vendredi 31 décembre 2010

La Lumière du Thabor n°3. Sommaire.

SOMMAIRE

Dédicace.

I. Le Magnificat de la Mère de Dieu.
Commenté par saint Nicodème l’Athonite, traduction du père Ambroise Fontrier.

II. Ce que nous pouvons savoir sur la vie de l’âme dans l’au-delà.
Mgr Antoine de Genève.

III. L’époque de l’antichrist.
A. Délembase, traduction du père Ambroise Fontrier.

IV. A propos de l’anathème.
L’explication de Mgr. Antoine de Genève.

V. Notes de lecture.
Pères Ambroise et Patric.

VI. Aphorismes sur les saints canons.
Archimandrite Osios.









2e Trimestre 1984.
N°3
C’est avec une joie profonde que nous publions le Commentaire du

MAGNIFICAT

de saint Nirodème Hagiorite.

Que la Mère de Dieu accueille notre offrande,
Que saint Nicodème prie pour nous,
Que le lecteur qui aura tiré de cette lecture quelque bienfait spirituel, nous pardonne les imperfec­tions de notre travail.

Cette traduction a été faite d’après le texte grec publié par la Bi­bliothèque Hagiorite, Volo 1958.
O MERE,
LOUEE PAR-DESSUS TOUT,
QUI AS ENFANTE LE
VERBE PLUS SAINT QUE
TOUS LES SAINTS,
ACCUEILLE NOTRE OFFRANDE ;
GARDE
DE TOUT PERIL ET
DELIVRE DES TOURMENTS
A VENIR
CEUX QUI TE CRIENT :
ALLELUIA !

La Lumière du Thabor n°2. Aphorismes sur l'oecuménisme.

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SEPT APHORISME
SUR L’OECUMENISME


I
On a dit d’un certain patriarche « orthodoxe » très œcuméniste, qu’il aimait tout et tous, sauf la Vérité.

II
Il y aurait moins d’enthousiasme œcuméniste parmi les « orthodoxes » s’il y avait moins d’intérêts séculiers.

III
Dans l’oecuménisme, les protestants ne sont plus protestants, les catholiques (papistes) ne sont plus catholiques et les orthodoxes ne sont plus orthodoxes. La salade œcuméniste porte un nom : « BABEL » c’est-à-dire confusion.

IV
Dans l’œcuménisme, il y a une seule chose importante : l’Amour ; la Vérité, la Tradition, la Sainteté, l’Honnêteté dogmatique, sont choses secondaires. Ce n’est plus l’Amour selon le Christ, c’est une autre chose que saint Paul nous interdit de nommer.

V
L’unité visible de l’Église, dans la Foi Orthodoxe, c’est l’être même de l’Église. Une « église » fabriquée par les œcuménistes, faite de mille morceaux, c’est pas l’Église du Christ, ce sera le « trône » de l’Antichrist.

VI
Le seul fondement d’union de tous les chrétiens c’est la Foi Orthodoxe.

VII
Communier avec les hérétiques, c’est encourir la malédiction, se séparer des orthodoxes, c’est fuir la bénédiction; voilà les deux chemins de l’erreur : l’œcuménisme et le sectarisme.

La Lumière du Thabor n+2. Notes de lecture.

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NOTES DE LECTURE


J. MEYENDORF : St. Grégoire Palamas et la Tradition mystique Orthodoxe. Trad. grecque du texte français. Ed. Akritas Athènes 1983.

Jean Meyendorf a publié en 1959, un travail scientifique sur Saint Grégoire Palamas, travail qui a été critiqué, du point de vue orthodoxe, pour certaines de ses cacodoxies. Parallèlement, l’auteur a fait circuler une édition populaire de son travail scientifique qui a été traduit en grec et où il n’a pas évité les cacodoxies de l’édition précédente. Il serait utile de s’occuper dans le détail de tout ce que ce théologien a écrit d’anti-orthodoxe. Dans la présente note nous ne pouvons pas nous étendre. Nous signalerons cependant, deux de ses thèses inacceptables.

Dès le début, Meyendorf fait une séparation arbitraire et inacceptable entre Pères biblicistes et Pères hellénistes de l’Eglise, et cela, pour pouvoir fonder son point de vue, selon lequel la lutte entre saint Grégoire Palamas et Barlaam le latin, n’a rien été d’autre, que la continuation d’une lutte entre deux courants théologiques. D’autre part, il dénature et détruit le monachisme, quand il écrit :

« le monastère qui forme une communauté séparée à l’intérieur de l’Église, ne se sépare-t-il pas, en réalité, du corps chrétien ? Le peuple de Dieu n’est-il pas mis en pièces ? La vie spirituelle communautaire qui est l’essence (!) du christianisme, n’est-elle pas remplacée par une piété personnelle ? Les combats ascétiques des Pères du désert, ne deviennent-ils pas des moyens humains pour acquérir la grâce, et la grâce ne cesse-t-elle pas d’être un don gratuit donné par Dieu ? Il est manifeste que l’histoire du monachisme a connu toutes ces déviations… »

Ses points de vue sur la prière mentale nous étonnent. Il croit que la prière mentale est un produit du IVe siècle. Meyendorf ignore que la prière mentale a existé dans l’Église, non seulement au temps des Apôtres, mais aussi dans l’Ancien Testament. Il ignore également, que pour celui qui prie mentalement, il n’est pas indispensable d’utiliser la « Prière de Jésus » et qu’il peut utiliser d’autres prières, des psaumes, des hymnes, etc.

Plus que nul autre, Meyendorf semble influencé par les « onomatolâtres » de même que par les Latins, quand il parle de « saint » Thomas d’Aquin, du « monastère latin des Amalfites » (!), alors que tout le monde sait, qu’au monastère des Amalfites, au Mont Athos, demeuraient seulement des Romains Orthodoxes Latinophones d’Amalfi et non des Franks ou des latinisants.

Orthodoxos Typos, N° 580, du 11.XI.83.




OOOOO

Saint MAXIME le CONFESSEUR. Le monastère de la Sainte Transfiguration à Boston, a poursuivi son oeuvre d’édition de textes essentiels pour le développement et le perfectionnement d’une véritable conscience orthodoxe, avec la publication, en 1982, de la Vie de Saint MAXIME le CONFESSEUR.

Cette « Vie » est fondée sur la traduction, réalisée par le Père Bischall, du récit qu’en a donné l’« Apocrisiaire Anastase », disciple de saint Maxime. La lecture des vies de nos Pères Saints, contribue à l’enrichissement de notre intelligence spirituelle, mais l’enseignement que nous pouvons tirer de ce livre, est d’autant plus essentiel, que la situation dans laquelle a eu lieu le combat de saint Maxime ressemble étrangement au nôtre. Saint Maxime a lutté contre l’hérésie monothélite, qui proclamait une seule volonté en Christ, la volonté divine, croyant ainsi réagir contre l’arianisme qui niait la divinité du Christ. Ces deux hérésies étaient la conséquence de la philosophie et du rationalisme humains, qui devraient se considérer comme crucifiés devant le mystère de la Révélation. Pour saint Maxime, ne reconnaître qu’une seule volonté en Christ : la divine, c’était nier la réalité de sa nature humaine et rendre vaine l’espérance de notre salut, puisque le Christ ne pouvait sauver que ce qu’il assumait. Saint Maxime n’eut pas à combattre que l’hérésie mais aussi à affronter le pouvoir impérial, qui recherchait l’unité de l’Empire, dont les frontières étaient menacées par les Sarrazins, en proposant un compromis dogmatique. Saint Maxime refusa. Pour sa fermeté dans la foi et le refus de tout compromis dogmatique, saint Maxime dut souffrir les insultes, les exils, la persécution. Il rendit son âme à Dieu qu’il avait servi dans la VERITE, le 21 Janvier de l’année 662.

L’auteur de ce livre a montré, par l’enseignement de saint Maxime, que l’Église n’est pas là où se trouve le grand nombre, mais la où est confessée la Vraie Foi. Lorsqu’on demandait à saint Maxime à quel patriarcat il appartenait, il répondait qu’il souhaitait être en communion orthodoxe.

De plus, ce grand confesseur, accusé par ses persécuteurs d’intolérance, nous enseigne la réponse la meilleure à donner à ceux qui nous accusent aujourd’hui, de passéisme, d’intolérance, de manque d’amour, et nous reprochent de ne pas adhérer à l’œcuménisme, et de penser que nous serons les seuls à être sauvés. « Que Dieu ne permette jamais que je puisse condamner quiconque, mais j’aimerais mieux mourir que d’apostasier la Vraie Foi, de quelque manière que ce soit, et en conséquence, de subir les tourments de ma conscience. »

Que les pères du Monastère de la Sainte Transfiguration soient remerciés, pour leur œuvre si utile à nos âmes.

Cyprien Léostic.

OOOOO

« Jérusalem, fin Décembre 1983.

Les Lieux Saints de Jérusalem, écrit Orthodoxos Typos, sont devenus la cible de lâches attaques de fanatiques Juifs, qui ont pour but de terroriser les chrétiens pour leur faire quitter la Sainte Sion.

C’est ainsi que le 20 Décembre, des membres de l’organisation terroriste T.A.T. (terrorisme pour terrorisme) ont placé une bombe, devant une des portes du Monastère de Béthanie, dont le père Théodose est l’Higoumène. L’explosion a blessé une moniale qui a été hospitalisée et tué deux chèvres. Selon les journaux israéliens la bombe appartenait à la série N°26 de l’armée israélienne. Dix jours avant, une autre bombe avait été placée à l’extérieur de l’Ecole de la Sainte Sion ; par miracle elle n’a pas explosé. A la suite de la traumatisation de la moniale, des unités de l’armée israélienne ont cerné les environs et fait des recherches. Des officiers supérieurs, des représentants du gouvernement, des chefs musulmans, le consul de Grèce, la foule du peuple ont visité le monastère pour exprimer leur sympathie au p. Théodose ».

Orthodoxos Typos N° 588 du 6 Janvier 1984.

La Lumière du Thabor n°2. Deuxième Conférence à la rue d'Ulm.

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CENTRE DE RECHERCHE THEOLOGIQUES
SAINT GEGOIRE PALAMAS

Deuxième Conférence : le schisme de 1054

Dans notre Première Conférence, nous avons montré, brièvement, que les nécessités du Dialogue Œcuménique, conduisaient à donner une explication insatisfaisante, tant pour la théologie que pour l’histoire, du « schisme de 1054 ».

Sur le plan théologique, le débat a été appauvri parce qu’il a été réduit à n’être qu’une querelle de mots ; en particulier, le Filioque est présenté comme le fruit heureux d’une approche purement latine et occidentale de la théologie qui, du fait des postulats fondamentaux qui y conduisent, ne met pas en danger la théologie classique des Pères. On emploie, dès lors, le vocabulaire vague des sentiments et de l’émotion, comme par exemple Olivier Clément qui parle de « la grandeur proprement religieuse du Filioque » et des « intuitions authentiques du Filioquisme ». Bref, faute d’un vocabulaire conceptuel suffisamment élaboré, l’Orient, moins spéculatif, et l’Occident trop rationaliste, peut-être, ne se seraient pas compris.

On est alors renvoyé aux causes purement historiques qui paraissent vite n’être qu’une somme de hasards malheureux ; l’interprétation psychologique prévaut et chacun se fait la politesse, toute question de fond étant mise entre parenthèses, de trouver son propre camp discourtois. Ainsi O. Clément écrit, du patriarche Michel Cérulaire : « Le patriarche byzantin Michel Cérulaire était un esprit abrupt, incapable de discerner l’essentiel de l’accessoire et de s’élever à une conception œcuménique de l’Église »; et Congar dit du cardinal Humbert qu’il était « un homme raide et combatif, dont la Bulle d’excommunication est un monument d’inimaginable incompréhension ». A force de « dialogue », c’est l’histoire qui risque de devenir incompréhensible, si l’on en reste à ces hautes sphères de la « causalité psychologique ».

En réalité, l’aspect historique et l’aspect théologique sont liés, et particulièrement à partir du VIIIe siècle, où la théologie du Filioque, de la Rédemption, et, d’une façon générale, la méthode théologique issue de l’augustinisme, apparaissent comme l’idéologie des Franks et des Germains, dont les ancêtres ont envahi la Romanité occidentale et qui ont mis trois siècles a se constituer en Etat. Le « schisme » n’est pas seulement une rupture, une déchirure dans le tissu chrétien, due à une séparation théologique entre Rome et l’Orient, mais, bien plutôt, l’usurpation du siège orthodoxe de l’Ancienne Rome par les germano-franks, aboutissant à l’enlèvement pur et simple du dernier Pape Orthodoxe et à son remplacement par un Pape germanique filioquiste, Serge IV.



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Ce sont les grandes étapes de cette usurpation que nous allons brièvement décrire, comme une lutte entre l’élément romaïque, gallo-romain, italo-romain et les barbares goths, lombards, vandales ou franks.

L’origine lointaine, la donnée fondamentale qui recelait, en germe, les divisions ultérieures, ce sont les invasions barbares non tant du fait du caractère hérétique arien de la religion de ces peuples que de leur incapacité à se constituer en Etat ou à modeler une religion puissante pour remplacer ce qu’ils voulaient détruire. Après les premiers massacres, et grâce à la résistance héroïque des évêques, des prêtres et de tout le peuple martyr gallo-romain, dès la mort du roi Euric, le projet de remplacer la « Romanie » par une « Gothie » dût être abandonné. Au contraire, même, de nombreux chefs barbares prirent les habits et les titres romains pour acquérir un peu de légitimité auprès des populations.

Mais cela ne veut pas dire que le sentiment national des populations asservies ait disparu rapidement, comme l’ont affirmé certains historiens (Fustel de Coulange). En fait, après l’effondrement du pouvoir politique romain en Occident, la représentation légale, comme l’autorité morale sur le peuple romain se trouve alors assumées par l’Eglise, qui devient le lieu de résistance de tous ceux qui veulent conserver la tradition et l’identité romaines. Dans cette période tourmentée, outre le rôle des grands évêques du Ve et VIe siècles, comme Faust de Riez ou Césaire d’Arles, le patriarche de l’Ancienne Rome assume la fonction d’Ethnarque du peuple romain d’Occident. C’est lui qui demeure en contact avec l’Empereur romain de Constantinople. On sait ainsi combien Grégoire le Grand sut préserver les droits des romains dans cette époque si troublée et dramatique, au point qu’il n’hésitait pas, dans ses Morales, à comparer la Romanité Occidentale à Job.

Certes, l’Empire Romain d’Orient n’avait jamais cessé de revendiquer, malgré les difficultés, sa partie occidentale. Les romains d’Orient et d’Occident étaient solidaires, mais, de Justinien à Basile 1er, la fortune militaire de Constantinople ne fut pas toujours favorable. Les divisons internes des barbares et la période sombre que fut l’époque mérovingienne assurèrent, cependant, à l’Eglise une très relative tranquillité : les barbares ne pouvaient accéder facilement à la cléricature, et la synodicité de l’Église, conforme aux Canons Apostoliques, était respectée, du fait de la grande majorité des romains libres dans les cités gallo-romaines. Il faudra l’immense système de déportation et de mise en esclavage des romains, que l’on nomme la féodalité, pour que les Franks soient majoritaires dans l’élection des évêques.

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Déjà les écoles monastiques qui, – jadis fondées par les disciples de saint Jean Cassien, d’Honorat d’Arles et Fauste de Riez, formaient les évêques romains – se trouvaient, par les soins de Charles Martel et de Pépin le Bref, anéanties. Du fait de l’anarchie politique mérovingienne, le caractère synodal de l’Eglise fut partiellement supprimé pour n’être rétabli qu’en faveur de l’épiscopat frank. La grande crise iconoclaste qui ébranla l’Empire en Orient, permit aux Franks de jouer des divisions internes des romains d’Orient et d’Italie du Sud.


En effet, depuis le début du VIIIe siècle, l’Italie romaine et l’Eglise Orthodoxe de l’ancienne Rome étaient dangereusement isolées ; car, sous le principal de Léon l’Isaurien, puis sous ses successeurs, les Icônes furent brisées et les iconophiles persécutés. Le Pape Grégoire II refusant de promulguer les édits impériaux ordonnant la destruction des Icônes, l’Italie fut isolée de l’Orient et prise, comme en un étau, entre les empereurs hérétiques et les Franks. Les franks étaient iconoclastes sur le fond, de même que l’étaient les Lombards et certains évêques de l’Italie du nord, tel Claude de Turin. Cependant, les orthodoxes partisans des Icônes, étaient nombreux en Gaule dans le clergé et l’épiscopat romaïque. En Orient, grâce à l’impératrice Irène, ils réussiront à l’emporter et à imposer le VIIe Concile Œcuménique que les évêques franks de Charlemagne ne reconnaîtront pas et contre lequel ils s’élèveront.

La question du Filioque fut aussi grave. Le Filioque n’est pas une formulation ancienne, comme on l’affirme généralement, qui remonterait au IIIe Concile de Tolède. Mais il date de la fin du VIIe siècle ou du début du VIIIe, et il était très contesté en Occident au début du IXe par les évêques gallo-romains ; au contraire, les Franks en faisaient le symbole d’une renaissance intellectuelle qui apparaît bien modeste. Le Concile d’Aix-la-Chapelle est un témoignage remarquable de cette lutte entre l’élément romain et l’élément frank. Tout d’abord, ce Concile montre à l’évidence le caractère récent du Filioque. En effet, les représentants du Concile d’Aix informèrent le Pape que le Symbole de la Foi avait commencé à être chanté avec le Filioque dans le Palais de Charlemagne et qu’il s’agissait d’un dogme nouveau.

Le Concile d’Aix ne put rien conclure et il se divisa en deux parties contraires. Charlemagne, le champion du Filioque, ne put, en effet, imposer son opinion et le Concile se disloqua avant la fin. Comme l’écrit Adam Zernikaw : « Les conférences sur le Saint-Esprit furent nombreuses, les uns disant que l’Esprit procédait aussi du Fils, d’autres contredisant les premiers ». Chacun des deux partis fit appel au Pape Léon III qui, non seulement s’opposa à l’addition du Filioque, mais, en outre, ordonna que le Credo de Nicée-Constantinople fut gravé sur deux plaques d’argent, en grec et en latin, dans l’église Saint Pierre. Cette défaite de Charlemagne montre que le pouvoir des Franks échouait devant l’autorité du Pape Orthodoxe de l’Ancienne Rome. Il faut bien comprendre que, pour Charlemagne, le contenu dogmatique n’était pas essentiel, mais que le Filioque était, pour lui, le symbole du progrès accompli sur les « Grecs » en théologie, grâce à l’application de catégories rationnelles à la Sainte Trinité. C’était pour lui, la preuve de la supériorité culturelle des Franks sur ceux qu’il nommait de façon méprisante les « Grecs ».

Si le vieux Léon III sut résister sur la Foi, il avait cependant permis à Charlemagne de remporter une victoire décisive sur le plan politique, en se faisant couronner « Empereur des Romains », c’est-à-dire en le laissant usurper officiellement la légitimité de l’empereur de Constantinop1e sur les populations romaïques d’Occident. La version germano-francque du couronnement de Charlemagne, que l’on trouve dans les manuels d’histoire occidentaux, est une véritable mystification, puisqu’elle est fondée uniquement sur le récit de l’idéologue frank Eginhard qui affirme que ce serait Léon III qui, de son propre gré, aurait couronné un Charlemagne réticent.

En fait, par cette cérémonie, où la puissance du roi frank fit violence au Pape Orthodoxe Léon III, c’était une nouvelle conception de la légitimité que Charlemagne voulait instaurer. Le récit d’Eginhard qui n’ose pas donner à Charlemagne la responsabilité de l’événement prouve, a contrario, qu’au IXe siècle les barbares n’avaient pas réussi à instaurer, en Occident, une autre légitimité que celle du peuple romain. Mais la prétentieuse théologie du Filioque et la conception carolingienne du pouvoir, jointe au fait que la croyance augustinienne à une prédestination absolue semblait porter sur la race prédestinée des Franks, ont jeté les principes fondamentaux du Moyen-âge occidental.

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La nécessité de lutter contre les arabes en Italie du Sud et l’occupation militaire par les Franks de l’Ancienne Rome y avait fait naître, en microcosme, une situation similaire à celle de l’Occident : un parti frank et un parti romain s’y combattaient. De la mort de Léon III à l’année 858, le peuple orthodoxe de Rome réussit à imposer un candidat du parti romaïque, malgré les menaces des empereurs germaniques. Déjà lors de l’élection de Léon III, selon son biographe, l’anxiété et la terreur furent grandes à Rome de représailles francques. L’élection de Benoît III fut interrompue par le parti germanique qui imposa, un instant, son candidat Anastase, mais la foule assiégea les portes de la basilique constantinienne où se tenait le synode chargé d’élire le nouveau pape.

A la mort de Benoît, fut élu le premier pape germanophile, Nicolas Ier. L’empereur germanique Louis II accourut, dès la mort de Benoît, à Rome et fit procéder à l’élection en sa présence. Très vite Nicolas Ier voulut imposer son autorité sur toute l’Eglise et il appliqua, à sa propre tiare et à son règne, la doctrine de la prédestination. Il écrivit au patriarche de la Nouvelle Rome, saint Photios le Grand, que « l’Église romaine avait mérité les droits de tout pouvoir d’une manière totale et avait reçu le gouvernement de toutes les brebis du Christ ». Un peu plus tard, furieux de ne pas obtenir la reconnaissance de ses innovations par saint Photios, il écrivit directement au peuple, au clergé et à l’empereur de Constantinople, des lettres hostiles et haineuses où le saint patriarche est appelé « Monsieur Photios », « adultère », « homicide » et « juif ». En Bulgarie il bénissait la mission de l’évêque Formose, un chef du parti philo-germanique, et autorisait l’addition du Filioque au Credo, ainsi que d’autres réformes ou pratiques, propres aux églises francques.

Cette attitude provoqua la réaction de l’Église de Constantinople et Saint Photios, en accord avec son Synode, envoya une encyclique à toutes les Eglises dans laquelle il dénonçait la situation créée en Bulgarie et le dogme du Filioque. Un concile se tint à Constantinople, en 867, en présence des légats des patriarches orientaux, et anathématisa les doctrines que dénonçait saint Photios, en particulier l’hérésie du Filioque et son addition au Credo de Nicée-Constantinople, en Bulgarie. Plus de mille signatures témoignèrent contre le dogme frank qui, comme l’affirme saint Photios, scindait la Sainte Trinité en deux, puisqu’il instaurait deux sources à la Divinité, aboutissant ainsi au paganisme. Après l’exil du patriarche Photios, le pape Nicolas Ier fit organiser à Constantinople en 869, un concile de dix-huit évêques où la personne de saint Photios fut condamnée, sans qu’aucune hérésie n’ait pu lui être reprochée.

Il faut dire que Nicolas Ier, à Rome même, n’osa jamais imposer le Filioque, par peur du peuple romain fidèle à la Foi Orthodoxe. Nicolas Ier ne cessait d’ailleurs de rencontrer des difficultés avec les romains de l’Italie du sud et même avec ceux des Gaules que sa conception totalitaire de l’ancienne « ethnarchie » choquait. Lorsqu’il mourut, il n’était soutenu que par les théologiens franks favorables au Filioque, qu’il avait mobilisés contre le patriarche et l’empereur de Constantinople, sans pour autant nommer saint Photios dont la science et la sainteté étaient connues des romains orthodoxes de la Gaule.

Après un pape de transition, Hadrien, le parti romain l’emporta à nouveau et l’archidiacre Jean, devenu Jean VIII, accéda au trône patriarcal de Rome. Jean VIII, que l’historiographie occidentale a laissé longtemps de côté – en partie du fait de la falsification des sources, aujourd’hui admise par les savants – a été un grand pape de la Romanité, de la stature des Léon le Grand et des Grégoire le Grand. Hiérarque rusé et prudent, jusqu’à la mort de l’empereur Louis II en 875, il sut utiliser le parti germanique, sans lui donner un rôle décisif. Mais dès que la menace germanique, avec la mort de l’empereur, eut disparue, il déposa, excommunia et anathématisa les évêques « nicolaïtes » qui avaient ajouté le Filioque en Bulgarie, et en particulier Formose. Il choisit un candidat à l’empire parmi les carolingiens, le roi de « France » Charles le Chauve, qui était le plus modéré et le plus éloigné de l’Italie et lui imposa une « donation » qui libérait les élections des papes de la présence des légats de l’empereur.

Ainsi il tentait de préserver Rome d’un second Nicolas imposé par le parti germanophile. Après la défaite et la mort de Charles le Chauve, il laissa en suspend la succession qu’il essayait de contrôler, jouant les différents prétendants les uns contre les autres. Il échoua finalement, puisque le roi Charles le Gros finit par envahir Rome et par faire assassiner, un an plus tard, Jean VIII empoisonné et achevé à coups de hache. Mais ce délai que sut imposer Jean VIII au trône de l’ancienne Rome, s’il fit entrer la capitale dans une période de troubles et d’incertitudes, devait contribuer à changer la face des choses. D’une part la désorganisation politique en Italie, provoquée par la vacance de l’empire occidental, permit aux troupes de Basile Ier de progresser de façon décisive en Italie du sud et de libérer momentanément les romains de la région. D’autre part, les légats de Jean VIII purent assister et reconnaître les décisions du Concile de 879 présidé par saint Photios, de nouveau en possession de son trône patriarcal.

A ce concile, tous les patriarches furent représentés et saint Photios fut reconnu par tout le monde comme Patriarche de la Nouvelle Rome. C’était l’œuvre de Nicolas Ier qui s’effondrait. L’inaltérabilité du Symbole de la Foi et la condamnation de toute addition furent officiellement proclamées, bien que Jean VIII ait demandé que, par prudence, les Franks ne soient pas nommés. Les légats de l’Eglise de Rome nommèrent l’addition une « inqualifiable insulte aux Pères ». Jean VIII écrivit une lettre à saint Photios où il condamne, en termes voilés mais fermes, les germano-franks et l’addition du Filioque : « Nous les mettons du côté de Judas, puisqu’ils ont déchiré les membres du Christ ». Ce concile de 879 qui reconnut l’oecuménicité du VIIe Concile eut tous les caractères d’un Concile Œcuménique et l’Église Orthodoxe le reconnaît désormais comme VIIIe œcuménique.


Le pontificat de Jean VIII marque donc un moment décisif et mal connu de l’histoire du « schisme », parce qu’il représente la dernière grande résistance des romains de l’ancienne Rome et de l’Occident à la poussée germano-francque contre le trône orthodoxe de Rome.

La période qui va de la mort de Jean VIII au début du XIe siècle est systématiquement représentée, en Occident, comme une période de corruption et d’anarchie du fait du rôle des laïcs dans le choix des papes. Les seuls papes qui trouvent grâce aux yeux des historiens sont ceux qui se sont tournés vers les royaumes issus des carolingiens. En réalité, cette période est présentée comme une période particulièrement trouble, parce que les romains de l’ancienne Rome gardaient un contrôle relatif de leur Église. Comme l’écrit J. Romanidis : « Pendant deux siècles, de 784 à 809, quand les Franks condamnèrent le VIIe Concile Œcuménique, jusqu’en 1019 ou 1014 quand fut définitivement introduit le Filioque au symbole à Rome, les Orthodoxes Latins luttèrent durement en Italie pour garder la Foi des VIIe et VIIIe Conciles Œcuméniques ».

Effectivement, jusqu’au début du XIe siècle, le Filioque ne fut jamais ajouté au Credo et tant que Rome reconnut les VII et VIIIe Conciles Œcuméniques, la communion ne fut pas rompue entre les sièges orientaux et l’ancienne Rome. Durant cette période, les Franks, qui craignaient une révolte de tous les romains de l’Occident, n’osèrent pas toucher directement au patriarche de l’ancienne Rome. Mais lorsque l’empire germanique fut rétabli, le dernier pape orthodoxe Jean XVIII lut déporté dans un monastère de l’Italie du Sud et Serge IV qui devait son trône à l’empereur germanique Henri II, confessa le Filioque dans sa lettre d’intronisation qu’il adressa au patriarche de Constantinople Serge II. Ce dernier, par décision conciliaire, effaça alors le nom du pape des diptyques de la Grande Eglise et il n’y fut jamais rétabli. A Rome même, le Filioque fut officiellement ajouté par le pape Benoît VIII, le neveu de l’empereur germanique. Encore une fois le clergé et le peuple réagirent mais ils durent, cette fois-ci, s’incliner devant l’autorité de Benoît VIII, parce que ce fut pendant le couronnement de Henri II le germanique, que le Credo fut lu avec l’addition.

L’usurpation du trône orthodoxe de l’ancienne Rome s’achevait et le peuple romain d’Occident, sans tête ni défense, dût supporter les persécutions que lui firent subir les grands papes de la féodalité, comme Grégoire VII. Cependant, il y eut longtemps encore, d’une façon éparse, des résistances, et l’on sait par un texte d’Alexandre d’Haies, qu’en 1240, soit 226 ans après l’addition du Filioque par Benoît VIII, on chantait encore dans certaines églises le Credo sans l’addition. On peut en dire cependant, qu’en 1014, la résistance de quatre siècles des romains de l’Occident s’achève et qu’une nouvelle structure ecclésiale, totalement étrangère à l’ancienne, et qui porte tous les caractères de la féodalité, remplace la papauté orthodoxe des Léon, Grégoire et Jean VIII.

L’incident de 1054 à Constantinople, qui donne son nom au « schisme » lui-même, n’est donc, comme on l’a dit, que le permis d’inhumer. On sait que le 15 Juillet 1054, au moment de la Liturgie, célébrée en présence du Patriarche Michel Cérulaire, Humbert, légat du pape Léon IX, fit irruption à Sainte Sophie et déposa sur l’autel un libellé où il reprochait aux « orientaux » d’avoir ôté le Filioque du Credo !!!

Il accusait aussi le patriarche Michel d’être pneumatomaque et théomaque. Le patriarche réunit un concile et anathématisa « cet écrit impie et stupide ». Le patriarche Pierre d’Antioche, auquel Cérulaire écrivit, confirma la décision de l’Eglise de Constantinople et tous les autres patriarches orientaux firent de même, suivant en cela ce qu’ils avaient décidé lors du Concile de 879.

Les événements ultérieurs confirment que la notion d’usurpation est la plus adéquate pour décrire la politique ecclésiastique des Franks et des Germains. Les Croisades sont, en effet, d’une façon encore plus nette, des tentatives pour remplacer les évêques orthodoxes des sièges orientaux par des évêques « latins », c’est à dire Franks. L’uniatisme fut également la continuation, par des moyens plus ou moins directs, de la même politique, et ce n’est que récemment que la connaissance et l’étude des textes ont permis une approche défavorable à l’Occident, du « schisme ». C’est cette restitution des faits que l’œcuménisme, s’appuyant sur une hostilité ou un mépris quasi-héréditaire de tout ce qui est « byzantin » ou « grec », tente de relativiser. Mais, oubliant la résistance héroïque de ses ancêtres romains orthodoxes, il ne peut justifier cette relativisation qu’au prix d’un obscurcissement des faits historiques et d’un mépris quasi-total de la lutte politique et théologique des romains orientaux lors des croisades et aux XIV et XVe siècles, lorsque saint Grégoire Palamas et saint Marc d’Ephèse se présentèrent comme les champions de la Tradition Romaine Orthodoxe, face à la théologie orgueilleuse des Franks, fondée sur la raison et l’imagination.

A notre époque, où la civilisation issue de la prétendu « Renaissance » est partout contestée, l’œcuménisme apparaît à beaucoup d’Orthodoxes comme une ultime tentative de la papauté, îlot féodal au milieu du monde moderne, de sauver « l’infaillibilité » de l’homme européen et d’empêcher le retour des « romains » d’Occident à la théologie romaïque des Orthodoxes, à la théologie des TROIS DOCTEURS. Aussi étudierons-nous, lors de notre prochaine conférence, le rejet au Concile de Ferrare-Florence, au XVe siècle, de la méthode rationaliste des Franks, par le grand et trop méconnu, saint Marc d’Ephèse, surnommé l’Atlas de l’Orthodoxie.

La Lumière du Thabor n°2. Décret de l'anathème contre l'oecuménisme.

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Décret de l’anathème

A ceux qui attaquent l’Église du Christ en enseignant que l’Église du Christ est divisée en soi-disant « branches » qui divergent entre elles quant à la doctrine et au mode de vie, ou que l’Église n’existe pas visiblement, mais sera formée, dans le futur, lorsque toutes les « branches », sectes ou confessions et religions même, seront unifiées en un seul corps ; et qui ne distinguent pas le Sacerdoce, et les Mystères de l’Église de ceux des hérétiques, et qui disent que le baptême et l’eucharistie des hérétiques sont efficaces pour le salut ; de même, à ceux qui, en toute connaissance de cause, sont en communion avec les hérétiques susmentionnés ou qui plaident, répandent ou défendent leur nouvelle hérésie de l’œcuménisme sous prétexte de l’amour fraternel ou de l’unification supposée des chrétiens séparés,
ANATHEME !

La Lumière du Thabor n°2. L'oecuménisme frappé d'anathème par Mgr Philarète de New York.

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L’OECUMENISME FRAPPE D’ANATHEME

Conscient de la gravité des temps, conscient du danger qui menace son troupeau, le Saint Synode des Evêques de l’Église Orthodoxe Russe à l’Etranger, (appelée aussi : Eglise Russe, Hors Frontières, ERHF), sous la présidence du Métropolite Philarète, malgré les obstacles et les difficultés qu’ils rencontrent dans leur exil, se sont élevés sur les hauteurs de leur Mission et de leur Apostolat, « ayant les regards sur Jésus, le Chef et le Consommateur de la Foi » (Hébreux II, 2), le timonier du navire de l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique des Orthodoxes, s’appuyant sur les Conciles Œcuméniques, en particulier sur le VIIe, qui a décrété que « TOUT CE QUI A ETE INNOVE OU LE SERA DANS LE FUTUR CONTRE LA TRADITION DE L’ÉGLISE, SA DOCTRINE ET LA EORMULATION DES SAINTS PERES DE GLORIEUSE MEMOIRE, SOIT ANATHEME ! », s’appuyant également sur le SYNODIKON de l’ORTHODOXIE, marchant sur les traces des Saints Pères, élevant la voix au milieu du silence impressionnant des « églises orthodoxes officielles », à l’unanimité, a frappé l’OECUMENISME d’ANATHEME !

Nous reviendrons sur ce sujet, dans la prochaine livraison de la LUMIERE du THABOR. Ci-après, nous publions l’Encyclique du Concile et le Décret de l’Anathème.
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LETTRE ENCYCLIQUE
DU CONCILE DES EVEQUES
DE L’ÉGLISE ORTHODOXE RUSSE
A L’ETRANGER

Puissent la Grâce et la Paix de Dieu demeurer et s’accroître dans le clergé et les fidèles de notre Église Orthodoxe Russe hors de Russie.

Au nom du Concile des Evêques, nous nous adressons à tout notre pieux troupeau disséminé dans le monde entier. Nous saluons nos enfants bien-aimés et les bénissons pour la poursuite de leurs luttes à vivre la vie chrétienne orthodoxe dans un monde qui s’éloigne toujours plus des principes donnés par notre Seigneur, ses Apôtres et les Pères Saints.

Dans notre patrie malheureuse, qui autrefois s’appelait la Sainte Russie, s’est établi un centre mondial du mal qui espère aujourd’hui déraciner toute trace de sainteté ancienne et de piété. Durant toutes ces décennies, nous avons suivi les souffrances de nos frères avec tristesse, nous avons embrassé spirituellement leurs blessures et avons glorifié comme saints martyrs, ces millions de fidèles qui ont témoigné, sous la conduite du Patriarche Tykhon, et de l’Empereur Martyr Nicolas II, leur fidélité à Dieu jusqu’à la mort. Le Voyant les vit prophétiquement, se tenant « devant le trône et devant l’Agneau dans ces robes blanches » (Apocalypse VII, 9). C’est à leur sujet qu’il lui fut dit: « ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ». Ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le Sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et Lui rendent un culte jour et nuit dans Son temple. Celui qui est assis sur le trône jour et nuit dressera sa tente sur eux ». (Apocalypse VII, l4).
Nous étant réunis dans ce Concile pour étudier les problèmes de notre vie ecclésiastique, nous avons senti notre unité spirituelle avec eux et avec nos frères qui suivent leurs traces, étant toujours « dans une grande tribulation ».

Habitant en terres de liberté, nous ne pouvons expérimenter, que spirituellement avec eux, cette « grande tribulation », mais nous avons, nous aussi, notre propre tribulation, en rapport avec la leur, et qui résulte du fait que l’incrédulité et l’apostasie de la vraie Foi, par un grand nombre même de ceux qui portent le nom de chrétiens orthodoxes, se répandent de plus en plus dans le monde. Dans ce monde qui nous entoure, nous percevons que les paroles du Sauveur « dans le monde, vous aurez des tribulations » (Jean XVI, 33), s’avèrent vraies pour nous aussi.

Si l’Apôtre Paul dit que pendant cette vie, il était impossible de ne pas avoir de relations « avec les fornicateurs de ce monde, ou avec les cupides et les accapareurs ou avec les idolâtres » (1 Cor. V, 10), alors que devons-nous dire de nos temps ? Aujourd’hui nous sommes obligés, non seulement d’avoir des relations avec eux, mais pis que cela, le mode de vie qui nous entoure est fondé sur la reconnaissance, non seulement de la permissivité, mais de la légalité même des formes les plus basses et les plus vulgaires du péché.

Nous sommes particulièrement inquiets du fait que nos enfants, notre jeunesse, grandissent dans cet environnement. Il leur est très difficile de grandir comme des enfants (du Royaume) de Dieu, alors qu’ils sont cernés par un mode de vie fondé sur l’incroyance, niant tous les principes fondamentaux de la Foi Chrétienne et de la famille. Nous avons donc indiqué à nos pasteurs qu’ils doivent porter une attention particulière à instruire leur troupeau sur la vie familiale. Pour que les enfants puissent grandir comme des héritiers du Royaume de Dieu, les efforts d’éducation des parents doivent commencer du temps que les enfants sont encore dans le sein de la mère.

Même les docteurs incroyants reconnaissent aujourd’hui l’importance de cette période pour le développement futur de l’enfant. C’est dès les plus jeunes années que les parents doivent nourrir leurs enfants avec de bonnes et saintes impressions, donnant eux-mêmes l’exemple de la prière et de la vertu, en sorte que le péché et l’immoralité leur soient étrangers et ne les attirent pas, mais au contraire leur répugnent. Ils doivent se rappeler que leurs enfants, une fois élevés, ne leur apporteront joie et réconfort, qu’à la mesure du bien que leur famille aura instillé dans leur cœur. C’est pourquoi les pasteurs doivent sans cesse instruire à la fois les parents et les enfants, ainsi que s’occuper de l’établissement d’écoles paroissiales et d’attirer les jeunes paroissiaux, dès leur enfance, à une participation active à la vie de l’Église.

Il est bon d’attirer à soi de jeunes âmes, si elles ne sont pas empoisonnées par l’exemple du mal comme quelque chose de permis et même de bien. Que les pasteurs et les parents s’attachent à ce que les enfants voient et connaissent les exemples de bien, chez les saints, et les efforts des grands hommes. Il est particulièrement nécessaire de leur enseigner sans cesse à aimer la vérité et à se détourner de toutes les sortes de fausseté.


Le mensonge a aujourd’hui acquis une force particulière, ayant pénétré profondément dans la conscience des gens. Hélas ! ceux qui la disséminent ne sont pas seulement des activistes politiques, qui considèrent que tout est permis pour obtenir le pouvoir, mais également des représentants de diverses religions. Une claire manifestation de ceci, fut la VIe Assemblée du Concile Mondial des Églises qui s’est tenue à Vancouver à peu près au même moment que les sessions de notre concile.

Dans sa décision du 28 Juillet / 10 Août, notre Concile a expliqué que l’Église Orthodoxe Russe Hors de Russie, ne participe pas au Concile Mondial des Églises, pour la raison que celui-ci essaye de présenter ses membres, c’est-à-dire les représentants des religions dont les opinions divergent comme s’ils avaient une certaine unité dans leur foi. En réalité, cette affirmation est un mensonge, dans la mesure où ces membres de différentes religions et sectes, n’ont pas abandonné leurs points de divergence entre eux, moins encore avec l’Eglise Orthodoxe, au sujet des dogmes et des thèses fondamentales. Au nom de formules unificatrices, ces opinions diverses n’ont pas été détruites, elles ont été simplement mises de côté. A la place des vérités inébranlables de la Foi, ils tentent de ne voir que des « opinions » qui ne sont obligatoires pour personne. En réponse à la confession de la Foi Orthodoxe une, ils disent avec Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » Les membres du Mouvement Œcuménique qui se disent « orthodoxes » méritent de plus en plus le reproche de l’Ange à l’Église de Laodicée : « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni bouillant. Si seulement tu étais froid ou bouillant ! » (Apocalypse 3, 15).

Une claire manifestation d’une semblable fausse union fut la célébration de ce qu’on a appelé la « liturgie de Lima », c’est à dire un soi-disant service eucharistique célébré par l’archevêque de Canterbury et différents pasteurs protestants. Cette « liturgie », elle-même élaborée durant une conférence à Lima, est censée faire revenir ses participants aux origines de l’ancienne Liturgie Orthodoxe, mais l’essentiel manquait : la croyance inconditionnelle au changement du pain et du vin en Corps et Sang de notre Seigneur Jésus-Christ, et l’obligation qu’elle soit faite par un célébrant ayant la succession apostolique.

Décrivant cette « liturgie » le Magazine Newsweek du 22 Août 1983 écrit : « Faisant face à l’autel, il y avait une congrégation multi-raciale de 3500 chrétiens venus de tous les coins de la terre, incluant des prêtres Catholiques-romains et des Evêques orthodoxes barbus, qui, il n’y a pas si longtemps, n’auraient jamais participé à un tel service ». Selon le rapport du service de Presse Œcuménique du 4 Août, pendant la célébration par l’Archevêque de Canterbury de la liturgie de Lima, les catholiques et les orthodoxes n’ont pas reçu la communion, mais ont participé à la prière commune. L’Archevêque Cyrille (du Patriarcat de Moscou) a formulé le vœu que « nous puissions bientôt atteindre une unité visible dans le Corps du Christ en bénissant le pain et la coupe sur le même autel. »

L’Archevêque grec Iakovos célébra une liturgie séparée le jour de la Transfiguration à laquelle, selon les rapports que nous avons reçus, la communion fut donnée sans discrimination suffisante, non seulement aux orthodoxes, mais à tous ceux qui s’approchaient du calice.


Ainsi nous voyons avec tristesse que le processus de développement dans la pratique de l’hérésie de l’œcuménisme parmi les chrétiens orthodoxes, dont nous avions déjà averti nos frères dans nos « Lettres de Douleur », non seulement ne s’est pas arrêté, mais s’est développé. Le développement d’une interprétation interconfessionnelle du Baptême, de l’Eucharistie, du Sacerdoce dans les années récentes s’est manifesté dans différents services dits « œcuméniques » et fut clairement exprimé dans l’accord de Lima et maintenant à Vancouver. Notre concile a condamné d’une manière absolue cette manifestation et a ordonné qu’un ANATHEME de l’hérésie de l’œcuménisme soit ajouté au Synodikon de l’Orthodoxie.

En plus, toute sorte de participation, par des orthodoxes à des prières avec des hétérodoxes, et en particulier la participation à la prière commune à la soi-disant œcuménique liturgie de Lima, est strictement interdite selon les 45e et 46e canons des Saints Apôtres, et les assujettis à être excommuniés de l’Église. Les 32e et 33e Canons du Concile de Laodicée interdisent, en particulier, la réception du pain et du vin bénis par des non-orthodoxes ainsi que la prière commune avec eux.

Le célèbre commentateur russe des canons, l’évêque Jean de Smolensk, écrit dans son commentaire du 46e canon apostolique : « En général les canons apostoliques indiquent une raison fondamentale pour rejeter les rites religieux hérétiques : le fait que dans une hérésie, il ne peut y avoir de vrai sacerdoce, mais seulement un pseudo-sacerdoce. Il en est ainsi, parce que, d’une part, la succession apostolique cesse avec la séparation des hétérodoxes de l’Église, et d’autre part, parce qu’en conséquence la transmission des dons de la Grâce du Saint-Esprit dans le Mystère des Ordres cesse également ; ainsi, les ministres d’une hérésie n’ayant pas la Grâce en eux-mêmes ne peuvent la transmettre à d’autres, et comme ils n’ont pas reçu le pouvoir, conforme à la règle, de célébrer les Mystères, ils ne peuvent rendre vrais et salvifiques les rites qu’ils accomplissent ».

Dans toutes les activités de l’Assemblée de Vancouver, une part active fut jouée par une très importante délégation du Patriarcat de Moscou qui utilise intensément le Conseil Mondial des Eglises pour la propagande soviétique. Celle-ci vise à répandre des mensonges sur la soi-disant liberté de l’Eglise en URSS et, sous couvert de défendre la paix, à empêcher l’armement des pays qui pourraient s’opposer à l’extension du communisme à l’Ouest. Les délégués de l’Église de Moscou parlent abondamment en défenseurs des mouvements pro-comrnunistes, mais ne permettent à personne d’accuser les Soviets de persécuter de quelque façon que ce soit la religion. Ainsi, à cause de l’opposition de la délégation de Moscou, la pétition du diacre Vladimir Rusak, qui a écrit un livre sur la difficile situation de l’Eglise persécutée en URSS, ne put être lue à l’Assemblée. Pour ce livre, il fut interdit de servir à l’Eglise et convoqué par le KGB. En vain espéra-t-il attirer l’attention de l’Assemblée sur la persécution de l’Église dans sa patrie. Alors qu’elles parlent haut et fort pour défendre l’intérêt de divers groupes politiques, les Assemblées sont restées, d’années en années, sourdes aux cris des victimes réelles et très nombreuses de l’athéisme.

Il est évident que cela arrive grandement en raison du fait qu’ils ne veulent entendre aucune autre voix venant de Russie, que celle du Patriarcat de Moscou qui, toutefois, ne dit que ce que lui imposent les ennemis de toute religion, à travers les organes du KGB.
Une résolution particulière du Concile des Evêques fut aussi prise à ce sujet, faisant référence à un incident scandaleux : les ordres du Synode de Moscou de célébrer des Pannykhides, des services pour les défunts, pour l’athée persécuteur de l’Église, Brezhnev, qui mourut l’année dernière et dont les actions furent appelées, d’une manière blasphématoire, par le patriarche Pimen, « agréables à Dieu ». Dans l’ordre de célébrer des Pannykhides pour lui, était indiqué qu’il ne devait pas être appelé « serviteur de Dieu », ce qu’en effet il n’était pas ! Toutefois, chacun dût se sentir gêné d’offrir quelque prière que ce fut pour le repos, dans le Royaume des Cieux, d’une personne qui niait l’existence même de ce Royaume : Ainsi la violation des Canons de l’Église pour plaire aux athées mène-t-elle inéluctablement à l’hypocrisie. Ce concile remarqua que, quel que soit le nom que l’on doive donner à Brezhnev, des Pannykhides pour lui contiennent une contradiction interne, hypocrisie et fausseté. Elles constituaient un blasphème impardonnable.

Il semblerait que le monde entier, en particulier le monde Orthodoxe, eut dû trembler d’indignation devant un tel blasphème, mais hélas, tous sont restés muets, alors qu’une protestation inconditionnelle n’est venue que de notre Concile.

Devant une telle indifférence à l’égard de la vérité et le développement du modernisme, un nombre sensible de pasteurs et de fidèles orthodoxes se sont tournés vers nos hiérarques afin de préserver l’authentique Orthodoxie et le cours de la vie de l’Église sanctifiée par la Tradition ancienne, en conformité avec le Calendrier Orthodoxe établi par le Premier Concile Œcuménique.

Ainsi, notre Église s’est-elle enrichie de nouveaux fidèles et continue d’être enrichie non seulement de Grecs dévoués à la Foi, mais également de paroisses qui avaient quitté l’Église Russe dans les décennies récentes pour se joindre à l’autocéphalie américaine illégale et retournent maintenant en son sein. Pour nombre d’entre eux, cette décision ne fut pas facile à prendre et s’est accompagnée de grands sacrifices. Nous nous réjouissons de leur amour pour la Vérité et combien souhaiterions-nous que tous les enfants de notre Église conduisent leur vie religieuse avec autant de zèle que ces nouveaux enfants qui viennent récemment d’arriver à la vérité et s’y sont attachés.

Cependant, que ces fidèles de nationalité et de cultures d’origines différentes qui se sont joints à notre Église puissent parfois poser tel ou tel problème pastoral, nous envisageons cela avec calme, nous souvenant que devant la face de Dieu, il n’y a ni Grec, ni Juif, Russe ou Américain ou quelque autre sorte de distinction d’origine. Nous les percevons tous comme nos enfants bien-aimés qui ont un but commun : préserver intacte la Foi des Pères et sauver leurs âmes. Quelles que puissent être les conditions environnantes.

Nous vivons dans le même monde et il y a pour nous tous, les mêmes dangers et les mêmes tentations d’apostasie qui se sont engouffrés dans le monde entier, à savoir l’éloignement de Dieu et de l’Église, dangers et tentations dont l’Apôtre Paul avertit les fidèles de sa Seconde Epître aux Thessaloniciens.

Nombreux sont ceux qui remarquent aujourd’hui les signes de la proximité de la fin du monde. Quelques savants la prévoient déjà comme une possibilité vraisemblable dans un monde usé et, pour ainsi dire, « vieillissant », essayant de deviner quand cela pourrait arriver. D’autres étudient les Prophéties des Saintes Ecritures et, les appliquant aux événements de la vie politique courante, prévoient l’apparition imminente d’une crise mondiale et les derniers jours. Toutefois, le temps et ses limites ne nous sont pas encore manifestes. Le Seigneur nous a seulement avertis de certaines manifestations dans le monde qui précéderont sa fin, nous disant : « Prenez garde que personne ne vous séduise : car plusieurs viendront sous mon nom disant : c’est moi qui suis le Christ. Et ils séduiront beaucoup de gens. » (Matthieu 24, 4).

Maintenant, aux divers faux messies manifestes s’ajoutent des rapports sur la naissance et la préparation d’un sérieux prétendant à la dignité de Roi Universel et pseudo-messie. Nous ne pouvons rien affirmer positivement, sauf que les signes sont apparus selon lesquels on peut anticiper l’apparition du « Fils de la Perdition » dans une très proche période de l’histoire et même dans les prochaines années à venir, après l’unification du monde entier sous un seul gouvernement mondial.

Ce n’est pas sans raison que, selon les voies de Sa Providence, le Seigneur ne nous les révèle pas pleinement. Pour nous, il nous suffit de savoir que nous sommes entrés dans une période de l’histoire où l’apparition relativement imminente de l’Antichrist est très probable. Et cela signifie que nous devons y être spirituellement préparés. Que signifie une telle préparation ? Elle signifie l’affermissement des forces spirituelles de chacun, selon la mesure nécessaire pour développer la capacité de résister aux tentations de l’Antichrist.

Nombre de ces tentations, l’affaiblissement de la Foi, la divinisation de l’humanité, la trahison de la Foi de l’Église Vraie au profit d’une unité religieuse humaniste dans une pseudo église sont devant nous, préparant même ces chrétiens orthodoxes à suivre les voies de l’Antichrist.

Mais que pouvons-nous faire d’autre qu’observer les signes des temps ? Nous développer en nous-mêmes, dans nos troupeaux, dans toutes les familles orthodoxes, une foi ferme dans le fait que le Seigneur nous a donné l’immense grâce d’appartenir à l’Église Une et Vraie qui, comme au début de son existence, n’est pas définie par le rassemblement en elle de la majorité des croyants, mais qui, bien que constituée par une minorité, est construite seulement d’êtres qui sont fidèles et dévoués à cette Église Vraie. Ceci n’est pas une tâche facile et exige une foi ferme, de la force spirituelle et le dévouement à la Vérité au milieu d’un monde environnant étranger au Christ.

En face des tentations qui existent déjà et s’opposent à nous, nous devons diriger toutes nos forces mentales et spirituelles pour être prêts à subir toutes les épreuves. Nous sommes aidés, dans cette préparation, par l’attente de la célébration imminente (dans cinq ans) du millénaire du Baptême de la Russie. En renouvelant dans nos coeurs et nos esprits ces principes de piété que le Prince Saint Vladimir planta en Russie, nous essaierons de les restaurer dans nos vies quotidiennes, dans l’espoir que le Christ nous permettra de les ramener dans notre patrie afin que nous puissions être unis à nouveau avec la portion de la Sainte Russie qui, malgré les épreuves et les persécutions, a continué d’exister, quelle qu’en soit la petitesse.


Le Seigneur nous a donné de vivre jusqu’à présent dans la liberté, sans contrainte extérieure aucune, ni restriction s’exerçant sur nos vies spirituelles, sauf celles qui résultent de notre manque de foi et de notre paresse.

Nous devons nous relever spirituellement afin d’éviter d’être contaminés par le marais du péché et du vice qui nous entoure.

Dans un rapport très inspiré et ardent du Concile sur la nécessité d’une renaissance spirituelle, le Très Révérend Archevêque Vitaly écrit : « Notre troupeau tout entier communie déjà à la Grâce du Saint-Esprit à travers tous les Mystères ; nous devons seulement attiser ce feu afin qu’il devienne flamme, par tous les moyens disponibles au travail pastoral et faire tout notre possible afin d’être, selon les mots de l’Apôtre Paul, tout à tous, pour que quelques-uns puissent être sauvés. Comme mesure concrète, nous devons persuader les fidèles d’abandonner la vieille pratique de communier aux Saints Mystères une fois l’an, s’il y en a qui s’attachent encore à cette coutume peu louable. Nous devons convaincre tous nos pasteurs eux-mêmes de prier avant de célébrer le Mystère de la Sainte Confession, afin que le Seigneur leur donne le don d’amour, de sagesse, de compassion et de pitié. Nous devons montrer à notre troupeau aussi, la nécessité de prier avant d’aller à la confession, pour que le Seigneur leur donne le don du sentiment de contrition pour leurs péchés, le don des larmes qui lavent nos âmes dans les eaux d’un second baptême, qui est le sens même de la Confession et non pas simplement une énumération momentanée de nos péchés. »

Outre cela, nous demandons à tous nos enfants spirituels de se retenir d’être aisément attirés dans le péché de se juger les uns les autres, et particulièrement leurs pasteurs. Cette dernière action est souvent déclenchée par les nombreux ennemis de notre Église qui choisirent, il y a longtemps déjà, le centre de notre administration ecclésiastique, le Synode des Evêques choisi par le Concile des Evêques dans son unanimité, comme l’objet de leurs attaques particulièrement venimeuses. Pour ce faire, ils ne reculent devant aucun mensonge et calomnie, espérant ainsi miner l’autorité et l’importance de notre Centre qu’ils haïssent. Ne croyez pas les fausses rumeurs, vous rappelant qu’elles sont souvent propagées, parfois même sous l’apparence de défendre la Vérité, par les ennemis de l’Eglise Orthodoxe, derrière lesquels se tiennent des agents soviétiques et des adeptes cachés du patriarcat de Moscou.

Pour nous encourager et nous rappeler Son amour et Sa bienveillance pour nous, le Seigneur nous a envoyé récemment une manifestation miraculeuse : l’Icône de la Mère de Dieu des Ibères, de laquelle s’écoule l’huile parfumée de myrrhe. Nous avons prié devant Elle durant le Concile, observant la manifestation miraculeuse d’un flot abondant de myrrhe parfumée. Ainsi la Toute-Pure nous montre à nouveau Sa sollicitude pour nous, que nous n’avons cessé d’observer durant toutes ces années, dans notre merveilleuse « Hodighitria » son Icône miraculeuse de Kursk-Krennaya.

Reconnaissant que le monde se trouve devant un danger historique sans précédent d’épreuves et de malheurs incroyables, nous tirons force et encouragement de cette merveilleuse manifestation, et avec elle, nous nous préparons, par les travaux humbles de la piété, aux joies ou aux épreuves qu’il plaira à Dieu de nous envoyer.

Avant tout, veillons à ne pas nous laisser emporter par le mal qui grandit dans le monde autour de nous. La question maintenant ne cesse de se poser avec acuité : à qui veut-on appartenir, au Christ ou au Malin? Selon quels principes veut-on vivre : Chrétiens ou Anti-chrétiens ?

Nous vous demandons, à vous nos enfants spirituels, sans osciller ni craindre quoi que ce soit, de donner en vous-mêmes une réponse orthodoxe à ces questions et de choisir le chemin lumineux de la vie vertueuse ; et l’ayant choisi de le suivre courageusement, afin que nous puissions tous atteindre librement le Royaume de Dieu.

Puisse la Grâce de Dieu, les prières et les exemples des vaillants nouveaux martyrs russes nous venir en aide en tout ceci.

+ Métropolite PHILARETE
Président du Concile des Evêques

Membres du Concile :
SERAPHIM, Archevêque de Chicago-Détroit
ATHANASE, Archevêque de Buenos-Aires
VITALY, Archevêque de Montréal et Canada
ANTOINE, Archevêque de Los Angeles
ANTOINE, Archevêque de Genève
ANTOINE, Archevêque de San Francisco
SERAPHIM, Archevêque .de Caracas-Venezuela
PAUL, Archevêque de Sydney et Australie
LAURUS, Archevêque de Syracuse
CONSTANTIN, Evêque de Richmond-Angleterre
GREGOIRE, Evêque de Washington et Floride
MARC, Evêque de Berlin et d’Allemagne
ALIPY, Evêque de Cleveland.

La Lumière du Thabor n°2. Saint Père Justin Popovic : Entre deux philosophies.

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ENTRE DEUX PHILOSOPHIES

Attelé au joug du Temps et de l’Espace, l’homme tire l’univers. Où ? Vers quels rochers escarpés, vers quels sommets de glace, au-delà du Temps et de l’Espace le conduira-t-il ? Tous les hommes, toutes les races, tous les peuples, toutes les générations sont, à égalité, attelés à ce double joug. Nuit et jour, poussés par une force irrésistible, ils traînent le pesant univers.

Ils buttent, traînent encore pour butter à nouveau, puis ils tombent et disparaissent. Où ? Qui les attelle pour ne jamais les détacher ? Oh, le Temps ! Dites-moi le secret du Temps… Le Temps : fardeau amer. Et l’Espace ? Le malheureux frère jumeau du Temps.

Rien n’est plus tragique, rien n’est plus affligé que le genre humain; il ploie sous le poids accablant du Temps et de l’Espace. Il traîne le temps, sans en connaître la nature, le sens, le but. Il traîne aussi l’Espace, sans en connaître davantage la nature, le sens, le but. Le gratuit est captif de l’absurde ! Le Gratuit et l’Absurde luttent ensemble, et seul le Tragique l’emporte. Exister et vivre dans ce monde, n’est pour personne un privilège. N’est-ce pas vrai ? Mais au nom de quelle nécessité incompréhensible, dès son passage du non-être à l’être, l’homme se trouve-t-il attelé au joug amer du Temps et de l’Espace ? Etrange hospitalité !

Si encore on arrivait en ce monde avec des sens éveillés, on s’apercevrait, très vite, qu’une immense affliction étreint les êtres, qu’une maladie impitoyable interne dévore toutes les créatures. D’un seul coup, notre coeur deviendrait une source de larmes et on verrait alors, couler, des yeux de chaque créature, des larmes intarissables et d’une amère tristesse, larmes de toutes les créatures souffrantes, rassemblées dans le coeur de l’homme et inondant tout son être. Devant le misérable destin de ce monde, tâchez, si vous le pouvez, d’empê­cher votre coeur d’éclater en sanglots. Votre tentative se changera en un cri de détresse, votre volonté impuissante faillira, devant le spectacle de la tristesse du monde entier qui envahit votre être.

Ce monde… Qu’est-ce donc que ce monde avec tous ses tourments, ses peines, ses tragédies, ses souffrances ? Rien d’autre qu’un moribond sans espoir, qui râle dans une agonie sans fin et qui ne meurt jamais. Que nous reste-t-il ? Le grincement de dents et la révolte ? Mais contre qui ? Ah, la petite conscience humaine ne pourra jamais trouver le principal coupable. La conscience, semble-t-il, a été donnée aux hommes pour les tourmenter dans une certaine mesure en vain, en leur faisant sentir la tragique impasse des misérables conditions de leur existence. La conscience humaine, c’est une petite luciole au milieu de l’épaisse nuit; tout autour c’est l’obscurité dense et impénétrable. Poussée par je ne sais quelle inquiétude intérieure, la malheureuse luciole, va d’une obscurité à l’autre, d’une petite à une plus grande. Mais l’effroi atteint le sommet, quand la plus grande obscurité apparaît toute petite devant une autre plus grande encore. Et ainsi à l’infini.

Une conscience développée à l’excès… A quoi me sert-elle. Je désire ne plus rien désirer. Une sensibilité développée à l’excès… A quoi me sert-elle ? Je ne veux plus rien sentir.
Le tourment le plus insupportable, c’est de penser à l’absurdité de la pensée. La pensée c’est ce qu’il y a de plus absurde. Oh ! si l’homme avait inventé la pensée, il aurait facilement trouvé le Paradis. Comment ? En détruisant la pensée ! Mais la pensée est imposée à l’homme. C’est elle qui réfléchit, même quand l’homme ne le veut pas… Vous qui êtes les victimes de la pensée, sentez-vous cela ?

Vous connaissez, par la sensation, et c’est là, la connaissance la plus redoutable. Si vous découvrez la fin de la mort de la pensée, vous serez alors le plus grand bienfaiteur de l’humanité. Tant que la pensée et la sensation existeront en l’homme, il sera impossible à celui-ci de ne pas se lamenter sur le mystère redoutable de ce monde d’une lamentation sans fin, sans consolation, car l’homme est sans fin, sans limite dans la tristesse. Là est son immortalité, immortalité maudite et imposée. Puisse l’homme tourmenté et malheureux, trouver une mort où sombrerait avec lui sa pensée tout entière, pour toujours, et pour toute l’éternité.

*

Voilà ! l’homme, voilà le monde, quand je ne le perçois pas, quand je ne le considère pas en Christ. Mais avec Lui tout change. Et moi et le monde qui m’entoure. Dès qu’on le rencontre, un courant tout à fait nouveau, jamais senti jusqu’ici, je ne sais quoi d’invincible, d’inconnu, traverse l’homme. Dans mon amour pour Lui, la sensation que j’ai de moi et du monde, se transforme en un admirable message d’allégresse, qui n’a de fin ni dans le temps ni dans l’éternité. Dans tous les précipices du monde, dans tous les abîmes de l’homme, retentit la voix douce, délicate, captivante, qui fortifie tous ceux qui sont fatigués et relève tous ceux qui sont courbés; cette voix qui sauve les égarés et qui guérit toute blessure, qui console toute tristesse, qui allège tous les fardeaux et adoucit toute amertume, c’est la voix de l’unique Ami des hommes qui dit :

« Venez à Moi vous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de Moi que je suis humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau léger. » (Matthieu XI, 28-30).

Pourquoi la vie est-elle dure pour l’homme ? Parce que l’homme a inventé la mort et l’a établie sur lui et sur tous les êtres qui l’entourent. La mort est la source intarissable de tous les maux, de toutes les afflictions. Tous les nerfs de la mort, prennent leur départ dans l’homme ; l’homme est le principal ganglion de la mort. En vérité, la mort est la seule amertume de la vie, la seule amertume de l’existence. C’est d’elle que vient tout le tragique de la vie.

La vie terrestre de l’homme n’est qu’une lutte permanente contre la mort, contre tout ce qui la précède, contre tout ce qui la suit, contre toutes ses armées. Il n’y a jamais de trêve, encore moins de paix. Sans arrêt, la mort se dresse contre l’homme, de l’intérieur comme de l’extérieur. Comment ? De quelle manière ? – De l’extérieur, par les tentations ; de l’intérieur, par les maladies visibles et invisibles. Tentations, péchés, maladies, ne sont rien d’autre que les dents de la mort, qui sans relâche, dévorent l’homme, de l’extérieur comme de l’intérieur. Et ce qui est plus redoutable, c’est qu’elles ne dévorent pas seulement le corps mais aussi l’âme, l’esprit, la conscience.
A cela, il n’y a qu’une seule issue, une seule délivrance : la Résurrection du Christ, et par elle, la victoire sur la mort dans tous les mondes. Comme la mort est la source de toutes les amertumes, de l’amertume universelle, la Résurrection du Sauveur est la source de toute joie, de la joie universelle. Il suffit à l’homme d’ouvrir les yeux spirituels, pour voir et sentir que Seul le Ressuscité donne le sens et la voie véritables à la vie amère de l’homme sur la terre, Lui Seul et nul autre.

Qu’est-ce qui est essentiel, important dans la vie de l’homme ? – C’est, sans aucun doute, de donner un sens à sa vie, sens perdu ontologiquement et phénoménologiquement à cause de la mort, c’est à dire du péché. Car seuls, le péché et la mort, ôtent tout sens à la vie et à l’existence, ôtent toute raison d’être à l’homme et à la création. Ils privent la création de Dieu de la logosnost (1) originelle, que Dieu le Verbe a semée en elle quand Il l’a faite. En effet, le péché et la mort sont la seule absurdité qui soit en ce monde, quelque chose qui n’a pas de sens, qui est a-logique. Tant que le péché et la mort demeurent en l’homme, cette absurdité détruit la sensation, la conscience, la vie, la création. Ce n’est qu’en participant à la joie de la Résurrection du Christ, que l’homme retrouve son âme logique raisonnable, sa vraie raison d’être, qui le conduit à la merveilleuse immortalité, à l’immensité sans fin du Christ.

Sans le très-doux Seigneur Jésus, la vie, même longue sur cette terre, est redoutable et dépourvue de sens et plus encore, l’immortalité infinie et interminable. Là où règne la mort, il n’y a pas de vraie joie. En d’autres termes, là où le Christ n’est pas, il n’y a pas de joie réelle. Dans le délire du péché, dans l’ivresse des voluptés du péché, les hommes proclament la joie de la vie et une foule d’absurdités et de stupidités. En effet, tout ce qui éloigne l’homme du Christ, tout ce qui ne lui assure pas la sanctification et l’immortalité en Christ, est bêtise et stupidité.

Et encore ceci : là où est la mort, il n’y a pas de vérité, de justice, de vrai amour. Seul Celui qui devait vaincre la mort et délivrer le genre humain de la mort, possède le vrai Amour. Et qu’est-ce qu’un amour qui ne peut délivrer de la mort celui qu’il aime ? Voilà pourquoi le Seigneur Jésus est le Seul Ami de l’homme. Son Amour est total parce qu’il contient toute la Vérité, toute la Justice, tout ce qui est sublime, noble, immortel, béni, divin.

En vérité, l’infortuné genre humain n’a qu’un seul ami véritable : le Christ Sauveur qui l’a sauvé de son ennemi le plus irréductible : la mort. Par Sa glorieuse Résurrection, le Seigneur a plongé le genre humain, dans les eaux du fleuve de l’immortalité qui se jette dans la Vie Eternelle. Et c’est depuis que les pensées, les oeuvres des hommes du Christ, deviennent de petits ruisseaux d’immortalité qui coulent, murmurant leur joie, entre les rochers du Temps et de l’Espace, vers l’Océan sans rivages de la merveilleuse éternité et de la divino-humanité du Christ.

Quand le péché et la mort sont exclus du Temps, le Temps devient alors un admirable prélude à la divine Eternité, une introduction remarquable à la Divino-Humanité, selon la Parole de Vérité du Dieu-Homme éternel qui a dit : « Celui qui croit en Moi possède la Vie Eternelle ». (Jean VI, 47). L’amertume du Temps vient de la mort et du péché. Avec l’immortalité et l’absence du péché, le Temps devient doux. Sans le Christ seul Tout-Puissant, le Temps est un pesant fardeau.

Avec le Christ, il devient léger, de même que l’Espace, cet étrange frère jumeau du Temps, avec tout ce qu’il porte en lui, avec son poids qui contraint et écrase l’homme. Le fardeau que l’homme porte est redoutable et effrayant, le joug est pesant et plein d’épines. Seulement avec l’aide du Dieu-Homme Tout-Bon et Tout-Puissant ce joug devient « doux » et ce fardeau « léger », selon la vraie parole de la Vérité qui dit : « Mon joug est doux et mon fardeau léger. » (Matthieu XI, 30).

Le joug de la vie reste un tourment et le fardeau de l’existence un poids, tant que les chaînes du péché et de la mort les alourdissent. Quand, par la puissance du Seigneur Ressuscité, les liens du péché et de la mort sont détruits à la racine même de la vie et de l’existence, alors le joug de la vie devient doux et le fardeau léger. La vie se transforme en joie et l’existence en allégresse. Ici il s’agit de cette joie de la vie qui n’a de terme ni en ce monde ni dans l’autre. Quand le Dieu-Homme Eternel fortifie et rend l’homme vrai et éternel, alors le joug de la vie devient doux et le fardeau de l’existence léger. L’homme dans tout son être, se sent inondé par la Lumière Joyeuse et Divine qui jaillit des profondeurs et des sommets « transfigurés » du Temps et de l’Espace créés par Dieu.

Pour l’homme qui pense, le Temps et l’Espace sont des monstres, s’ils n’acquièrent pas une signification par l’Eternité, c’est-à-dire par la divino-humanité. Car nous ne connaissons l’Eternité que dans la catégorie, dans le fait, dans la réalité de la Divino-Humanité du Christ. L’Eternité tout entière unie au Temps, s’est présentée, pour la première fois, devant la conscience humaine, dans la Personne du Christ Dieu-Homme. Dieu est le propriétaire et le maître de l’Eternité; l’homme est le représentant du Temps et le Dieu-Homme est la synthèse la plus sublime, la plus complète, la plus parfaite de l’Eternité et du Temps. Le Temps n’acquiert sa signification véritable que dans son union avec l’Eternité, que dans la vie Divino-Humaine du Seigneur Jésus.

Éclairé par le Dieu-Homme, le Temps montre toutes ses propriétés « logiques », car lui aussi a été fait par le Logos, par le Verbe. (Jean I, 43). Etant, en son essence, « logique », le Temps, grâce à la Divino-Humanité, introduit dans l’Éternité du Verbe. Dieu le Verbe Incarné, a démontré avec évidence, que le Temps était une préparation à l’Eternité. Celui qui entre dans le Temps, entre du même coup, dans l’anti-chambre de l’Eternité. Telle est la loi de notre existence.

Se trouvant dans le Temps, l’homme est un être qui se prépare à l’Eternité. Si, sans Dieu le Verbe, la vie sur la terre et dans le Temps est redoutable, stupide et tourmentante, combien plus le sera-t-elle dans l’Eternité ? L’Eternité, sans Dieu le Verbe, c’est l’Enfer. Et la vie terrestre sans le Verbe, c’est le prélude et la préparation à l’Enfer. L’Enfer n’est pas autre chose qu’une vie sans le Verbe, sans signification Divine, sans logique Divine. Dans l’Enfer, il n’y a ni Verbe, ni Logique, ni Signification. Pour l’homme qui ne vit pas dans le Verbe, dans le Christ, l’Enfer commence dès ici-bas sur la terre. De même pour celui qui vit dans le Verbe Divin, dans le Christ Dieu-Homme, le Paradis commence dès ici-bas sur la terre. Pour tout être humain, la signification, la Logique, le Paradis, c’est Dieu le Verbe Incarné. Ce qui est anti-logique et a-logique, est du même coup, absurde et insensé, et cela crée en l’homme les dispositions sataniques qui font de la vie un enfer.


L’homme ? C’est un être destiné à l’éternité dans la Divino-Humanité. En Christ, l’homme est infini et immortel, « il est déjà passé de la mort à la vie » (Jean V. 24), la mort ne peut le briser, parce qu’il va du Temps à l’Eternité. Vivant par le Seigneur Ressuscité, il immortalise sa propre sensation, en sentant en Christ, et sa propre conscience par la conscience en Christ.

Les sens de l’homme ? Ce sont des sens élémentaires. Changés en éternels par la divino-humanité du Christ, ils cessent de tourmenter l’esprit humain. Si vous le voulez bien, vous pouvez le constater : les sens seront pour vous un grand tourment, une horreur, un enfer, jusqu’au moment où le merveilleux Seigneur Jésus les touchera. Dès qu’il les aura touchés, ils se changeront en joie, en allégresse, en paradis. Il n’y a pas de doute, la sensation n’est une bénédiction, que lorsqu’elle opère en Christ, sinon elle est une malédiction, une horreur. L’homme a été créé en forme de Dieu, en forme de Christ, en forme d’Esprit, pour que ses sens en leur substance éprouvent la nostalgie de Dieu, la nostalgie du Christ, la nostalgie de l’Esprit.

Les pensées de l’homme ? Elles sont appelées à devenir pensées éternelles et divino-humaines. La pensée est un pesant fardeau qui tourmente. Il devient léger et agréable, quand la pensée est christifiée et logifiée (2) et acquiert sa valeur éternelle, sa joie, sa signification ; sinon, toute pensée est un petit enfer, et toutes les pensées ensemble, un enfer éternel et sans fin.

Il n’est pas d’horreur plus grande qu’une éternité sans le Christ. J’aimerais mieux être dans un enfer avec le Christ (pardonnez mon paradoxe) que dans un paradis où Il ne serait pas. Car là où le Christ n’est pas, tout devient malédiction, amertume, horreur. Sur l’étincelle à demi-éteinte de la conscience humaine, s’étend l’obscurité sans fin, la noire ténèbre ; le corps devient un lourd fardeau et l’âme un joug maudit. Celui qui est tant soit peu tourmenté par le mystère de l’homme, doit sentir les paroles de l’Apôtre : « Dieu nous a bénis de toutes sortes de bénédictions en Christ » (Ephésiens I, 3). Sans le Christ Dieu-Homme et hors de Lui, l’homme est emporté par les courants ténébreux de la malédiction et du mal.

Par le seul et doux Seigneur Jésus, nous avons appris que ce monde était un prologue à l’autre, que le Temps était un prélude à l’Eternité, que les biens terrestres étaient les primeurs des biens éternels. « Serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton Maître. » (Matthieu XXV, 21). Mais nous ne devons jamais oublier ceci : ce n’est que dans la Lumière Divine du Dieu-Homme, que nous voyons et sentons tous les désastres du mal et du péché, et que nous comprenons que le mal terrestre prélude et prépare le mal éternel. Le péché terrestre, nous introduit et nous prépare au royaume éternel du péché et de l’enfer. Seuls les hommes habités par le Christ, connaissent le mystère du bien et du mal dans ses moindres détails, parce que leurs sens « sont exercés à discerner le bien du mal. » (Hébreux V, 14). Ils connaissent aussi, et parfaitement, la mentalité de Satan et la dialectique de la philosophie du mal, selon les paroles de l’Apôtre qui dit que « nous n’ignorons pas ses desseins ». (2 Cor. 2 ; 11).



Dans la profondeur « logifiée » de l’être humain déiforme, le Temps et l’Eternité se trouvent organiquement unis, ontologiquement liés l’un à l’autre, selon la mesure de l’être humain. En se fondant sur les éternités qui sont en lui, l’homme peut s’édifier en une merveilleuse existence ; la forme divine (théoeidès) qui est en lui, est une source intarissable de forces créatrices de nostalgie divine, grâce auxquelles il se transforme en un être éternel.

L’unité entre le Temps et l’Eternité, qui se trouvait à l’origine, dans l’être humain, a été troublée par le péché, le péché qui a creusé en l’homme un gouffre entre le temporel et l’éternel ; et dans ce gouffre viennent s’abîmer, sans cesse, la pensée et la sensation de l’homme. Le péché, en tant qu’anti-Dieu et anti-Verbe, dé-divinise et dé-logifie l’homme et lui ôte toute signification. En d’autres termes, le péché tue l’homme en l’éloignant de Dieu l’Unique Source de la Vie, de l’Immortalité, de l’Eternité.

En vivant dans le péché, l’homme s’isole, ne reconnaît plus que lui-même et s’érige en centre de l’univers. Plus il s’enfonce dans le péché, plus il agrandit, dans sa conscience et dans son coeur, le gouffre entre le Temps et l’Eternité. Tourné vers le monde extérieur, l’homme du péché, sent et voit un fossé redoutable entre lui et les autres hommes, entre lui et les autres créatures. Plongé dans son isolement égoïste, il perd graduellement, puis complètement, le sentiment de l’unité universelle du genre humain. Entre lui et la créature, le gouffre devient sans fond, sans fin, sans pont. Un tel homme ne voit plus que lui-même et personne d’autre, rien au-dessus et autour de lui. Il est tout pour lui-même. Misérable, il se fait dieu et s’assoit sur un trône de fumier ; d’où le grand nombre d’hommes aux pensées courtes, aux sentiments mesquins, incapables de sortir d’eux-mêmes et de penser à autrui, incapables d’atteindre ce qui est éternel et divino-humain. Les pensées, les sentiments égoïstes, infirmes, rétrécis par l’amour de soi, ne reconnaissent ni Dieu ni homme. Une brèche s’ouvre dans les pensées, les sens, la vie de l’homme, déchirant sa conscience, son coeur, son âme, déchirement qui a ruiné l’homme de Faust : « deux âmes habitent dans ma poitrine ». (3)

Le Dieu-Homme, qui ôte le péché, est Celui qui a comblé le fossé creusé par le péché, entre le Temps et l’Eternité, entre l’homme et Dieu, entre l’homme et les autres créatures. Il a ainsi rétabli, dans la conscience et la sensation de l’homme, l’unité entre ce dernier et Dieu, entre le Temps et l’Eternité, entre ce monde et l’autre. C’est pourquoi les hommes qui possèdent l’esprit et la foi du Christ, dans leur lutte contre le péché, luttent pour restaurer en eux, et dans sa totalité, l’image du monde et atteindre ainsi l’homme total.

Le péché a rompu en l’homme l’unité de la sensation en soi, de la conscience en soi, de la pensée, de la vie, de l’existence, de l’être. Il a aussi brisé l’unité de la sensation humaine du monde (cosmo-théorie). La lutte en Christ contre le péché, est une lutte contre la seule force qui brise et détruit en l’homme la sensation de son union avec Dieu, entre le Temps et l’Eternité, la sensation de l’unité universelle. Par sa vie divino-humaine, le Dieu-Homme a donné sa philosophie divino-humaine de l’Unité Universelle. Dans cette philosophie comme dans sa vie, il n’y a pas de place pour le péché, le mal, la mort.


L’homme a été créé par Dieu comme un être macrocosmique ; il est donc naturel et logique, que se trouvent en lui, une sensation et une conscience macrocosmiques du monde. L’homme que le péché n’a ni ébranlé ni brisé, sent l’unité organique de toutes les créatures. Il sent la joie et la tristesse de toutes les créatures, comme si elles étaient siennes, parce que, selon un mode mystérieux, il est porteur du sort de toutes les créatures. Adam est l’exemple parfait, en lui, a régné jusqu’à sa chute, la sensation de l’union universelle. En tombant, il a entraîné avec lui toute la création dans le péché et la mort. Les Apôtres, les Martyrs, les Saints et tous les vrais chrétiens, sont après Adam, avant sa chute, des exemples nouveaux, et l’Apôtre Paul est l’exemple des exemples. Nul autre que lui, n’a senti aussi profondément, aussi intensément, que « toute la création souffrait et gémissait » avec les hommes, qu’elle souffrait et gémissait à cause du péché, soumise à la mort par l’homme ami du péché.

La réintégration de la création, a été accomplie dans la personne du Christ le Dieu-Homme. De Lui et par Lui, elle a été donnée à tous les membres de Son Corps, à tous les hommes qui ont été entés sur Lui, comme les sarments à la vigne. (Jean XV.1) Partant de Lui, la sensation et la connaissance divino-humaine de l’unité universelle de la vie et de la création, pénètrent les hommes, se concentrent surtout dans les âmes des Saints christifiés et pleins de grâce. En eux, et par l’action du Dieu-Homme, ont été guéries et réintégrées, la sensation et la conscience d’eux-mêmes et du monde. Les Saints sont des âmes régénérées et parfaites ; elles guérissent du péché, la création qui les environne et la ramènent à l’unité originelle. Etant devenus « fils de Dieu par la grâce », ils sauvent de l’émiettement de la corruption et de la brisure de son unité, toute la création. (Romains VIII, 19).

La restauration théandrique de l’homme, crée vraiment en lui, la sensation et la conscience de l’unité totale du macrocosme. L’homme du Christ voit toute la création, les cieux et la terre, dans l’unité divino-humaine universelle ; il sent et il sait que tout a été créé par le Christ dans les cieux et sur la terre : tout a été crée par Lui et pour Lui. Il est avant toutes choses et toutes les choses subsistent en Lui. Il est la Tête du Corps de l’Église. (Col. 1, 16).

Par la pratique des vertus évangéliques, l’homme rétablit dans sa conscience, sa sensation et sa vie, l’unité universelle du macrocosme. Tout l’homme participe à la transformation et à la reconstruction de lui-même. De toute son âme, de tout son coeur, de tout son esprit, de toute sa force, tout entier, il croît « de la croissance que Dieu lui donne » à la « mesure de la stature du Christ, jusqu’à l’homme parfait » (Col. II, 19 - I, 29 ; Eph. IV, 13). L’homme perd la sensation évangélique de l’unité universelle du macrocosme, quand il se livre, en toute conscience, aux oeuvres impies, en lui-même et autour de lui. (Col. 1, 21).

La Philosophie Divino-Humaine, la Philosophie selon le Christ, c’est la Philosophie de l’homme renouvelé en Christ, sanctifié, déifié en Christ. Dans cette Philosophie domine la sensation divino-humaine et la connaissance de l’unité universelle, de la PAN-UNITE des êtres et de la création ; tout ce qui paralyse, meurtrit, anesthésie la sensation et la connaissance divino-humaines de l’unité universelle, appartient à la philosophie de l’homme tout court, de l’homme pécheur, de l’homme périssable.


Il n’y a, en réalité, que deux philosophies : la divino-humaine et l’humaine. L’une est la philosophie du monisme divino-humain et l’autre, la philosophie du pluralisme humain. Toute la philosophie humaine se meut dans le cercle vicieux de la mort et de la mortalité, où la sensation et la connaissance de l’homme ont été brisées par le péché. Cette philosophie a introduit dans l’homme et dans le monde, toute une « LEGION » (de démons), les hommes ont été « légionnifiés ». Le nom de l’homme et du monde est vraiment LEGION. (Luc VIII, 30) Tout y respire la mortalité, tout y est « humain, très humain ». Menschliches, Allzumenschliches.

Et ce n’est pas pour rien que l’Apôtre porteur du Christ, conseille avec sagesse : « frères, prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde et non sur le Christ. » (Col. II, 8).

La Philosophie divino-humaine est une philosophie de l’expérience divino-humaine. En elle, tout se fonde sur l’expérience, sur la vie dans la Grâce et sur l’action de celle-ci. Là, il n’y a rien d’abstrait, rien d’irréel. Tout est réalité divino-humaine, car dans le Christ Dieu-Homme, « habite corporellement toute la plénitude de la divinité », c’est pourquoi il dit à tous : « Vous avez tout, pleinement en Lui » (Col. 2, 9-10).

Quand l’homme de tout son être s’incorpore au Christ, qu’il se remplit tout entier de Lui, il acquiert la sensation et la conscience divino-humaine de la PAN-UNITE du macrocosme. Il est envahi par le sentiment que tous sont responsables de tout : les souffrances de tous les êtres sont mes souffrances. Tous en Christ, forment un Corps Divino-Humain : l’Église et le Christ qui est la Tête du Corps de l’Église. (Col. 1,18). C’est Lui qui donne à la pensée de tout chrétien de penser, et à sa sensation de sentir. Il universalise la sensation et la conscience de chaque membre de l’Église pour qu’il vive « avec tous les Saints », de la vie du Christ Dieu-Homme. C’est pour cela que la philosophie divino-humaine de l’unité universelle et de la sensation divino-humaine existe dans l’Église.

L’homme n’est sauvé de la brisure et du morcellement de la sensation et de la conscience, que par la vie divino-humaine seulement. Il est sauvé de l’isolement égocentrique qui est une forme particulière de satanisme. Satan est l’être le plus isolé de tous les mondes. Il a totalement perdu le sentiment de la PAN-UNITE du macrocosme. Satan est seul, absolument seul. C’est pourquoi l’égoïsme des hommes, leur isolement égoïste, leur séparation d’avec la PAN-UNITE du macrocosme, ne sont rien d’autre, qu’un élan vers le Satanisme. Satan est Satan, parce que son auto-conscience et son auto-sensation, ont été complètement coupées de Dieu, de toutes les autres créatures, de tous les autres êtres.

Seule la divino-humanisation de l’homme dans le Christ, le délivre du satanisme, de l’isolement et de l’égoïsme. Par la divino-humanisation de l’homme, sont rétablies l’auto-sensation et l’auto-conscience de l’homme et sa sensation du monde. L’homme sent et reconnaît que son être est tissé avec tous les êtres, toutes les créatures. L’unité universelle est la plus réelle et la réalité la plus proche pour sa conscience et pour sa sensation. Un tel être rassemble, sans relâche, son être en Dieu par la prière, la foi, l’amour, la justice, la miséricorde, la vérité et par toutes les autres ascèses et vertus évangéliques.
Cette concentra­tion de l’homme en Dieu, son auto-concentration dans le Dieu-Homme, fortifie en lui, à un degré inimaginable, la sensation et la conscience ce la PAN-UNITE du macrocosme. L’homme en Christ, inonde toute la création et tous les êtres de son amour infini et de sa miséricorde. Il prie avec larmes pour tous et pour tout, et sent et sait, comme nul autre, que l’amour et la bonté du Christ, sont le seul salut des pécheurs et la gloire immortelle des justes. Dans l’amour pour le Christ, réside toute la Philosophie de l’optimisme éternel, et dans la haine satanique se trouve la philosophie du pessimisme meurtrier de l’homme.

Ces deux Philosophies se dressent devant l’homme.

1. Logosnost est un terme du père Justin, qui exprime l’action de l’énergie de la Lumière Divine du Verbe, qui substantifie, déifie et éclaire tout homme qui vient en ce monde.

2. Christification, Logification et, comme on le verra plus loin, divino-humanisation, triadification, expressions utilisées par le père Justin, qui sont l’équivalent des expressions patristiques de « déification » et « divinisation ». Par elles, le père Justin souligne les nuances christologiques et triadologiques du Mystère de la Déification de l’homme.

3. Saint Macaire d’Egypte, dit que le péché est pour l’homme « une autre âme avec son âme ». Homélie XI, 15. PG., 344. c.556.