ses repas. Il lui est également permis de célébrer des offices sur la demande des particuliers. Il lui est formellement interdit de se rendre dans les villes dépendantes du trône, sous aucun prétexte, de même que dans l'ancien Caire, sans autorisation expresse. »


L'EXPULSION

Un autre décret, daté du 11 juillet de la même année, invitait le Métropolite de la Pentapole à quitter le sol égyptien. Le Malin menait bien la danse et tirait les ficelles invisibles qui animent les passions des hommes, comme au théâtre de Guignol où le machiniste n'apparaît jamais.
Saint Nectaire quitta l'Egypte, sans se justifier, sans se défendre, se disant comme Job : Dieu a donné, Dieu a repris, et comme l'Apôtre : « Nous sommes sûrs d'avoir bonne conscience. » Le témoignage pur de la conscience, Nectaire l'avait, car dans un sermon, il pouvait s'écrier du haut de la chaire d'une église du Pirée : « ...La bonne conscience, c'est le plus grand des biens. Elle est le prix de la paix de l'âme, de la tranquillité du cœur. Le repos calme de la conscience, c'est le repos de l'esprit. C'est elle qui répand la joie dans le cœur, c'est elle qui donne de l'audace devant Dieu, c'est elle qui fait que nos prières sont exaucées, c'est elle qui nous ouvre quand on frappe aux portes des Cieux, c'est elle qui nous transmet, tel un porteur, les grâces divines, c'est elle qui nous prodigue les fruits de l'Esprit Saint. C'est elle qui distribue les charismes, c'est elle qui comble le désir du bien sublime, c'est elle qui nous conduit vers le bonheur et la béatitude. C'est elle qui unit les âmes au Royaume des Cieux... »
Il est vrai qu'une telle conscience n'intéressait ni ne gênait les persécuteurs. Nectaire quitta l'Egypte. La voie du trône était libre. Les ambitieux satisfaits du départ de l'étranger allaient s'arranger entre eux.
Avant son départ, le saint père eut la consolation et la joie de constater que les brebis raisonnables du saint troupeau du Christ ne partageaient pas les vues et les manières des chefs ecclésiastiques.
Voici la lettre qu'elles lui remirent et qui était revêtue de plus de neuf cents signatures :
« Très saint Père, votre décision de quitter l'Egypte nous a profondément affligés et émus. Votre éloignement est considéré comme une perte irréparable. L'Eglise des Alexandrins est privée ainsi d'un des hiérarques les plus remarquables et la communauté locale d'un Pontife dont elle a apprécié les efforts dans son action inlassable pour le bien. Votre présence de quatre années au Caire a donné à tous les preuves tangibles de votre dévouement à la fonction sacrée à laquelle vous avez été appelé, de votre renoncement à vous-même, de votre zèle. A plusieurs reprises, vous nous avez donné l'occasion d'apprécier l'intégrité de votre personne, de reconnaître la multitude de vos vertus pastorales rares, par lesquelles vous avez su forcer l'amour et le respect de tous. Les secours accordés à ceux qui vous sollicitaient, le célèbre temple patriarcal que vous avez embelli, les locaux patriarcaux que vous avez restaurés, sont des témoins éclatants de vos vertus, de vos capacités.
Vos écrits, conçus dans le souci d'être édifiants pour les Chrétiens, témoignent des nobles dispositions de votre bon et grand cœur à la mesure de l'amour chrétien. Nous vous disons encore combien votre départ nous afflige. Nous sentons en nos cœurs comme un vide et jugeons comme un grand dommage moral la privation du plus sympathique des Evêques, du meilleur, du plus actif des clercs. Les voies de Dieu sont impénétrables ! Nous vous adressons les vœux intimes de nos cœurs, semés par vos vertus chrétiennes exceptionnelles.
Nous prions avec insistance votre Excellence de ne jamais cesser dans ses prières à Dieu de faire mention de nous vos amis, qui vous aimons... »


ATHENES

Le Saint s'exila à Athènes, où il trouva toutes les portes fermées. Partout l'hostilité d'Alexandrie le précédait. Nul n'avait le courage de prendre sa défense. Le saint père d'ailleurs ne sollicita jamais cette grâce, murmurant sans doute dans son cœur la Loi du Christ : « Bienheureux serez-vous lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera... »
Le ministre du Culte, à la porte duquel le Saint avait plusieurs fois frappé en vain, finit quand même par se poser des questions. Il se fit renseigner par l'agent consulaire grec au Caire qui, le 28 janvier 1894, lui écrivit la lettre suivante :
Monsieur le Ministre,
Par ordre de S.E. le ministre des Affaires étrangères, j'ai l'honneur de vous transmettre quelques renseignements concernant S.E. L'ex-Evêque de la Pentapole, Monseigneur Nectaire, et les raisons qui lui ont fait quitter l'Egypte. M. Jean C. a connu l'Evêque en question quand il était encore moine dans un monastère de Chio. Il le prit sous sa protection et le présenta à Sa Béatitude le Patriarche d'Alexandrie. Aux frais de certaines personnes, il fut envoyé à Athènes pour y faire des études de théologie et après avoir parcouru le cycle régulier, il y reçut le diplôme de licence de notre Université Nationale. Il revint alors ici et le Patriarche l'ordonna Archimandrite, l'établit prédicateur et secrétaire patriarcal. Dans ses fonctions il s'est montré fidèle, a servi avec zèle et a vraiment vécu en ascète. Ensuite il fut envoyé par le Patriarche chez son représentant au Caire, l'Evêque de Lybie, qui lui aussi, après un différend avec le Patriarche se retira à Smyrne. Nectaire reçut alors l'office de Légat Patriarcal qu'il conserva même après son élévation à l'épiscopat de la Pentapole.
Au début, le Patriarche s'est montré très satisfait des services de l'Evêque de la Pentapole qui était droit et actif. Mais ce dernier ne devait pas tarder à l'irriter par ses tendances à l'indépendance, aux initiatives personnelles, choses qui déplurent au Patriarche qui le qualifia de rebelle. S.B. Crut bon alors de l'éloigner de l'Egypte. Selon des sources patriarcales, aux dispositions à la rébellion vinrent s'ajouter des raisons d'immoralité.
Mais c'est un devoir pour moi de vous dire que, d'après d'autres sources signes de foi,le Métropolite a été victime d'intrigues et de calomnies.
Enfin, j'ai aussi l'honneur de faire connaître à V.E. que le Saint de la Pentapole est considéré par tous et même par certains du Patriarcat, comme un clerc parfait, droit, actif... »
Saint Nectaire, qui jusqu'ici était resté dans le silence, quand il vit que son affaire passait au plan officiel, crut bon de mettre les choses au point et écrivit à son Patriarche :
« Très Saint Maître,
Le ministre du Culte et de l'Instruction Publique s'est fait informer par l'Agent Consulaire du Gouvernement hellénique sur moi et sur les raisons qui m'ont fait quitter l'Egypte. Voici la réponse de l'Agent Consulaire... »
Saint Nectaire cite la lettre que nous venons de lire en omettant le paragraphe qui contient des éloges. Il fait cela par humilité, par délicatesse et aussi pour ne pas augmenter l'irritation du vieux Patriarche. Puis il continue :
Serais-je donc devenu si méchant aux yeux de votre sainteté, au point que, quatre ans après mon injuste renvoi d'Egypte, au cours desquels j'ai végété, cherchant mon pain quotidien, allant jusqu'à partager celui des pauvres, que j'étais muet et sourd aux attaques innombrables, les gens du patriarcat se soient laissés aller jusqu'à fournir de tels renseignements au Gouvernement grec qui en demandait officiellement ?
Quand votre Sainteté a-t-elle remarqué chez moi des tendances à la rébellion ? En quels actes les ai-je manifestées ? Quelles sont les preuves qui permettent de me qualifier d'impie, de rebelle, de serviteur perfide qui aurait conçu des choses mauvaises contre l'autorité ecclésiastique ? Quel tribunal ecclésiastique m'a jugé et condamné après avoir prouvé mon immoralité, pour que le Patriarcat ait eu l'audace d'informer l'Agent politique du Gouvernement grec qui demandait des renseignements et dire que j'avais été chassé comme rebelle et immoral ? Où sont les procès-verbaux ? Où sont mes accusateurs ? Où sont les témoins ? Où est le corps du délit ? D'où vient cette accusation qui me condamne à une mort morale ? Quel grand mal ai-je commis contre votre Sainteté ou contre quelqu'un du Patriarcat afin que je me donne la mort ? Pourquoi un tel ressentiment qui me poursuit si loin, cherchant ma destruction totale ? Mais en quoi donc ai-je pu vous nuire ? Quelle est ma grande faute envers vous ? Quelle est ma malice ? Quelle est ma méchanceté ?
Je prends Dieu à témoin, que jamais je n'ai conçu de mal contre personne. Je n'ai déisré que le bien seul, toute ma vie, et en suis devenu l'amant et l'artisan. Je pense avoir donné à votre Sainteté les preuves les plus manifestes de mes bonnes dispositions. Mais à quoi bon tout cel ! Le coup est donné, la haine est satisfaite, le malin serviteur exemplairement châtié. Pourquoi une justification devenue inutile ? Pour rien certainement, si ce n'est pour faire connaître à votre Sainteté que tout son ressentiment est injuste.
Que Dieu qui m'est témoin soit aussi mon juge. »
Cette lettre pathétique se passe de commentaire. Bien sûr le vieux Patriarche n'y répondit pas. Nectaire ne murmura pas contre ses ennemis. Il mit toute sa confiance en Dieu. Son cœur était pur. « Celui qui a le cœur pur, écrivit-il, celui qui n'est pas accusé par son cœur, qui fait le bien et ce qui est agréable et parfait aux yeux de Dieu, celui qui observe scrupuleusement les commandements du Seigneur, celui-là a l'audace de se tenir devant Dieu.
«  Tout ce qu'il demande, il le reçoit de Dieu. Celui qui a le cœur pur est fils bien-aimé de Dieu. L'Esprit du Fils habite en son cœur, il reçoit ce qu'il demande, trouve ce qu'il cherche et on lui ouvre quand il frappe. Quoi de plus bienheureux qu'un tel homme ! De quel bien peut-il être privé ? Tous les biens, tous les charismes du Saint-Esprit ne sont-ils pas rassemblés en cette âme bienheureuse ? Que lui manque-t-il ? Rien ! Oui, mes frères Chrétiens, rien ! »
Comblé de tous les biens divins, Nectaire fut privé de toute consolation humaine dans la capitale grecque, privé même du pain quotidien, végétant, selon se propre expression.
Mais Dieu allait récompenser sa patience dans les épreuves.Un jour, alors qu'il venait d'arpenter les couloirs du ministère du Culte, en quête de la moindre, de la plus petite place de prédicateur, il descendait triste, pleurant, l'escalier du Ministère pendant que le maire de la ville le montait ; Les deux hommes se rencontrèrent et le Saint raconta au maire toute son histoire puis ajouta : « J'ai sollicité du ministre une charge de prédicateur de province. Il m'a répondu que malgré la grande nécessité qu'il avait de trouver de bons prédicateurs, il ne pouvait me donner satisfaction, parce que je n'avais pas la nationalité grecque. »

En effet, Nectaire, né en Sélybrie de Thrace, était sujet turc et ne jouissait pas de la citoyenneté grecque. Le maire pria le Saint de le suivre et tous deux allèrent chez le ministre. Le soir même, Nectaire était nommé prédicateur.


LE PREDICATEUR

Le grand hiérarque, l'ornement de l'Eglise d'Alexandrie, devenait simple prédicateur de province, de la province de l'Eubée. Mais il était heureux, son cœur était satisfait. De nouveau il pouvait servir son Dieu par le ministère de la parole. Mais de pénibles épreuves l'attendaient là aussi. Dès sa première prédication qui pourtant fut divine, inspirée, sainte, il fut profondément affligé.
Les calomnies l'avaient précédé et c'est devant un auditoire indifférent, ironique qu'il prit la parole. Le Saint atteignait le point culminant de la souffrance morale mais ne désespéra pas, sachant ce que dit l'Apôtre Pierre dans sa première épître : « Réjouissez-vous, quoique maintenant, puisqu'il le faut, pour un peu de temps, diverses épreuves vous attristent, afin que l'épreuve de votre foi – beaucoup plus précieuse que l'or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – tourne à votre louange, à votre honneur et à votre gloire, lorsque Jésus-Christ paraîtra, lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore. Et vous vous réjouirez d'une joie ineffable et glorieuse, remportant le prix de votre foi, le Salut de vos âmes. »
Ayant en mémoire ces divines paroles, il remonte en chaire le dimanche suivant. Il parle, exhorte, conseille, enseigne. Doux et calme, il fait front à la tempête qui agite l'assemblée, entraînée par les bruits des calomniateurs. Le Saint prie pour eux, pour ces responsables qui entraînent le peuple, sachant que tôt ou tard « celui qui agit injustement recevra le salaire de son injustice », bien qu'il ne désire pas cela pour ses ennemis . Cette fois encore il ne parvient pas à convaincre son auditoire. Sa déception croît, augmente. Il pense en lui-même : « Je reviendrai encore dimanche prochain. Mais si je ne parviens pas à susciter un intérêt religieux, c'est qu'il me faudra partir ! C'est le Seigneur qui le veut. Que son Nom soit béni ! »
Sa décision était prise, définitive. « Encore une prédication pour être sûr de la volonté de Dieu », murmura-t-il.
La semaine qui suivit fut un martyre. Pendant ce temps Dieu agissait. Des nouvelles bouleversantes arrivèrent d'Alexandrie, toutes dignes de foi et de crédit. Subitement les choses changèrent, des opinions nouvelles firent le tour de l'Archevêché d'Athènes et de là parvinrent jusqu'aux oreilles de la Métropole de Chalcis. Tout ce qu'on avait dit sur le Saint de la Pentapole était mensonge et calomnie, jalousie de la cour alexandrine. Le Saint avait en main la lettre de salutation et des neuf cents signatures de son troupeau d'Egypte. La vérité ne pouvait plus être cachée. Comme les calomnies, elle fit vite le tour de la ville et lamain toute-puissante de Dieu fit remonter en chaire, pour la troisième fois, Nectaire. Ilparla cette fois devant une assemblée compacte, respectueuse, émue, et la toucha, la bouleversa par sa prédication sincère et véridique.
Comme en Egypte, le peuple l'aima beaucoup. MaisNectaire ne resta pas longtemps à Chalcis de l'Eubée, car un autre décret le nomma prédicateur d'une autre province. Il quitta donc l'Eubée pour la Phtiotide, canton de l'ancienne Thessalie. C'est dans ce pays que le père d'Achille régna et que naquit le héros grec.

Le maire de Chalcis se fit le porte-parole de la population et écrivit au Saint : «  Monseigneur, notre ville et toute la province expriment par moi à votre révérence leur tristesse de vous voir quitter l'Eubée où vous avez vécu pendant deux ans et demi comme prédicateur. La faveur et le profond respect que vous portent tous les âges sont l'expression des sentiments des cœurs de toute la province, que vous avez suscitées par vos prédications et votre comportement tout chrétien... »

Dieu permet que l'épreuve frappe ceux qui L'aiment et qu'Il aime. L'épreuve acceptée est purificatrice, elle est comme le ciseau entre les mains du sculpteur, qui pénètre dans le marbre ou la pierre pour en dégager les contours et les traits de l'image. Les grands charismes, tels que ceux que possédait Nectaire supposent de redoutables épreuves.


DIRECTEUR DE L'ECOLE DE THEOLOGIE


Dieu, qui par sa Providence gouverne tout et qui par son œil auquel rien n'échappe veille sur toute la création, sur tous les êtres, n'oubliait passon fidèle et ardent serviteur. Mon père et ma mère me délaisseront, dit le psalmiste, mais le Seigneur prendra soin de moi. Lui seul, dont les voies sont impénétrables, connaît le pourquoi des choses.

La réputation du Saint grandit tellement qu'elle parvint jusqu'au Palais Royal de Grèce, jusqu'aux oreilles de la reine Olga, qui manifesta le désir de connaître nectaire. Elle devint sa fille spirituelle et c'est grâce à elle qu'il fut placé là où Dieu avait décidé qu'il fût. Il prit la tête d'une institution qui devait donner à la nation renaissante et à l'Eglise Orthodoxe de Grèce, des hommes de tout premier ordre.
Fondée par les frères Rizari, l'Ecole de Théologie, qui porte leur nom, se trouve en plein Athènes, voisinant avec le Musée Byzantin. Elle avait pour mission de former des clercs et des laïcs pour le service de l'Eglise. Quand Saint Nectaire en prit la direction, elle se trouvait en pleine anarchie, en pleine décadence. Celui qui, plus tard, devait le remplacer, le futur métroploite d'Athènes Chrysostome Papadopoulos, écrivit que grâce au Métropolite Nectaire et au corps professoral qualifié qu'il avait choisi, l'Ecole des Rizari avait trouvé son équilibre intérieur et un grand essor spirituel.
Au seuil de la seconde année de direction, le 18 septembre 1895, Saint Necatire prononça devant les élèves et les professeurs assemblés autour de lui le discours suivant :
« Voici que nous commençons les études de la nouvelle année scolaire...
L'année scolaire, par une heureuse coïncidence, commence en même temps que l'année agricole. Les agriculteurs dès maintenant préparent les semences afin qu'elles donnent des tiges robustes et des fruits abondants et que la récolte soit opulente en son temps. De même, les maîtres comme d'autres cultivateurs du champ spirituel, commencent dès aujourd'hui à jeter leurs semences spirituelles, semant des graines bonnes et abondantes, afin d'en recueillir le produit au temps de la moisson.
Le laboureur, avant de livrer le grain à la terre, ouvre de profonds sillons, la prépare avec soin, afin que la semence, la trouvant favorable, donne des tiges robustes et des épis gras. De même procède-t-on dans la culture spirituelle...
Comme dans la culture naturelle autre est le champ et autre celui qui le cultive, de même en est-il dans la culture spirituelle. L'esprit et le cœur des élèves, c'est la terre qu'il faut cultiver, les professeurs sont ceux qui cultivent et sèment. Ce qui arrive en agriculture arrive aussi dans l'enseignement. Si le grain tombe en terre fertile, il porte du fruit : l'un cent, l'autre soixante, un autre trente pour un. Mais si le grain tombe sur la route, sur des pierres ou dans les ronces, alors celui qui est tombé sur le chemin est mangé par les oiseaux, celui qui est tombé dans les pierres se dessèche, n'ayant rien où puiser sa sève, celui enfin qui est tombé dans les ronces est étouffé par elles.
Dans cette similitude, la différence c'est que le champ spirituel est celui-là même qui a été créé à l'image de Dieu, c'est-à-dire raisonnable, non déterminé, doué de connaissance, de volonté, de sensation, en mesure d'être la terre bonne et fertile, capable de rapporter trente, soixante, et même cent pour un...
Puissions-nous, dès le début de cette année scolaire, apporter toute notre application, tous nos soins, afin que parvenus avec l'aide de Dieu au terme de nos études, nous montrions nos épis et présentions d'innombrables gerbes le jour de la moisson. En vérité autre est celui qui sème, auttre celui qui moissonne. Puissions-nous recevoir la juste récompense de nos peines. Amen ! »
Le saint hiérarque dirigea son école avec beaucoup de douceur mêlée d'austérité. Sa personnalité a marqué tous ceux qui le connurent. Ses yeux bruns répandaient un rayonnement semblable à celui de l'aurore. Une barbe symétrique, blanche comme la neige, entourait son visage. L'âme de Nectaire se manifestait aussi dans ses paroles, ses gestes, ses actes, ses attitudes, son comportement envers les grands et les petits.
Il avait une âme innocente, comme celle de l'enfant qui croit tout. « Selon le règlement de l'Ecole, raconte un ancien élève, il n'était permis aux élèves de sortir en ville que les jours de grandes fêtes. Au cours de ces journées bienheureuses, nous nous répandions dans la ville et notre principal plaisir était d'aller manger des beignets dans une pâtisserie proche de l'Ecole...
Les jours de sortie, cet établissement était noir de soutanes. Dès le soir du samedi, nous songions au procédé qu'il faudrait utiliser pour obtenir la permission du directeur.Les dimanches d'été, notre directeur avait l'habitude de se promener devant la chapelle de l'Ecole, afin de jouir de la fraîcheur du matin et du parfum des fleurs...C'est à ce moment-là que nous mettions à exécution nos plans de sortie. Une fois, nous avions convenu que l'un de nous dirait que son oncle était gravement malade, qu'un autre prétexterait que ses parents lui avaient envoyé un colis de figues et de raisins secs, de gâteaux, etc... et qu'il devait aller le chercher dans un certain hôtel. Un troisième aurait un terrible mal de dents et aurait à se rendre chez le dentiste, etc...Tous ces prétextes devaient nous conduire à la pâtisserie.
Le premier, celui dont l'oncle était soi-disant malade, se présenta au directeur, s'inclina, embrassa sa main droite et, l'air douloureux, annonça la maladie de l'oncle, et demanda la permission d'aller le voir. Le directeur, très ému, donna non seulement la permission, mais formula des souhaits de rétablissement et demanda à être informé de l'état du malade dès le retour de l'élève. Un moment après, le second arriva, celui du colis de figues et de raisins secs, que l'hôtelière risquait de manger. Lui aussi reçut avec la plus grande facilité la permission, de même que celui qui souffrait de l'atroce mal de dents.
J'arrivai le dernier, sans avoir rien imaginé. Dès qu'il me vit, il eut des soupçons sur notre jeu.Par un geste de la main, il me fit signe de ne pas parler... « pas un mot », ce qui veut dire « n'approche pas...Je ne veux rien entendre. » Moi, très peiné, je fis demi-tour et partis. Son âme sainte fut alors émue. Il se repentit de sa dureté, m'appela, accepta ma révérence et me donna la parole :
  • Je veux moi aussi, Excellence, aller avec les autres.
  • Mais eux...
  • Moi, je vais vous dire la vérité...Je veux aller manger des beignets.Je ne sais pas si les autres vous ont dit la vérité.
Puisque donc je lui disais la vérité, il me bénit et me dit :
  • Tu as ma bénédiction. Va, et quand tu seras de retour, tu me diras si les autres ont menti.
    Avant de rentrer à l'école, nous achetâmes un paquet de figues sèches.J'allai seul chez le directeur et le priai de me pardonner pour avoir le matin même soupçonné mes condisciples. Il m'interrogea sur la santé de l'oncle malade et je lui dis qu'il allait mieux. Je lui offris les figues, de celles soi-disant reçues par mon ami. Son visage s'illumina de bonheur. Nous ne lui avions pas menti. Même s'il avait hésité à nous croire, je suis sûre que sa bonté inépuisable aurait pardonné notre puérile malice. »
    Quand un élève était dénoncé pour indiscipline, il le faisait appeler et acceptait sa justification, croyant plutôt l'accusé que l'accusateur. Un autre de ses élèves, parlant de la manière pédagogique de son maître, dit qu'au lieu de punir les indisciplinés et ceux qui bravaient le règlement, il se punissait lui-même par la grève de la faim. Le même élève le vit se punir par trois fois à la suite de désordres occasionnés par les étudiants. Saint
    Nectaire a été, pour les élèves comme pour le personnel de l'école, un père affectueux.
    Une religieuse d'Egine, qui a longtemps connu le Saint, raconte que lorsqu'il était encore directeur de l'école, l'employé préposé au nettoyage et à l'entretien tomba gravement malade et fut hospitalisé. A cette époque il n'y avait pas en Grèce comme ailleurs de Sécurité Sociale et le pauvre employé crut qu'on l'avait remplacé. Dès qu'il fut en mesure de reprendre le travail, il se rendit à l'école et la trouva dans un état de parfaite propreté. Il retourna chez lui et dit à sa femme qu'un autre occupait sa place. Celle-ci lui dit pour l'encourager d'aller de bonne heure un matin voir le remplaçant. Le mari revint le matin vers cinq heures et vit son remplaçant qui était le Saint, en train de balayer les toilettes, tout en se disant : « Nettoie, Nectaire, c'est tout ce que tu es digne de faire. »
    Saint Nectaire l'aperçut, l'appela et lui dit :
  • Viens ici, ne t'étonne pas, mais écoute et fais attention. Tu es surpris de me voir nettoyer l'école. Ne crains rien, je ne prendrai pas ta place, au contraire je fais tout pour te la conserver jusqu'à ton rétablissement total. Tu sors de l'hôpital et avant deux mois tu ne pourras pas travailler. Que vas-tu faire ? Si on te renvoie, comment vivras-tu ? Et si on en embauche un autre, que feras-tu ?...C'est pourquoi je viens à ton aide. Mais prends garde : tant que je vivrai en ce monde, personne n'apprendra ce que tu as vu... »
    Voilà un des signes de la véritable humilité et de l'amour du prochain.
    Une autre fois quelqu'un vint le trouver. Le Saint le reçut comme un ami de vieille date et lui demanda ce qu'il voulait.
  • Père saint, dit le visiteur inconnu, je dois vingt-cinq drachmes. Demain il me faut les rembourser et je n'ai pas un sou. Je suis perdu. Je t'en supplie, aide-moi.
    Le Saint appela Costi, qui était aussi son trésorier. Costi, qui avait entendu la conversation, fit la sourde oreille. Dans la caisse il y avait à peine une trentaine de drachmes et la fin du mois était encore loin.
Le Saint réitéra son appel.
  • Donne, lui dit-il, vingt-cinq drachmes à cet homme qui en a besoin.
    Cette fois Costi répondit :
  • Je n'ai rien, Père saint, répondit Costi.
  • Cherche bien, Costi, car c'est un impérieuse nécessité.
  • Il n'y a que vingt-cinq drachmes dans la caisse et nous ne sommes qu'au début du mois.
  • Donne-les, Costi, Dieu est grand !
    Tous, raconte un autre témoin, Mme A.D., honoraient le saint visiteur inconnu qui partit.
    Dans l'après-midi, un mot de l'Archevêché demandait au Saint de remplacer l'Archevêque malade, pour la célébration d'un mariage pour lequel le saint Père reçut une enveloppe contenant cent drachmes. Il la remit à Costi tout en lui disant :
  • Costi, nous les hommes, nous n'avons rien, mais Dieu, Lui, possède tout et Il veille...
    Durant son séjour à Athènes, il prêcha beaucoup dans les églises de la capitale et celles du Pirée. Sa renommée d'homme de Dieu grandissait. Beaucoup de Chrétiens, tels des cerfs altérés, comme dit le psalmiste, le visitaient, se confessaient, lui demandaient conseil. Il devenait le « starets », le guide spirituel de la Grèce.
    C'est à cette époque que l'un des maîtres actuels de la vie spirituelle, l'Higoumène de la Source Vivifiante de Paros, le connut : « ...Un ami me dit un jour, écrit-il, alors que je me préparais pour aller me confesser ( comme autrefois Philippe dit à Nathanaël), viens avec moi, allons nous confesser à un père spirituel vertueux, un Saint auquel je me confesse. Il faut que tu le connaisses, tu en tireras un grand profit. » Nous allâmes le trouver. J'en fus si satisfait et si heureux qu'à partir de ce jour j'allais souvent me confesser à lui.
    Il me disait d'aller le trouver fréquemment pour recevoir ses conseils, ses instructions et apprendre de lui comment fuir le monde, les pentes du péché, et acquérir les vertus...Je mettais donc tout mon empressement à aller le voir.
    Je révélai à mon maître spirituel mon dessein de devenir moine et lui demandai ce qu'il en pensait.Il me répondit :
  • Tu as bien pensé. Tu as choisi la meilleure part. Mais dans quel monastère as-tu l'intention de te retirer ?
  • Jusqu'à présent je n'ai rien décidé de précis, lui répondis-je.
  • Si tu veux aller dans un couvent de Grèce, reprit-il, tu donneras ta préférence au saint monastère de Longovarda, dans l'île de Paros, où moi-même suis allé quand j'étais encore diacre et secrétaire du couvent de Néamoni de Chio. J'ai plusieurs fois visité le monastère de Longovarda.J'ai assisté aux offices, constaté l'ordre, vu la piété, la foi, la dévotion, l'amour des Pères pour Dieu et le prochain, ainsi que la vie ascétique qu'ils y mènent. Si tu n'y vas pas, ne va alors dans aucun autre couvent. Mieux vaut pour toi rester dans le monde.
    Quand je lui dis que j'avais l'intention de me retirer au Mont-Athos, il me dit :
  • Vas-y, mais pas dans un couvent idiorythmique. Préfère la vie communautaire ou ascétique. Mais mon conseil paternel, c'est que tu choisisses Longovarda. Là-bas, tu tireras profit de tout, tout en étant toi-même utile. Un jour viendra où tu iras malgré toi.
    Sur ces paroles je le saluai et choisis le Mont-Athos. Nous partîmes, mon ami et moi. Nous nous arrêtâmes à Thessalonique, et y débarquâmes afin d'aller nous recueillir sur la tombe de Saint Démétrius le Martyr. Les Ottomans nous soupçonnèrent et nous prirent pour des espions. Non seulement ils ne nous autorisèrent pas à nous rendre sur l'Athos, mais ils nous firent garder par des soldats.Je demandai à voir le Pacha, ce qui me fut accordé, mais il était absent.Alors une dispute éclata entre son représentant et moi. Je lui dis qu'il nous retenait injustement en ne nous laissant pas partir pour l'Athos, que nous n'étions pas des espions.
    Il fit venir une trentaine de soldats avec des officiers qui s'emparèrent de moi et m'enfermèrent dans une prison afin de m'exécuter. Mais, par la bienveillance de Dieu et par les prières de Saint Démétrius patron de Thessalonique, je rencontrai sur la route de la prison le Pacha qui me fit libérer et escorter par un soldat jusqu'au port où on m'embarqua sur un navire grec.
    Ainsi, sans l'avoir voulu, je retournai en Grèce et allai au monastère de Longovarda où je me trouve depuis quarante ans. Ce que le Saint m'avait dit s'est réalisé. »
    Le don du discernement et de la prophétie que Dieu donne à ses Saints, Nectaire le possédait aussi. Le divin Mélèce dit que le discernement c'est la lampe qui lui dans les ténèbres, le guide des égarés, le port des naufragés.
    « Tous, raconte un autre témoin, Mme A.D., honoraient le Saint pour ses nombreuses vertus, pour sa sagesse et pour le modèle exceptionnel qu'il incarnait de la vie chrétienne. Sa personne resplendissait sous l'effet de la Grâce de Dieu. Par la noblesse et la bonté de son cœur, il attirait à lui tout le monde. Pour moi et pour mon époux, prêtre en Amérique, c'était un grand honneur, une bénédiction que de recevoir chez nous un père aussi saint et aussi remarquable...Il passait ses journées dans la solitude, dans la prière, et à enseigner. Le matin, le soir, il se retirait pour prier seul. Il méditait de longues heures au cours des promenades qu'il faisait dans le bois de la Gortynie dans le Péloponnèse. AU cours de son séjour chez nous, alors que j'entrais dans ma trente-septième année, je tombai malade subitement. Je perdis connaissance et le médecin diagnostiqua une méningite. Saint Nectaire, présent pendant l'examen médical, répondit qu'il ne s'agissait pas d'une attaque de ce mal. « Non, dit-il, je ne crois pas. »
    Après le départ du médecin, alors que mes parents étaient plongés dans une profonde inquiétude, Saint Nectaire les pria de quitter ma chambre et, demeuré seul près de moi, agenouillé, il adressa à Dieu une prière ardente à mon intention. Son intercession terminée, il me quitta et dit aux miens : «  Non, ne soyez pas inquiets, elle n'a rien de grave. »
    Quatre heures après, je revins à moi, m'assis sur mon lit, étonnée de me voir couchée. Que m'était-il arrivé ? Et me tournant vers lui, je lui demandai ce que j'avais. Il me dit : « Tu avais sommeil et tu as dormi. »
    Voilà un miracle évident, accordé par Dieu sur sa prière et attesté par plusieurs témoins...Le miracle de ma guérison emplit d'étonnement les habitants du pays qui vinrent le trouver pour recevoir sa bénédiction. Notre maison devint un lieu de pèlerinage. Lui fuyait les louanges des hommes et la diffusion de ses actes qu'il considérait comme normaux, simples, naturels. »
    Quand le Saint célébrait la divine Liturgie, au moment où le choeur, par le chant du Chérubicon, invite les fidèles à ressembler aux anges afin d'accueillir le Christ qui symboliquement entre dans Jérusalem pour y offrir le sacrifice de Lui-même, en tant que Grand Prêtre, victime et autel, pendant que le liturge prie Dieu, confessant que « Nul n'est digne, s'il est lié par les désirs charnels et par les voluptés... » de Le servir, de s'approcher de Lui, car c'est chose grande et redoutable même pour les anges, pendant cette prière Nectaire apparaissait comme immatériel. Sa face éclatait de lumière ; il ressemblait, disent les témoins, à un ange.
    Quand un autre Evêque venait concélébrer avec lui dans l'église de l'Ecole,jamais il n'acceptait la première place, même quand elle lui revenait par droit d'ancienneté. Toujours il se plaçait du côté droit de l'autel, ne portait que le petit pallium et à la place de la mître, le voile noir des moines.
    Le billet qui donnait accès à l'église de l'Ecole était vraiment un grand privilège. Celui qui parvenait à l'obtenir pouvait contempler Nectaire debout sur le podium épiscopal, au milieu de ses élèves, telun ange, présidant l'Office divin, tel un être immatériel. C'était, disent ceux qui ont prié avec lui, une vision de la Liturgie Céleste.
    Nectaire n'est pas devenu Saint après sa mort ; c'est toute sa vie qu'il a été un Saint. Dans l'âme de tous ceux qui l'approchaient, surtout dans celle de ses élèves, il savait distiller comme un nectar les divines paroles. Nectaire était un homme de grande prière, d'une force spirituelle exceptionnelle. Et c'est en maître expérimenté qu'il parlait à ses moniales d'Egine de la PRIERE du COEUR, qui est le mode le plus élevé de l'oraison. Seul ce mode est appelé Prière par les Pères. L'autre, celui qui est proféré par les lèvres, est dit Psalmodie.
    Quand le Saint était en prière,il n'entendait jamais quand on frappait à la porte et, si l'on poussait l'audace jusqu'à entrer chez lui sans y être invité, on le trouvait en extase, agenouillé, les mains levées vers le Ciel, le regard fixé en haut, entouré comme d'une flamme, possédé par l'amour divin qui le brûlait sans le consumer. « L'éros divin, écrit-il, c'est l'amour parfait pour Dieu, c'est un désir insatiable de Dieu. L'éros divin naît dans le cœur qui a été purifié, car c'est là que jaillit la Grâce divine...Le cœur de celui qui aime le Seigneur ne sommeille jamais.Il veille à cause de l'intensité de son amour. Si l'homme dort par nécessité de sa nature, le cœur, lui veille pour la louange de Dieu. »
    Le jeune Costi, qui fut comme son fils adoptif et qui vit encore de nos jours, raconte que Saint Nectaire veillait et priait tard dans la nuit. Souvent il le voyait baigner dans une lumière éclatante comme de l'or. « Une nuit, raconte-t-il, je fus saisi de frayeur et me mis à crier de toutes mes forces : « Au feu ! Au feu ! » Des langues de feu s'élevaient du visage et de tout le corps du Saint. J'allais à lui. Mais Nectaire était en extase, en union avec le Christ. Je voulais éteindre les flammes, je touchais la soutane de mon saint maître...C'était le feu de la Grâce, le feu immatériel de la déification. L'âme de Nectaire était tout entière lumière et feu, enveloppant son corps saint comme un vêtement de feu... »
    Il aimait beaucoup, raconte encore Costi, les indigents, les pauvres, les humbles. Quand un personnage en vue venait le voir dans son bureau, il me disait :
  • Costi, Costi ! Mon enfant, ils sont bien creux les hommes érudits...
    Rarement il retenait auprès de lui les hommes réputés savants, instruits. Ils ne remplissaient pas son cœur. Il préférait le cuisinier de l'Ecole, le jardinier, le portier. Il les enseignait tous pendant que lui-même montait dans les Cieux par sa sainte foi. Sa parole rafraîchissait les âmes, affermissait les ébranlés. Souvent il regardait la rue de sa fenêtre et bénissait tous les passants, sans les connaître.
    Il était généreux et donnait tout ce qu'il possédait : argent, vêtements, chaussures. Un jour, alors qu'il célébrait les divins Mystères dans une église d'Athènes, un prêtre pauvre, entra dans le sanctuaire pour assister ; Sa soutane était plus qu'usée, en loques.Le Saint lui donna la sienne, l'unique, disant à quelqu'un étonné de son geste : « Cela ne fait rien,je trouverai le moyen d'en faire une autre. » Dieu, en vérité, envoyait toujours à son fidèle serviteur l'indispensable, le nécessaire et cela en temps opportun. « Tu ouvres ta main généreuse, dit l'Ecriture, et tous sont rassasiés de tes bienfaits... »
    Il jouissait de l'estime de tous et on venait le consulter sur des problèmes les plus divers. C'était au moment des élections. Des jeunes gens étaient venus s'entretenir avec lui. Dans les rues, les partis adverses défilaient, des querelles de rue s'élevaient...Costi se leva pour descendre dans la rue :
  • Veux-tu, père, que je descende aussi dans la rue ?
  • Reste tranquille, lui dit le Saint. Tu es trop jeune pour t'occuper de ces choses.
  • Je descendrai quand même, père.
  • Reste tranquille, mon enfant béni. Où iras-tu ? Tu ne vois pas le désordre ? On va te battre, te rouer de coups. Ne descends pas.
    Costi ne voulut rien entendre et sortit. Dès qu'il fut dans la rue, des hommes le saisirent et le rouèrent de coups.
  • Mon enfant béni, dit le Saint, pourquoi as-tu désobéi ? Pourquoi es-tu sorti pendant la manifestation ?
    Et tout en disant cela, il pansait la tête ensanglantée du jeune homme.
    -Un bon citoyen, continua-t-il, exprime son choix dans l'isoloir, par un vote secret. Beaucoup d'hommes, mes enfants, viennent me trouver et me demandent en confession pour qui voter. Je garde le silence.
  • Pourquoi, père saint ? Et que répondez-vous ?
  • Mes enfants bénis, le silence est aussi une réponse, il suffit qu'il ne soit pas une insulte. Choisissez une âme bonne, un cœur sans reproche ; un Chrétien aimable, sage, sans passions, noble...
  • Nous vous remercions, père, pour vos conseils.
  • Non, pas à moi vos remerciements, mais à Dieu.
    En 1898, durant les vacances de l'Ecole, il visita les monastères de la Sainte Montagne de l'Athos, et le Patriarche de Constantinople, Constantin V, lui écrivit pour lui demander ses impressions. A l'infirmerie du couvent de Simon-Pierre se trouvait un moine atteint d'une maladie contagieuse. Le Saint le visita, se pencha sur lui et lui donna le saint baiser de paix sur la bouche.
    Absolument désintéressé à l'égard du dieu de l'argent, il éditait ses livres à ses frais et les distribuait gratuitement, les envoyait à des ministres, des députés, des professeurs, les donnait aux étudiants qui terminaient leurs études ou à ceux qui venaient le visiter. Ses œuvres principales sont :
  • De l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique.
  • De la Tradition sacrée.
  • Homélies sur le caractère divin de l'oeuvre de notre Sauveur Jésus-Christ.
  • Trésor de sentences de la Philosophie sacrée.
  • Méditations sur les Saints Mystères.
  • Le Psautier du Prophète David.
  • Etudes historiques sur les causes du schisme.
  • Connais-toi toi-même.
  • Discours ecclésiastiques sur la nécessité des Conciles oecuméniques.
A propos des Conciles oecuméniques, le Saint disait qu'il n'y en aura plus dans le sens ancien de l'Eglise indivise. Les sept premiers symbolisaient le nombre SEPT qui est celui de l'Eglise.
    - Histoire du Nouveau Testament.
De la multitude de ses écrits apparaissent la variété de son savoir, son érudition, sa connaissance des Saintes Ecritures, des Pères auxquels se réfère toujours son Orthodoxie. Nectaire peut prendre place parmi les grands théologiens du XIX° siècle. Les grands courants de la théologie hétérodoxe lui étaient familiers, et souvent il leur a opposé la tradition et la pensée Orthodoxes.
Très cultivé, il connaissait le latin et le français. Dans la bibliothèque de sa cellule d'Egine figurent de grands dictionnaires et encyclopédies français, des ouvrages de théologie et de littérature française.

ESPOIR ET REHABILITATION


En1899, le vieux Patriarche Sophrone rendit son âme à Dieu. Saint Nectaire crut l'heure de sa réhabilitation arrivée. Il ne désirait ni siège, ni rentes, mais seulement la régularisation de sa situation d'Evêque, car jusqu'à présent, il n'était pas officiellement reconnu comme membre de la hiérarchie grecque, comme lui-même le dit dans sa lettre au Patriarche oecuménique. En Grèce, il était considéré comme Evêque de passage, séjournant à Athènes.


Le trône de Saint Marc lui revenait. Tout le peuple Orthodoxe de l'Egypte tourna un instant les regards vers lui. «  ...Sa candidature est celle qui s'impose le plus, écrivait à l'époque le journal Anaplasis. Parmi les hiérarques de l'Eglise d'Orient, Nectaire est le plus remarquable, le plus cultivé, le plus enthousiaste, le plus irréprochable. Il est un écrivain fécond, travailleur infatigable de l'esprit. La vérité et le service de la parole sont sa nourriture et ses délices. Désintéressé à l'excès, ami du bien à l'extrême, calme mais fort, doux mais ferme, pur dans sa vie, jusqu'à réaliser ce que César désirait pour sa femme : être au-dessus de la médisance et du soupçon, pudique, distingué, modeste dans sa tenue, au-dessus de la mesquinerie, des critiques, des passions, de la jalousie, l'harmonie et la mesure de toutes les vertus...Si un autre plus digne que lui est choisi pour occuper la chaire patriarcale d'Alexandrie, nul ne se réjouira plus que lui. Si c'est lui qui est élu, lui le modeste, il n'aura qu'une ambition : comment se rendre digne de sa mission, en toute humilité. »

A l'étranger aussi on vit en Nectaire le successeur de Sophrone, mais Photius fut le favori du destin. Il monta sur la chaire alexandrine en octobre 1902, Nectaire lui écrivit la lettre suivante :
«  Béatitude,
Ci-inclus, je remets à Votre Béatitude deux écrits de feu le Patriarche et Père Sophrone...par lesquels il me suspend de ma place, me relève de mes fonctions, me congédie comme un valet, me chasse d'Egypte et tout cela sans jugement, sans raison, sans défense...
Cette décision, Béatitude, est contraire aux canons, aux constitutions ecclésiastiques, elle est aussi injuste qu'arbitraire... Nous, dans l'absolu respect pour sa personne sacrée et, dans un esprit de paix, nos protestations sur cette double injustice n'ayant pas été entendues, nous nous soumîmes à sa volonté et quittâmes l'Egypte, dans l'espoir de trouver justice le jour où cela plairait au Seigneur ; Je considère ce jour arrivé avec votre Béatitude ; C'est pourquoi je la prie de me rendre justice, en me confirmant Evêque de son trône patriarcal et en me faisant connaître par écrit sa juste décision... »
Le Saint ne demandait rien d'autre que la régularisation de sa situation canonique. Le nouveau patriarche, qui ne tenait pas à ouvrir un dossier pas très honorable pour son siège, ne répondit pas et fit la sourde oreille. Nectaire s'adressa alors au Patriarche de Constantinople, Joachim III, pour lui demander son arbitrage. Treize années s'étaient écoulées depuis son départ d'Egypte.
« C'est avec respect, écrivit-il, que je remets à Votre Sainteté la copie de ma lettre au Patriarche Photius d'Alexandrie et celle de trois écrits du Patriarche Sophrone par lesquels il me donne congé de la place que j'occupais dans le patriarcat d'Alexandrie, me relève des fonctions que je tenais de lui, me renvoie comme un domestique, sans jugement, sana apologie...
Par ma lettre au patriarche Photius, je demande la réparation de l'injustice qui m'a été faite et satisfaction de mes droits. Mais bien que S.B. Soit depuis onze mois en possession de ma lettre, elle nous a jugé indigne de réponse. Une telle attitude m'étonne. J'ai cru bon, cherchant un conseil, de recourir à votre vénérable sainteté pour lui demander ses sages avis et ce qu'il convient de faire...car je suis comme un égaré en n'appartenant à aucune Eglise autocéphale. Même en Grèce, après quatorze ans de service d'employé, le saint synode me considère comme évêque de passage et dans tous les écrits que je lui adresse, il exige la mention «  Evêque en déplacement ». C'est là un fait inconnu des chroniques ecclésiastiques qu'un Evêque congédié, ne relevant d'aucune Eglise. Je pense que ni votre Sainteté ni un savant connaisseur des canons et des constitutions ecclésiastiques peut juger cela bon et l'approuver... »
Personne ne prit la défense de Nectaire. Le Saint devait mourir dans une situation canonique irrégulière bien que glorifié par Dieu.


ORIGINES DU COUVENT D'EGINE


Au cours de ses innombrables prédications, tant à Athènes qu'au Pirée, Nectaire se fit de nombreux enfants spirituels. Parmi eux se trouvèrent des jeunes filles qui lui firent part de leur désir d'embrasser la vie monastique, mais elles ne voulaient pas aller dans un couvent existant, afin de rester sous sa direction.
Saint Nectaire les approuva, les prit en charge et se mit en quête d'un lieu convenable pour les y établir. Il en visita beaucoup et c'est à Egine, où il débarqua en 1904, qu'il trouva celui qui leur était destiné.
Petit île grecque, egine se trouve dans le golfe d'Athènes appelé aussi golfe d'Egine. Autrefois les Eginètes étaient fort habiles aux exercices du corps et leurs victoires furent nombreuses. Thucydide a vanté l'ancienne marinr des Eginètes. Au siècle dernier on a découvert au cours de fouilles faites dans le temple de Jupiter Panhellénien d'importantes statues, dont une remarquable Minerve.
Mais l'Antiquité n'a pas seule illustré Egine. Le Christianisme lui a donné de grands hommes tels que Saint Denys, dont le corps demeuré intact depuis sa dormition en 1624, repose actuellement dans l'île de Zakynthos ou Zante. Sur la colline de l'ancienne Chora, juste en face de celle où repose Saint Nectaire, on peut voir la cathédrale de Saint Denys et une multitude de chapelles, aux fresques remarquables, malheureusement livrées à l'abandon et aux caprices destructeurs du temps.
«  Malgré ses grandeurs passées et présentes, écrivait notre ami le père Nectaire de Paros, Egine n'est pas orgueilleuses, n'est pas prétentieuse. Elle est belle, simple, ordonnée ; c'est comme une femme humble. Elle n'a pas d'eau. Les puits sont rares. Il y pleut moins qu'en Attique et cependant tout y est beau et verdoyant. Egine est bénie par Dieu. Iln'y a ni riches ni mendiants ; Nuln'a faim, tous sont rassasiés. Quand vous rencontreez sur votre route un habitant, jeune ou vieux, homme ou femme, vous entendez « bonjour » ou plus souvent encore « réjouissez-vous » qui est la salutation du Christ ; la bouche en est pleine, le cœur entièrement ouvert ; A Egine on vous salue et on s'arrête dans l'attente que vous allez peut-être demander quelque chose:un renseignement ou tout au moins une grappe de raisin ; beaucoup de gens vous demandent, même s'ils ne vous connaissent pas : « Comment allez-vous ? » Les vieillards sont calmes et sur les visages des jeunes et des enfants, on voit toujours un sourire épanoui . Ile bénie ! Même les chiens n'aboient pas après l'étranger ; Il est évident que les habitants communiquent à leurs serviteurs quadrupèdes leur bonté et leur extrême politesse. Dans les champs, au bord de la mer, dans les vallons, sur le sommets, partout de blanches chapelles parsemées, avec leurs veilleuses àhuile perpétuellement allumées et leurs icônes aux revêtements argentés. Chapelles surgies des cœurs innocents des Eginètes, répandues sur cette île sympathique comme des ornements. »
A Xanthos, lieu situé à six kilomètres environ du port d'Egine, les ruines d'un ancien couvent dédié à Notre-Dame de la Source Vivifiante, répondirent aux vœux du Saint. Là, selon la tradition, vécut au temps de la domination turque, dans la plus austère ascèse, Sainte Anastasie d'Egine, qui par crainte des pirates, fut contrainte, avec les Saintes Théodora et Théopiste ses compagnes, de se réfugier àThessalonique.
D'après le récit des moniales de Saint Nectaire, quand le Saint visita le Monastère, il trouva dans une cellule en ruines, une vieille femme consacrée au service de l'église. Arrivé là, le Saint suspendit à un clou sa soutane et poussa un profond soupir de soulagement. La vielle femme lui dit alors l'avoir vu en rêve, tel qu'ilvenait de se présenter à elle, au miment où il accrochait sa soutane au clou. Dans son rêve, une voix lui avait dit : « C'est lui le restaurateur du monastère. » Nectaire vit là le signe de Dieu, surtout quand il apprit, de la bouche de la même personne, qu'una autre fois, alors qu'elle creusait un trou pour y planter un pin tout près d'un autre plus ancien, elle entendit une voix lui ordonner de laisser entre les deux arbres l'espace d'un tombeau. C'est entre ces deux arbres qu'a été inhumé le Saint et qu'aujourd'hui s'élève son mausolée.
Une dame athénienne, amie des futures nonnes, qui connaissait bien l'état vétuste du monastère, leur déconseilla de s'y installer. Par deux fois, elle vint elle-même se rendre compte de la chose. Lors de la seconde visite, elle désapprouva de nouveau le projet. Pendant son sommeil, une moniale d'allure austère, vêtue d'un vêtement de poils, lui dit : « Le monastère ne sera pas ? Mais oui, oui, il sera... » Puis inclinant la tête d'une manière affirmative, elle s'approcha d'elle et lui montra le couvent tel qu'il devait être restauré et l'église dans son aspect actuel.




















































Selon la tradition, l'ancien couvent fut fondé par un Evêque du nom de Grégoire. Souvent il apparut pauvrement vêtu et négligé à l'image des ruines de son monastère, se tenant debout, juste au-dessus de l'endroit où furent déposés des ossements et des parcelles d'ornements liturgiques, trouvés lors de l'ouverture des fondations de l'église.
Les ruines du vieux monastère furent achetées par le Saint qui paya de ses propres deniers et par quelques dons qui lui furent offerts ; Il agrandit l'église, releva les ruines et dédia le tout à la Sainte Trinité . Deux plaques de marbre commémoratives furent placées, l'une dans le narthex de l'église avec cette inscription : « Nectaire, Métropolite de la Pentapole a élevé ce temple à la louange du Triple Soleil de la Divinité. La première pierre a été posée le 1er janvier 1906 et le 2 juin 1908, il a été inauguré. » Sur l'autre, placée à l'extérieur du couvent, au-dessus de la porte d'entrée, on peut lire : « Le Pontife et Sacrificateur de Dieu de l'ancienne pentapole de la Cyrénaïque, l'humble Nectaire a érigé avec l'assistance divine ce monastère de saintes moniales vouées au culte véritable du Dieu Trinitaire, Créateur de l'univers. L'édification a commencé en 1904 et s'est achevée en 1912. »
Saint Nectaire, par ses dédicaces, se révélait grand théologien, car il plaçait au centre de sa foi, de sa pensée, de sa vie, le Mystère de laRévélation Chrétienne la Sainte Trinité.
« Les moniales, stipule-t-il dans son testament,se devront d'être un modèle de vertu et de perfection. Elles devront faire du monastère un phare spirituel, un guide de la sagesse et de la continence... » Bien avant de s'installer définitivement à Egine, le Saint envoya au monastère quelques-unes de ses filles spirituelles pour commencer d'y mener la vie monastique. Xénia l'aveugle, qui devint plus tard lapremière abbesse, Aakia et Cassienne, composèrent le noyau primitif de la communauté;Par la suite, d'autres vinrent se joindre à elles ;
Une longue et intéressante correspondance relia le maître spirituel resté à Athènes et ses filles novices dans la vie monastique. Rien ne fut facile pour le Saint. Ses responsabilités devant Dieu, devant l'Eglise, devant ses enfants spirituels furent grandes. Grandes furent aussi les épreuves qui jamais ne le laissèrent respirer en paix;Il est vrai que les épreuves sont pour celui qui marche derrière le Christ comme un pain quotidien. On surprenait souvent le Saint en train de dire : « Jésus, mon libérateur, prie pour moi. » D'autres fois encore, égrenant son chapelet, pendant que le Malin lançait perfidement ses traits contre lui, il murmurait : « Simon, Simon, voici que Satan a demandé à vous passer au crible comme le blé, mais moi j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. Toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. » Puis il posait son regard sur l'interlocuteur et lui disait : « Pourquoi nous attarder sur nos épreuves ? Notre Seigneur prie Lui-même pour nous. Nous, nous n'avons qu'un seul devoir, celui de ne jamais oublier sa dernière recommandation : « Quand tu seras converti, affermis tes frères. » Voilà notre devoir. Le Seigneur, lui, nous sauve des épreuves. Quant à nous, aidons nos frères à ne pas se laisser abattre par elles. »
En homme d'église qu'il était, il érigea son monastère conformément aux canons et aux règles de l'Eglise locale. Le 19 octobre 1904, il écrivit à ses chères enfants : « ...C'est en rendant des actions de grâces que je vous annonce que Dieu m'a révélé sa divine volonté au sujet de la fondation du monastère. Il lui est agréable que ce couvent existe et resplendisse. Son Eminence, le Métropolite Théoclète, a non seulement béni l'oeuvre, mais il l'a aussi placée sous sa protection. Il a approuvé mes projets et les desiderata que je lui ai exposés et m'a dit qu'il se chargeait de les faire approuver par le saint Synode. »
Malheureusement, le même métropolite, qui apparemment semblait le protéger, allait plus tard devenir, sous l'influence de l'Adversaire, son ennemi.
Donc, tout en restant à la tête de l'Ecole Rizari, Saint Nectaire dirigeait son monastère d'Egine avec beaucoup de sollicitude, d'affection, de crainte de Dieu, veillant sur les moindres détails. « ...Je vous fais parvenir du papier, de l'encre, des plumes. S'il vous manque quelque chose, écrivez-moi librement. Si vous avez froid, dites-le, afin que je vous fasse parvenir deux chandails bien chauds ; »
Les monastères en Grèce ne connaissent pas le confort. Ni eau courante, ni gaz, ni électricité, ni chauffage. Les hivers sont souvent très rudes. Le couvent d'Egine n'était pas encore entièrement restauré. La vie était pauvre et difficile.  « … Ta maladie, écrivait-il à C., m'a affligé. Tu as pris froid à cause de l'humidité de ta cellule... Puisqu'il était possible de la réparer à peu de frais, pourquoi ne pas me l'avoir écrit ? J'aurais envoyé de l'argent...Ne gelez plus, n'exposez pas votre vie aux dangers... La maladie ne permet pas à ceux qui ne sont pas parfaits de progresser. Vous avez besoin de santé pour le travail spirituel. Ceux qui ne sont pas parfaits et qui descendent dans l'arène pour combattre, s'ils n'ont pas de santé, sachez-le, ils seront abattus, à bout de force, car la force morale qui fortifie les parfaits leur manquera. La santé pour ceux qui ne sont pas parfaits, c'est le char qui porte l'athlète au terme du combat. C'est pourquoi je vous recommande d'avoir du discernement et de la mesure en tout et je vous conseille d'éviter les excès. Les austérités vont de pair avec la mesure de la vertu. Celui qui ne possède pas de vertus morales élevées et qui veut rivaliser avec les parfaits, vivre avec austérité, celui-là court le danger de la suffisance et de la chute. Conduisez-vous donc en toute humilité de cœur, comme des apprenties à l'épreuve, afin que vous recouvre la bonté de Dieu. Je désire que chacune de vous s'efforce en toute humilité de cœur à méditer elle-même, invoquant le divin secours pour la fortifier. Qu'elle veille rigoureusement à ne pas juger ou condamner ou encore à en rejeter une autre comme imparfaite, car elle risque d'engendrer l'affliction et l'affliction c'est le commencement de la division. Si une sœur est scandalisée à propos de quelque chose, qu'elle le dise avec charité ; qu'elle ne s'impose pas avec prétention, afin d'être entendue. Si elle ne trouve pas de paix, qu'elle m'écrive afin que je lui procure le calme...Que P. t'accompagne avec A. chez le médecin pour qu'il constate qu'il ne reste pas de traces de ton refroidissement.Il faudra te conformer à ses prescriptions. Si vous êtes en bonne santé, vous progresserez, sinon vos efforts seront vains.
Il faut que les jeûnes soient à la mesure de votre santé, afin que vous ne soyez pas contraintes d'abandonner la solitude pour aller chercher dans les villes la guérison de votre corps malade. Par la poste, je vous fais parvenir une bouteille d'eau de cologne, qui est un véritable remède. Les médecins reconnaissent aujourd'hui que l'eau de cologne est plus employée en pharmaceutique qu'en parfumerie. Ne la rejetez donc pas en tant que médicament et cela par excès d'austérité. Marchez en toute simplicité de cœur, confessez-vous les unes aux autres. Je vous bénis toutes et de tout mon cœur. Je désire apprendre que vous êtes en bonne santé...Puisque C. est malade, si vous ne pouvez pas lire tout l'office, lisez le en partie et, pour le reste, récitez la PRIERE DU COEUR. »

Riche lettre, pleine de conseils et de recettes pour la vie spirituelle. Et quelle sagesse ! Le Saint, bien que thaumaturge, ne demande pas à Dieu la guérison physique de ses moniales. IL reconnaît que la science de la médecine vient elle aussi de Dieu. Ce n'est que lorsqu'elle a atteint ses limites sans obtenir de résultat que Dieu intervient. Le grand Macaire d'Egypte dit dans une de ses homélies que Dieu qui dans sa justice fait lever le soleil sur les méchants et les bons et tomber sa pluie sur les justes et les injustes, a donné l'art de la médecine et les plantes médicinales afin que fussent guéries les maladies physiques et psychiques des incroyants comme des fidèles. Tout vient de Dieu, même la science limitée des hommes. Dieu inspire, guide le médecin même s'il est incroyant, si le fidèle demande avec foi l'intervention de Dieu. Nous avons vu un Grec faire opérer son frère atteint d'un mal très grave, en Allemagne, sur l'indication de Saint Nectaire apparu en songe.
La santé de ses enfants spirituels était son grand souci. La santé est à la base de toute ascèse. Souvent le Saint y revient dans ses lettres : « ...Priez les unes pour les autres, afin que vous soyez guéries. Dieu vous exaucera et ne repoussera pas vos prières. » Et à une autre moniale : « ...Que X. ne néglige pas le soin de son corps sous prétexte de ne s'occuper que de son âme seule...C'est avec beaucoup de temps que vous atteindrez la perfection.Ne tendez pas la corde plus qu'il ne convient et gardez la mesure. Le divin ne se laisse pas forcer dans la distribution de ses dons. Il donne quand cela lui plaît et ses dons divins sont toujours gratuits. Tout ce que nous recevons nous le recevons gratuitement de la bonté de Dieu. Le travail accompli avec régularité, la remise totale de notre espérance entre les mains de Dieu, voilà des choses agréables au Seigneur qui donne abondamment ses grâces. Espérez et oeuvrez. Ne tendez pas la corde au-delà de ses possibilités, pour qu'elle ne se rompe pas avant le temps. »
Les difficultés suscitées par l'apprentissage de la vie communautaire préoccupèrent aussi le Saint.. Les moniales lui écrivaient pour lui parler de tout cela. On peut le deviner d'après la réponse qu'il fit à l'une d'elles et qui peut être utile à ceux qui vivent dans le monde, dans l'Eglise des villes où, à des degrés divers, les mêmes agitations, les mêmes convulsions se produisent...
« ...L'épreuve qui t'a atteinte me peine. Elle vient vraiment du Malin. N'hésite pas à l'avouer à l'intéressée et prie-la d'intercéder pour toi, afin que cesse la tentation. Quand tu recevras la présente, tu iras à l'église et tu y prieras N-D la Mère de Dieu. Tu chanteras la Paraclèse (Office de consolation). De mon côté, j'invoquerai la pitié divine sur toi, par l'intermédiaire de la Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, notre seule espérance, notre unique protection, et je suis sûre que tu seras délivrée de ton épreuve. Je te conjure de ne pas permettre aux pensées de l'antipathie de dominer sur toi. C'est le Malin qui sème en toi la haine contre ta très aimée X., ta sœur, ta mère. Il veut extirper ta reconnaissance pour tout ce qu'elle a fait pour ton âme, en la changeant en haine. Sache qu'au fond de ton cœur se trouve enraciné l'amour pour la très bonne X. Le Malin,par envie, pour se venger de X, tente tout pour déraciner ton amour pour elle. Ton affliction, sache-le bien, vient de la protestation de ton cœur qui cherche à rejeter ces sentiments de haine qui lui sont étrangers et, comme il n'y parvient pas, il s'afflige. Voilà pourquoi ton état est misérable. Le Malin s'efforce de t'ôter ta joie, et ton amour, et de troubler ta paix. Mais prends courage, ne désespère pas, car Dieu est avec nous. Dieu ne permettra pas que tu sois vaincue. Mais tu dois reconnaître que tu es aussi quelque peu coupable, car tu te laisses égarer par les pensées.Tu négliges la PRIERE DU COEUR ; ton cœur se trouve sans protection. Je t'en supplie, répète sans cesse la Prière et ne laisse pas les pensées dominer sur toi.Ne permets pas à ton cœur de céder aux assauts de l'antipathie. »
Quelle profonde connaissance du cœur humain !
La garde du cœur contre les pensées est une lutte difficile mais indispensable à ceux qui courent dans le stade des vertus. La grande Sainte Synclétique, considérée comme un père spirituel, dit qu'un navire peut sombrer pour deux causes : l'une est extérieure, c'est celle de la tempête, l'autre est intérieure, excès de chargement. De même, l'âme peut être attaquée de l'extérieur et engloutie par les choses sensibles ou de l'intérieur, par les mauvaises pensées qui se tapissent dans le cœur. C'est pourquoi le saint père insiste sur la purification du cœur, des mauvaises pensées et des passions. Il est peut-être plus utile de garder son cœur des mauvaises passions et des pensées que les sens des objets qui peuvent leur être nuisibles ; C'est dans le cœur, disent les Pères, que repose la Grâce de Dieu reçue au baptême et c'est le Seigneur Lui-Même qui dit que : « le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. » L'Apôtre ajoute : « Dieu a envoyé en vos cœurs l'Esprit de son fils qui crie Abba, Père. »
Aussi, le saint père, écrivant à X., lui demandait que toutes les sœurs lui confessassent leurs pensées, même si elles étaient honteuses. « ...Toi, dit-il, tu dois accueillir les sœurs avec amour afin de vaincre les tentations. »
Quand C. lui apprit que les pensées avaient cessé de l'importuner, il lui écrivit : « J'ai reçu ta lettre et je me suis réjoui. Puisse le Dieu très saint te faire miséricorde et te garder en parfaite santé d'âme et de corps. »
C'est ainsi que le Saint dirigeait depuis Athènes, en même temps que l'école, son jeune couvent ; Tel un aigle planant au-dessus de sa couvée, il protégeait ses enfants d'Egine par ses prières, son intercession, ses conseils.
Si quelqu'un se présentait pour être novice, voici comment il fallait procéder : «...A propos de la jeune fille dont vous m'avez parlé, j'aimerais la voir pour lui poser certaines questions et surtout apprendre si elle brûle de l'amour divin, si elle aime de tout son cœur la prière, si elle a beaucoup d'amour, un fort amour de Dieu et du prochain ; si elle possède le renoncement ; si elle peut renoncer à sa propre volonté et accepter celle d'une autre ; si elle peut faire ce qui contredit sa volonté ; si elle peut ne pas contester et accepter des ordres sans se cabrer ; si elle peut dire au Seigneur «  non pas comme je veux, mais comme toi tu le veux » ; si elle peut supporter l'épreuve ; si elle possède une confiance ferme en la Providence de Dieu et en la protection divine ; enfin, pour ne pas dire plus si elle peut tout pardonner aux autres sœurs avant le coucher du soleil, à cause du commandement d'aimer ; si elle accepte tout cela, qu'elle le confesse devant vous toutes et devant l'icône du Seigneur dans l'église. Vous chanterez alors une action de grâces au Seigneur qui l'a appelée et après avoir prié pour elle, afin que le Seigneur la fortifie, vous lui donnerez le baiser de paix et la garderez comme sœur. Qu'elle prenne pour guide C. à laquelle elle obéira aveuglément...Que Dieu la garde, la couvre pour tous les siècles, la rende digne de sa vocation et la compte parmi les vierges sages, choses d'ailleurs que je souhaite à vous toutes. Amen ! »
La vie communautaire n'est pas toujours l'idéal réalisé ; Elle est une marche vers la perfection qu'est la communauté contemplée dans la Sainte Trinité, modèle, archétype de toute communauté. Beaucoup de gens, épris d'idéal entrent dans la communauté-église ou dans la communauté monastique et sont souvent déçus de ne pas y trouver ce qu'ils espéraient ou plutôt imaginaient, ayant oublié ou ignoré que c'est là justement que se livre la lutte, le combat. L'Eglise terrestre est le lieu, l'école d'apprentissage du Royaume Céleste où nous aurons à nous contenir les uns les autres.
Tout n'alla pas idéalement à Egine. Saint Nectaire fut informé que Xénia l'aveugle qu'il avait établie abbesse était malade. Il prit sa plume et lui écrivit une lettre destinée à être lue devant toute la communauté. « ...J'apprends que tu es malade...J'imaginais, chère X. et vous mes enfants bien-aimés, je pensais que vous étiez des vierges sages, pressées vers la perfection, tenant en permanence en vos mains les flambeaux allumés, ayant avec vous la provision d'huile, prêtes à entrer dans la divine chambre nuptiale de la gloire du Christ. Je vous crois toutes vigilantes, afin d'entendre, quand elle retentira, la voix qui crie : « Voici l'Epoux » et que vous sortirez à sa rencontre, vos flambeaux allumés à la main. Telle est ma confiance. Aussi je ne veux pas admettre les pensées qui viennent m'agiter et j'ai certainement raison. Car comment est-il possible qu'une vierge ne songe pas à garnir sa lampe pour aller à la rencontre du Seigneur qu'elle a choisi pour fiancé ?...Votre occupation réduite à la prière et au jeûne, sans la méditation qui les doit acco mpagner, n'est pas diligence d'âme. Cette activité n'apporte pas à elle seule les fruits espérés. Le jeûne, la veille, la prière sont des moyens pour atteindre le but, mais pas le but lui-même, pour lequel vous vous êtes retirées dans la solitude. Je veux que vous vous souveniez de cela en tout temps, afin que vous ne chutiez pas du haut de votre vocation et ne ratiez pas le but. Beaucoup de jeûneurs, beaucoup d'ouvriers des ascèses corporelles, prenant les moyens pour la fin, après avoir dépensé leur vie à ces choses, ont perdu de vue le but, ont travaillé pour rien, ce qui est plus redoutable. Approvisionnez donc vos lampes avec l'huile des vertus. Luttez pour rejeter les passions de l'âme;Purifiez vos cœurs, gardez-les purs, lavez-les de toute souillure avec la mousse des purifications, selon la parole de l'Ecriture, afin que le Seigneur vienne établir en vous Sa demeure, que le Très Saint Esprit vous donne Ses dons divins et qu'abondent en vous les fruits de Sa grâce... »
Dans une autre lettre à Xénia, il esquisse le portrait d'une abbesse : « ...Tu dois savoir que si toi tu es en bonne santé, les sœurs le seront aussi et que si tu es souffrante, celles qui se portent bien souffriront aussi. Imprime bien cela dans ton esprit avec ceci : sache que ta bonne humeur réjouit les visages des sœurs et fait du monastère un paradis ; La mauvaise humeur, la tristesse se communiquent aux sœurs et la joie est alors chassée du paradis. Sache bien que de toi seule dépend la joie des sœurs, la bonne humeur. Ton devoir est de les y conserver dans leur cœur. Tu dois pratiquer cela, te faisant toi-même violence. Ne te laisse pas aller à des rêveries tristes, cela frappe les sœurs. Ton salaire sera grand si tu deviens pour elles celle qui procure la joie. Je te conseille cela, parce que moi j'en ai fait le principe de ma vie ; Je ceux que tes disciples aient aussi ce principe. Quand tu réjouis le cœur de ton prochain, surtout celui de ta sœur privée de tout, sois sûre alors de plaire à Dieu, beaucoup plus que si tu faisais de longues prières et des jeûnes prolongés. Sache bien que ta place est une place de mère spirituelle. Tu n'es plus Chrysanthe ( nom de baptême de Xénia) qui pouvait faire ce qui lui plaisait. Si tu accomplis avec rigueur tes devoirs moraux envers tes sœurs, tu accomplis en même temps tes devoirs envers Dieu. Si tu négliges les premiers, soi-disant pour les seconds, apprends que ceux-là ne sont pas agrées de Dieu ; Celle qui préside à un monastère ne vit pas pour elle-même mais pour la communauté, et vivant pour la communauté, elle vit pour Dieu, et Dieu accueille cette vie comme sacrifice agréable.
J'écris ces choses que me dicte une voix mystérieuse qui met ma main en mouvement. C'est à propos d'autre chose que je voulais t'écrire deux mots et voici que j'ai rempli quatre pages... »
Ses soucis pour ses enfants augmentaient, au point qu'il écrivit à Xénia : « J'ai commencé à réfléchir sur la nécessité de ma présence au monastère ; Nous avons fondé un couvent avec des religieuses inexpérimentées. Bien qu'elles aient été éprouvées dans leur amour pour ce genre de vie, elles ignorent cependant ce qu'est le renoncement pour atteindre à la perfection dans la vertu, ce qu'est le combat contre l'égoîsme et les passions de l'âme et du corps, ce qu'est la lutte contre le monde, c'est-à-dire les sollicitudes de ce monde, ce qu'est la lutte contre l'adversaire, l'antique ennemi. Elles sont fustigées par tous les vents et ballottées par les tempêtes de la mer de la vie ; Leur coque est ébranlée, la terreur s'empare d'elles ; Elles sont privées de capitaines éprouvés et le courage leur fait défaut ; Ceux qui pourraient les soutenir par l'exemple de la lutte n'existent pas. Tout cela m'a fait réfléchir. J'aurais voulu être parmi vous, afin de vous donner confiance, vous enseigner ; Selon ce que me dicte l'inspiration, mon éloignement ne saurait durer et je vais pouvoir aller pour assez longtemps chez vous ; Je pourrai vous apporter alors le soutien nécessaire et l'enseignement.
Quand je débarquai à Egine pour y installer le couvent, j'ignorais que j'endossais des devoirs qui un jour m'obligeraient à rester auprès de vous. Mon désir c'est d'aller à Skopélos mais une voix intérieure me dit : « Tu as pris des responsabilités à Egine, tu dois les assumer en y restant. Priez pour que Dieu m'éclaire, afin que j'accomplisse sa volonté. »
Les devoirs et les responsabilités qu'il avait pris à l'égard de son monastère n'éteignirent pas l'ardeur de son cœur pour le service de l'Eglise, car à cette époque il songea aussi « à un lieu convenable, éloigné de 30 à 45 minutes du monastère pour y fonder une école de théologie d'où sortiraient des prédicateurs de la parole divine, pleins de zèle et d'amour divin, d'un renoncement total et qui travailleraient pour l'Eglise du Christ, s'offrant en sacrifice sur l'autel de l'amour du Christ...Priez Dieu pour qu'il exauce mes demandes pour sa gloire et pour le bien de l'humanité... »
Saint Nectaire semble à cette époque hésiter entre plusieurs voies ; L'évêché vacant de Chalcis où il fut prédicateur, dans l'île de l'Eubée, tenta un instant l'ancien Evêque de la Pentapole. Il écrivit le 27 mars1907 à Xénia : « ...Les habitants de Chalcis font des démarches pour que je sois leur Evêque. J'en ignore les résultats. Je crois que Dieu lera à l'une de vous s'il veut que je sois Evêque de Chalcis. Si telle est sa volonté, qu'elle soit faite ; » Et le 12 juin de la même année, il annonçait que le Saint Synode avait refusé de satisfaire la demande des Chalciotes.
La volonté de Dieu venait de se manifester à travers le refus du Synode. Saint Nectaire donna sa démission de l'Ecole Rizari, et reçut une rente mensuelle de trois cents drachmes.

EGINE


En 1908, le saint père commença la dernière période de sa vie, en s'installant définitivement dans son monastère d'Egine, « cette demeure aimable du Seigneur... »
L'événement avait été révélé quelque temps auparavant à l'aumônier, le père Nicolas. Il eut une vision et vit une salle majestueuse et, assise sur un trône, une dame de grande noblesse, tenant entre ses bras un enfant resplendissant de lumière. Il s'inclina devant elle et sentit passer sur ses lèvres une douce rosée. Du milieu de la salle partait un escalier. Tout-à-coup une voix se fit entendre : « Nectaire arrive. » Au même instant Nectaire entra et commença à monter l'escalier. La dame se leva, s'approcha de lui, et lui dit : « Te souvient-il que je suis venue te chercher il y a quelque temps ? Je t'ai laissé, parce que les moniales avaient besoin de toi. » La Mère de Dieu l'avait désigné pour diriger le couvent et l'avait, en vue de cette charge, délivré d'une grave maladie.
Là encore beaucoup de luttes, beaucoup d'épreuves, beaucoup de travaux attendaient le Saint qui venait de dépasser la soixantaine. Il allait organiser son couvent et lui donner sa figure authentique et traditionnelle. Chaque jour il instruisait ses religieuses en leur donnant des leçons de dogmatique, d'éthique, d'ascèse.
Le soir, assis sous le pin de la cour, entouré de ses religieuses, il leur parlait des mystères insondables du Royaume de Dieu. Le temps passait sans que nul ne s'en aperçût.
- Il est très tard, disait-il quelquefois. Allons à l'église réciter les Complies.
Puis, après l'office, il ajoutait : « Si nous chantions maintenant quelques hymnes à la Mère de Dieu ? »
Le temps continuait à s'écouler et le chant du coq surprenait la communauté en prière dans l'église.
Un jour, nous a dit la sœur X., témoin du miracle, nous demandâmes à notre père, après l'entretien habituel du soir, de nous dire comment les créatures privées de raison et de voix, comme le soleil, la lune, les étoiles, la lumière, les eaux, le feu, la mer, les montagnes, les arbres, enfin toutes les créatures que le psalmiste invite à louer le Seigneur pouvaient le faire.
Le Saint ne répondit rien. Quelques jours après, alors que se déroulait l'entretien vespéral sous le même pin, il nous dit :
- Vous m'avez demandé, il y a quelques jours, de vous expliquer comment les créatures louaient Dieu. Eh bien voici, écoutez-les.
Les moniales furent introduites, Dieu seul sait comment, dans le monde transfiguré, où elles entendirent distinctement chaque créature chanter et louer selon son mode le Seigneur et Créateur. Ce miracle rappelle celui que fit Saint Séraphim de Sarov, ce prodigieux Saint de l’Église russe qui a vécu au siècle dernier, quand il montra, à un journaliste venu le voir, la lumière divine et la gloire du siècle futur ; Il rappelle aussi le Pèlerin russe, qui dans un transport de joie indicible, ravi par l'Esprit, disait que les « arbres, les herbes, les oiseaux, la terre, l'air, la lumière, tous lui disaient qu'ils existaient pour l'homme, qu'ils témoignaient de l'amour de Dieu pour l'homme, que tout priait, tout chantait gloire à Dieu ! »
Bien que consacrant beaucoup de temps à l'instruction de ses religieuses, aux offices, à ses travaux littéraires, surtout en hiver, Saint Nectaire s'occupait aussi à des travaux manuels très pénibles. Il cultivait et entretenait le jardin, allait chercher l'eau assez loin avec des seaux pour l'arrosage, transportait d'énormes pierres pour la construction des cellules, fabriquait même les sandales de ses moniales, etc.
« Au mois d'août 1910…, écrit le père Philothéos de Paros, je débarquai à Egine pour aller prendre sa bénédiction. Vers midi, je parvins au monastère. Le soleil était brûlant. Hors de l'enceinte du couvent, je vis un vieillard à barbe blanche, coiffé d'un chapeau de paille, la soutane retroussée, enroulée autour de la ceinture. A l'aide d'une pelle, il remplissait une brouette de terre et de cailloux et la transportait à une soixantaine de mètres. N'ayant pas reconnu en lui Monseigneur Nectaire, mon maître spirituel, et l'ayant pris pour un ouvrier revêtu d'une soutane afin de protéger ses vêtements de la poussière, ou encore pour un novice, je l'abordai, le saluai et lui demandai :
-Monseigneur Nectaire est-il ici ?
-Oui, me répondit-il, il est ici. Que lui voulez-vous ?
-Va lui dire qu'un diacre, un de ses fils spirituels, désire le voir.
-Tout de suite. Que cela soit béni, reprit-il.
Et laissant pioche et pelle, il me désigna l'hôtellerie, une petite pièce récemment construite, hors du couvent, destinée aux étrangers.
-Va dans cette pièce, me dit-il, et attends. Je vais le chercher.
Quelques minutes après, il revint, coiffé de son voile et de sa soutane aux larges manches. Je vis alors que celui que j'avais pris pour un ouvrier était le Saint ; Jamais je n'aaurais pensé qu'un Métropolite pût travailler ainsi à cette heure du jour, quand tout le monde fait la sieste. La dignité dont il était revêtu était certes grande, mais ses sentiments étaient humbles. Après nous être salués, il se réjouit d'apprendre que je m'étais retiré au monastère de Longovarda, et il me dit :
- Tâche d'y rester, car c'est la Vierge qui t'a conduit là. Et si ce n'est elle-même, la Mère de Dieu, la Source Vivifiante qui te l'ordonne, ne le quitte jamais. Tu auras des épreuves et des afflictions, mais prends patience;Le Seigneur a dit que c'est par beaucoup d'afflictions que nous entrerons dans la Vie. Celui qui les supportera jusqu'à la fin sera sauvé.
Tout ce que le Saint m'a dit est arrivé. Saint Nectaire possédait le charisme prophétique, charisme que seuls les Saints possèdent. »
Le Métropolite d'Athènes visita un jour le monastère d'Egine quand il était en chantier.Il s'arrêta devant l'entrée de service et demanda à un vieillard pauvrement vêtu, en train de fabriquer du mortier, à voir le Métropolite de la Pentapole. Le viellard alla le chercher sur-le-champ. Saint Nectaire joua le même tour qu'à son fils spirituel Philothéos. Quand le Métropolite d'Athènes vit l'ouvrier transormé en Evêque, il fut embarrassé et lui dit :
- Toi, Nectaire ? En cet état ?
- Ainsi il plaît au Seigneur, répondit le Saint.
Son interlocuteur lui montra les ruines des monastères de la colline de Saint Denys, de la vieille Chora que l'on voit du couvent, et lui dit :
- Nectaire, tu vois ces ruines ? En peu d'années ton monastère, pour lequel tu te donnes tant de mal, leur ressemblera.
Le Saint lui fit une réponse inspirée :
- Frère et concélébrant, il n'est nullement question que mon monastère en arrive là, comme tu le dis. Au contraire, en peu de temps, ces ruines se relèveront dans l'île pour la gloire de notre Dieu-Trinité.
L'usage du « journal intime » est inconnu chez les hommes de Dieu. Aussi nous ne savons que peu de choses sur leur vie intérieure, et leur combat intérieur nous échappe. Un saint ascète, qui a vécu à Egine, nous a dit que l'on a vu le Saint prier avec larmes pendant trois jours et trois nuits dans l'église, devant les saintes icônes, sans prendre aucune nourriture, aucune boisson.Nul n'a su quelle a été son épreuve. Ce n'est qu'après l'apparition de l'ange du Seigneur qu'il sortit de l'église et reprit, victorieux, le cours de la vie normale. Même les Saints sont éprouvés jusqu'à la fin de leur vie terrestre. L'histoire ne note que les événements extérieurs, comme celui-ci :
Il y avait à Egine une femme veuve, venue d'une autre contrée et qui vendait des cierges. On l'appelait la céruleuse. Sous des dehors dévôts la céruleuse était en réalité un instrument de Satan. Elle persécutait sa fille, l'accusant d'avoir des amoureux. L'infortunée jeune fille trouva dans le couvent de la Trinité un asile et dans le Saint un protecteur. La céruleuse, voyant sa fille lui échapper, devint furieuse et commença à répandre sur le Saint les pires calomnies. Elle avait le pouvoir de persuasion et tout le monde la croyait. Saint Nectaire demanda l'avis du Métropolite d'Athènes quilui conseilla de continuer sa protection. Lajeune fille venait d'avoir dix-huit ans.
Se voyant vaincue, la céruleuse, travaillée par le Malin, s'en alla au Pirée, trouva un juge et lui exposa,en larmes, son drame.
- J'ai une fille, dit-elle, de dix-huit ans, très belle. Je sais moi, la malheureuse, tout ce que j'ai souffert de privations et de tourments pour l'élever. On vient de la détourner du droit chemin. A Egine, au monastère de femmes,un moine vit apparemment en ascète, mais en réalité les religieuses sont ses maîtresses. Les enfants qu'elles lui donnent, illes jette au fonds d'un puits. Ce malfaiteur a ensorcelé ma fille et l'a prise dans son monastère. Il va la détruire. Accourez et sauvez mon enfant... »
Le juge, indigné, prit fait et cause pour la céruleuse. Le lendemain, il se rendit à Egine, accompagné de deux gendarmes, força la porte du couvent au mépris des règles, et se rendit chez le Saint. Les religieuses, terrorisées par cette irruption, pleuraient et criaient : « Seigneur, aie pitié ! »
Le Saint, souriant, se leva pour accueillir le juge qui lui dit brutalement :
- Bougre de moine,oùse trouve le puits où tu jettes les bâtards que tu fais avec tes nonnes ?
Saint Nectaire se rassit, toujours souriant, et ne répondit rien. La fureur du juge augmenta. Il menaça le Saint de lui arracher la barbe, ce qui est la plus grande injure que l'on puisse faire à un clerc en Grèce où la barbe est considérée comme un signe de consécration au Seigneur. Le Saint ne perdit pas son calme, pas plus que son sourire. Mais les yeux tournés vers le Ciel, il priait pour le malheureux juge victime de la céruleuse, elle-même victime de Satan.
Quand le juge vaincu partit menaçant, les moniales se réunirent chez leur père. Une d'entre elles osa prendre la parole et dit :
- Il faut dénoncer ce méchant homme.
-Depuis tant de temps je vous enseigne que Dieu dirige tout et que rien n'arrive sans sa volonté. Et vous, vous perdez patience ? Ne soyez pas ébranlées, mais bénissez le Nom de Dieu.
-Mais toi, ajoutèrent d'autres, tu aurais dû te justifier.
- Je ne prendrai jamais ma défense, leur dit-il avec calme.
Il savait, comme David, que le Salut des justes vient du Seigneur. Il ne s'était pas défendu en Egypte, il n'allait pas non plus le faire en ce moment. Le Seigneur secourt les justes et les délivre des méchants. Et Il les sauve parce qu'ils font de Lui leur refuge.
- Priez plutôt pour cet homme,ajouta-t-il. Pour lui aussi le Seigneur a été crucifié.
Et portant de nouveau son regard vers le Ciel, il reprit sa prière, un instant interrompue.
La jeune fille fut convoquée par le tribunal et examinée par un gynécologue qui la trouva intacte. Le juge, lui, tomba malade très gravement à la suite de cette affaire, mais il se repentit et demanda à être transporté à Egine pour demander pardon au Saint. Saint Nectaire pardonna et le juge fut guéri.

La renommée du Saint s'étendit sur toute l'île ; Dans les circonstances difficiles, les habitants allaient à lui pour lui demander d'intercéder en leur faveur auprès de Dieu. Il aimait son île d'Egine comme il aimait son monastère. En 1906, il fit don de cinq mille arbres pour son embellissement. Egine savait très bien qu'elle possédait en Nectaire un Saint. Quand il se rendait en ville, les Eginètes sortaient de chez eux pour recevoir sa bénédiction. Chaque fois qu'il célébrait la divine Liturgie, il sortait de l'église et bénissait l'île aux quatre points cardinaux, en forme de croix, tout en priant pour l'abondance des fruits de la terre et la fécondité des champs. Pendant les douze années que Nectaire vécut à Egine, les champs furent en vérité très féconds et les fruits abondants. Encore aujourd'hui les Eginètes racontent ces choses.
Un soir, un paysan vint frapper à la porte du couvent et dit à la religieuse venue lui ouvrir :
- Ne pourrais-tu pas aller dire à Monseigneur de prier Dieu pour qu'il pleuve, car nos animaus vont mourir de soif. A cause de la sécheresse, ils ne trouvent rien à manger.
La moniale alla immédiatement rapporter la chose à l'Evêque de la Pentapole qui lui dit :
- Allons prier Dieu et que la demande du paysan soit exaucée selon sa foi.
Le Saint éleva les mains vers le Ciel et pria. Une heure après, un violent orage éclata sur l'île et dura toute la nuit.
Une autre année, la sécheresse sévit jusqu'à la fin d'octobre. A la demande des habitants de l'île, Saint Nectaire alla, accompagné des moniales, célébrer la Liturgie dans la cathédrale de Saint Denys d'Egine, située sur la colline de Chora en face de la Trinité. Avant même de prier pour obtenir la pluie, la liturgie n'était pas encore terminée que la pluie tomba si abondante que l'on dut attendre le soir pour rentrer chez soi.
Raconter tous les miracles que fit Nectaire durant sa vie terrestre serait une entreprise très longue. Mais pour glorifier Dieu qui opère ses merveilles par ses saints, nous en raconterons encore quelques-uns.
De nombreux malades, délaissés comme incurables par la médecine, venaient à Egine de tous les points de la Grèce. Une femme, qui souffrait de maux de tête que les médecins ne parvenaient pas à guérir, alla trouver le Saint qui la guérit par sa seule prière et sa bénédiction.
Un homme, lunatique, vint de Lamia. Le Saint l'exorcisa et le renvoya libéré dans sa patrie.
Une des moniales du monastère souffrait d'une paralysie de la tête. Chaque jour, nous disait-elle, je me lamentais de ne pas pouvoir faire comme toutes les sœurs et m'incliner devant les saintes icônes et devant notre vénérable higoumène xénia. Elle confessa sa douleur morale au Saint. Au cours de la liturgie suivante, au moment de la communion, elle vit Saint Nectaire resplendissant dans la lumière divine, à tel point qu'elle hésita à aller communier.
- Pourquoi n'approches-tu pas, Viens, lui dit le Saint.
Elle avança tremblante. Il lui sembla que quelqu'un la touchait à la tête par derrière. Dès cet instant elle fut guérie et jamais plus attaquée par son mal.
Une fillette de sept ans, habitant un village de l'île, fut amenée chez le Saint par ses parents. Elle souffrait de fièvres chroniques. Il lut quelques prières pour les malades, la signa et la fillette retourna guérie chez elle, définitivement délivrée du mal.
Une jeune fiancée, atteinte par des maléfices de magie, arriva chez le Saint dans un état de démence et d'extrême nervosité. Il lut aussi pour elle quelques prières de l'office des malades et des exorcismes, posa sur elle ses ornements liturgiques et la guérit sur-le-champ. C'est elle-même qui raconte ces choses.
La puissance de Dieu, qui habitait en Nectaire, opérait aussi d'autres sortes de miracles. Tout près du monastère, il y a un puits qui à l'époque du Saint fournissait l'eau nécessaire à la construction du couvent, surtout à celle de l'église. Le propriétaire du puits, qui voyait l'eau s'épuiser, refusa de continuer à en donner. Les travaux furent aussitôt arrêtés. Le Saint pria, et pendant sa prière, un bruit de torrent se fit entendre, et le puits se remplit d'eau. Jussqu'à aujourd'hui elle est inépuisable. Ainsi furent achevées les constructions et le propriétaire, rempli de crainte de Dieu et de reconnaissance, fit ce qui lui restait à faire : il donna le puits au couvent.
Quant à l'autre puits qui se trouve à l'intérieur du monastère, c'est contre toute espérance qu'il fut creusé, tant le lieu paraissait aride et sec. Tout le monde conseilla au Saint de renoncer à son projet, pour lequel, disait-on, il dépenserait inutilement de l'argent. Jamais on ne trouvera de l'eau ici, affirmait-on. Le jour de la mi-Pentecôte, fête qui précède le dimanche de la Samaritaine et qui est appelée fête des fontaines et des eaux désaltérantes, pendant la Liturgie, le Saint ordonna de creuser encore et, ô miracle ! L'eau jaillit. Ce puits abreuve de nos jours encore les pèlerins et le monastère.
Dans une propriété, proche du monastère, des taupes avaient envahi les champs. C'était comme une malédiction divine. Elles avaient détruit et dévoré toutes les racines des plantes, les fruits, les pommes de terre...Le propriétaire, épouvanté par ce malheur, vint trouver le Saint et lui demanda d'intercéder pour lui auprès de Dieu. Le Saint se rendit chez le paysan, bénit les eaux, aspergea champs et lieux, et dès ce moment les taupes disparurent. Ce n'est pas en vain que l’Église Orthodoxe fait bénir et exorciser plusieurs fois par an les maisons des fidèles pour les purifier des souillures et les mettre à l'abri des attaques de l'ennemi.
Chaque vœu du Saint se réalisait, car le Seigneur accomplit la volonté de ceux qui Le craignent. Un jour, alors qu'il longeait une vigne, au temps des vendanges, Saint Nectaire demanda au vigneron quelle quantité il avait récoltée et lui souhaita le triple pour l'année suivante. La chose arriva au grand émerveillement des Eginètes.
Peu de temps avant que ne sévisse le blocus de la Grèce par les Alliés en 1914, les moniales voulurent amasser des denrées de toutes sortes dans leurs greniers. Elles allèrent prendre conseil auprès de leur père qui s'éleva contre leur décision. Il leur dit que si elles mettaient leur plan à exécution, elles auraient certainement à souffrir de la faim. Devant l'attitude péremptoire du saint père, elles renoncèrent et firent confiance au Seigneur. Une fois de plus, la divine Providence exauça son serviteur. Toute la guerre durant, le monastère ne manqua de rien. Même les visiteurs y trouvaient leur part. La promesse de Dieu : « Les riches deviendront pauvres et auront faim, mais ceux qui cherchent le Seigneur ne manqueront d'aucun bien » s'accomplit.
L'Higoumène du monastère de Chrysoléontissa, qui fut moniale et disciple de Saint Nectaire, nous a dit qu'un jour des visiteurs au nombre de quinze arrivèrent au monastère de la Sainte Trinité à l'heure de midi. Le repas était déjà servi au réfectoire. Il ne restait rien à leur offrir. Les nonnes, quelque peu affolées, allèrent rapporter la chose à leur maître et père, qui leur dit de remettre le contenu des plats dans la marmite. Les religieuses répliquèrent qu'il n'y en aurait jamais assez pour nourrir moniales et visiteurs. Le Saint les pressa de faire ce qu'il leur disait. Les pâtes, la sauce, le fromage, tout cela fut remis dans la marmite que le Saint bénit au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ; Les visiteurs furent servis les premiers, puis les religieuses, et il resta trois assiettes en l'honneur de la Sainte Trinité. Ce que par déformation nous appelonsmultiplication des pains se répéta une fois de plus. En vérité, le Seigneur Jésus n'a pas multiplié les pains, non ; Il les a étendus par sa bénédiction, et rassasia ainsi cinq mille hommes avec cinq pains, sans parler des morceaux qui restèrent et avec lesquels les Apôtres remplirent des paniers. Dans ce miracle, le Christ a dépassé l'espace, tandis que l'homme l'exploite.
Le Saint fut une fois prié de se rendre au cimetière pour prier et délier des liens de la malédiction deux corps de défunts non décomposés que l'on venait d'exhumer. Cette histoire, bien qu'intéressante, serait trop longue à raconter. Après l'office, Saint Nectaire alla déjeuner chez un ami. En longeant le bord de mer, il salua les pécheurs en train de réparer leurs filets ; Selon son habitude et avec les bonnes dispositions de son coeur pour le prochain, il leur demanda si la pêche avait été abondante :
- Non, répondirent les hommes ; Nous avons travaillé toute lanuit sans rien prendre.
- Je vais bénir vos filets au nom de la sainte Trinité et vous irez les jeter là-bas, dit-il leur montrant du doigt un endroit.
- Mais c'est justement là que nous les avions placés.
-Croyez en Dieu et faites ce que je vous dis.
Il bénit les filets, les pécheurs, et s'en alla.
Le repas était à peine terminé, quand on frappa à la porte de l'hôte pour demander l'Evêque. On venait lui apporter un panier plein de poissons encore frétillants pour le remercier et lui dire que la pêche avait été abondante.
La sœur Nectarie – c'est elle-même qui nous a raconté l'histoire- quand elle était encore adolescente et l'enfant terrible du couvent, arriva un matin, essoufflée et effrayée à la cellule du Saint. Depuis un bon moment, un grand serpent courait derrière elle ; Saint Nectaire vit l'animal dans la cour du monastère, le bénit et lui ordonna de s'en aller. Le serpent obéit et partit. « Lorsque le premier homme, Adam, dit le Pèlerin Russe, était dans l'innocence, tous lesanimaux lui étaient soumis ; Ils s'approchaient de lui avec crainte et il leur donnait des noms...La sainteté n'est rien d'autre que la résurrection dans l'homme pécheur de l'état d'innocence du premier homme, grâce aux efforts et aux vertus... » ressentie naturellement par tous les animaux.
La pauvreté de notre Saint était absolue. Il donnait tout ce qu'il possédait, à tel point que lorsqu'il vint à Egine pour s'y installer définitivement, il dut emprunter mille drachmes pour les frais de son déménagement. Quand il n'avait pas d'argent, il donnait ses vêtements, ses chaussures, comme il l'avait déjà fait à Athènes. Chaque fois que le porte-monnaie était vide, il se rendait à l'église, et devant l'icône du Christ ou celle de la Vierge, il l'ouvrait, le présentait et disait :
-Voici, ô mon Christ, l'argent manque ; Mais toi tu sais ;;;
La réponse ne se faisait pas longtemps attendre et le secours arrivait infailliblement. Saint Nectaire se souvenait des paroles de son Seigneur : « Ne vou mettez pas en soucis pour la nourriture et le vêtement, regardez les lys des champs... » ou encore : « Cherchez le Royaume et la Justice de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît. »
Comment décrire la vie contemplative du Saint, sa profonde connaissance de la prière du coeur qui élève au-dessus des anges ceux qui la pratiquent de tout leur esprit, de tout leur coeur ?
Pendant sa prière, il était comme un météore, disent ceux qui l'ont connu et qui ont prié avec lui. Il sortait hors du monde sensible, entièrement tendu vers Dieu. Rien ne pouvait le distraire ; même quand on frappait à sa porte, il n'entendait pas. Si on péntérait dans sa cellule, il ne voyait pas le visiteur, tant il était plongé dans la contemplation dont Isaac le Syrien dit qu'elle dépasse la connaissance la plus parfaite, la plus sublime. Le Royaume de Dieu se révèle quand l'esprit est sorti des sens corporels.

« Quand l'âme, dit Saint Syméon le Nouveau Théologien, initiée aux mystères célestes, sort de sa prison ( c'est-à-dire du corps et des sens), elle voit toute la lumière et tout ce qui se trouve dans cette lumière ; Voilà ce qui arrive à l'homme qui est sorti de soi, qui peu à peu s'est libéré des nécessités du corps, qui tout entier est sorti hors de ce monde, hors des choses sensibles. Que ton esprit sache bien que tout ce monde est une prison obscure, sans lumière, que la lumière du soleil est comme celle d'une lampe qui écalire ceux qui se trouvent dans l'obscure prison. Pense aussi qu'en dehors de cette faible lumière sensible, il y a aussi la Lumière des Trois Personnes qui est au-delà de toute espèce de lumière, de toute pensée, de tout concept. Cette Lumière est indicible, ineffable, inaccessible. Et toutes les choses qui se trouvent en elle ne peuvent être vues, connues, saisies par ceux qui sont enfermés dans la prison de ce monde…

Ce n'est qu'après avoir observé en premier lieu les commandements de Dieu, fait pénitence, désiré l'humilité et le reste que s'ouvre alors à nous comme un petit trou dans la voûte céleste visible qui nous laisse voir la Lumière immatérielle et spirituelle qui est au-delà des Cieux ; Dès que l'âme la voit, elle entre en extase, elle est tout entière dans l'émerveillement...L'âme demeure dans la contemplation de cette Lumière, comme ravie dans les Cieux...La Lumière, plus que lumineuse, la Lumière merveilleuse pénètre dans la maison de l'âme, c'est-à-dire dans le corps et elle l'illumine dans la mesure même où la nature humaine peut la porter ; Si l'âme persévère, la Lumière devient peu à peu familière, étant en tout temps avec elle. A chaque instant l'homme est illuminé par elle, il la voit, la saisit. Il est enseigné par prodige sur prodige, mystère sur mystère, contemplation sur contemplation. Celui qui voudrait écrire ces choses manquerait d'encre et de papier et de temps pour les raconter en détail... »
D'après cette source inépuisable et sûre que fut pour nous la Mère Madeleine, Saint Nectaire, pendant la Liturgie, quittait souvent la terre et s'élevait dans les airs.
Un jour, nous a-t-elle raconté, pendant le chant de l'Hymne chérubique, alors que le saint père récitait la sublime prière : « Nul n'est digne, ô Roi de Gloire, s'il est lié par les désirs charnels et par les voluptés, de venir à toi, de s'approcher de toi, de te servir... », pendant cette prière, je le vis s'élever dans les airs. Je dus à plusieurs reprises, faire signe au choeur de recommencer le chant de l'Hymne chérubique. Comme il ne redescendait pas, je le touchai de la main et il revint alors à lui. Ce jour-là il me dit :
- Quand j'entre en contemplation, ne me dérange pas, mais marque de ton doigt l'endroit où j'ai laissé la prière et attends.
Les autres moniales ne virent rien, car le Saint célébrait les portes du sanctuaire fermées.
Le ravissement, comme celui d'un Saint Paul, est un des charismes les plus élevés. L'être humain est porté au Ciel, non sur les ailes de l'imagination, mais par la puissance ineffable et indicible de l'Esprit Saint. Un grand maître de la spiritualité Orthodoxe, Saint Barsanuphe, dit quelque part que l'Amour fait monter ceux qui le possèdent jusqu'au septième Ciel. D'abord vient en l'homme l'Esprit Saint qui lui enseigne toutes choses et comment il faut s'humilier. Ensuite, l'homme, touché par la brûlure de l'amour, monte jusqu'au premier Ciel, puis jusqu'au second et progressivement, s'il persévère, jusqu'au septième. Là, il peut contempler les choses indicibles et redoutables que nul ne peut entendre, sauf ceux qui parviennent jusqu'à cette mesure... »
Je n'oublierai jamais, écrit le saint Higoumène de la Source Vivifiante de Paros, le Saint pénétrant dans le sanctuaire, surtout au cours de la nuit, pendant les Mâtines. Chaque fois que j'allais au monastère et que j'assistais aux offices, à l'intérieur du sanctuaire, je voyais le Saint se prosterner devant le Crucifié, entourer de ses bras la Croix Vénérable et prier en poussant de profonds soupirs, humecter de ses larmes le bois ; Tel était l'amour pour son Dieu, de tout son coeur ; Et c'est le même amour qui le brûlait pour son prochain... »
Une personne du monastère de la Sainte Trinité raconte qu'une fois, elle se trouvait dans l'église pendant que le Saint préparait sur l'autel de la Prothèse la sainte offrande ; Selon la coutume byzantine, le prêtre place à côté de l'Agneau de minuscules parcelles de pain, en prononçant les noms des vivants et des défunts, entourant ainsi, avec les parcelles prélevées en l'honneur de la Vierge, des anges et des Saints, le Seigneur Jésus-Christ de sa cour. Cette personne vit à ce moment-là Saint Nectaire dans une nuée lumineuse, jetant d'un geste large un voile sur l'assistance, qui fut recouverte comme d'une lumineuse nuée protectrice. C'est bien ce qui se passe en réalité, quoique invisiblement, quand au cours de la Liturgie on fait mémoire des Saints, des vivants et des morts aux dyptiques et qu'ensuite on agite le saint voile au-dessus du calice et de la patène.
Pendant la guerre de 14-18, les soldats éginètes, appelés au front, allaient avant de partir, se faire bénir par le Saint ; La Mère Madeleine inscrivait leur nom sur une liste qu'elle plaçait ensuite sur l'autel entre le marbre et les nappes. Tous ceux qui furent bénis revinrent de la guerre sains et saufs, pas un seul ne manqua.
Tous ceux que nous confions aux prières de l’Église sont recouverts de ce voile protecteur. Heureux les yeux qui voient ce qui se passe mystiquement et invisiblement au cours d ela célébration des divins Mystères. Si l'homme naturel ne peu rien percevoir, c'est que Dieu a ôté de ses yeux Son énergie. Il la rend à ceux qui sont devenus dignes de Lui. C'est ainsi que les Apôtres purent voir sur le Thabor le Christ transfiguré, dans la Lumière Incréée. C'est le retrait de cette énergie qui a fait que les Sodomites ne virent pas les deux anges quand ils entrèrent dans Sodome et que les Juifs ne virent pas le Seigneur quand Il séjourna chez eux, comme Le vit le Vieillard Syméon.
Les prodiges de Dieu ne se sont pas arrêtés aux temps bibliques ni à ceux de l'époque de Jésus, non ; ils continuent dans l’Église, prolongement du Nouveau Testament, des Actes des Apôtres. Dieu créée sans arrêt ; la création divine est permanente ; C'est pourquoi David, initié aux secrets de Dieu, parlant de tout cela, dit en employant le verbe au présent : « Il (le Seigneur) fait de ses anges des souffles. Il affermit la terre sur ses fondements... » Et le Christ révèle et confirme de toute son autorité le même mystère quand Il dit : « Mon Père œuvre jusqu'à présent, moi aussi j'oeuvre. »
« Tant que les âmes des hommes, écrit Saint Isaac le Syrien, sont souillées par le péché et obscurcies par les passions, elles ne se voient pas elles-mêmes, pas plus qu'elles ne se voient entre elles ; Mais si, par la pénitence, elles se purifient et retournent à leur première beauté, alors elles voient purement et clairement les trois ordres, c'est-à-dire l'ordre des anges qui est au-dessus d'elles, celui des démons qui se trouve au-dessous et elles se voient ensuite entre elles...L'âme purifiée voit spirituellement par l'oeil clairvoyant de sa véritable nature ; De ce que les âmes se voient entre elles, bien qu'étant encore dans le corps, ne t'en étonne pas...Quand elles se sont purifiées, elles se voient les unes les autres, non corporellement, mais spirituellement, parce que la vue corporelle, comme cela est évident, ne voit que les objets qui sont à sa portée, mais ceux qui ne le sont pas exigent une autre vue... »
Saint Nectaire, entièrement purifié, voyait les nages et le monde céleste. Un jour, nous a dit la sœur Nectarie, je me promenais avec lui. Tout-à-coup il me dit :
- Nectarie, voudrais-tu voir ton ange ?
- Oh oui, lui répondis-je, je veux le voir.
- Regarde, reprit le Saint, ton ange est devant toi.
La jeune Nectarie fut si effrayée par l'éblouissante vision de son ange que le Saint regretta de le lui avoir montré.
Il lisait aussi, comme dans un livre, dans les âmes, et on ne pouvait absolument rien lui cacher. Même les choses qui se passaient hors du monastère, il les connaissait, comme l'illustre une parmi beaucoup d'histoires que nous tenons de la sœur Nectarie.
La sœur Nectarie, encore jeune, faisait paître les chèvres du monastère.Un jour, exaspérée par l'une d'elles, elle l'attrapa et lui mordit l'oreille. Le soir, après laconfession, elle attendit en vain la bénédiction du Saint pour se retirer dans sa cellule. Lui se taisait ; Impatiente, elle lui demanda la raison de son silence.
- As-tu tout dit et n'oublies-tu rien ?
- Non, père, je n'oublie rien, j'ai tout dit.
- Et qui a mordu l'oreille de la chèvre ?


DIFFICULTES NOUVELLES ET PERSECUTION

Sur la route où je marche, ils (les démons) m'ont tendu un piège, dit le psalmiste. Jusqu'au dernier jour de la vie du saint homme de Dieu, le démon ne le laissa pas tranquille. Démons et hommes malintentionnés se déchaînèrent contre lui jusqu'en sa retraite d'Egine.
Malgré les innombrables signes qui manifestèrent l'amitié de Dieu pour Nectaire, les hommes d'Eglise se laissèrent encore emporter par les passions contre lui. Ils lui suscitèrent de nouvelles épreuves.
Selon les canons ecclésiastiques, les monastères sont soumis directement à la juridiction de l'evêque du lieu. C'est lui qui intronise ou dépose les abbés, ordonne les prêtres. Saint Nectaire ne voulait son mnastère que spirituellement dépendant de l'Evêque. Il écrivit dans ce but le 7 août 1913 au Métropolite d'Athènes pour lui demander son appui, afin que sa fondation fût officiellement reconnue comme personne morale et juridique ; le ministre du Culte, de qui dépendait la décision,demanda l'avis du métropolite ; Ce dernier, qui avait oublié qu'à l'origine il avait donné sa bénédiction et son consentement, qu'il avait approuvé la résidence du Saint auprès des nonnes, partit en guerre contre lui ; il ne voulait à aucun prix laisser échapper à sa juridiction administrative un établissement qui de jour en jour prenait de l'importance. Aussi il ne répondit au Saint qu'un an après, et encore pour le réprimander et lui demander comment, au mépris des règles sacrées, il avait osé fonder un monastère de femmes, accueillir des moniales dont le nombre augmentait, le diriger lui-même comme aumônier et célébrer des offices liturgiques assisté de femmes portant des ornements sacrés.
Le métropolite cherchait à tout prix des prétextes à sa mauvaise humeur et à son antipathie pour le Saint qui voulait soustraire aux abus de l'administration ecclésiastique son monastère en plein développement. On attaqua le Saint comme innovateur en matière liturgique, surtout pour avoir fait porter des ornements liturgiques à des nonnes préposées à servir d'acolytes dans un monastère de femmes. Les religieuses, choisies pour ces fonctions mineures, portaient en effet l'aube, les manchettes et l'étole croisée comme les sous-diacres.
Et ce n'est pas sans crainte de Dieu et après mûre réflexion que Saint Nectaire prit cette décision. Un jour, alors que la nécessité d'une seconde servante de l'autel s'imposait, il pria la Vierge de lui indiquer celle de ses filles qui était la plus digne parmi les dignes pour remplir cette fonction. Au cours de la liturgie du Samedi Saint, au moment où retentissait sous la coupole de l'église l'Hymne de la Vierge, une nonne eut une vision. Elle vit Saint Nectaire l'appeler devant les portes saintes, tout en faisant signe à une autre religieuse de lui apporter des ornements préparés à l'avance : aube, étole, manchettes, dont il la revêtit. Puis il lui donna l'Evangile à embrasser et l'introduisit par les portes sacrées dans le sanctuaire. La religieuse en question, que nous connaissons bien, était en prière dans l'église. Le lendemain, à la fin de la Liturgie pascale, alors que les sœurs venaient le féliciter et recevoir sa bénédiction, le Saint demanda à chacune d'elles si ellen'avait pas eu une vision au cours de la divine liturgie. Quand celle qui l'avait eue arriva, la même question lui fut posée. La religieuse se troubla, hésita et le Saint comprit qu'elle avait vu quelque chose. Il la pressa de lui raconter sa vision.Lanarration terminée, il s'écria : « C'est ce que je souhaitais ». Il s'empressa de l'établir dans la fonction sous-diaconale, la conscience en paix puisque le Ciel était en accord.
Le 10 octobre 1914, Saint Nectaire répondit à son frère et concélébrant, le Métropolite d'Athènes, par une lettre plutôt sèche, mit les choses au point et rappela à son Eminence qu'il avait autrefois donné son consentement, sa bénédiction et avait même promis beaucoup d'autres choses. L'affaire traîna longtemps et le Saint dut réitérer sa demande quatre ans après, en 1918. Entre-temps, le métropolite ne perdit pas de vue l'objet de son ressentiment. Il imposa au Saint une inspection annuelle du monastère et poussa le raffinement de la persécution jusqu'à confier cette fonction à un clerc désagréable, qui avait ordre de se comporter durement avec le Saint. Ce n'est que quatre ans après la dormition du fondateur qu'un décret, daté du 31 mars 1924, reconnut la fondation, et qu'un autre, daté du 6 juillet 1930, lui accorda l'indépendance administrative.


LA FIN

« Bienheureuse la voie que tu parcours aujourd'hui, car un lieu de repos t'a été préparé. » C'est le graduel de l'office de ceux qui par la mort s'avancent vers la patrie tant désirée du Royaume de Dieu.
Nectaire le bienheureux, lui qui fut digne de la Grâce apostolique, non seulement par les miracles qu'il fit, mais aussi par la parole de sa gesse qui lui avait été impartie, par ses visions, par les révélations qui lui furent faites comme à l'Apôtre Paul le divin, devait passer, en tant que descendant de la race d'Adam, par la mort.
Souffrant en silence depuis longtemps de la prostate, il cacha son mal jusqu'au temps de sa mort ; Vers le milieu du mois d'août 1920, accompagné de quelques moniales, il se rendit au monastère de Chrysoléontissa, situé environ à une heure et demie de marche du monastère de la Sainte Trinité. Du haut de la cathédrale de Saint Denys, on peut le voir, majestueux dans sa blancheur, au milieu d'un petit bois. A mi-chemin, on rencontre une pierre sur laquelle, selon la tradition locale, la Vierge aurait posé sa main et laissé une empreinte lors d'une apparition. Là brûle, jour et nuit, une lampe à huile. On raconte dans l'île beaucoup de merveilles accomplies par la Vierge de Chrysoléontissa. Le site est imposant, austère, le silence absolu. Aucune route n'y conduit, mais des sentiers de chèvres difficiles à repérer. L'église est belle Au temps du Saint, le monastère était occupé par des hommes, et c'est sur une indication de la Mère de Dieu qu'il fut converti, il y a trente ans,en couvent de femmes ; Le noyau originel fut composé de quatre religieuses de la Sainte Trinité et de l'Higoumène Madeleine.
Grande ascète, la Mère Madeleine rappelait Sainte Synclétique et, par sa science théologique, Catherine d'Alexandrie. C'est dans ce monastère que se trouve la merveilleuse icône de la Mère de Dieu, la Chrysoléontissa, aui a donné son nom au monastère. C'est devant cette icône que Saint Nectaire aimait prier et c'est elle qu'il invoquait en toute circonstance. Il avait composé des hymnes en son honneur qu'il chantait tous les jours.
Le Saint resta une quinzaine de jours chez la Chrysoléontissa, pleurant et priant devant la vénérable icône. Il suppliait Dieu, comme le raconte la sœur Nectarie qui l'accompagnait, de lui accorder encore quelques années de vie terrestre pour achever son oeuvre et régulariser la situation de son couvent. Il terminait ses requêtes par des actions de grâces, se livrait au Seigneur, disant à Celui à quiil avait consacré toute sa vie, de toute son âme, de tout son coeur : « Que seule ta volonté soit faite. »
Ses forces s'épuisaient maintenant très vite. Ses jambes enflées refusaient de le porter. Il demanda à retourner chez lui. Il quitta sa cellule et pour la dernière fois se rendit à l'église. Il s'agenouilla avec peine et douleurs devant la majestueuse icône, leva ses mains vers elle, et les yeux remplis de larmes pria en silence. La fidèle Nectarie se tenait derrière lui.
Puis, à dos de mulet, il reprit le sentier du retour pour la Sainte Trinité ; En chemin il s'arrêta devant une croix gravée sur une pierre.Il mit en œuvre tout ce qui lui restait de forces, descendit de sa monture, s'agenouilla de nouveau et pria ; Nectaire l'observait attentivement. Les yeux fixés au Ciel, il entra en extase et y resta longtemps ; La jeune nonne crut que quelque chose était arrivé à son père spirituel. Anxieuse, elle lui toucha l'épaule.
- Tu as interrompu ma prière, lui dit-il.
Puis il essuya ses larmes, regarda à l'horizon son couvent et ajouta :
- Pour la dernière fois je bénis mon petit monastère et les Chrétiens de l'île, car dans peu de temps je dois partir.
Etonnée de ces paroles, Nectarie la naïve, rappelant la question des Apôtres, lui demanda :
- Et où iras-tu ?
- Au Ciel ! lui répondit-il.
Dieu venait de révéler à son serviteur sa fin prochaine.
Revenu au monastère de la Sainte Trinité, il se coucha, chose qu'il n'avait plus faite depuis de longues années, car il avait vaincu la nécessité du sommeil. Son mal empira à tel point qu'il consentit, pressé par ses filles spirituelles, à aller se faire soigner à Athènes.
Accompagnée de deux moniales, l'après-midi du 20 septembre 1920, la moniale Euphémie amena à l'hôpital un petit vieillard vêtu d'une soutane et qui se tordait de douleurs. L'employé demanda les renseignements d'usage afin de remplir la fiche d'entrée :
- C'est un moine ? Dit-il.
- Non, répondit la nonne, c'est un Evêque.
L'employé sourit ironiquement et dit :
- Trève de plaisanterie. Dis-moi son nom afin que je remplisse lafiche d'entrée.
- Mais, mon enfant, je te répète qu'il est Evêque. C'est le Métropolite de la Pentapole…
- C'est la première fois que je vois un Evêque sans médaillon, sans croix d'or et surtout sans argent.
- Et pourtant, il est Evêque, reprit en insistant la nonne Euphémie. Il est Métropolite de la Pentapole qui dépend du Patriarcat d'Alexandrie. C'est son Eminence le Métropolite Nectaire Képhala. Il y a longtemps qu'il a quitté l'Egypte et il a habité tout près d'ici, quand il dirigeait l'Ecolede Théologie. Il y a quelques années,il est venu à Egine où il a fondé le petit monastère de la Sainte Trinité où il a vécu. Il y est tombé gravement malade et nous l'avons amené ici malgré lui.
L'employé indifférent haussa les épaules et donna ordre aux infirmiers de placer le malade dans une salle de troisième classe où quelques lits destinés aux nécessiteux incurables étaient disponibles. Le « petit vieillard » passa deux mois dans d'horribles souffrances, sans cesser de louer Dieu, et de lui rendre des actions de grâces. Dévoré par la fièvre, complètement épuisé, le dimanche 8 novembre 1920, à 10 h 30 du soir, jour de la fête des Archanges Michel et Gabriel, après avoir communié aux Saints Mystères, il rendit dans la paix et la sérénité son esprit à son Maître et Seigneur. Il venait d'avoir 74 ans.
Si quelqu'un, à cette heure, avait eu les yeux d'un Antoine le Grand, il eût vu Nectaire monter au Ciel dans la lumière, dans la gloire divine, accompagné des anges dont l’Église de la terre célébrait ce jour-là la fête.
Le corps resta onze heures dans la salle de l'hôpital, et dès les premiers instants il répandit de suaves parfums de sainteté. Tout près du lit mortuaire s'en trouvait un autre sur lequel gisait un indigent paralytique. Les religieuses préparèrent la dépouille en vue de son transfert à Egine. On ôta le vieux chandail du Saint pour le revêtir d'un propre et on le déposa sur le lit du paralysé. Aussitôt le paralytique recouvra l'usage de ses membres, se leva, marcha et rendit gloire à Dieu. Dieu manifesta ainsi la sainteté de son serviteur et le glorifia par ce premier miracle.
Dans la salle où s'endormit le Saint, on ne mit personne pendant six mois, tant elle embaumait. Aujourd'hui elle sert de bureau sous le nom de « Salle Saint Nectaire ».
La dépouille fut ensuite transportée au Pirée et placée dans l'église de la Sainte Trinité, en attendant l'embarquement pour Egine. Tous ceux qui vinrent la vénérer remarquèrent que du visage ainsi que des autres parties du corps, suintait une huile, comme une sueur parfumée. Beaucoup de gens en furent imprégnés pendant plusieurs jours. La Mère Madeleine nous a donné, en signe de bénédiction, une parcelle de sa soutane qui enveloppait le Saint lors de sa dormition. Jusqu'à ce jour, ce lambeau de soutane continue de répandre des parfums suaves et indéfinissables. Nombreux sont ceux qui autour de nous ont constaté cela.


RETOUR GLORIEUX A EGINE

Les habitants d'Egine, endeuillés et affligés, reçurent la dépouille de leur Saint sur lequai de leur petit port accueillant. Les cloches de toutes les églises sonnèrent le deuil qui s'étendit sur toute l'île. Peuple et clergé conduisirent la dépouille jusqu'au monastère de la Sainte Trinité. Les Chrétiens, sur le seuil de leurs portes, pleuraient la perte de leur thaumaturge. D'autres, de leurs fenêtres, répandaient sur le cercueil ouvert des fleurs, et tout au long du parcours l'encens brûlait dans les encensoirs et montait comme le sacrifice vespéral vers le Seigneur.
Les paysans avaient abandonné leurs champs et un vieillard plus que centenaire criait dans sa douleur : « L'île a perdu la source de son euphorie. » Les hommes se disputaient l'honneur et la grâce de porter le lourd cercueil sur leurs épaules et le corbillard fut renvoyé à sa remise . Aucun des porteurs ne sentit la fatigue, inondés qu'ils étaient par les parfums que répandait le Saint.
La nuit était tombée quand le cortège parvint au monastère. Les religieuses en larmes accueillirent leur père et placèrent le cercueil dans la nef de l'église. Le peuple envahit le saint lieu du monastère et toute la cour. Toute la nuit brûlèrent des cierges, et le chant du long office des défunts brisait le lourd silence ; l'atmosphère était exceptionnelle. Depuis sa mort quarante heures s'étaient écoulées et le corps ne donnait aucun signe de corruption. L'ensevelissement eut lieu dans la cour du monastère, entre les deux pins dont nous avons déjà parlé. La révélation faite à la vieille gardienne des ruines du couvent s'accomplissait en ce jour-là.
Aussitôt après sa mort, Saint Nectaire commença à se manifester. Il se montra à des gens qui n'avaient jamais entendu parler de lui, vêtu d'une simple soutane et coiffé du voile monastique, se nommant Nectaire d'Egine. Voici un miracle qui nous a été conté par notre ami le père Nectaire de Paros :
« Une dame, demeurant à Phalère,banlieue d'Athènes, était engagée depuis des années dans un difficile procès. Ses adversaires lui réclamaient une somme astronomique de dix-neuf mille livres sterling, sans les intérêts, et avaient mis opposition sur tous ses biens immobiliers. La bonne dame priait la Mère de Dieu sans cesse. Elle était, comme elle me le confessa, dans une extrême inquiétude, car le jour du jugement approchait ; Elle n'avait jamais entendu parler du Saint. Le 26 mai, au point du jour, elle vit en songe un prêtre vêtu de noir et coiffé du voile des moines, qui lui dit :
-Ne t'inquiète pas pour le jugement. Tout ira bien. Viens me voir chez moi.
- Où se trouve votre maison ? Je ne la connais pas, lui répondit-elle intriguée.
- Demande à Egine où se trouve le père Nectaire. N'importe qui te l'indiquera ;
Ce songe fit une grande impression sur la dame, et un ami, un certain M.Jean, décida de se rendre à Egine pour rencontrer ce père Nectaire. Il débarqua dans l'île et demanda à un enfant s'il connaissait le père Nectaire.
- Oui, dit l'enfant. Il est là-haut, à la Sainte Trinité, le monastère de femmes.
Arrivé au monastère, il se recueillit à l'église et demanda la père Nectaire. Les moniales lui indiquèrent le tombeau, et M.Jean, quelque peu étonné, apprit qu'il s'agissait d'un Saint et non d'un prêtre vivant ; Le soir même il quitta Egine et retourna à Phalère. Il se rendit aussitôt chez la dame et lui dit, comme pour l'éprouver ou la taquiner :
- C'est pour rien que je suis allé à Egine. Je n'y ai pas trouvé le père Nectaire.
- Cela est impossible, reprit la dame. Je sais que vous y êtes allé, car aussitôt après midi, alors que j'étais couchée pour la sieste, j'ai revu le moine qui m'a dit :
- Jean est venu chez moi tout seul ; pourquoi n'es-tu pas venue avec lui ?
M. Jean devint blanc comme la cire et s'écria rempli de crainte :
- Je suis allé chercher un prêtre et c'est un Saint que j'ai trouvé.
Inutile d'ajouter que la dame fut délivrée de son cauchemar, comme le Saint le lui avait annoncé. Le procès n'eut pas lieu, les adversaires ayant, sans aucune raison apparente, retiré leur plainte. »
Le jour qui précéda la mort du Saint, un télégramme arriva d'Athènes, annonçant une amélioration de la santé du Saint. Il réjouit le coeur des religieuses qui se trouvaient dans la cour. Xénia, l'aveugle, arriva au milieu d'elles et leur demanda la cause de leur joie.
- Notre père va mieux, lui dirent-elles.
- Non, répondit Xénia. Notre père n'est plus. Il est mort. Je viens de le voir dans la cour. Il m'a dit : « Je viens vous saluer, car je pars ; Soyez en joie ! »
Quelques heures après cette apparition, un autre télégramme arriva annonçant que le Saint avait terminé ses jours terrestres.
Le tombeau, préparé à la hâte, s'était un jour effondré du côté des pieds. Les moniales décidèrent d'ériger un tombeau de marbre. On dut pour cela exhumer le corps. Mais avant l'ouverture du tombeau, l'abbesse Xénia fut importunée par des pensées et allajusqu'à hésiter à le faire ouvrir, car, se disait-elle, les odeurs de corps décomposé vont se dégager et se répandre partout. Mieux vaut attendre encore.
Une religieuse vit alors en songe l'Evêque de la Pentapole qui lui dit :
- Comment vas-tu ?
- Bien, répondit-elle, grâce à tes prières.
- Incline-toi pour que je te signe.
Il la bénit par trois fois, selon son habitude, et ajouta :
- Sens-moi et dis-moi si je sens quelque chose.
La nonne répondit qu'elle ne sentait rien. Alors il lui dit explicitement :
- Est-ce que je sens mauvais ?
- Mais qui dit que tu sens mauvais ?
- C'est l'abbesse qui le pense.
- Quelle abbesse ?
- Mais Xénia, l'Higoumène. Regarde-moi, me manque-t-ilquelque chose ?
Et il lui montra ses mains, ses pieds, son dos, et ajouta :
- Ne suis-je pas entier ?
- Oui, tout entier, dit la religieuse.
Le tombeau fut donc ouvert et le corps trouvé intact.
«  je ne me souviens plus exactement quand, dit le docteur G.X ; c'était un soir, je revenais de Mésagron où j'étais allé visiter un malade. L'orage me surprit et me contraignit à demander asile au monastère de la Sainte Trinité. A cette époque les autos n'existaient pas comme moyen de locomotion et de transport et nous utilisions des animaux. Les religieuses du couvent, connues pour leur hospitalité, prirent soin de moi, et m'offrirent gîte et nourriture ; Avant de me coucher, je me fis un devoir d'aller m'incliner sur le tombeau du Saint ; une sœur portant un flambeau m'y conduisit…
Sans prendre garde au règlement du monastère et malgré les protestations de la religieuse, je tirai de toutes mes forces la plaque de marbre du tombeau jusqu'au milieu et, bien qu'envahi par l'émotion, je découvris le visage que recouvrait un voile...Je sentis alors un parfum ineffable et vis un spectacle étonnant…
Je fis cela, poussé non seulement par l'humaine curiosité, mais aussi par intérêt scientifique, car tout ce que j'entendais dire du Saint contredisait tout ce que j'avais appris à l'université.
Je peux donc affirmer, en toute connaissance de cause, en tant que simple homme et en tant qu'homme de science, que je me suis trouvé devant une chose étrange : je vis le Saint, que j'avais bien connu dans le passé, comme s'il dormait ; son visage n'avait pas subi d'altération, pas même sa barbe clairsemée. Ma curiosité me poussa jusqu'à faire une autopsie qui dura bien un quart d'heure. Je constatai que le corps ne répandait aucune odeur fétide, qu'il ne présentait aucun rigidité de cadavre et je pus même arracher un poil de la barbe ; Je touchai le corps ; il restait la peau.
Quand j'appris, lors de la première exhumation, que le corps était intact,j'attribuai cela à des conditions géologiques particulières. Mais trois ans étaient passés depuis et le corps était disposé autrement. La science sur ce point ne put me donner d'explication.
« Ne croyez pas, ajoute le docteur X., que je sois un bigot ou entraîné par l'imagination. Tout ce que je viens de dire c'est la réalité absolue... »
On retira le corps et on le transporta dans sa cellule oùil fut déposé pendant quarante-huit heures, le temps de préparer le nouveau tombeau. Il était souple et avait conservé toute son élasticité. Seuls les vêtements avaient été réduits en poussière. Les moniales le revêtirent de vêtements neufs.
Sur la plaque tombale fut gravée cette épitaphe :
Passant, regarde le tombeau du pieux
Pontife de la Pentapole,
Nectaire Képhala.
Sa vie s'est écoulée tout entière dans
la piété et la vertu et à dispenser
les paroles célestes.
Il laisse une grande douleur et de
la tristesse dans les âmes des hommes
pieux, ainsi que dans le cercle de ceux
qui aiment les Muses.

On pourrait répéter ici les paroles de Saint Grégoire de Nazianze, qui s'écriait dans son oraison funèbre de Mélèce : « Essuyons nos larmes. Mélèce n'est point perdu pour nous.Il réside toujours au milieu de nous, bien que nos yeux ne le voient pas. Notre pontife s'est enfermé dans son sanctuaire. Dégagé de sa prison terrestre, son âme est allée prendre possession de l’Église où Jésus-Christ nous a devancés. Il n'est plus dans la dépendance des ombres de la vie présente, il jouit de la réalité. Ce n'est plus à travers des énigmes et par l'ouverture d'un rocher, c'est face à face qu'ilcontemple la gloire de la divinité... »


LES MIRACLES

Les miracles de Saint Nectaire sont innombrables ; ils n'ont pas cessé depuis sa dormition. Nous avons, sous les yeux, un épais volume, récemment publié sous le titre : RIEN N'EST INGUERISSABLE POUR SAINT NECTAIRE, où sont racontés 159 miracles et guérisons de toutes sortes opérés par le Saint au cours des années 1960 à 1963. Le temps et le papier nous manqueraient s'il fallait les énumérer tous.Nous en citerons cependant quelques-uns parmi les anciens et parmi les nouveaux.
En 1925, au mois de janvier, la sœur Mitrodore ( celle qui nous a donné l'huile merveilleuse et miraculeuse) fut attaquée subitement par un esprit impur qui la tourmenta atrocement. Quand l'esprit entendait prononcer le nom du Saint, il l'insultait, rugissait et terrassait la pauvre créature de Dieu. Ses parents, ne pouvant supporter de la voir souffrir, décidèrent, le jour de la Pentecôte, de conduire leur fille au Sépulcre du Saint, dans l'espoir d'y trouver la délivrance.
Pendant qu'ils se rendaient à Egine, le démon se déchaîna. Au monastère, les religieuses se virent contraintes de l'attacher à l'un des pins qui encadrent le tombeau. Sur l'intervention et l'intercession du Saint, le démon sortit, et laissa libre la jeune fille qui devint moniale sous le nom de Mitrodore.
En 1931, vint au monastère un jeune couple pour y faire baptiser un enfant, consacré à Saint Nectaire. Ce ménage avait déjà eu deux enfants et tous deux étaient venus au monde paralytiques. Le premier vivait encore, le second était mort. Le troisième, celui qu'on venait faire baptiser, était également venu au monde paralysé. Malheureux et découragés, les parents allèrent chercher de l'huile de la veilleuse du Saint, en oignirent leur dernier-né et promirent à Saint Nectaire de le faire baptiser au monastère et de lui imposer son nom. Qui racontera les merveilles de la puissance du Christ ? Aussitôt après la troisième immersion, l'enfant sortit des eaux complètement guéri. Il jouit actuellement d'une santé totale et parfaite.
En 1933, un autre enfant, lunatique depuis le berceau et qui subissait jusqu'à dix crises par jour, fut guéri par le Saint. Ses parents, qui étaient dans le désespoir, vinrent à Egine chercher de l'huile de la veilleuse du Saint, en oignirent l'enfant, et quand ils lui montrèrent l'icône qu'ils avaient achetée, l'enfant s'écria : « Père ! » et embrassa l'image. Depuis, il vit en bonne santé à la grande joie de ses parents et à la gloire de Dieu qui est admirable dans ses Saints.
En 1934, une jeune fille de Thessalonique, instruite et cultivée, adonnée à la lecture des Saintes Ecritures et à la Prière, fut un jour atteinte de mélancolie, incapable d'articuler d'autre mot que : « Malheur ! Malheur ! Malheur ! »
La mère fut très troublée par le changement brutal de sa fille. Elle la bénit avec les saintes icônes, mais la jeune fille refusa de les embrasser, disant : « C'est du feu ! C'est du feu ! » Elle refusa même de se signer. On l'amena de force à l'église, mais elle n'y trouva aucun repos ; Elle continuait à murmurer : « Malheur ! Malheur ! Malheur ! C'est du feu, partons, partons. »
Quand arriva l'heure de la communion, elle se mit à trembler et à frémir. Impossible de lui ouvrir la bouche, car elle tournait la tête. Avec beaucoup de peine on parvint à la faire communier, mais elle repoussa le pain béni.
Désespérés devant la misère de leur fille et pensant qu'elle souffrait d'une maladie nerveuse, ses parents la mirent dans une clinique psychiatrique. Au lieu de s'améliorer, son état empirait. Ils la conduisirent à Athènes, dans l'espoir d'y trouver de meilleurs médecins. En se rendant à la capitale, ils rencontrèrent des personnes qui sentirent que la jeune fille souffrait en son âme et qu'elle avait plutôt besoin du secours divin. Ils dirent à sa mère :
- Votre fille ne souffre pas des nerfs, comme vous le pensez, mais d'un esprit impur ; elle a besoin d'exorcismes et d'huile bénie. A Egine il existe un couvent de femmes où se trouve la sainte dépouille de Saint Nectaire de la Pentapole, le fondateur du monastère. Tous les jours il fait des miracles. Conduisez-la. Le Saint aura certainement pitié d'elle et de vous et la guérira.
Les parents, remplis de confiance, conduisirent leur fille à Egine, le 29 avril de la même année. La chose ne fut pas facile. Arrivée sur les lieux, elle refusa de vénérer le tombeau. On l'oignit avec l'huile de la veilleuse. Avec beaucoup de peine, le prêtre lut les exorcismes ; Toute la nuit la souffrante ne cessa de s'agiter. Le matin, six moniales la saisirent et l'introduisirent dans l'église où elle se mit à crier les mêmes mots : « Malheur ! Malheur ! Malheur ! C'est du feu ! » Au moment de la communion, d'autres efforts furent nécessaires. Elle resta un mois au monastère où chaque jour le prêtre l'exorcisait. Les voies de Dieu sont vraiment insondables. Le 28 mai, fête de la Sainte Trinité, donc du monastère, la jeune fille se leva seule, calme, tranquille, sereine, se rendit à l'église, et communia aux divins Mystères. Elle était guérie.
Elle vit en songe le Saint célébrer la liturgie, l'inviter à s'approcher, puis la bénir et lui dire :
- Tu es guérie.
Elle resta au monastère jusqu'au premier juillet et en repartit délivrée, rendant grâces au Seigneur et glorifiant le Saint.
Les plongeurs d'éponges d'Egine prièrent un jour leur saint protecteur avant de plonger et lui promirent en échange de sa bénédiction de lui offrir la première éponge pêchée. Toutes les éponge pêchées ce jour-là étaient marquées du signe de la Croix. Nous avons vu celles offertes au monastère, qui se trouvent actuellement dans la vitrine de la cellule du Saint.
Le père Nectaire de Paros nous a raconté l'histoire du chauffeur d'autobus qui perdit la vue dans un accident. Un jour, dit-il, alors que le brave chauffeur passait tout près du monastère de la Sainte Trinité, il s'arrêta sur la route, se signa et dit dans sa prière :
- Mon Saint Nectaire, donne-moi la lumière et tout ce que j'ai sur moi sera à toi !
L'infortuné recouvra immédiatement la vue. Comment, dirent les religieuses, notre père pouvait-il ne pas le guérir alors que tous les jours il rendait service au monastère en transportant des colis !
Je racontai le miracle, continue le père Nectaire, au propriétaire du café Aphéa d'Egine, qui me répondit :
- Mon cher frère, ici nous ne sommes plus étonnés, car c'est tous les jours qu'il y a des miracles !
Oui, Saint Nectaire opère des miracles quotidiens, non seulement à Egine, mais dans le monde entier, chez nous en France, en Amérique.
«  En 1949, écrit M.K. de Crète, je fus opéré du cancer à l'hôpital anticancéreux d'Athènes « Saint-Savvas ». On m'enleva la matrice. Quand le traitement fut terminé, le docteur me déclara tout joyeux que j'étais hors de danger. « Ne crains plus rien, me dit-il. Mais si un jour tu voyais un écoulement de sang, sache alors que ta fin est proche, car ce sera un indice de récidive. »
Huit années s'écoulèrent. En mai 1957, je sentis de nouvelles douleurs et de la gêne au ventre. Un soir, l'écoulement de sang apparut. La fin était proche. Assise sur mon lit, je ne dormis pas de la nuit entière, pleurant de désespoir.
Le matin, ma sœur, accompagnée de son époux, me rendit visite. Ils revenaient d'Egine où ils étaient allés pour la Pâque. Me voyant dans un état misérable, ma sœur me pressa de lui en révéler la raison. Son mari insista aussi. Je dis la cause de mon désespoir et ma sœur ne manifesta aucune surprise, aucun trouble. Elle me dit, au contraire, avec beaucoup d'audace et de foi qu'elle puisait dans sa confiance en Saint Nectaire :
- Ne crains rien, ma sœur, car tu crois en Dieu et tu connais les nombreux miracles que Saint Nectaire a faits dans notre famille.
Puis elle tira de son sac un flacon contenant de l'huile de la veilleuse du Saint qu'elle avait rapporté d'Egine, me le donna et ajouta :
- Prends ceci, prie le Saint et il te guérira. Je prierai de mon côté. Oins ton ventre avec cette huile bénie et sois certaine de guérir.
Je me conformai aux prescriptions de ma sœur, demandant le secours du Saint et, ô miracle ! Dès cet instant mes douleurs cessèrent. L'écoulement de sang s'arrêta et depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui 1962, je suis en parfaite santé.
Que le nom de Saint Nectaire soit béni. Puissent ces faits incontestables être la cause du retour à Dieu de beaucoup, une cause de foi inébranlable en sa Toute-Puissance, en son Amour, en sa Providence, en l'intercession de ses Saints par qui il nous accorde la guérison de l'âme et du corps... »
K.S., de l'île de Lesbos, raconte qu'en janvier 1963, son œil droit fut atteint d'un mal qui empirait chaque jour. Elle perdit l'usage de cet organe en peu de temps. « Imaginez, dit-elle, mon affliction. Je pleurais comme un enfant à la pensée que je ne pourrais peut-être plus m'occuper de ma fille paralysée. Je partis pour Athènes. Des amis me conduisirent à l'hôpital Frédérika où les ophtalmologistes m'examinèrent. La radiographie signala une hémorragie. Mon œil n'était pas guérissable. On m'emmena dans un autre hôpital dont le nom m'échappe. Six médecins et un professeur m'examinèrent à nouveau et déclarèrent ne pouvoir me guérir. Découragée et affligée, je retournai à Lesbos, avec la crainte de perdre aussi l'oeil gauche. En octobre, je décidai de descendre à Mytilène ( capitale de l'île de Lesbos) pour y consulter d'autres médecins, au cas où ils pourraient me guérir…
Le dimanche, j'allai à l'église et à la fin de la Liturgie on m'apporta le périodique Sainte Marine ( ce petit périodique relate souvent les miracles de Saint Nectaire) que ma fille paralysée et moi lisons. Ce jour-là, nous le lûmes avec beaucoup de contrition. Etait-ce parce que je m'apprêtais à partir le lendemain pour Mytilène, était-ce à cause de ma grande confiance en Saint Nectaire, toujours est-il que je m'agenouillai devant les saintes icônes et avec des larmes ardentes je commençai à l'invoquer :
- Saint Nectaire, je t'honore et je crois que si tu le veux, tu peux me guérir, bien que je sois une pauvre pécheresse. Je recouvrirai ta main d'argent. - C'était une forme d'ex-voto).
Je m'endormis en paix, avec la certitude que le Saint avait entendu ma prière. Au point du jour je m'éveillai. J'ouvris les yeux et, ô miracle ! Je voyais avec les deux. Je me levai en rendant grâces et prenant un peu de l'huile du Saint que je possédais,avec le bout de mon doigt je signai par trois fois mon œil. Un liquide très froid coula comme de l'eau. L'écoulement dura longtemps, puis je sentis mon œil comme décongestionné. Depuis, je vois, je couds, je suis pleine de joie.
Je rends grâces à Saint Nectaire et je glorifie le Seigneur qui a ordonné au Saint de me guérir... »
Le saint Evêque de Gortyne et d'Arcadie, en Crète, rapporte le tout récent miracle que Saint Nectaire a fait dans son diocèse en mai 1965.
- Ces jours-ci, écrit-il, une émotion profonde a envahi la Massara, à la suite d'un miracle authentique et incontestable de Saint Nectaire.
Beaucoup vont en l'entendant froncer les sourcils pour manifester leur doute et leur mauvaise foi. Certains vont peut-être sourire pour exprimer leur scepticisme à propos des miracles, des Saints, de Dieu. D'autres diront que c'est là invention des prêtres pour exploiter les simples.
Les médecins parlent de cas où l'intervention d'une force rend la santé. Il existe pourtant des maladies organiques manifestement incurables. La science reconnaît son impuissance et se tait. Il est vrai que le ver du doute ronge la pensée humaine, parce que la foi vivante et sincère fait défaut. C'est alors que survient le miracle, qui est au-delà des sens et des données empiriques et qui nous oblige d'accepter l'existence d'un monde invisible et spirituel qui, par ce moyen, le rend sensible et présent.
Une bonne mère de famille de Moira, Marie R. vit avec son mari, K., homme courageux et intelligent, qui travaille durement pour gagner le pain de leurs enfants.
Voici un an, Marie tombait malade, frappée à la tête par un redoutable fléau. D'atroces douleurs la torturaient, et ses cris s'entendaient dans tout le voisinage. Le mal attaqua aussi les poumons. La science confirma les faits. Le médecin envoya la malade chez ses confrères d'Héraklion – capitale de la Crète-, et ceux-ci, à leur tour, la dirigèrent sur Saint-Savvas, l'hôpital anticancéreux d'Athènes. D'après les examens et les analyses, il n'y avait plus aucun espoir de guérison : le mal était trop avancé. Sur le conseil des médecins, le mari ramena sa femme chez lui et s'attendit au pire. Marie se coucha ; ses douleurs étaient insupportables.
Le soir du 18 mai, l'on vint frapper à la porte de la Métropole. J'ouvris pour voir qui c'était. Marie et son époux étaient devant moi. Bouleversée par l'émotion, elle m'annonça sa guérison. Elle était arrivée en courant, comme si elle n'avait jamais été malade. Elle s'assit, se signa et me raconta comment elle avait été guérie.
« Kosta était sorti pour une course. Je lui dis de ne pas s'attarder, car il me semblait d'après les douleurs que ma fin approchait. Je priais sans relâche Saint Nectaire de me guérir ou de m'ôter la vie, car je devenais folle, ne pouvant plus supporter la souffrance.
Tout-à-coup, je vis entrer par la porte une ombre. Je crus que c'était mon mari. L'ombre s'approcha de moi, mais je ne pus discerner qui c'était, ma vue étant troublée ; J'entendis alors une voix me dire : « Lève-toi, va à l'église, et sonne la cloche. A tous ceux qui te demanderont pourquoi tu sonnes, tu répondras : Saint Nectaire m'a guérie.
Les douleurs cessèrent immédiatement, et je sentis en moi une grande force. Je me levai de mon lit sans difficulté, et me mis à marcher. Et, comme tu le vois, je vais très bien... »
Nous nous rendîmes tous à N.D.Kalybiane où se trouve une icône du Saint, et y chantâmes des actions de grâces glorifiant le Seigneur et son Saint. »
Au temps du Saint vivait à Egine un gendarme athée ; Saint Nectaire l'exhortait à croire en Dieu, à faire pénitence, à se confesser, à fréquenter l'église, à communier. Le gendarme restait indifférent.
Un jour,il fut envoyé par son ministère en Macédoine où il resta douze ans. Revenu à Egine, il rencontra le Saint sur le port qui recommença, mais en vain, ses exhortations.
Au café, où il rencontra ses anciens amis,le gendarme leur dit entre autres choses :
- Vraiment l' Higoumène de la Sainte Trinité est étonnant, il vit encore !
- Quel higoumène ? lui demanda-t-on ?
- Mais l'Higoumène de la Sainte Trinité…
- Il est mort depuis trois ans déjà.
- Que dites-vous la, répliqua le gendarme, bouleversé, je viens de le rencontrer sur le port et nous avons conversé ensemble…
Une crainte sacrée s'empara de tout le monde. Inutile de dire que l'incrédule se rendit sur-le-champ au monastère et fit pénitence.
A Paris, la femme d'un de nos prêtres, qui depuis des années souffrait de maux de tête inguérissables, fut soulagée dès la première onction d'huile du Saint, puis son mal s'atténua et disparut.
La femme d'un de nos diacres a été guérie d'un fibrome, évitant ainsi l'intervention chirurgicale. Quelques onctions suffirent pour vaincre le mal.
La personne qui a eu la grâce de l'apparition du Saint a été guérie par deux fois d'une grave maladie par Saint Nectaire, lui-même apparu en songe, et cela au grand étonnement du médecin qui voulait l'opérer.
Une de nos religieuses, qui vit sans cesse dans le commerce avec l'Epoux Céleste dans la prière perpétuelle, pria un jour Saint Nectaire de l'aider à trouver la solution d'un cas difficile. Au petit matin, elle le vit en songe lui remettre un petit pain et lui dire :
- Prends-le, c'est de la joie !
En effet, elle ressentit une joie incomparable, et le lendemain ses difficultés furent résolues beaucoup mieux qu'elle ne l'avait espéré.
Une autre fois, elle priait durant la nuit pour le monde et pour la multitude d'âme souffrantes, suppliant Saint Nectaire de répandre sa bénédiction sur tous les malheureux. De nouveau, elle le vit en songe, vêtu de ses ornements pontificaux, lui dire d'une voix très douce :
- J'ai un ardent désir de soulager les hommes...car je vois le Christ...Il est encore crucifié.
Puis, après un long silence, il ajouta :
- Je suis présent dans mes reliques...Que le prêtre qui me connaît bénisse tous ceux qui viennent chercher soulagement, purification, pardon...Mes reliques sont mon étole.
Et beaucoup, beaucoup d'autres choses que nous ne pouvons, faute de place, raconter ici.
Tous les jours de l'année, affrontant n'importe quel obstacle, les pèlerins se rendent à Egine. Hommes du peuple, intellectuels, fonctionnaires, etc...Nombreux sont ceux qui souffrent de maladies nerveuses, épileptiques, hystériques...On vient aussi pour y trouver la paix de la conscience, la solution de problèmes graves, de difficultés matérielles, etc...Nul ne s'en va les mains vides. Certains pèlerins viennent à genoux, d'autres pieds nus et passent des journées entières à jeun, veillent toute la nuit, supplient, pleurent ; souvent le silence est déchiré par des sanglots mal contenus...
Le Saint disait à ses filles spirituelles :
- Un jour viendra où beaucoup d'hommes passeront ici. Les uns pour rendre gloire à Dieu, les autres pour recevoir consolation et guérison, d'autres encore par curiosité…
Nectaire est devenu un Saint, écrit l'Higoumène de Paros, parmi tant de milliers de milliers d'hommes, d'Evêques, de prêtres, de hiéromoines, de moines, de laïcs ; Comment Dieu, qui aime tous les hommes et veut que tous soient sauvés, qui veut que tous soient des Saints et des dieux par la Grâce, n'accorde-t-il pas aussi à d'autres sa Grâce pour qu'ils deviennent des Saints, Mes bien-aimés, Dieu propose ses biens à tous, les offre gratuitement à tous. Mais, comme il est juste, il ne les donne pas à ceux qui en sont indignes, mais seulement à ceux qui les méritent. Il les donne à ceux qui luttent pour les acquérir et non pas aux négligents, aux indifférents. Il les donne aux hommes pieux qui Le craignent, qui L'aiment et observent ses commandements et non aux impies, aux orgueilleux, aux infidèles, à ceux qui s'éloignent de ses préceptes divins. Il les accorde à ceux qui jeûnent, aux continents, à ceux qui veillent, à ceux qui prient, comme chante l’Église : « C'est par le jeûne, la veille, la prière, qu'on reçoit les charismes célestes. » Dieu donne ses charismes à ceux qui possèdent les trois grandes vertus : l'humilité, la foi, la charité.
Ces trois vertus ornaient Nectaire et l'ont manifesté comme Saint. « Sur qui porterai-je mes regards ? dit le Seigneur. Sur celui qui est humble et doux et qui tremble à mes paroles. » Et Salomon dit que Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa Grâce aux humbles. C'est sur l'humilité de la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie que le Seigneur a jeté ses regards. « Il a regardé l'humilité de sa servante... » C'est l'humilité des saints prophètes, Apôtres, et de tous les Saints que le Seigneur a considérée et Il les a établis vases d'élection et instruments du Saint-Esprit.

Et c'est l'humilité de Nectaire que le Seigneur a vue. Il a fait de lui un Saint. Il a vu également sa foi juste, ferme, inébranlable, qui apparaît dans tous ses écrits pour la défense de l'orthodoxie de la foi. C'est cette foi qui l'a fait thaumaturge. « Voici, dit le Seigneur, les miracles qui accompagneront ceux qui croiront : ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront des serpents dans leurs mains ; quand ils auront bu un breuvage mortel il ne leur fera aucun mal, ils imposeront les mains aux malades et ils seront guéris. »

Le 2 septembre 1953, sur un signe du Saint, le tombeau fut ouvert. Il ne restait plus que le squelette. Dieu a voulu que les ossements, les reliques de son Saints, fussent répandus à travers le monde en signe de bénédiction. Que le Nom du Seigneur soit béni, car nous avons eu grâce à la Mère Madeleine, notre part de cette bénédiction. Le crâne fut placé sous une mitre d'argent, les ossements dans un grand reliquaire. Des parfums suaves se répandirent ce jour-là dans tout le monastère et dans les environs.
Quand mon ami N. et moi arrivâmes à Egine, le jour de la Transfiguration du Seigneur, accompagnés du jeune moine et ami C., nous sentîmes les suaves parfums qui montaient du tombeau vide. La religieuse qui nous accompagnait nous expliqua que c'était un signe de bon accueil que le Saint manifestait à ceux qui venaient avec piété et foi. C'était un parfum indéfinissable d'encens composé de vanille, d'iris blanc, un arc-en-ciel de parfums.Notre ami C. ne sentit rien. Il était déjà venu plusieurs fois.
L'âme, dit Saint Syméon le Nouveau Théologien, qui est devenue digne de participer à la Grâce divine, sanctifie tout son corps, car c'est elle qui le conserve, étant présente dans tous ses membres. Tout comme la Grâce du Saint-Esprit s'approprie l'âme, de même l'âme s'empare du corps. Mais tant que l'âme se trouve unie au corps, le Très Saint Esprit n'élève pas à sa propre gloire tout le corps en général, car il faut que l'âme manifeste sa volonté jusqu'à la fin de sa vie terrestre. Quand la fin arrive et que l'âme se sépare de son corps et que victorieuse, elle est couronnée, alors la Grâce du Saint-Esprit s'approprie le corps tout entier ainsi que l'âme. Les ossements des Saints font alors des miracles et guérissent les maladies.
Quand l'âme s'est séparée du corps dans la mort, elle se trouve tout entière avec le divin, c'est-à-dire la Grâce divine. Le corps, lui, reste seul, sans l'âme, mais avec la divinité et il manifeste aux hommes par les miracles, l'énergie divine. L'âme et le corps après avoir été libérés de toute nécessité, de toute importunité dues à leur lien, deviennent entièrement choses de Dieu, et la Grâce divine opère dans l'un comme dans l'autre, sans rencontrer d'obstacle. Dieu les a fait siens, au cours de leur vie digne de Dieu vécue en ce monde, quand ils étaient unis.
C'est pourquoi, tout ce qui touche des reliques reçoit une certaine force, une Grâce divine, comme on le voit dans les Actes des Apôtres où « Dieu opérait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, au point qu'on mettait sur les malades les linges et les vêtements qui avaient touché son corps, et ils étaient guéris de leurs maladies et délivrés des mauvais esprits. »
La sainteté de Nectaire, reconnue de son vivant par la conscience du peuple Orthodoxe, fut aussi rapidement reconnue par la hiérarchie. Quarante ans après sa dormition, le Patriarche oecuménique Athénagore confirma la sainteté du Métropolite de la Pentapole, par un acte daté du 20 avril 1961 et signé par tout le Synode de la Grande Eglise de Constantinople. Depuis Saint Grégoire Palamas qui fut canonisé dix ans après sa mort, on n'avait pas vu dans l’Église Orthodoxe de canonisation aussi rapide que celle de Nectaire.
Le 5 novembre de la même année, Egine inscrivit une nouvelle page glorieuse sur son livre d'or. Celui qu'elle avait accueilli mort, le 10 novembre 1920, était porté glorieusement dans ses reliques, du monastère de la Sainte Trinité à la cathédrale d'Egine, pour la proclamation officielle de sa sainteté.
Des milliers de fidèles, venus d'un peu partout, affluèrent dans la petite île. La tempête fit rage ce jour-là et les frêles embarcations qui font la navette entre le Pirée et Egine coururent de sérieux dangers. Le Saint apparut à plusieurs personnes et leur dit :
-Rassurez-vous, nul ne périra aujourd'hui.
Le cortège s'ébranla du monastère. Les élèves des écoles ouvrirent la marche, suivis d'un coeur d'hommes et d'un choeur de femmes.Puis venaient les drapeaux, les étendards, les bannières, un détachement de la marine royale, les représentants de l'école Rizari. Des moniales, portant la grande icône du Saint, sa mitre, sa crosse et d'autres objets,précédaient quatre prêtres portant sur leurs épaules la mitre d'argent contenant le crâne du Saint et d'autres le coffret reliquaire.
Venaient ensuite, marchant sur un seul rang, douze métropolites, puis un grand nombre de prêtres, de diacres, les officiels et le peuple fidèle de Dieu.
« Imaginez notre émotion, nous écrivit l'abbesse Eunice, quand nous vîmes ce jour arrivé, où l'Orthodoxie voyait se dresser une nouvelle colonne, en ces jours mauvais que nous traversons. Ma pauvre langue ne pourra jamais vous transmettre, surtout, par ce simple papier, les magnificences de Dieu, que j'ai été digne de voir et de vivre... »

Fidèles, honorons le fils de la
Sélybrie, le protecteur d'Egine,
La colonne de l'Orthodoxie, l'ami
véritable de la vertu,
Nectaire, le serviteur inspiré
du Christ apparu en nos temps.
De lui, jaillissent toutes
sortes de guérisons,
pour ceux qui clament avec foi :
Gloire au Christ qui t'a glorifié !
Gloire à Celui qui t'a fait
thaumaturge,
Gloire à Celui qui par toi
accorde à tous
la guérison.
(Tropaire du Saint).

Par les prières de nos Pères Saints, Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous, Amen !




EPILOGUE
P. Justin Popovic


Celui qui a lu les VIES des SAINTS sent et comprend de tout son être « qu'avec tous les Saints » (Ephes. 3, 18) seulement, il peut connaître le Christ Dieu, tout ce qui est en Lui, tout ce qui jaillit de Lui. Et les Saints ? Ils puisent la sainteté « tous d'un seul », du Seul qui soit Saint (cf. Hébr.2, 11). Pour leurs ascèses bien-aimées en Christ, leur est donné le Saint Esprit qui Seul connaît les profondeurs de Dieu, les profondeurs du Christ le Dieu-Homme. Les Saints nous parlent, par le Saint-Esprit, de l'indicible mystère du Christ, de tous les dons ineffables qui nous ont été donnés par le Cjrist-Dieu (cf.I Cor. 2, 9). Oui, le « mystère du Christ » n'est révélé que par le Saint-Esprit seulement, et aux seuls hommes saints ( cf. Eph.3,3 ; Col.1, 26). Voilà pourquoi les Saints sont les plus parfaits, les plus vrais témoins du Christ notre Dieu et Sauveur.
Maintenant nous savons, par les Vies des Saints,qui est Dieu et ce qu'est Dieu, et aussi qui est l'homme et ce qu'est l'homme. Nous sommes déjà sur l'autre rive céleste et, depuis le Ciel, nous pouvons regarder le monde entier de la terre. Et qu'est-ce que nous distinguons le plus sur la terre ? Est-ce les montagnes, les océans, les villes, les gratte-ciel ? Non, c'est l'homme. Parce que l'âme humaine, en forme divine, est un soleil sur la terre. Sur la terre, il y a autant de soleils que d'hommes ; et chacun de ces soleils est visible depuis le Ciel. O merveille admirable de Dieu ! La toute petite terre, une petite étoile parmi les plus petites, contient des milliards de soleils ! L'homme ! - un petit dieu dans la boue.
C'est un Evangile, un Evangile plus que vrai – non certes mien, mais des Saints de Dieu – à savoir que l'homme est un grand mystère, un mystère sacré de Dieu, si grand et si sacré, que Dieu Lui-même s'est fait Homme, pour nous révéler toute la profondeur du mystère humain. La vérité de l'Evangile, la toute vérité, c'est que Dieu s'est fait Homme pour faire de l'homme un dieu selon la Grâce. Cette pan-vérité, les stratèges de l'Evangile du Dieu-Homme la claironnent : Saints Athanase le Grand, Jean Chrysostome plus que grand, Grégoire le Théologien, Maxime le Confesseur, Jean Damascène, Syméon le Nouveau Théologien, Grégoire Palamas, suivis par tous les autres Saints évangélistes – toute l’Église du Christ. Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, dans son immense amour des hommes, s'est fait homme pour sanctifier, christifier, déifier l'homme. Il a lutté et vaincu en Lui et pour Lui tout ce qui était athée et anti-Dieu : le péché, la mort et le diable, et il a élevé l'homme au-dessus de tous les Cieux, jusqu'au Dieu-Trinité.
Qui atteste tout cela ? Mais tous les Saints, du premier au dernier. Chacun d'eux, par toute sa vie, rend témoignage de cette vérité : que dans la sainte Eglise du Christ, l'homme, par les saints Mystères et les saintes Vertus, se transforme en « dieu selon la Grâce », selon la Grâce du Dieu-Homme.
Le changement de l'homme en dieu-homme, selon la Grâce du Christ le Dieu-Homme, son remodelage en dieu selon la Grâce, c'est pour la doctrine des saints Pères, l'art des arts et la science des sciences, la philosophie des philosophies ; C'est pour cela que nos saints docteurs appellent la vie selon l'Evangile, la vraie philosophie, la vraie sagesse ; Saint Macaire le Grand appelle les Saints des « philosophes du Saint-Esprit ».
Et maintenant, nous savons par les VIES des SAINTS que l'homme est un être aux plus grandes dimensions : il va du Diable jusqu'à Dieu et peut, selon son libre vouloir, devenir dieu par la Grâce ou diable ; Dans chaque péché il y a un peu de diable. Par son amour du péché et par son maintien volontaire dans le péché, l'homme se diabolise progressivement, devient progressivement diable-homme et crée, volontairement, l'Enfer pour lui-même ; car chaque péché est un petit Enfer ; Par contre, dans l’Église du Christ, par les saints Mystères et les saintes Vertus évangéliques, l'homme s'emplit du Christ le Dieu-Homme, se revêt du Christ, se transfigure, peu à peu, en homme christophore et christoforme, « à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph.4, 13 ; cf. Col.1,28). Il devient, progressivement, dieu-homme selon la Grâce, et il acquiert ainsi, dans son âme, le Paradis. Car chaque sainte Vertu évangélique est pour l'âme un petit paradis.
Les VIES des Saints révèlent clairement et démontrent que chaque Saint c'est le Christ reproduit. C'est cela qu'est, en réalité, chaque chrétien, selon « la mesure de sa foi ». Toute la vie de l’Église, ses offices quotidiens, ne sont qu'une invitation permanente à reproduire, nous aussi, la vie du Christ avec le Saint que nous célébrons, vivant dans la prière et la Grâce, la vie entière et les œuvres des Saints, comme eux ont vécu la vie et les œuvres du Christ. « Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ. » (I Cor. 11, 1). C'est ce que le divin Apôtre recommande à moi et à toi et à chacun de nous. Nous avons tous été appelés à la sanctification, à la vie sainte, à une vie sainte, à une sainte conduite (cf. I Thes. 4, 3). Le commandement divin du coryphée des Apôtres jaillit tout entier du Christ : «  à l'imitation du Saint qui vous appelés, vous-mêmes aussi soyez saints dans toute votre conduite, car il est écrit : Soyez saints parce que je suis Saint » (I Pet.1, 15-16). La vie sainte nous ne pouvons la vivre seuls, mais toujours «  avec tous les Saints », avec leur aide et sous leur conduite, par les Mystères et les saintes Vertus dans l’Église. Aussi, « faisant mémoire de la toute sainte, toute pure, bénie par-dessus tout, notre glorieuse souveraine, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie, AVEC TOUS LES SAINTS, remettons-nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu ». Amen ! Amen ! Amen !



APPENDICE I


SAINT NECTAIRE D'EGINE

1. DE L'EGLISE UNE, SAINTE, CATHOLIQUE ET APOSTOLIQUE

1. Selon la pensée pure et orthodoxe, l’Église aune double signification. L'une exprime son caractère dogmatique et religieux, autrement dit ésotérique et spirituel ; l'autre, son caractère extérieur, selon le sens même du terme. D'après l'esprit et la confession orthodoxes, l’Église se définit comme une institution religieuse et comme une société religieuse.
La définition de l'Eglise comme institution religieuse peut être formulée ainsi : l’Église est une institution religieuse de la Nouvelle Alliance. Notre Sauveur Jésus-Christ l'a fondée par l'Economie de son Incarnation. Elle repose sur la foi en Lui, sur la confession juste. Elle a été inaugurée le jour de la Pentecôte, lors de la descente de l'Esprit Saint et télétarchique, sur les saints disciples et apôtres du Christ Sauveur. Il en afait les instruments de la Grâce divine afin de perpétuer l'oeuvre rédemptrice du Sauveur. En cette institution a été déposée la totalité des vérités révélées ; en elle agit la Grâce divine, par les mystères ; en elle renaissent par la foi en Christ Sauveur, ceux qui y viennent ; en elle est conservée la doctrine apostolique et la Tradition tant écrite qu'orale.
La définition de l’Église comme société religieuse est la suivante : l’Église est une société d'hommes unis dans l'Unité de l'Esprit et dans le lien de la paix (Ephes. 4, 3).
Son œuvre apostolique peut-être formulée ainsi: l’Église est l'instrument de la Grâce divine qui réalise la communion de Dieu et des hommes par la foi dans le Sauveur Jésus-Christ.
Monté aux Cieux, Notre Seigneur a envoyé Son très Saint-Esprit, sous forme de langues de feu, sur ses saints disciples et apôtres ; Sur ses apôtres, il a fondé l’Église, Une , Sainte, Catholique et Apostolique, société de Dieu et des hommes;Il lui a donné la grâce de la rédemption pour sauver le genre humain, en le ramenant de l'égarement, en le régénérant par les mystères et, après l'avoir nourri du pain céleste, le faire digne de la vie future.
Dans la Sainte Ecriture, le mot Eglise a deux sens. Le plus fréquent, c'est celui de société d'hommes unis par le lien religieux ou encore celui de Temple de Dieu où se rassemblent les fidèles pour le culte en commun. Cyrille de Jérusalem dit que l’Église est ainsi appelée parce qu'elle invite tous les hommes et qu'elle les rassemble.
Le mot Eglise (appeler) vient du grec ancien ; Il signifie assemblée d'hommes appelés en vue d'un certain but et aussi le lieu où ils se réunissent. Elle est le contenant et le contenu.
Dans le sens large et chrétien, l’Église est la société de tous les êtres libres et raisonnables, de tous ceux qui croient dans le Sauveur, les anges y compris ; Cette société, l'apôtre Paul l'appelle « Corps du Christ, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (cf. Eph. 1,10 et 22-23). Ainsi, elle rassemble tous ceux qui ont vru en Christ avant sa venue, qui ont formé l’Église de l'Ancienne Alliance que régissaient, au temps des patriarches, les promesses et la foi donnée par révélation, c'est-à-dire ORALEMENT. Puis, au temps de Moïse et des Prophètes, elle fut régie par la Loi et les Oracles, autrement dit par ECRIT.
Dans le sens ordinaire et restreint, l’Église du Christ c'est celle de la Nouvelle Alliance, l’Église de la Grâce du Christ ; Elle comprend tous ceux qui croient en Lui ORTHODOXEMENT. Elle est aussi appelée Maison de Dieu, parce que Dieu y demeure particulièrement et que là il est adoré.
Les fondements de l’Église sont les Prophètes et les Apôtres. La pierre angulaire, c'est le Sauveur. Les colonnes sont les Pères, qui ont gardé l'unité de la foi. Les pierres sont les fidèles. « Vous n'êtes pas des étrangers, des gens du dehors, mais des concitoyens, des Saints...édifiés sur le fondement des Apôtres, Christ étant la pierre angulaire... » (Eph.2, 19-22).
Enfin, l’Église est appelée par l'Ecriture divine et inspirée, EPOUSE du Christ : «  Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure » (II Cor.11,2). Et aussi Maison du Dieu Vivant, colonne et appui de la Vérité, de même que Corps du Christ « Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. » (I Cor.12, 27).
Méthode, l'Evêque de Lycie, vers la fin du III° siècle, dans le Symposium des dix Vierges, appelle l'Eglise : réceptacle des forces divines, Epouse du Verbe éternellement jeune. Elle est une créature divine supérieure à tout ce qui est humain. Il la présente à la fin comme « Assemblée, multitude de tous ceux qui croient » où les anciens enseignent les jeunes et les parfaits les faibles.
Hippolyte, le célèbre père de l'Eglise de Rome, disciple d'Irénée, au début du III°siècle, dans son œuvre : « Le Christ et l'Antichrist », parle longuement de l'Eglise et la présente comme un navire sur la mer agitée. En lui se trouve le capitaine, se trouvent les marins, les voiles, les ancres et tout l'armement, symboles du Christ, des Anges et des Fidèles.
En croyant en l 'Esprit Saint qui a inspiré ces figures de l'Eglise, nous croyons
nécessairement en l'Eglise Sainte, objet de ces appellations données par l'Esprit Très Saint.



    1. SUR LA FONDATION SUR TERRE
      DU ROYAUME DE DIEU,
      C'EST-A-DIRE L'EGLISE,
      PAR NOTRE SAUVEUR JESUS-CHRIST
      2. En tant que Roi, Notre Seigneur Jésus-Christ a fondé sur la terre un royaume céleste, sitôt après son ascension, quand il s'assit à la droite de Dieu le Père et qu'il reçut de son Père Eternel tout pouvoir dans le Ciel et sur la terre.
      Son royaume sur la terre, c'est son Eglise. En tant que Roi, Jésus en prend soin, il donne des règles, il scelle vision et prophétie et fait cesser l'oblation et le sacrifice ( Dan.9, 24 sq.). Il le dirige, le gouverne, le guide éternellement par ses ministres sacrés. Sans arrêt et avec abondance, il distribue les charismes de son Saint-Esprit, afin de l'affermir, de le faire croître, de l'étendre. Le Sauveur-Roi sanctifie, console, garde, relève et glorifie son peuple ( Jn 15, 26 ; Act. 2, 33-36).
      En tant que Roi, le Seigneur fait régner dans son royaume l'ordre, en donnant à l'Eglise des ministres. Jésus, en tant que Roi, a donné des Lois à son peuple. En tant que Roi, il a demandé à ses adeptes le sacrifice même de leur vie pour lui et son Royaume. En tant que Roi, Il a déclaré la guerre au mal et a dispensé la paix par la vertu. Jésus, en tant que Roi, règne dans les cœurs des fidèles, unis à Lui par sa Sainte Eglise.
      Ceux qui ne sont pas unis à l'Eglise se trouvent hors du Royaume du Christ et sont privés de l'honneur d'être des fils du Royaume du Christ.
      3. La Sainte Eglise du Christ est l'institution divine religieuse fondée par notre Sauveur Jésus-Christ, pour le Salut du genre humain. L'Eglise a été donnée par le Sauveur, comme instrument de son amour divin et de sa bienveillance envers l'homme. Elle est l'éternel porteur de la Grâce divine et le consommateur du Salut des hommes. En tant que Chef et Accomplissement du Salut des hommes, en tant que Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ, toujours identique à lui-même, sauve tous ceux qui croient en Lui, dans tous les siècles.
      Pour cette fin il a fondé son Eglise éternelle. Elle englobe les fidèles, depuis les premiers jusqu'aux derniers. Il en est la tête et la garde vivante et agissante et il l'affermit pour l'éternité. Tête de l'Eglise en Eden, Jésus-Christ était le centre de l'Eglise des Patriarches, l'objet de la Loi Mosaïque qui a préfiguré par des images et des symboles l'Eglise. Jésus-Christ est et sera la tête de la Nouvelle Alliance.
      L'Eglise du Christ, c'est l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, prédestinée dès la fondation du monde au Salut des hommes, fondée pour demeurer éternellement.
      Saint Epiphane dans sa lettre à Panarios, parle de l'Eglise et dit à la fin : «  L'Eglise a été créée avec Adam ; elle a été prêchée aux patriarches avant Abraham ; elle a été crue après Abraham ; révélée par Moïse ; prophétisée par Isaïe ; donnée en Christ et existant avec Lui et maintenant célébrée par nous. » Dans son exposé sur la foi catholique, au § 78, il dit ceci : «  Le caractère de l'Eglise est formée par la Loi, les Prophètes, les Apôtres et les Evangélistes. »
Cyrille de Jérusalem dit que l'Eglise comprend tous ceux qui ont cru au Christ avant sa venue ; ils ont formé l'Eglise de l'Ancienne Alliance;il dit aussi que l'Eglise était guidée, au temps des Patriarches, par les promesses et la foi venant de la révélation, c'est-à-dire non écrite-orale. Depuis Moïse et les Prophètes, l'Eglise a été guidée par la Loi et les Prophéties, c'est-à-dire par la Tradition écrite.
L'Eglise est donc le Royaume du Christ fondé sur la terre et Chrysostome dit qu'elle est « le lieu des anges, le lieu des archanges, le Royaume de Dieu, le Ciel lui-même. » (Hom. VI in Corint.). L'Esprit Saint qui est descendu en elle y demeure à jamais, comme le Sauveur l'a dit à ses discimples : «  Et moi je prierai le Père et Il vous donnera un autre Consolateur pour qu'il demeure avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous et sera en vous ». (Jn 14,16).
L'Esprit Saint qui est descendu donne avec abondance à l'Eglise tous les charismes divins. Elle a reçu le droit de lier et de délier les péchés ; de prêcher l'Evangile ; d'appeler les nations au Salut. Elle a reçu la force de recréer les hommes moralement déchus, d'en faire des images de Dieu, en leur donnant l'image et la ressemblance. Elle a reçu la force de les réconcilier avec le divin et d'en faire des participants de la Grâce divine, de les unir au Sauveur, de donner le Saint-Esprit à tous ceux qui viennent à elle, et d'en faire des fils de Dieu. Elle a reçu la force pour vaincre tous ses adversaires, de demeurer à jamais invincible, de réduire ses ennemis, de demeurer invulnérable.
Selon Jean Chrysostome, « Combattue elle est victorieuse, outragée, elle n'est que plus lumineuse. Elle reçoit des blessures sans pour cela être abattue ; elle est ballottée, mais pas submergée ; elle est assaillie, mais ne fait pas naufrage. Elle n'est pas passive, mais elle lutte sans être vaincue. »
L'Eglise du Sauveur, c'est vraiment le royaume du Ciel sur la terre. En elle règnent l'amour, la joie, la paix. En elle se trouve la foi en Dieu ; par le sentiment religieux, l'information intérieure du cœur on parvient à la connaissance de Dieu, à la connaissance des mystères cachés, à la connaissance de la Vérité...révélée. En elle l'espérance s'avère certaine et sûre ; en elle se réalise le Salut ; en elle l'Esprit Saint se répand et déverse avec abondance les fruits de sa Grâce toute divine. En elle s'épanouit l'éros divin pour Dieu, l'amour parfait et la consécration à lui, de même que le désir incessant de l'union sans fin avec Dieu.
Dans l'Eglise de Dieu, les vertus morales parviennent au sommet de la perfection accessible à l'homme. L'esprit purifié, le cœur réformé par le mystère du baptême divin, l'homme autrefois enténébré d'esprit et endurci de cœur, développe des vertus totalement nouvelles et court avec zèle et ardeur dans le stade de la vertu. L'Eglise a vraiment renouvelé, re-créé l'homme, elle en a fait une image de Dieu. Le saint Autel de l'Eglise est une table véritable qui nourrit les croyants pour la vie éternelle ; elle dispense aux fidèles le pain céleste, le corps céleste et ceux qui le mangent ne meurent point. Le saint Autel, dressé au milieu de l'Eglise du Christ, c'est la Table Céleste ; elle reçoit les choses de la terre et les fait monter au Ciel ; elle accueille les choses célestes et les distribue à la terre. Le saint Autel de l'Eglise touche la terre et en même temps le trône d'En-Haut. L'Autel est redoutable pour les anges eux-mêmes qui volent sous les voûtes des Cieux. (Claire allusion à la liturgie, lors de l'élévation de l'oblation et l'exclamation : « Nous offrons à toi de ce qui est à toi... ». L'Eglise offre à Dieu les biens terrestres, le pain et le vin et reçoit en échange le Corps et le Sang du Christ...
L'Eglise, c'est l'espérance, le refuge, la consolation de tous ceux qui croient en Christ. Le divin Chrysostome dit : « Comme un port dans l'océan, telle est l'Eglise plantée par Dieu dans les cités. En fuyant les tracas de la vie, en elle nous trouvons un refuge et jouissons de la paix. » Et plus loin : « Ne t'éloigne pas de l'Eglise ; rien n'est plus fort que l'Eglise ; elle est plus solide que le roc, plus haute que le Ciel, plus vaste que la terre. Jamais elle ne vieillit, mais elle s'épanouit sans cesse. Pourquoi l'Ecriture l'appelle-t-elle montagne ? - C'est à cause de sa stabilité. Pourquoi elle l'appelle aussi roc ? - A cause de son incorruptibilité. Par elle, toutes les bêtes sauvages ont été apprivoisées par la divine incantation qu'est l'audition de l'Ecriture Sainte, elle frappe l'oreille de chacun, pénètre dans l'âme et y endort les passions déréglées. »
Selon Saint Ignace, l'Eglise véritable est une : « Un seul Jésus-Christ et rien n'est plus précieux que Lui. Venez à l'Eglise qui est le seul temple de Dieu, le seul autel du seul Seigneur Jésus-Christ né du Père seul... » (Ep. ad Magn., § 7). L'Eglise est catholique : « Là où est le Christ, là est l'Eglise Catholique » (Ep. Ad Smyr.,§ 8).
Saint Irénée, l'Evêque de Lyon, disciple de Saint Polycarpe, l'auditeur de l'Evangéliste Jean, dans son livre Contre les Hérésies, dit de l'Eglise ceci : « On ne peut énumérer les charismes que l'Eglise a reçus de Dieu a travers le monde, au nom du Seigneur Jésus-Christ, crucifié sous Ponce-Pilate, pour le bien des Nations. Sans les tromper, sans les égarer, gratuitement elle donne ce que gratuitement elle a reçu de Dieu. »
Sur la mission de l'Eglise du Christ, Saint Théophile, l'Evêque d'Antioche au II° siècle, dans son second livre au § 14, compare l'Eglise aux « îles de la mer. Certaines d'entre elles sont habitées, ont de l'eau, produisent des fruits, possèdent des rades et des ports pour abriter ceux que ballotte la mer. De même, Dieu a donné au monde, agité et tourmenté par les péchés, des temples appelés églises saintes, dans lesquelles comme en des ports sûrs des îles se trouvent les doctrines de l'Eglise. Ceux qui veulent être sauvés y ont recours ; ils deviennent des amants de la Vérité et échappent ainsi à la colère et au jugement de Dieu.
D'autres îles sont rocailleuses, sans eau, sans fruits, sauvages et inhabitées. Elles sont un danger pour les navigateurs, comme pour les naufragés. Contre elles les navires se brisent et les passagers sont perdus. Telles sont les doctrines perverses, je veux dire les hérésies. N'étant pas guidées par le Verbe de Vérité, elles égarent ceux qui s'attachent à elles. Elles ressemblent à des pirates qui, après avoir rempli leurs navires, errent çà et là, vont les briser contre ces îles et les perdre à jamais. De même en est-il de ceux qui s'égarent loin de la vérité, ils sont perdus par l'erreur. »
Le divin Grégoire de Nazianze, dans son premier discours contre Julien, dit ceci de l'Eglise : « Tu es contre le grand héritage du Christ, le grand qui ne cessera jamais...qu'il é créé en tant que Dieu et en a hérité en tant qu'homme. La Loi l'a figuré, la Grâce l'a rempli, le Christ l'a renouvelé, les prophètes l'ont planté, les apôtres l'ont lié, les évangélistes l'ont cultivé... »
Saint Epiphane de Chypre, dans son discours sur la Foi catholique, dit : « L'Eglise est notre mère. Elle est l'épouse venue du Liban, la toute belle et pure ; le paradis du grand artiste ; la Cité du Roi Saint ; l'épouse du Christ immaculé ; la vierge innocente, fiancée à un seul époux, diaphane comme l'aurore, belle comme la lune, élue comme le soleil. Proclamée bienheureuse par les Lois, elle se tient à la droite du Roi. »
L'Eglise, c'est la révélation permanente dans le monde. En elle Dieu se révèle de différentes et multiples manières et confirme sa présence par ses divines énergies. Ecrivant aux Corinthiens, Paul dit de l'Eglise fondée par le Christ : « Dieu a établi dans l'Eglise, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues... » (I Cor.12, 28).



    1. L'OEUVRE DE L'EGLISE


L'oeuvre de l'Eglise, l'Apôtre Paul la définit quand il écrit : « Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des Saints en vue de l'oeuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu » (Ephes.4, 11-13).
L'Eglise, fondée par le Christ Sauveur, possède donc une organisation parfaite ; elle est un corps organique. Le Christ en est la tête et l'Esprit Saint le guide, qui l'instruit et lui donne en abondance les dons divins.
L'Eglise est un corps organique ; elle est visible, elle rassemble en un tout tous ses membres, les Saints comme les faibles. Les membres malades de l'Eglise ne cessent jamais d'être des parties de son corps. Régénérés par les saints Mystères et devenus enfants de la Grâce, ils ne peuvent plus être séparés d'elle, même s'ils sont sous le coup de sentences ecclésiastiques ; car une fois délivrés du péché ancestral, il n'y a plus pour eux d'autre lieu que l'Eglise. Dans le monde, il n'y a qu'un seul lieu de séjour pour l'homme : le paradis ; là se trouve l'Eglise, et en elle le Salut de l'homme.
Après la chute des protoplastes et la genèse du péché, un autre lieu s'est créé par ceux qui s'étaient séparés de Dieu, le lieu du péché. L'Eglise de Dieu, qui est éternelle, ne contenait en elle que ceux-là seuls qui s'étaient tournés vers Dieu et attendaient la venue du Sauveur. L'Eglise portait en elle la foi et l'espérance du Salut dans le Sauveur de l'humanité qui avait été promis. Ceux qui possédaient cette foi et cette espérance se trouvaient dans l'Eglise de Dieu, attendant la rédemption de l'humanité par le Sauveur et ils l'ont obtenue. Ceux qui n'avaient pas cette foi et cette espérance se trouvaient hors de l'Eglise. Le péché d'Adam a été la cause de l'existence d'un lieu hors de l'Eglise. En ce monde donc, et cela depuis la chute d'Adam, il y a deux lieux: celui de l'Eglise et celui qui est hors de l'Eglise.
Ceux qui viennent du lieu du péché et entrent par la foi et les mystères dans le lieu de l'Eglise du Christ, ceux-là demeurent ses membres pour l'éternité ; il est impossible et il leur est impossible de revenir au lieu du péché, ayant été régénérés par le baptême et lavés du péché originel. Puisque donc il n'existe pas d'autre lieu, ceux qui entrent dans l'Eglise demeurent en elle, même pécheurs. L'Eglise les sépare, comme le berger sépare les brebis malades des bien-portantes, mais les brebis malades ne sont pas moins brebis de la bergerie. Quand les malades reviennent à la santé, elles sont à nouveau réunies aux saines. Mais si elles s'avèrent incurables, elles meurent alors dans leur péché, et elles seront jugées par leurs péchés. Mais, tant qu'elles sont en cette vie, elles sont considérées comme brebis de la bergerie, autrement dit enfants de l'Eglise du Christ.
Selon la pensée orthodoxe, il n'y a qu'une Eglise, l'Eglise visible du Christ. En elle, l'homme qui vient du lieu du péché est régénéré, en elle il demeure, qu'il soit saint ou pécheur. Le pécheur, comme membre de l'Eglise, ne communique pas la corruption au reste du corps de celle-ci, parce que les membres de l'Eglise sont des êtres moraux, libres et non privés de liberté, comme le sont les membres du corps animal où la maladie d'un seul influe sur tous les autres.
Les protestants qui croient en une Eglise invisible, composée d'élus connus de Dieu seul, se trompent. Une Eglise invisible ne peut exister. Puisque les hommes ne sont pas immaculés et que nul n'est sans péché, où sont donc les élus, Une Eglise invisible d'élus souffrirait d'une perpétuelle mutation, d'une permanente substitution de ses membres, de par la facilité même de l'homme à glisser et à chuter d'une part, et d'autre, par la compassion de Dieu et son amour pour l'homme, qui accueille tous ceux qui reviennent à Lui.
La juste conception de l'Eglise, c'est que l'Eglise se partage en militante et en triomphante. Elle est militante quand elle lutte contre le mal et pour le règne du bien ; elle est triomphante dans les Cieux, dans le cœur des justes qui ont lutté et se sont parfaits dans la foi en Dieu et les Vertus.
Ceux qui croient en l'Eglise invisible des élus sont en contradiction avec le véritable esprit de l'Eglise qui ne sépare pas ceux qui sont en voie de perfection de ceux qui sont déjà parfaits. Cette distinction est l'affaire de Dieu ; Lui seul séparera, après la mort, les justes des pécheurs. Christ ne se détourne pas de ceux qu'ils a délivrés par son propre sang, comme il ne s'est pas détourné des pécheurs durant son économie terrestre. Jésus les considère comme membres de son Eglise et attend, jusqu'au dernier moment, leur conversion.
Ceux qui divisent l'Eglise militante en visible et invisible,
1°) divisent l'invisible et,
2°) pèchent contre le sens même du nom Eglise.
Primo. Ils divisent l'Eglise. L'Eglise du Christ est l'Eglise des Saints ou elle n'est pas du tout l'Eglise du Christ. Une Eglise des pécheurs ne peut être l'Eglise des Saints. Ainsi donc, l'Eglise du Christ est l'Eglise des Saints.
Si l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique est l'Eglise des Saints, à quoi sert alors l'Eglise invisible des élus ? Qui sont-ils ces élus ? Qui peut appeler Saints ceux qui ne sont pas encore sortis victorieux et couronnés du stade ? Qui peut être appelé bienheureux avant la fin ?
Secondo. Ils pèchent contre le sens même du nom Eglise, en la séparant en deux, en visible et invisible, alors que le concept d'Eglise signifie le visible seul.
S'ils croient que l'Eglise reste indivisible, parce que les membres de l'Eglise invisible sont en même temps membres de la visible, que la visible se trouve incluse dans l'invisible, on se demande alors comment l'Eglise des imparafaits, c'est-à-dire des pécheurs, peut porter dans son sein l'Eglise des parfaits ? Si l'Eglise visible des imparfaits, de ceux qui ne sont pas saints, engendre des enfants saints, comment est-elle privée de sainteté ? Si les membres de la Congrégation des Saints ne sont pas issus des enfants de l'Eglise visible, à quoi sert alors l'Eglise visible, Pour éviter de se contredire et être conséquents avec eux-mêmes, ceux qui croient en la Congrégation des Saints devraient cesser de croire en l'Eglise visible, cesser d'utiliser le terme Eglise. Ainsi ils ne pécheraient pas contre le concept d'Eglise et ne diraient plus des choses paradoxales, croyant ici en l'Eglise et là la niant.
Car, si les membres de l'Eglise invisible ne sont pas issus de l'Eglise invisible, mais s'unissent mystérieusement en Dieu par la seule foi en Christ, en qui le Sauveur agit et sur qui descend le Saint-Esprit, qui deviennent saints et parfaits, à quoi sert alors, on se le demande, l'Eglise visible, puisqu'elle ne contribue en rien à l'union et à la perfection en Christ Sauveur ? A quoi sert le nom d'Eglise, si les membres sont isolés et inconnus les uns des autres, s'ils ne forment pas un ensemble organique, une union indissoluble, selon le sens même de ce nom ?
La vérité, c'est que ceux qui admettent une Eglise invisible rejettent au fond l'Eglise visible. Et pour éviter de se décomposer définitivement, ils admettent une forme d'Eglise, un genre d'assemblée où se réunissent les adeptes pour glorifier Dieu et entendre la prédication. Mais tout cela n'est pas l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique que nous confessons dans le Symbole sacré de la foi. Ils forment une assemblée d'adeptes du Seigneur, qui croient en Lui, sans avoir été vraiment régénérés par le bain de la renaissance, sans être véritablement saints et parfaits. A moins que leur Eglise visible soit celle des imparfaits, tandis que l'autre, l'invisible, serait celle des parfaits et n'aurait d'existence que dans leur imagination.
Appeler Assemblée des Saints, Eglise invisible, l'ensemble des élus qui ne se connaissent pas les uns les autres, qui ne sont pas organiquement liés en un tout, il y a contradiction. Car,
1°) Comment ceux qui ne sont jamais réunis ensemble peuvent-ils être une assemblée ?
2°) Comment l'Eglise composée d'individus peut-elle être invisible ?

Eglise et invisible sont deux concepts contradictoires ou plutôt opposés.
Dans le premier cas, ils considèrent comme Assemblée, Eglise donc, quelque chose de visible, ce qui n'a pas encore été réuni et, dans le second, ils se contredisent en l'appelant invisible.
La Congrégation des Saints n'existe pas et ne peut exister. Elle n'existe pas, parce que UNE est l'Eglise Sainte, Catholique, et Apostolique, indivisible et visible, formée par tous ceux qui son régénérés en elle. Quelque chose qui soit à la fois visible et invisible n'existe pas.
Ceux qui n'ont pas été régénérés par la Grâce divine qui opère dans l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, ne forment aucune Eglise, ni visible ni invisible.
L'Eglise dite protestante n'est qu'une notion abstraite. Elle est privée du principe divin, de l'autorité divine et historique. Elle est tout entière tributaire des pensées et des actes humains, sans caractère stable et inaltérable. Si les Protestants considèrent comme Congrégation des Saints l'Eglise visible qu'ils forment, à quoi sert alors l'Eglise invisible ? Et à nouveau on se demande comment ceux qui la composent sont-ils saints, puisque selon leurs propres principes, l'homme s'est définitivement corrompu après le péché ? Qui leur a confirmé leur renaissance, leur sainteté, leur réconciliation et leur communion avec Dieu ? Qui leur a prouvé que la Grâce du Christ opérait en eux ? Qui a témoigné de l'effusion de l'Esprit Saint en eux, de l'abondance des dons divins, des charismes divins ?
Tout n'est donné avec certitude et autorité que dans l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique seulement. Celui qui a été régénéré en elle reçoit la parfaite assurance de sa communion avec Dieu.


    1. AUTHENTICITE ET AUTORITE DE L'EGLISE
      L'Eglise en tant qu'institution divine est dirigée par le Saint-Esprit ; il demeure en elle et en fait la règle infaillible, en mesure de se prononcer sur les vérités salutaires de la doctrine révélée. L'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, représentée par tous ses ministres en Conciles oecuméniques, est le seul juge authentique, le seul gardien naturel préposé à la garde de la doctrine inspirée. L'Eglise seule décide de l'authenticité et de l'autorité des Saintes Ecritures. C'est elle qui garantit et conserve rigoureusement dans son sein la tradition et la doctrine apostolique pures et inaltérées. Elle seule peut confirmer, expliquer et formuler les vérités, assistée par le Saint-Esprit. Seule l'Eglise conduit au Christ ceux qui croient en Lui et leur donne la droite intelligence des Saintes Ecritures. Elle seule garde ses enfants sur la voie du Salut. Elle seule les guide avec certitude vers le Salut. En elle seule les fidèles possèdent la ferme assurance des vérités auxquelles ils croient et le salut de leur âme. Hors de l'Eglise, cette Arche de Noé, il n'y a aucun Salut. « Nous croyons que le Saint-Esprit enseigne l'Eglise, dit la Confession de Dosithée. Il est le vrai Paraclet que le Christ envoie de la part du Père pour enseigner la Vérité et chasser les ténèbres loin de l'esprit des croyants. »
      Sans l'autorité de l'Eglise, il n'y a rien de stable, rien de rigoureux, rien de sûr pour le Salut ; Seule l'autorité de l'Eglise conserve pur et sans tâche le dépôt apostolique ; par elle seule sont transmises pures et sans tache les vérités de la prédication apostolique. Sans l'autorité de l'Eglise, le contenu de la foi peut être altéré, la prédication apostolique n'être plus qu'un vain mot. Sans l'Eglise visible fondée par Dieu, aucune union ne peut exister entre les membres d'une quelconque communauté qui ne serait pas le Corps du Christ, car, le Corps du Christ c'est son Eglise, dont il est la tête. Sans l'Eglise, personne ne peut être uni au Corps du Christ ; nul, s'il n'a pas été régénéré, s'il n'est pas devenu participant de la Grâce qui est dans l'Eglise, ne peut devenir membre du Christ.
      Les Protestants qui définissent l'Eglise comme une société invisible, une assemblée d'élus, de saints, Congregatio Sanctorum, société de foi et d'Esprit Saint, dans laquelle agirait le Sauveur, s'excluent eux-mêmes de la Grâce divine dispensée par l'Eglise, à laquelle ils n'appartiennent pas.
      Ceux qui nient l'Eglise visible du Christ, nient également la nature de l'Eglise, c'est-à-dire son caractère concret, qui en fait une institution divine sur la terre où est perpétuée l'oeuvre rédemptrice du Sauveur.
      Ceux qui aiment à se croire membres de la société invisible des saints, faite des saints de toute la terre connus de Dieu seul, ceux qui pensent que par une foi toute théorique dans le Sauveur ils deviennent participants du Saint-Esprit, qui croient que le Sauveur opère leur Salut sans la médiation de l'Eglise qu'il a fondée, ceux-là s'égarent, car hors de l'Eglise il n'est nul Salut - « extra ecclesiam nulla salus »-. Hors de l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, il n'y a aucun Salut. Cette Eglise est visible, elle n'est pas une simple association d'hommes qui croient en Christ. Elle est une institution divine. A elle a été confiée la garde des vérités révélées. En elle s'opère la rédemption de l'homme. En elle l'homme communie avec Dieu et devient fils de Dieu.
      Les Protestants, quiont abandonné l'Eglise visible du Christ pour fonder leurs propres communautés de saints, pèchent contre le caractère essentiel de l'Eglise. Ils considèrent la foi comme suffisant à elle seule au Salut. Ils interprètent l'oeuvre de la Rédemption comme une théorie théologique capable de sauver celui qui l'étudie ou l'accepte. Mais l'oeuvre de la Rédemption n'est pas une simple théorie théologique. Elle est un acte mystique accompli dans l'Eglise visible du Christ. C'est cette œuvre qui donne le Salut, qui fait des fidèles des participants du Saint-Esprit. Hors de l'Eglise, il n'y a aucune théorie de la foi, aucune société qui mène à la communion avec Dieu. Le Sauveur a dit : «  Celui qui croira et se fera baptiser sera sauvé ». C'est le Seigneur qui a dressé l'autel visible de l'Eglise. C'est pourquoi il exige avec la théorie l'acte, l'acte selon la vérité qu'il a transmise à sa sainte Eglise, unique accès à la Vie, dont le christ est la tête. C'est à elle que nous devons nous remettre. C'est d'elle que nous devons apprendre la Vérité et recevoir notre Salut ; Elle seule est la colonne et le fondement de la Vérité, parce que l'Esprit, le Paraclet demeurent à jamais en elle. Le vénérable Dosith »e dit à propos de l'Eglise ceci : «  Nous devons, sans aucune hésitation, croire en l'Ecriture, mais pas autrement que ne l'enseigne l'Eglise Catholique. - Le terme Catholique employé par la théologie orthodoxe n'est pas à prendre dans le sens romain-. Les hérétiques reçoivent certes la Sainte Ecriture, mais ils la déforment par des métaphores, des homonymies, des sophismes de la sagesse humaine qui confond l'inconfondable et se joue de ce qui ne peut l'être. Si chaque jour on devait adopter les opinions des uns et des autres, l'Eglise Catholique ne serait pas ce qu'elle a été jusqu'à ce jour, par la Grâce du Christ, ayant une seule opinion sur la foi, croyant inébranlablement la même chose. Elle serait déchirée par une multitude d'hérésies, elle ne serait plus l'Eglise Sainte, la colonne et le fondement de la Vérité, sans tache, sans rides. Elle serait celle des malicieux, celle des hérétiques, qui après avoir été instruits par elle l'ont, sans scrupules, rejetée. Aussi nous croyons que le témoignage de l'Eglise catholique n'est pas inférieur à l'autorité de l'Ecriture divine. Les deux sont l'oeuvre du même et seul Esprit. Un homme qui parle de lui-même peut pécher, égarer et s'égarer. L'Eglise catholique ne parle jamais d'elle-même, mais par l'Esprit de Dieu, le Maître qui l'enrichit perpétuellement. Il lui est impossible de pécher, de s'égarer et d'égarer. Elle est égale à la Divine Ecriture et possède l'autorité infaillible et perpétuelle. »
      Cyrille de Jérusalem dit : « Aime à t'instruire et apprends de l'Eglise quels sont les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament acceptés par tous.Pourquoi perdre son temps avec ceux qui sont douteux ? Lis donc les vingt-deux livres de l'Ancien Testament, traduits par les soixante-dix docteurs. »
      Derrière les paroles de Cyrille apparaît l'autorité de l'Eglise. Le Patriarche Denys, lors du Concile de Constantinople en 1672 a dit à propos de l'infaillibilité de l'Eglise : « Quant à l'Eglise Catholique Orthodoxe, nous disons qu'elle est infaillible, guidée qu'elle est par sa propre tête, le Christ, et enseignée par l'Esprit de Vérité. Il lui est donc impossible de se tromper ; c'est pourquoi elle est appelée par l'Apôtre Colonne et Fondement de la vérité. Elle est visible et ne fera jamais défaut aux orthodoxes jusqu'à la fin du monde. »



APPENDICE II

INTRODUCTION A L'HYMNE
A L'AMOUR DIVIN


Dieu étant, par nature, infini et inaccessible, le désir des saints pour Dieu n'est jamais rassasié, il est toujours en mouvement, en croissance, s'élevant toujours vers les Cieux. Ce grand désir de Dieu l'Apôtre Paul le possédait quand il disait : « Oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour remporter le prix de la vocation de Dieu... » (Phil.3, 14).
Le même désir de Dieu avait embrasé le coryphée des moines, Antoine le Grand ; chaque jour il ajoutait désir à désir, amour à amour, au point de pouvoir dire : « Moi, je ne crains pas Dieu, parce que je L'aime. »
Plus le saint est empli de désir et d'amour pour Dieu, plus il a l'impression de ne rien posséder. Plus il monte vers les cimes de l'amour, plus il se croit inférieur à tous dans l'amour pour Dieu. La beauté infinie et plus que désirable de Dieu est inconcevable pour l'esprit humain, l'Infini ne peut être contenu par le limité. C'est pourquoi Dieu se montre peu à peu à l'âme et exerce celle-ci à Le chercher, à Le désirer, à jouir de Lui. L'âme s'efforce alors à s'élever jusqu'à la beauté divine afin de la contenir tout entière. Ne l'atteignant pas, elle pense que son objet est bien au-delà, bien plus au-dessus, bien plus désirable que ce qu'elle a atteint, qu'elle a contenu. L'âme s'étonne, s'émerveille, pleine d'érotisme divin, de désirs enflammés.
Dans le langage des saints, le DESIR concerne les objets ou les personnes absentes, tandis que l'Eros, les objets ou les personnes présentes. Dieu étant, par nature, invisible et non localisé, il est désirable et désiré, mais étant, en même temps, partout présent et participable dans ses énergies, par ceux qui en sont dignes, Il est EROS.



SAINT NECTAIRE D'EGINE
HYMNE A L'AMOUR DIVIN



L'éros divin – Nous employons le mot éros dans le sens des Pères. C'est l'amour opérant, dynamique, qui propulse l'âme, sortie d'elle-même, vers Dieu -, c'est l'amour parfait pour Dieu, manifesté comme désir insatiable du divin. L'éros divin naît dans le cœur purifié où habite la Grâce divine.

L'éros pour Dieu est un don divin. Il est offert à l'âme innocente par la Grâce divine qui la visite et se révèle à elle.

L'éros divin ne se lève chez personne sans une révélation divine ; L'âme, qui n'a pas reçu de révélation, n'est pas sous l'influence de la Grâce et demeure insensible à l'amour divin.

Les amants du divin ont été poussés vers l'amour divin par la Grâce de Dieu, révélée à l'âme et qui agit dans le cœur purifié. C'est elle qui les a attirés vers Dieu.

Celui qui s'est épris de Dieu a d'abord été aimé de Dieu. Ce n'est qu'ensuite qu'il a aimé le divin.
L'amant du divin est devenu avant fils de l'amour, ensuite il a aimé le Père Céleste.
Le cœur de celui qui aime le Seigneur ne sommeille jamais ; il veille à cause de l'intensité de son amour.
Si l'homme dort par nécessité de sa nature,le cœur, lui, veille pour la louange de Dieu.
L'âme blessée par l'éros divin ne cherche plus rien en dehors du Bien Suprême ; elle se détourne de tout, éprouve pour tout de l'indifférence.

L'âme, éprise de Dieu, se délecte des paroles de Dieu et passe son temps dans Ses tabernacles.
Elle élève la voix pour raconter les merveilles de Dieu et, quand elle converse, elle parle de Sa gloire et de Sa majesté.
Elle chante Dieu et Le loue sans cesse.
Elle Le sert avec zèle.
L'éros divin s'empare de toute cette âme, la change et se l'approprie.

L'âme, amoureuse de Dieu, a connu le divin et cette connaissance a enflammé son divin éros.
L'âme, amoureuse de Dieu, est bienheureuse, car elle a rencontré le Juge divin qui a comblé ses désirs.
Tout désir, toute affection, tout élan étranger à l'amour divin, elle le rejette loin d'elle, comme méprisable et indigne d'elle.

O combien l'amour du divin, porté par l'amour de Dieu, élève dans les airs l'âme amoureuse de Dieu ! Cet amour, telle une nuée légère, s'empare de l'âme et la transporte vers la source éternelle de l'amour, vers l'amour intarissable et la remplit de la lumière éternelle.

L'âme, blessée par l'éros divin, se réjouit en tout temps ; Elle est dans l'allégresse, elle tressaille de joie, elle danse, car elle se trouve reposer dans l'amour du Seigneur comme sur une eau tranquille.
Rien de ce qui afflige en ce monde ne peut venir troubler sa quiétude et sa paix, rien de triste ne peut ôter sa joie et son allégresse.

L'amour enlève dans les airs l'âme amante du divin. Etonnée, elle se voit séparée de ses sens corporels, de son corps lui-même.
En se livrant totalement à Dieu, elle s'oublie elle-même.
L'éros divin procure la familiarité avec Dieu ; la familiarité procure l'audace, l'audace le goût et le goût la faim.

L'âme, touchée par l'éros divin, ne peut plus penser à autre chose, ni rien désirer.
Elle soupire sans cesse et dit : « Seigneur, quand irai-je à Toi et quand verrai-je ta face ? Mon âme désire aller à Toi, ô Dieu, comme la biche soupire après les courants d'eau. »
Tel est l'éros divin qui fait de l'âme une captive.

O amour, véritable et constant !
O amour, ressemblance de l'image divine !
O amour, douce jouissance de mon âme !
O amour, divine plénitude de mon cœur !
O amour, méditation incessante de mon esprit !


Tu possèdes toujours mon âme, tu l'entoures de prévenances et de chaleur.
Tu la vivifies et tu l'élèves jusqu'à la divine affection.
Tu remplis mon cœur et le fais brûler d'amour divin ; tu ranimes mon désir du Juge Suprême.
Par ta puissance vivifiante tu fortifies la force de mon âme ; tu la rends capable d'offrir à l'amour divin le culte qui lui revient.
Tu t'empares de mon esprit et le délivres de ses liens terrestres.
Tu le libères pour qu'il monte sans obstacle jusqu'à l'amour divin dans les Cieux.
Tu es le trésor le plus précieux des fidèles, le don le plus honorable des charismes divins.
Tu es l'éclat déiforme de mon âme et de mon cœur.
Tu es celui qui fait des fidèles des fils de Dieu.
Tu es la parure des croyants et tu honores tes amis.
Tu es le seul bien permanent, car tu es éternel.
Tu es le vêtement de beauté des amis de Dieu, qui se présentent ainsi vêtus devant l'amour divin.
Tu es les agréables délices, car tu es le fruit du Saint-Esprit.
Tu introduis les fidèles sanctifiés dans le Royaume des Cieux.
Tu es le parfum suave des croyants.
Par toi, les fidèles communient au paradis des délices.
Par toi, la lumière du soleil spirituel se lève dans l'âme.
Par toi, s'ouvrent les yeux spirituels des croyants.
Par toi, les croyants participent à la gloire divine et à la vie éternelle.
Par toi, naît en nous le désir des Cieux.

C'est toi qui rétablis le Royaume de Dieu sur la terre.
C'est toi qui répands la paix sur les hommes.
C'est toi qui fais que la terre ressemble aux Cieux.
C'est toi qui unis les hommes aux anges.
C'est toi qui fais monter nos chants harmonieux vers Dieu.
C'est toi qui, en tout, es vainqueur.
C'est toi qui es au-dessus de toute chose.
C'est toi qui en vérité gouvernes l'univers.
C'est toi qui diriges avec sagesse le monde ;
C'est toi qui portes et conserves le tout.

TOI, tu ne chutes jamais !

O amour, plénitude de mon cœur !
O amour, image très douce de Jésus le très doux.
O amour, emblème sacré des disciples du Seigneur.
O amour, symbole de Jésus le doux.
Blesse mon cœur par ton désir.
Remplis-le de biens et de bonté, et d'allégresse.
Fais de lui l'habitacle du très Saint Esprit.
Brûle-le tout entier par la flamme divine, afin que ses passions misérables consumées, il soit sanctifié et entraîné à ta louange incessante.



            Remplis mon cœur de la douceur de ton amour, afin que je n'aime que Jésus le très doux, le Christ mon Seigneur et que je Lui chante l'hymne sans fin, de toute mon âme, de tout mon cœur, de toute ma force, de tout mon esprit. Amen !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire