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mardi 3 mars 2020
"Tout est accompli", Homélie du Métropolite Philarète de Moscou, Thabor n°1.
« TOUT EST ACCOMPLI »
Homélie du Métropolite Philarète de New-York Prononcée le Grand Vendredi de l’Année 1973
« Hier, dans la lecture du IXème Évangile sur la souffrance du Sauveur, et ce matin lorsque, durant la IXème heure, l’Évangile de saint Jean a été lu, nous avons entendu l’exclamation faite sur la Croix, l’exclamation du Vainqueur de l’Adès, de la Mort et du Diable : « TOUT EST ACCOMPLI » (Jean 19, 30). Qu’est-ce qui est accompli ?
« Était accompli ce qui était connu du Seigneur Tout-Puissant au moment de la Création du Monde.
« Était accompli ce que le Monde entier attendait.
« Était accompli ce qui avait été prophétisé dès le Paradis à nos ancêtres qui avaient péché.
« Était accompli ce qui avait été prédit aux prophètes, et que les préfigurations de l’Ancien Testament désignaient.
« Était accomplie la Rédemption de la race humaine, sa délivrance du péché, de la mort et de la condamnation.
« Christ le Sauveur poussa cette exclamation, je le répète, déjà comme un Vainqueur qui avait rempli la mission pour laquelle il avait été envoyé. Avant cela, fut entendue de la Croix, une exclamation d’une nature entièrement différente : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ? » (Mattieu 27, 46). Cette exclamation était encore celle d’un homme souffrant, non d’un Vainqueur. Cette exclamation nous dit la torture et la souffrance sans limites, et nous indique au prix de quelles souffrances terribles l’acte de notre Rédemption fut accompli. Mais comme les saints Pères théophores de l’Église nous le disent, et comme notre grand docteur et théologien de grande renommée, Sa Béatitude le Métropolite Antoine l’exprime avec une précision particulière, notre Rédemption consista en deux parties, si l’on peut dire : d’abord, le Seigneur Sauveur prît sur Lui tout le poids de nos péchés, puis Il les cloua sur le bois de la Croix au Golgotha. « Lorsqu’il marcha avec les Apôtres, dans le Jardin de Gethsémani --eux qui étaient habitués à Le voir imperturbablement calme, le Maître de la Création, le Roi et le Dominateur des éléments, et le Maître de la vie et de la mort--, ils entendirent avec effroi des paroles jamais entendues de Lui auparavant : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». Puis le Sauveur demande à Ses disciples, Ses enfants spirituels bien-aimés, pendant ces moments décisifs et insupportablement difficiles de la Passion : « Restez ici et veillez avec Moi » (Mattieu26, 38). Ici commence la prière de Gethsémani. Dans cette prière, nous voyons que l’Agneau qui fut consacré au moment de la Création du monde pour le Salut de l’humanité, recule, comme terrifié par ce qui s’approche de Lui et ce qu’Il a à accepter et à souffrir. Est-il effrayé de la souffrance physique ? Est-ce cela qui le fait reculer ? « Non ! Par le récit de ses souffrances, nous voyons avec quel calme, quelle majesté, et avec quelle merveilleuse, ou pour mieux dire, quelle divine patience, Il endura les terribles supplices physiques. On doit garder à l’esprit qu’Il était pur et sans péché. La souffrance est caractéristique de la nature pécheresse. Aussi, la souffrance ne lui était pas naturelle, et, par conséquent, incomparablement plus perçante et pénible que pour nous. Et cependant, comment a-t-il enduré les supplices physiques ? Considérons un instant ces supplices : Il est couché sur la Croix, Ses pieds et Ses mains toutes pures sont percés par de terribles clous. Quel moment effrayant ! Mais Il ne pense pas à Lui-même, le Sauveur des pécheurs, qui est venu dans le Monde pour sauver les pécheurs, Il pense à eux, même ici, et prie son Père pour ses bourreaux : … …« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc. 23, 34). À ce moment, Il ne pense pas à Lui-même, Il oublie ses propres souffrances. Il prie seulement [pour] que le Père soit miséricordieux, [pour] qu’Il pardonne le péché de Ses propres crucificateurs. C’est la manière par laquelle il sut accomplir Son action de servir et de sauver les pécheurs. Plus tard, quelques heures passeront et Il conduira encore une autre âme au Salut : l’âme du bon larron. « Mais ici, nous voyons qu’il est à ce point frappé de crainte, qu’Il prie son Père : « Père, si Tu le veux, éloigne cette coupe de moi » (Luc 22, 42), et même d’une manière plus pénétrante selon Marc : « Abba, Père, toutes choses Te sont possibles » (Marc 14, 36). Toutes choses Te sont possibles ; Tu pourrais encore trouver un autre moyen. Laisse cette coupe s’éloigner de Moi. Elle était à ce point terrible qu’Il prie qu’elle s’éloigne de Lui. « L’Église nous dit que le Christ, le Sauveur est l’Agneau de Dieu qui prend sur Lui les péchés du Monde entier. Oui, Il prît sur Lui-même, Il prît comme Siens, tous nos péchés. Et, je vous en prie, souvenez-vous que cela n’est pas une phrase écrite sur du papier, cela n’est pas cette vibration de l’air que nous appelons ‘’son’’ ; c’est la vérité. « Dans le Jardin de Gethsémani, durant cette lutte redoutable, Il reçut dans son âme, l’humanité tout entière. Comme Dieu Omniscient, pour qui il n’y a ni futur ni passé, mais seulement un acte de l’Omniscience et de l’Intelligence divines, Il connût chacun de nous, Il vît chacun de nous, Il le reçût dans Son âme, avec tous nos péchés, notre froide répugnance à nous repentir, avec toutes nos faiblesses et nos souillures morales. Et que voit-Il ? Afin de nous sauver, nous qu’Il aimât tant et qu’Il reçût dans Son âme, Il doit se charger de tous nos péchés, comme s’Il les avait commis Lui-même. Et, dans son âme sainte, sans péché et pure, chaque péché brûle plus que le feu. C’est nous qui sommes devenus à ce point habitués au péché, que nous péchons sans hésitation. Comme le prophète dit : « L’homme boit l’iniquité comme l’eau » (Job. 15, 16) et ne compte pas ses péchés. Mais dans Son âme sainte, chaque péché brûle avec le feu insupportable d’Adès, et, à ce moment, Il prend sur Lui les péchés de la race humaine tout entière. « Quel supplice ! Quel supplice marqué au fer rouge c’était pour Son âme toute sainte ! Mais d’un autre côté, Il voit que s’Il ne l’accomplit pas, s’Il ne prend pas sur Lui-même le poids des péchés humains, alors l’humanité périra pour les siècles, pour toujours, pour l’éternité sans fin. Ici, Sa nature humaine, frappée d’horreur recule devant cet insondable abîme de souffrances, mais Son amour infini, Son amour sans limites, Son amour d’une compassion inexprimable ne consent pas à ce que l’humanité périsse ; en Lui a lieu une lutte terrible. « Finalement, épuisé par ce combat, Il va vers ceux desquels Il attendait de la compassion et auxquels Il demanda de rester, et de veiller avec Lui, mais au lieu de commisération, Il les trouve endormis. Il s’adressa à eux – selon un des Évangélistes, Il s’adressa à Simon [Pierre] directement – vous dormez, vous qui, il n’y a pas longtemps, juriez que vous Me suivriez n’importe où, même à la mort ; vous dormez, vous n’avez même pas pu veiller avec Moi une heure ? « Veillez et priez » leur dit-Il « car l’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Marc 14, 38). « Il s’écarte d’eux, et à nouveau commence Sa prière solitaire. Et, à la fin, Son amour sans limites l’emporte et Il prend sur Lui les péchés de toute l’humanité. « Mais nous voyons combien cette lutte lui coûtât. Le Père céleste envoya un ange des Cieux pour Le soutenir, car Sa force humaine avait atteint Ses limites, et nous voyons qu’Il est exténué et couvert par une affreuse sueur sanglante qui, comme l’établit la médecine, arrive à la suite de luttes spirituelles intérieures qui ébranlent l’être tout entier. Saint Dimitri de Rostov, méditant sur les souffrances du Sauveur, dit : « Seigneur Sauveur, pourquoi es-tu tout en sang ?... … Il n’y a pas encore l’affreux Golgotha, ni couronnes d’épines, ni flagellations, pas de Croix, rien de tout cela encore, et cependant Tu es tout taché de sang. Qui osa te blesser ? » Et le saint évêque répond lui-même à sa question : « L’amour T’a blessé ». « L’amour L’amena au supplice et à la souffrance ; de cette lutte, Il est couvert de sang, mais sort Vainqueur. Et dans son action héroïque, salvatrice, Il prit sur Lui-même nos péchés et les porta sur la Croix au Golgotha, tombant sous son poids. Et là, commença cette autre partie centrale de notre Rédemption : ayant pris tous nos péchés sur Lui-même à Gethsémani, Il les souffrit dans les terribles supplices de la Croix. Le saint Évangile lève un coin du voile couvrant Sa souffrance sur la Croix, par l’exclamation dont nous avons d’abord parlé : ‘’Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-Tu abandonné ? ‘’ (Mattieu 27, 46). Car ceci était sa principale terreur. C’est pourquoi probablement Il recula, terrifié, au Jardin de Gethsémani, réalisant ce qui l’attendait : Il savait que le Père l’abandonnerait, tout couvert des taches des péchés humains. Par cette exclamation sortie de Ses lèvres, l’abîme de cette souffrance impossible à mesurer, nous est partiellement révélé. Si nous étions capables de regarder dans cet abîme, personne ne demeurerait en vie, parce que, à cause de cette souffrance surhumaine, non mesurable, notre âme fondrait, périrait. « Mais voilà ! À la fin, par Sa souffrance, Il accomplit toute la mission pour laquelle Il était venu. Comme Nouvel Adam, Il devient le Père de l’humanité nouvelle, renouvelée, remplie par l’Esprit, et comme Vainqueur Il s’écrie : « TOUT EST ACCOMPLI ». La souffrance est finie pour Lui maintenant et Il rend son esprit à son Père Céleste. « Pendant la souffrance sur la Croix, Il L’invoqua comme le dernier des pécheurs, immergé dans ses péchés, disant : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Et maintenant, Il appelle à nouveau Son Père : « Père, Je remets Mon esprit entre Tes mains » (Luc 23, 46). « Comme le dit un de nos grands prédicateurs : ‘’ La souffrance est finie, que les blessures soient guéries, que le sang cesse de couler ; approchez maintenant, toi Joseph d’Arimathée, et toi pieuse Madeleine, venez au Crucifié afin de lui rendre les derniers honneurs ‘’. « Souvenons-nous bien, Frères bien-aimés, des sujets que j’ai effleurés dans mon homélie. Béni est l’homme qui sait lire l’Évangile, comprend et médite sur ce qu’il nous enseigne. « Et maintenant, pendant que nous adorons le Sauveur dans Sa tombe, souvenez-vous que le Seigneur souffrît pour nos péchés, que toutes ces blessures furent infligées par nous, et embrassant avec respect les blessures du Crucifié dans la repentance et la gratitude, prions-Le qu’Il nous enseigne par Sa grâce à Lui, à être fidèles dans tous les chemins de notre vie. Amen !
Homélie du Métropolite Philarète de New-York Prononcée le Grand Vendredi de l’Année 1973
« Hier, dans la lecture du IXème Évangile sur la souffrance du Sauveur, et ce matin lorsque, durant la IXème heure, l’Évangile de saint Jean a été lu, nous avons entendu l’exclamation faite sur la Croix, l’exclamation du Vainqueur de l’Adès, de la Mort et du Diable : « TOUT EST ACCOMPLI » (Jean 19, 30). Qu’est-ce qui est accompli ?
« Était accompli ce qui était connu du Seigneur Tout-Puissant au moment de la Création du Monde.
« Était accompli ce que le Monde entier attendait.
« Était accompli ce qui avait été prophétisé dès le Paradis à nos ancêtres qui avaient péché.
« Était accompli ce qui avait été prédit aux prophètes, et que les préfigurations de l’Ancien Testament désignaient.
« Était accomplie la Rédemption de la race humaine, sa délivrance du péché, de la mort et de la condamnation.
« Christ le Sauveur poussa cette exclamation, je le répète, déjà comme un Vainqueur qui avait rempli la mission pour laquelle il avait été envoyé. Avant cela, fut entendue de la Croix, une exclamation d’une nature entièrement différente : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ? » (Mattieu 27, 46). Cette exclamation était encore celle d’un homme souffrant, non d’un Vainqueur. Cette exclamation nous dit la torture et la souffrance sans limites, et nous indique au prix de quelles souffrances terribles l’acte de notre Rédemption fut accompli. Mais comme les saints Pères théophores de l’Église nous le disent, et comme notre grand docteur et théologien de grande renommée, Sa Béatitude le Métropolite Antoine l’exprime avec une précision particulière, notre Rédemption consista en deux parties, si l’on peut dire : d’abord, le Seigneur Sauveur prît sur Lui tout le poids de nos péchés, puis Il les cloua sur le bois de la Croix au Golgotha. « Lorsqu’il marcha avec les Apôtres, dans le Jardin de Gethsémani --eux qui étaient habitués à Le voir imperturbablement calme, le Maître de la Création, le Roi et le Dominateur des éléments, et le Maître de la vie et de la mort--, ils entendirent avec effroi des paroles jamais entendues de Lui auparavant : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». Puis le Sauveur demande à Ses disciples, Ses enfants spirituels bien-aimés, pendant ces moments décisifs et insupportablement difficiles de la Passion : « Restez ici et veillez avec Moi » (Mattieu26, 38). Ici commence la prière de Gethsémani. Dans cette prière, nous voyons que l’Agneau qui fut consacré au moment de la Création du monde pour le Salut de l’humanité, recule, comme terrifié par ce qui s’approche de Lui et ce qu’Il a à accepter et à souffrir. Est-il effrayé de la souffrance physique ? Est-ce cela qui le fait reculer ? « Non ! Par le récit de ses souffrances, nous voyons avec quel calme, quelle majesté, et avec quelle merveilleuse, ou pour mieux dire, quelle divine patience, Il endura les terribles supplices physiques. On doit garder à l’esprit qu’Il était pur et sans péché. La souffrance est caractéristique de la nature pécheresse. Aussi, la souffrance ne lui était pas naturelle, et, par conséquent, incomparablement plus perçante et pénible que pour nous. Et cependant, comment a-t-il enduré les supplices physiques ? Considérons un instant ces supplices : Il est couché sur la Croix, Ses pieds et Ses mains toutes pures sont percés par de terribles clous. Quel moment effrayant ! Mais Il ne pense pas à Lui-même, le Sauveur des pécheurs, qui est venu dans le Monde pour sauver les pécheurs, Il pense à eux, même ici, et prie son Père pour ses bourreaux : … …« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc. 23, 34). À ce moment, Il ne pense pas à Lui-même, Il oublie ses propres souffrances. Il prie seulement [pour] que le Père soit miséricordieux, [pour] qu’Il pardonne le péché de Ses propres crucificateurs. C’est la manière par laquelle il sut accomplir Son action de servir et de sauver les pécheurs. Plus tard, quelques heures passeront et Il conduira encore une autre âme au Salut : l’âme du bon larron. « Mais ici, nous voyons qu’il est à ce point frappé de crainte, qu’Il prie son Père : « Père, si Tu le veux, éloigne cette coupe de moi » (Luc 22, 42), et même d’une manière plus pénétrante selon Marc : « Abba, Père, toutes choses Te sont possibles » (Marc 14, 36). Toutes choses Te sont possibles ; Tu pourrais encore trouver un autre moyen. Laisse cette coupe s’éloigner de Moi. Elle était à ce point terrible qu’Il prie qu’elle s’éloigne de Lui. « L’Église nous dit que le Christ, le Sauveur est l’Agneau de Dieu qui prend sur Lui les péchés du Monde entier. Oui, Il prît sur Lui-même, Il prît comme Siens, tous nos péchés. Et, je vous en prie, souvenez-vous que cela n’est pas une phrase écrite sur du papier, cela n’est pas cette vibration de l’air que nous appelons ‘’son’’ ; c’est la vérité. « Dans le Jardin de Gethsémani, durant cette lutte redoutable, Il reçut dans son âme, l’humanité tout entière. Comme Dieu Omniscient, pour qui il n’y a ni futur ni passé, mais seulement un acte de l’Omniscience et de l’Intelligence divines, Il connût chacun de nous, Il vît chacun de nous, Il le reçût dans Son âme, avec tous nos péchés, notre froide répugnance à nous repentir, avec toutes nos faiblesses et nos souillures morales. Et que voit-Il ? Afin de nous sauver, nous qu’Il aimât tant et qu’Il reçût dans Son âme, Il doit se charger de tous nos péchés, comme s’Il les avait commis Lui-même. Et, dans son âme sainte, sans péché et pure, chaque péché brûle plus que le feu. C’est nous qui sommes devenus à ce point habitués au péché, que nous péchons sans hésitation. Comme le prophète dit : « L’homme boit l’iniquité comme l’eau » (Job. 15, 16) et ne compte pas ses péchés. Mais dans Son âme sainte, chaque péché brûle avec le feu insupportable d’Adès, et, à ce moment, Il prend sur Lui les péchés de la race humaine tout entière. « Quel supplice ! Quel supplice marqué au fer rouge c’était pour Son âme toute sainte ! Mais d’un autre côté, Il voit que s’Il ne l’accomplit pas, s’Il ne prend pas sur Lui-même le poids des péchés humains, alors l’humanité périra pour les siècles, pour toujours, pour l’éternité sans fin. Ici, Sa nature humaine, frappée d’horreur recule devant cet insondable abîme de souffrances, mais Son amour infini, Son amour sans limites, Son amour d’une compassion inexprimable ne consent pas à ce que l’humanité périsse ; en Lui a lieu une lutte terrible. « Finalement, épuisé par ce combat, Il va vers ceux desquels Il attendait de la compassion et auxquels Il demanda de rester, et de veiller avec Lui, mais au lieu de commisération, Il les trouve endormis. Il s’adressa à eux – selon un des Évangélistes, Il s’adressa à Simon [Pierre] directement – vous dormez, vous qui, il n’y a pas longtemps, juriez que vous Me suivriez n’importe où, même à la mort ; vous dormez, vous n’avez même pas pu veiller avec Moi une heure ? « Veillez et priez » leur dit-Il « car l’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Marc 14, 38). « Il s’écarte d’eux, et à nouveau commence Sa prière solitaire. Et, à la fin, Son amour sans limites l’emporte et Il prend sur Lui les péchés de toute l’humanité. « Mais nous voyons combien cette lutte lui coûtât. Le Père céleste envoya un ange des Cieux pour Le soutenir, car Sa force humaine avait atteint Ses limites, et nous voyons qu’Il est exténué et couvert par une affreuse sueur sanglante qui, comme l’établit la médecine, arrive à la suite de luttes spirituelles intérieures qui ébranlent l’être tout entier. Saint Dimitri de Rostov, méditant sur les souffrances du Sauveur, dit : « Seigneur Sauveur, pourquoi es-tu tout en sang ?... … Il n’y a pas encore l’affreux Golgotha, ni couronnes d’épines, ni flagellations, pas de Croix, rien de tout cela encore, et cependant Tu es tout taché de sang. Qui osa te blesser ? » Et le saint évêque répond lui-même à sa question : « L’amour T’a blessé ». « L’amour L’amena au supplice et à la souffrance ; de cette lutte, Il est couvert de sang, mais sort Vainqueur. Et dans son action héroïque, salvatrice, Il prit sur Lui-même nos péchés et les porta sur la Croix au Golgotha, tombant sous son poids. Et là, commença cette autre partie centrale de notre Rédemption : ayant pris tous nos péchés sur Lui-même à Gethsémani, Il les souffrit dans les terribles supplices de la Croix. Le saint Évangile lève un coin du voile couvrant Sa souffrance sur la Croix, par l’exclamation dont nous avons d’abord parlé : ‘’Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-Tu abandonné ? ‘’ (Mattieu 27, 46). Car ceci était sa principale terreur. C’est pourquoi probablement Il recula, terrifié, au Jardin de Gethsémani, réalisant ce qui l’attendait : Il savait que le Père l’abandonnerait, tout couvert des taches des péchés humains. Par cette exclamation sortie de Ses lèvres, l’abîme de cette souffrance impossible à mesurer, nous est partiellement révélé. Si nous étions capables de regarder dans cet abîme, personne ne demeurerait en vie, parce que, à cause de cette souffrance surhumaine, non mesurable, notre âme fondrait, périrait. « Mais voilà ! À la fin, par Sa souffrance, Il accomplit toute la mission pour laquelle Il était venu. Comme Nouvel Adam, Il devient le Père de l’humanité nouvelle, renouvelée, remplie par l’Esprit, et comme Vainqueur Il s’écrie : « TOUT EST ACCOMPLI ». La souffrance est finie pour Lui maintenant et Il rend son esprit à son Père Céleste. « Pendant la souffrance sur la Croix, Il L’invoqua comme le dernier des pécheurs, immergé dans ses péchés, disant : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Et maintenant, Il appelle à nouveau Son Père : « Père, Je remets Mon esprit entre Tes mains » (Luc 23, 46). « Comme le dit un de nos grands prédicateurs : ‘’ La souffrance est finie, que les blessures soient guéries, que le sang cesse de couler ; approchez maintenant, toi Joseph d’Arimathée, et toi pieuse Madeleine, venez au Crucifié afin de lui rendre les derniers honneurs ‘’. « Souvenons-nous bien, Frères bien-aimés, des sujets que j’ai effleurés dans mon homélie. Béni est l’homme qui sait lire l’Évangile, comprend et médite sur ce qu’il nous enseigne. « Et maintenant, pendant que nous adorons le Sauveur dans Sa tombe, souvenez-vous que le Seigneur souffrît pour nos péchés, que toutes ces blessures furent infligées par nous, et embrassant avec respect les blessures du Crucifié dans la repentance et la gratitude, prions-Le qu’Il nous enseigne par Sa grâce à Lui, à être fidèles dans tous les chemins de notre vie. Amen !
mercredi 29 janvier 2020
Editorial, La Lumière du Thabor n°1, 1984.
ÉDITORIAL
La Lumière du Thabor
Prêtres ou laïcs, professeurs ou étudiants, la plupart membres de la Fraternité Orthodoxe Saint Grégoire Palamas, nous avons décidé de fonder cette revue : LA LUMIÉRE DU THABOR, pour faire connaître, en langue française, d’une façon précise et authentique, la Théologie transmise par les Prophètes, les Apôtres, les Pères, les Conciles Œcuméniques, qui est le bien commun de tout chrétien confessant d’une façon orthodoxe le CREDO, et que malheureusement, les louvoiements et les contingences du "Dialogue Œcuménique" mutilent ou limitent, selon les exigences du jour. Pour cela, l’œuvre de saint Grégoire Palamas, confirmée par les Conciles de 1341, 1347 et 1351 à Sainte Sophie de Constantinople, s’imposait comme la plus parfaite expression de la Théologie des Pères. Aussi, les Pères qui ont tout disposé avec sagesse pour notre édification et notre instruction en Christ, ont-ils recommandé de célébrer le Premier Dimanche du Grand Carême, --une semaine après le Dimanche de l’Orthodoxie--, la mémoire du saint archevêque de Thessalonique, « Luminaire de l’Orthodoxie, Maître et Appui de l’Église, Beauté monastique, Invincible athlète de la Théologie, Héraut de la Grâce ». Récapitulation de l’œuvre des Pères, l’œuvre de saint Grégoire, le nouveau docteur, dépasse en effet, les limitations imposées par les circonstances ambiguës de l’œcuménisme, autant que la Lumière de la Gloire Incréée jaillie sur le Mont Thabor transcende la grâce créée et artificielle de la scolastique augustinienne et thomiste, fondée sur l’application des catégories platoniciennes et aristotéliciennes à la Sainte Trinité. Or, toute limitation de la Théologie est une limitation de l’Église, une négation de la divino-humanité de l’Église qui, seule, nous assure en Christ, le Salut et la victoire sur la mort. On ne s’étonnera donc aucunement, de voir que ceux qui nient que l’Église Orthodoxe soit l’Une, Sainte, Catholique et Apostolique, aient tout fait, pour limiter la Théologie au laboratoire des historiens, des érudits, des éditions critiques, des notes et des sous-notes, où l’on voit l’humanité pécheresse se faire juge des Prophètes et des Saints de Dieu. La première limitation que nous rejetons, est celle des hétérodoxes [ceux qui ne possèdent pas la foi dans sa justesse et sa vérité] qui affirment que le temps des Pères de l’Église s’achève avec saint Maxime le Confesseur, et que la source patristique se tarit, pour faire place, selon Hans Urs von Balthasar [théologien papiste] par exemple, à la « décadence et à la stérilité de la scolastique byzantine ». Cet arrêt brutal de la transmission de la Foi par les Pères, serait justifié, selon eux, par un progrès méthodologique lié à la nécessité « d’explorer l’essence de Dieu » au moyen des concepts de la philosophie. Le projet reste « enfantin » avec Alcuin [début du IXème siècle] qui écrit ses livres sur la Trinité, pour montrer l’utilité d’Aristote et de la catégorie de la relation, pour comprendre les processions divines ; il devient « adolescent » avec Anselme [de Canterbury, début du XIIème siècle] qui applique à la Rédemption, la logique implacable de l’honneur offensé et un Dieu en colère ; il atteint l’âge mûr voire avancé, avec Thomas d’Aquin [au XIIIème siècle] qui veut penser toute la théologie à partir de la philosophie, achevant un étrange et plutôt progrès « descendant », puisque les conciles orthodoxes de Sainte Sophie, cités plus haut, ont clairement anathématisé les thèses principales du thomisme [de Thomas d’Aquin] et de l’augustinisme [d’Augustin d’Hippone]. En réalité, cette thèse de l’évolution du dogme et de la méthode théologique n’a été inventée que pour masquer cette réalité historique indiscutable :… … tous les Pères de l’Église après saint Maxime le Confesseur, ont explicitement condamné la doctrine hérétique et rationaliste du Filioque : saint Jean Damascène, saint Photius, saint Syméon le Théologien, saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, saint Maxime le Grec, et cette liste n’est pas exhaustive. Or, avec la diffusion des textes, facilitée ou canalisée par l’œcuménisme, il est de plus en plus difficile de faire croire que l’inspiration de ces Pères n’est ni scripturaire, ni patristique, ni conciliaire. La question préalable à tout « dialogue » devrait être celle-ci : ou bien vous maintenez que ces Pères, et en particulier saint Grégoire Palamas, ne sont pas les héritiers fidèles des Pères de l’Église, et alors, montrez-nous, sans être ridicules, que les carolingiens et les scolastiques qui revendiquent l’apport étranger de la philosophie à la Révélation le sont davantage ; ou bien limitons le dialogue œcuménique à une seule question : acceptez-vous la Foi de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, la Foi Orthodoxe, la Foi transmise, telle qu’elle est exposée par saint Grégoire Palamas et confirmée par les trois conciles de Constantinople de 1341, 1347, 1351 ? La seconde limitation que nous rejetons est celle qui consisterait à réduire l’œuvre des Pères déifiés à l’expression nationale et culturelle de leur « génie ». Nous la rejetons au nom de la Tradition Orthodoxe qui n’a jamais connu d’écoles de pensée ou de « penseurs », Tradition qui ignore tout « basilisme », tout « chrysostomisme », aussi bien que tout « palamisme », alors que l’Occident se complaît à distinguer, selon son éclectisme propre, des « augustinismes », des « thomismes » et autres « jansénismes » et « cartésianismes ». L’idée qu’il y aurait différentes traditions ou écoles théologiques dans l’Église Orthodoxe, vient des théologiens francs et scolastiques. Et si l’on rencontre une telle tendance, chez certains orthodoxes, elle leur a été inculquée par les occidentaux qui les ont formés. En particulier certains œcuménistes ou semi-œcuménistes ont voulu limiter au conflit de deux hommes, de deux « pensées », la lutte qui opposa saint Grégoire Palamas et le moine calabrais Barlaam [au XIVème siècle]. Cette lutte est, en réalité, l’affrontement de deux théologies : celle des Pères déifiés et celle de la scolastique rationaliste. La théologie des Pères est fondée sur l’expérience sensible de la Grâce Incréée, et, comme le dit saint Grégoire Palamas : « Nous, nous croyons ceux qui ont vu et nous rejetons Aristote ». La théologie occidentale, représentée au XIVème siècle par Barlaam, ne peut au contraire s’appeler qu’improprement « théologie » : elle ne repose pas, en effet, sur l’expérience de la Révélation, puisqu’elle veut rationaliser, là où les Pères ont contemplé, dans Sa Gloire, le Mystère ineffable de notre Salut, le Christ vrai Dieu et vrai Homme. La théologie véritable [dans l’orthodoxie de la foi], c’est la connaissance de notre Salut ; par contre, la théologie occidentale s’interdit elle-même de porter le nom de « théologie » parce que, enfermant l’homme dans les limites de son humanité pécheresse, elle lui interdit d’atteindre à la déification qui est, pour les Pères, la vie en Christ. Elle croit que la Grâce est créée, intermédiaire semblable à un « cadeau » donné par Dieu aux hommes qui veulent atteindre une certaine sagesse créée ; or les Pères nous appellent à une sagesse incréée, authentique participation à l’énergie incréée qui sourd de la Sagesse Divine pour nous déifier. Car si la grâce est créée, adaptée aux différents hommes qui la reçoivent, on comprend l’importance des cultures, des peuples, et des caractères, tous faits à l’image de l’homme ; on comprend que le « schisme » [dont l’aboutissement eu lieu en 1054] puisse être l’affaire du Patriarche Michel Cérulaire ou de Humbert de Roman, personnages historiques que la psychologie ou l’ethnologie peuvent contribuer à connaître ; mais si la Grâce est incréée, si la vocation du chrétien c’est de devenir concorporel au Christ divino-humain, dans l’Église, et le Christ Tête de l’Église, on voit mal comment la foi expérimentée et dogmatisée par les Pères, pourrait être victime de limites, alors même que la mort n’a pu retenir le Christ. Nous rejetons enfin, une troisième limitation : celle qui consisterait à croire que l’opposition de la Théologie Orthodoxe des Pères déifiés, à celle des hétérodoxes, peut se résumer à un catalogue d’erreurs ou de point conflictuels. Ce sont en fait deux méthodes théologiques opposées qui s’affrontent. Celle des hétérodoxes est fondée sur l’idée d’un progrès du dogme, semblable au développement psychologique particulier de tel ou tel individu et, par suite, d’une analogie entre l’Incréé et le créé, entre le Créateur et la créature. Or une telle idée semble blasphématoire aux Pères de l’Église qui confessent qu’elle est impossible aux anges même, ce qu’Augustin [d’Hippone] et la scolastique accordent à l’homme. Le Filioque, les thèses d’Anselme et celles du Concile [latin] de Trente sur la Rédemption, sur l’Immaculée Conception, etc., ne sont pas des hérésies indépendantes les unes des autres, mais les conséquences d’une seule et même fausse approche de la théologie. Cette méthodologie rationaliste trouve son origine dans l’enseignement d’Augustin d’Hippone, et l’un des buts de la création de cette Revue [La Lumière du Thabor] est de montrer qu’il n’y a aucune place pour les thèses d’Augustin dans l’Église Orthodoxe. La méthode théologique de l’évêque d’Hippone qui consiste à chercher l’analogie psychologique de Dieu en l’homme et à scruter la Vie Éternelle et intime de la Sainte Trinité, a trouvé son aboutissement dans la scolastique, qui a fait fleurir les fleurs empoisonnées de l’hérésie. Résumons l’opposition des Pères à une telle conception, par ce texte du grand théologien Joseph Bryennios, le maître de saint Marc d’Éphèse : « C’est par la foi que nous acceptons les choses divines et non par la science ; c’est par la Puissance de l’Esprit et non par la force de la dialectique… La piété ne peut être démontrée par les syllogismes humains. La foi est la substance des choses que l’on espère, une conviction de celles que je ne vois pas (Hébreux 11, 1). Quand les syllogismes humains sont appliqués aux dogmes divins, ils semblent d’une part dire la vérité, alors qu’ils mentent, et, de l’autre, quand ils sont justes, ils paraissent faux. Tandis que les démonstrations des Saints sont la vérité parfaite, une grande lumière qui brille sur toute la Terre et au-dessus de toute tromperie. Les syllogismes indiscrets obscurcissent l’esprit, mais les sentences des Saints éclairent l’âme. Les syllogismes sont souvent des inventions d’hommes incrédules et malins, tandis que les syllabes elles-mêmes, de la Sainte Écriture, sont des fruits du Saint Esprit... … Croyez-moi, acceptez avec simplicité, ce qui a été écrit, et ne l’éprouvez pas par une curiosité indiscrète. Si vraiment vous croyez, vous n’éprouvez pas ; si vous éprouvez, c’est que vous ne croyez pas. C’est une tradition ancienne et apostolique de fuir toute alliance entre les syllogismes et la Révélation de Dieu ; c’est une alliance fragile, porteuse de mensonges et qui n’apporte rien, si ce n’est la destruction de la force de la Croix. En livrant aux syllogismes les choses de la foi, nous perdons nos couronnes, car ce n’est plus en Dieu que nous croyons, mais dans les hommes… Je crois, je ne cherche pas à savoir. Je crois, je ne cherche pas à saisir Celui qui est insaisissable ; je crois et je ne cherche pas à mesurer Celui qui est Infini. Si je crois, je suis illuminé en mon âme, si j’examine avec indiscrétion, mes pensées s’obscurcissent. Si je crois justement, je m’élève vers le Ciel ; si j’examine avec indiscrétion, je tombe dans l’abîme… Ne cherche donc pas ce qui est plus profond que toi ; n’examine pas ce qui est plus fort que toi. Prends ce que l’on te donne et ne cherche pas plus loin, ne pars pas à la conquête de l’inaccessible. Notre dogme est une doctrine simple, crois-le… … Le Christ nous l’a révélé, les Apôtres l’ont prêché, les Docteurs l’ont affermi et cela nous suffit. L’âme qui cherche, c’est qu’elle est emprisonnée et tourmentée ; quand elle est en bonne santé, elle ne cherche pas, mais elle accueille la Foi. L’assemblée des orthodoxes obéit à la Foi, elle se laisse conduire par elle, sans le concours des syllogismes. Nous avons appris à garder la foi et non à la discuter. Par la Grâce du Saint-Esprit, nous n’avons rien perdu de la Foi et nous ne cherchons rien… Celui qui croit, ne cherche pas ; celui qui cherche ne croit pas… Là où il y a recherche, il n’y a pas de foi ; là où est la foi, nulle recherche. Les Pères n’ont pas pensé avec les catégories rationnelles, parce qu’ils sont montés sur le Sinaï spirituel et sur le Thabor, ou devenus comme Moïse, théodidactes, après s’être peu à peu dépris du sensible, ils ont vu la Gloire Incréée de Dieu ; vivant en Christ, ils ont été déifiés. Ce n’est pas par les syllogismes que nous avons été initiés au Mystère de la Trinité... notre dogme n’est pas fondé sur le raisonnement. » Les Pères Orthodoxes n’ont pas eu besoin d’une méthode rationnelle, car Dieu n’était pas, pour eux, un objet extérieur à la pensée qu’il s’agissait de scruter, mais par l’œil de l’intellect, purifié dans le silence de « l’hésychia », Dieu se manifesta à eux et ils virent la Lumière Incréée, qui brilla aux yeux des Apôtres Pierre, Jacques et Jean sur le MONT THABOR. La condamnation de la méthode théologique hétérodoxe est une vérité confirmée par l’Église, et sur laquelle il est impossible de revenir. Le grand Concile de 879 de Constantinople, sous saint Photius et le pape Jean VIII de Rome [pape orthodoxe de foi], qui réunit tous les Patriarcats, que de nombreux Pères considèrent comme VIIIème Concile Œcuménique, a rejeté le Filioque ; le Synodikon de l’Orthodoxie énumère les erreurs des philosophes latinisants et scolastiques ; les conciles sur la Grâce que nous avons cités plus haut, rejettent les doctrines de Barlaam sur la grâce créée et sur les théophanies de l’Ancien Testament ; le Concile de 1368, anathématise à travers Prochore Kydonès, les thèses thomistes de la « Somme contre les Gentils » ; le Concile de 1722 à Constantinople critique l’idée augustinienne d’une analogie entre l’Incréé et le créé et nous pourrions citer bien d’autres textes, comme les discours de saint Marc d’Éphèse au concile de Florence, qui sont des monuments dogmatiques de l’Église orthodoxe. Cette condamnation de la théologie hétérodoxe est à ce point entrée dans la conscience orthodoxe, que l’on voit depuis quelques années, des icônes représentant les Trois Nouveaux Docteurs de l’Église : saint Photius, saint Grégoire Palamas et saint Marc d’Éphèse, qui ont porté à son accomplissement, sans la dénaturer, toute la théologie des Pères déifiés et des Conciles Œcuméniques. Nous ne doutons pas de voir un jour l’Église concrétiser leur rôle de pédagogues sublimes de la Foi Orthodoxe, par une fête commune de ces Trois Nouveaux Docteurs, semblable à celle qui existe depuis longtemps pour saint Basile le Grand, saint Grégoire le Théologien et saint Jean Chrysostome. On nous demandera peut-être, pourquoi nous avons choisi saint Grégoire Palamas et non pas les Trois Nouveaux Docteurs, comme symbole de notre résistance ; c’est, d’une part, qu’il résume le plus parfaitement possible, l’enseignement de la théologie antérieure, et qu’il est le maître de saint Marc d’Éphèse et de tous les Pères qui l’ont suivi. C’est aussi, pour une autre raison, liée au contexte actuel de l’étude de l’Orthodoxie en Occident : les œcuménistes parlent de « spiritualité » ou de « mystique » supérieure aux dogmes chrétiens ; le sentiment de la vie divine dépasserait, en droit, une connaissance toujours imparfaite ! On voit aussi, par une sorte de schizophrénie spirituelle, des catholiques [papistes] condamnant leur propre dogme pour sauver leur « spiritualité » ou s’intéressant à la « spiritualité » orthodoxe sans chercher à vivre la foi orthodoxe à l’intérieur de l’Église. Or, nul autre, mieux que saint Grégoire Palamas n’a montré combien la vie spirituelle est ancrée dans le dogme. La spiritualité orthodoxe est toujours restée étrangère aux mystiques affectives et sentimentales qui aiment à auto-analyser les états surnaturels. Les saints orthodoxes cherchaient, en pleurant, la Lumière, voyant une promesse dans les paroles de la Grande Doxologie : « Dans ta Lumière nous verrons la Lumière », mais se considéraient indignes de toute vision. Ils se lamentaient pour que vienne les illuminer la ténèbre plus que lumineuse, et l’on sait que saint Grégoire Palamas priait la Mère de Dieu, avec des larmes perpétuelles : « Éclaire mes ténèbres ! Éclaire mes ténèbres ! ». C’est ainsi que les solitaires du désert, atteignant le désir ininterrompu de Dieu, étaient éclairés par Sa Gloire Incréée. Quand Barlaam tenta d’attaquer, sur le terrain mystique, la foi des moines orthodoxes, saint Grégoire Palamas, abandonnant le désert et ses contemplations ineffables, transporta le débat sur le terrain dogmatique, refusant de traiter la « spiritualité » hors de la Foi Orthodoxe. Face à Barlaam, saint Grégoire Palamas nous enseigne donc que toute distinction de la spiritualité et du dogme est une hérésie, la négation même de l’enseignement des Pères et des Conciles Œcuméniques. Mais si nous apprenons à vivre toutes les exigences du dogme orthodoxe, nous dépassons les limites que nous disons être celles que présuppose l’œcuménisme, et qui au fond, sont celles de la raison humaine laissée à elle-même, et nous pouvons suivre le Christ, Vrai Dieu et Vrai Homme, qui a dit « JE SUIS LA LUMIÈRE DU MONDE !
La Lumière du Thabor
Prêtres ou laïcs, professeurs ou étudiants, la plupart membres de la Fraternité Orthodoxe Saint Grégoire Palamas, nous avons décidé de fonder cette revue : LA LUMIÉRE DU THABOR, pour faire connaître, en langue française, d’une façon précise et authentique, la Théologie transmise par les Prophètes, les Apôtres, les Pères, les Conciles Œcuméniques, qui est le bien commun de tout chrétien confessant d’une façon orthodoxe le CREDO, et que malheureusement, les louvoiements et les contingences du "Dialogue Œcuménique" mutilent ou limitent, selon les exigences du jour. Pour cela, l’œuvre de saint Grégoire Palamas, confirmée par les Conciles de 1341, 1347 et 1351 à Sainte Sophie de Constantinople, s’imposait comme la plus parfaite expression de la Théologie des Pères. Aussi, les Pères qui ont tout disposé avec sagesse pour notre édification et notre instruction en Christ, ont-ils recommandé de célébrer le Premier Dimanche du Grand Carême, --une semaine après le Dimanche de l’Orthodoxie--, la mémoire du saint archevêque de Thessalonique, « Luminaire de l’Orthodoxie, Maître et Appui de l’Église, Beauté monastique, Invincible athlète de la Théologie, Héraut de la Grâce ». Récapitulation de l’œuvre des Pères, l’œuvre de saint Grégoire, le nouveau docteur, dépasse en effet, les limitations imposées par les circonstances ambiguës de l’œcuménisme, autant que la Lumière de la Gloire Incréée jaillie sur le Mont Thabor transcende la grâce créée et artificielle de la scolastique augustinienne et thomiste, fondée sur l’application des catégories platoniciennes et aristotéliciennes à la Sainte Trinité. Or, toute limitation de la Théologie est une limitation de l’Église, une négation de la divino-humanité de l’Église qui, seule, nous assure en Christ, le Salut et la victoire sur la mort. On ne s’étonnera donc aucunement, de voir que ceux qui nient que l’Église Orthodoxe soit l’Une, Sainte, Catholique et Apostolique, aient tout fait, pour limiter la Théologie au laboratoire des historiens, des érudits, des éditions critiques, des notes et des sous-notes, où l’on voit l’humanité pécheresse se faire juge des Prophètes et des Saints de Dieu. La première limitation que nous rejetons, est celle des hétérodoxes [ceux qui ne possèdent pas la foi dans sa justesse et sa vérité] qui affirment que le temps des Pères de l’Église s’achève avec saint Maxime le Confesseur, et que la source patristique se tarit, pour faire place, selon Hans Urs von Balthasar [théologien papiste] par exemple, à la « décadence et à la stérilité de la scolastique byzantine ». Cet arrêt brutal de la transmission de la Foi par les Pères, serait justifié, selon eux, par un progrès méthodologique lié à la nécessité « d’explorer l’essence de Dieu » au moyen des concepts de la philosophie. Le projet reste « enfantin » avec Alcuin [début du IXème siècle] qui écrit ses livres sur la Trinité, pour montrer l’utilité d’Aristote et de la catégorie de la relation, pour comprendre les processions divines ; il devient « adolescent » avec Anselme [de Canterbury, début du XIIème siècle] qui applique à la Rédemption, la logique implacable de l’honneur offensé et un Dieu en colère ; il atteint l’âge mûr voire avancé, avec Thomas d’Aquin [au XIIIème siècle] qui veut penser toute la théologie à partir de la philosophie, achevant un étrange et plutôt progrès « descendant », puisque les conciles orthodoxes de Sainte Sophie, cités plus haut, ont clairement anathématisé les thèses principales du thomisme [de Thomas d’Aquin] et de l’augustinisme [d’Augustin d’Hippone]. En réalité, cette thèse de l’évolution du dogme et de la méthode théologique n’a été inventée que pour masquer cette réalité historique indiscutable :… … tous les Pères de l’Église après saint Maxime le Confesseur, ont explicitement condamné la doctrine hérétique et rationaliste du Filioque : saint Jean Damascène, saint Photius, saint Syméon le Théologien, saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, saint Maxime le Grec, et cette liste n’est pas exhaustive. Or, avec la diffusion des textes, facilitée ou canalisée par l’œcuménisme, il est de plus en plus difficile de faire croire que l’inspiration de ces Pères n’est ni scripturaire, ni patristique, ni conciliaire. La question préalable à tout « dialogue » devrait être celle-ci : ou bien vous maintenez que ces Pères, et en particulier saint Grégoire Palamas, ne sont pas les héritiers fidèles des Pères de l’Église, et alors, montrez-nous, sans être ridicules, que les carolingiens et les scolastiques qui revendiquent l’apport étranger de la philosophie à la Révélation le sont davantage ; ou bien limitons le dialogue œcuménique à une seule question : acceptez-vous la Foi de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, la Foi Orthodoxe, la Foi transmise, telle qu’elle est exposée par saint Grégoire Palamas et confirmée par les trois conciles de Constantinople de 1341, 1347, 1351 ? La seconde limitation que nous rejetons est celle qui consisterait à réduire l’œuvre des Pères déifiés à l’expression nationale et culturelle de leur « génie ». Nous la rejetons au nom de la Tradition Orthodoxe qui n’a jamais connu d’écoles de pensée ou de « penseurs », Tradition qui ignore tout « basilisme », tout « chrysostomisme », aussi bien que tout « palamisme », alors que l’Occident se complaît à distinguer, selon son éclectisme propre, des « augustinismes », des « thomismes » et autres « jansénismes » et « cartésianismes ». L’idée qu’il y aurait différentes traditions ou écoles théologiques dans l’Église Orthodoxe, vient des théologiens francs et scolastiques. Et si l’on rencontre une telle tendance, chez certains orthodoxes, elle leur a été inculquée par les occidentaux qui les ont formés. En particulier certains œcuménistes ou semi-œcuménistes ont voulu limiter au conflit de deux hommes, de deux « pensées », la lutte qui opposa saint Grégoire Palamas et le moine calabrais Barlaam [au XIVème siècle]. Cette lutte est, en réalité, l’affrontement de deux théologies : celle des Pères déifiés et celle de la scolastique rationaliste. La théologie des Pères est fondée sur l’expérience sensible de la Grâce Incréée, et, comme le dit saint Grégoire Palamas : « Nous, nous croyons ceux qui ont vu et nous rejetons Aristote ». La théologie occidentale, représentée au XIVème siècle par Barlaam, ne peut au contraire s’appeler qu’improprement « théologie » : elle ne repose pas, en effet, sur l’expérience de la Révélation, puisqu’elle veut rationaliser, là où les Pères ont contemplé, dans Sa Gloire, le Mystère ineffable de notre Salut, le Christ vrai Dieu et vrai Homme. La théologie véritable [dans l’orthodoxie de la foi], c’est la connaissance de notre Salut ; par contre, la théologie occidentale s’interdit elle-même de porter le nom de « théologie » parce que, enfermant l’homme dans les limites de son humanité pécheresse, elle lui interdit d’atteindre à la déification qui est, pour les Pères, la vie en Christ. Elle croit que la Grâce est créée, intermédiaire semblable à un « cadeau » donné par Dieu aux hommes qui veulent atteindre une certaine sagesse créée ; or les Pères nous appellent à une sagesse incréée, authentique participation à l’énergie incréée qui sourd de la Sagesse Divine pour nous déifier. Car si la grâce est créée, adaptée aux différents hommes qui la reçoivent, on comprend l’importance des cultures, des peuples, et des caractères, tous faits à l’image de l’homme ; on comprend que le « schisme » [dont l’aboutissement eu lieu en 1054] puisse être l’affaire du Patriarche Michel Cérulaire ou de Humbert de Roman, personnages historiques que la psychologie ou l’ethnologie peuvent contribuer à connaître ; mais si la Grâce est incréée, si la vocation du chrétien c’est de devenir concorporel au Christ divino-humain, dans l’Église, et le Christ Tête de l’Église, on voit mal comment la foi expérimentée et dogmatisée par les Pères, pourrait être victime de limites, alors même que la mort n’a pu retenir le Christ. Nous rejetons enfin, une troisième limitation : celle qui consisterait à croire que l’opposition de la Théologie Orthodoxe des Pères déifiés, à celle des hétérodoxes, peut se résumer à un catalogue d’erreurs ou de point conflictuels. Ce sont en fait deux méthodes théologiques opposées qui s’affrontent. Celle des hétérodoxes est fondée sur l’idée d’un progrès du dogme, semblable au développement psychologique particulier de tel ou tel individu et, par suite, d’une analogie entre l’Incréé et le créé, entre le Créateur et la créature. Or une telle idée semble blasphématoire aux Pères de l’Église qui confessent qu’elle est impossible aux anges même, ce qu’Augustin [d’Hippone] et la scolastique accordent à l’homme. Le Filioque, les thèses d’Anselme et celles du Concile [latin] de Trente sur la Rédemption, sur l’Immaculée Conception, etc., ne sont pas des hérésies indépendantes les unes des autres, mais les conséquences d’une seule et même fausse approche de la théologie. Cette méthodologie rationaliste trouve son origine dans l’enseignement d’Augustin d’Hippone, et l’un des buts de la création de cette Revue [La Lumière du Thabor] est de montrer qu’il n’y a aucune place pour les thèses d’Augustin dans l’Église Orthodoxe. La méthode théologique de l’évêque d’Hippone qui consiste à chercher l’analogie psychologique de Dieu en l’homme et à scruter la Vie Éternelle et intime de la Sainte Trinité, a trouvé son aboutissement dans la scolastique, qui a fait fleurir les fleurs empoisonnées de l’hérésie. Résumons l’opposition des Pères à une telle conception, par ce texte du grand théologien Joseph Bryennios, le maître de saint Marc d’Éphèse : « C’est par la foi que nous acceptons les choses divines et non par la science ; c’est par la Puissance de l’Esprit et non par la force de la dialectique… La piété ne peut être démontrée par les syllogismes humains. La foi est la substance des choses que l’on espère, une conviction de celles que je ne vois pas (Hébreux 11, 1). Quand les syllogismes humains sont appliqués aux dogmes divins, ils semblent d’une part dire la vérité, alors qu’ils mentent, et, de l’autre, quand ils sont justes, ils paraissent faux. Tandis que les démonstrations des Saints sont la vérité parfaite, une grande lumière qui brille sur toute la Terre et au-dessus de toute tromperie. Les syllogismes indiscrets obscurcissent l’esprit, mais les sentences des Saints éclairent l’âme. Les syllogismes sont souvent des inventions d’hommes incrédules et malins, tandis que les syllabes elles-mêmes, de la Sainte Écriture, sont des fruits du Saint Esprit... … Croyez-moi, acceptez avec simplicité, ce qui a été écrit, et ne l’éprouvez pas par une curiosité indiscrète. Si vraiment vous croyez, vous n’éprouvez pas ; si vous éprouvez, c’est que vous ne croyez pas. C’est une tradition ancienne et apostolique de fuir toute alliance entre les syllogismes et la Révélation de Dieu ; c’est une alliance fragile, porteuse de mensonges et qui n’apporte rien, si ce n’est la destruction de la force de la Croix. En livrant aux syllogismes les choses de la foi, nous perdons nos couronnes, car ce n’est plus en Dieu que nous croyons, mais dans les hommes… Je crois, je ne cherche pas à savoir. Je crois, je ne cherche pas à saisir Celui qui est insaisissable ; je crois et je ne cherche pas à mesurer Celui qui est Infini. Si je crois, je suis illuminé en mon âme, si j’examine avec indiscrétion, mes pensées s’obscurcissent. Si je crois justement, je m’élève vers le Ciel ; si j’examine avec indiscrétion, je tombe dans l’abîme… Ne cherche donc pas ce qui est plus profond que toi ; n’examine pas ce qui est plus fort que toi. Prends ce que l’on te donne et ne cherche pas plus loin, ne pars pas à la conquête de l’inaccessible. Notre dogme est une doctrine simple, crois-le… … Le Christ nous l’a révélé, les Apôtres l’ont prêché, les Docteurs l’ont affermi et cela nous suffit. L’âme qui cherche, c’est qu’elle est emprisonnée et tourmentée ; quand elle est en bonne santé, elle ne cherche pas, mais elle accueille la Foi. L’assemblée des orthodoxes obéit à la Foi, elle se laisse conduire par elle, sans le concours des syllogismes. Nous avons appris à garder la foi et non à la discuter. Par la Grâce du Saint-Esprit, nous n’avons rien perdu de la Foi et nous ne cherchons rien… Celui qui croit, ne cherche pas ; celui qui cherche ne croit pas… Là où il y a recherche, il n’y a pas de foi ; là où est la foi, nulle recherche. Les Pères n’ont pas pensé avec les catégories rationnelles, parce qu’ils sont montés sur le Sinaï spirituel et sur le Thabor, ou devenus comme Moïse, théodidactes, après s’être peu à peu dépris du sensible, ils ont vu la Gloire Incréée de Dieu ; vivant en Christ, ils ont été déifiés. Ce n’est pas par les syllogismes que nous avons été initiés au Mystère de la Trinité... notre dogme n’est pas fondé sur le raisonnement. » Les Pères Orthodoxes n’ont pas eu besoin d’une méthode rationnelle, car Dieu n’était pas, pour eux, un objet extérieur à la pensée qu’il s’agissait de scruter, mais par l’œil de l’intellect, purifié dans le silence de « l’hésychia », Dieu se manifesta à eux et ils virent la Lumière Incréée, qui brilla aux yeux des Apôtres Pierre, Jacques et Jean sur le MONT THABOR. La condamnation de la méthode théologique hétérodoxe est une vérité confirmée par l’Église, et sur laquelle il est impossible de revenir. Le grand Concile de 879 de Constantinople, sous saint Photius et le pape Jean VIII de Rome [pape orthodoxe de foi], qui réunit tous les Patriarcats, que de nombreux Pères considèrent comme VIIIème Concile Œcuménique, a rejeté le Filioque ; le Synodikon de l’Orthodoxie énumère les erreurs des philosophes latinisants et scolastiques ; les conciles sur la Grâce que nous avons cités plus haut, rejettent les doctrines de Barlaam sur la grâce créée et sur les théophanies de l’Ancien Testament ; le Concile de 1368, anathématise à travers Prochore Kydonès, les thèses thomistes de la « Somme contre les Gentils » ; le Concile de 1722 à Constantinople critique l’idée augustinienne d’une analogie entre l’Incréé et le créé et nous pourrions citer bien d’autres textes, comme les discours de saint Marc d’Éphèse au concile de Florence, qui sont des monuments dogmatiques de l’Église orthodoxe. Cette condamnation de la théologie hétérodoxe est à ce point entrée dans la conscience orthodoxe, que l’on voit depuis quelques années, des icônes représentant les Trois Nouveaux Docteurs de l’Église : saint Photius, saint Grégoire Palamas et saint Marc d’Éphèse, qui ont porté à son accomplissement, sans la dénaturer, toute la théologie des Pères déifiés et des Conciles Œcuméniques. Nous ne doutons pas de voir un jour l’Église concrétiser leur rôle de pédagogues sublimes de la Foi Orthodoxe, par une fête commune de ces Trois Nouveaux Docteurs, semblable à celle qui existe depuis longtemps pour saint Basile le Grand, saint Grégoire le Théologien et saint Jean Chrysostome. On nous demandera peut-être, pourquoi nous avons choisi saint Grégoire Palamas et non pas les Trois Nouveaux Docteurs, comme symbole de notre résistance ; c’est, d’une part, qu’il résume le plus parfaitement possible, l’enseignement de la théologie antérieure, et qu’il est le maître de saint Marc d’Éphèse et de tous les Pères qui l’ont suivi. C’est aussi, pour une autre raison, liée au contexte actuel de l’étude de l’Orthodoxie en Occident : les œcuménistes parlent de « spiritualité » ou de « mystique » supérieure aux dogmes chrétiens ; le sentiment de la vie divine dépasserait, en droit, une connaissance toujours imparfaite ! On voit aussi, par une sorte de schizophrénie spirituelle, des catholiques [papistes] condamnant leur propre dogme pour sauver leur « spiritualité » ou s’intéressant à la « spiritualité » orthodoxe sans chercher à vivre la foi orthodoxe à l’intérieur de l’Église. Or, nul autre, mieux que saint Grégoire Palamas n’a montré combien la vie spirituelle est ancrée dans le dogme. La spiritualité orthodoxe est toujours restée étrangère aux mystiques affectives et sentimentales qui aiment à auto-analyser les états surnaturels. Les saints orthodoxes cherchaient, en pleurant, la Lumière, voyant une promesse dans les paroles de la Grande Doxologie : « Dans ta Lumière nous verrons la Lumière », mais se considéraient indignes de toute vision. Ils se lamentaient pour que vienne les illuminer la ténèbre plus que lumineuse, et l’on sait que saint Grégoire Palamas priait la Mère de Dieu, avec des larmes perpétuelles : « Éclaire mes ténèbres ! Éclaire mes ténèbres ! ». C’est ainsi que les solitaires du désert, atteignant le désir ininterrompu de Dieu, étaient éclairés par Sa Gloire Incréée. Quand Barlaam tenta d’attaquer, sur le terrain mystique, la foi des moines orthodoxes, saint Grégoire Palamas, abandonnant le désert et ses contemplations ineffables, transporta le débat sur le terrain dogmatique, refusant de traiter la « spiritualité » hors de la Foi Orthodoxe. Face à Barlaam, saint Grégoire Palamas nous enseigne donc que toute distinction de la spiritualité et du dogme est une hérésie, la négation même de l’enseignement des Pères et des Conciles Œcuméniques. Mais si nous apprenons à vivre toutes les exigences du dogme orthodoxe, nous dépassons les limites que nous disons être celles que présuppose l’œcuménisme, et qui au fond, sont celles de la raison humaine laissée à elle-même, et nous pouvons suivre le Christ, Vrai Dieu et Vrai Homme, qui a dit « JE SUIS LA LUMIÈRE DU MONDE !
Saint Grégoire Palamas, Quelques mots sur sa vie, La Lumière du Thabor n° 1 (1984).
SAINT GRÉGOIRE PALAMAS
Quelques mots sur sa vie
Saint Grégoire Palamas naquit en Asie-Mineure, de parents nobles et distingués, non seulement dans les apparences extérieures, mais aussi et surtout, selon l’homme intérieur, dit le Synaxaire du Triode [la Vie des Saints lors du temps du Grand Carême]. Son père, Constantin, était dignitaire de la Cour, conseiller et ami intime de l’Empereur Andronic II Paléologue ; il revêtit même l’habit monastique avant de mourir et reçut le nom de Constance. L’union de l’Église [entre deux théologies différentes, l’orthodoxe, orientale, et la papiste, occidentale], tentée au Concile de Lyon en 1274, signée par l’Empereur Michel, avait échoué. Le clergé de Constantinople l’avait jugée inacceptable et l’avait rejetée, et, à l’époque de saint Grégoire Palamas, les troubles n’étaient pas encore apaisés. À l’intérieur, l’Église de Constantinople, Nouvelle Rome, était agitée par la lutte entre les Zélotes, qui défendaient l’Église contre les empiétements de l’État, et les Politiques qui, voulant avec l’Empereur sauver l’Empire, étaient favorables, par « économie », à un compromis entre l’Église et le Trône. Le territoire de l’Empire Romain Chrétien se trouvait réduit à de modestes limites. La géographie ecclésiastique, par contre, demeurait très étendue et rappelait ce qu’avait été l’Empire au temps de sa gloire. Sous Andronic II, le Mont-Athos, jusqu’ici sous la dépendance de l’Empereur qui nommait le Protos, ou Président du Conseil des Abbés des Monastères, passa définitivement sous l’obédience du Patriarche de Constantinople. Jeune encore, saint Grégoire perdit son père. Sa mère l’éleva, avec ses frères et ses sœurs, dans l’amour et l’étude des Saintes Écritures. Elle confia à des maîtres éprouvés l’instruction profane de ses fils. Vers sa vingtième année, Grégoire délaissa le Monde et ses illusions trompeuses, et décida de se tourner vers Celui qui est la source de toute sagesse, par la pratique de la vie parfaite et la prière à laquelle l’avaient déjà initié, à Constantinople, des moines comme Théolepte évêque de Philadelphie, dont Grégoire parle à plusieurs reprises dans ses œuvres. Il fit part de son projet à sa mère et lui parla de son désir de Dieu, de son amour brûlant pour Lui. Sa mère l’approuva et déclara vouloir partager ses desseins. Elle en fit part à son tour à tous ses enfants, que Grégoire convainquit ensuite, par ses discours persuasifs. Tous, mère, fils, filles, domestiques, embrassèrent la vie monastique. Mettant en pratique les préceptes de l’Évangile, Grégoire partagea ses biens entre les pauvres, refusa les honneurs et la brillante carrière que lui proposait l’Empereur, et, libéré ainsi des soucis de ce Monde, il prit place dans les rangs de ceux qui suivent le Christ. Sa mère, ses sœurs et les domestiques furent placés dans des monastères de la capitale, tandis que lui-même et ses deux frères, partirent à pieds pour le Mont de la sainteté [l’Athos], où ils vécurent près du Monastère de Vatopédi, plusieurs années, sous la direction d’un homme admirable, qui pratiquait la prière dans la solitude et dont le nom était Nicodème. Ils acquirent auprès du saint homme, et sous la conduite de la Mère de Dieu, la pratique de toute vertu et l’humilité de l’âme. Après la mort de l’un de ses frères et du moine Nicodème, Grégoire, sur un ordre divin, accompagné de son autre frère, alla vivre dans la Grande Laure de saint Athanase. Attiré par la solitude, il se retira dans un ermitage pour goûter, dans le désert, aux fruits de la prière pure. Il se livra aux labeurs les plus durs, dans son désir toujours grandissant de s’unir à Dieu, travaillant à rassembler ses sens et à les purifier par l’oraison, à élever son intellect vers Dieu dans la prière perpétuelle et la méditation des choses divines. Après avoir rythmé admirablement sa vie, il vainquit avec l’aide de Dieu les attaques des démons et lava son âme dans les larmes et les longues veilles. Grégoire devenu vase d’élection où l’Esprit Divin déversa tous les dons de sa grâce, fut gratifié de fréquentes visions. Puis Dieu l’appela à un autre service et il reçut à Thessalonique, l’ordination sacerdotale, vers l’âge de trente ans. Il accomplit, dit le Synaxaire, les fonctions de son sacerdoce, comme un être immatériel. Il créa, près de Berrhée, un skite ou petit ermitage, où il continua sa vie austère ; mais il rejoignait ses frères les Samedis et Dimanches, pour la prière en commun et la Liturgie. Les hommes de Dieu qui l’approchaient, disaient de lui qu’il était porteur de l’Esprit Divin. Les autres admiraient son pouvoir de chasser avec puissance les démons et de délivrer tous ceux qui étaient victimes de leurs illusions et de leurs machinations. Il changeait l’arbre stérile en arbre fructueux et voyait à l’avance l’avenir. En 1331, il retourna à la Sainte Montagne de l’Athos, dans un ermitage, près du monastère de la Laure, puis au monastère de saint Sabbas, après un bref higouménat au monastère d’Esphigmenou. Si, de son propre vouloir, l’homme peut et doit chercher et pratiquer la vertu, il ne doit pas cependant se créer des épreuves ; en effet, les épreuves qui doivent servir à nous faire avancer dans les vertus, --et sans lesquelles il n’est pas possible de marcher vers la perfection ni de manifester la foi--, sont permises par Dieu qui sait ce qui nous est utile et ne demande jamais rien qui soit au-dessus de nos forces. Ces épreuves n’allaient pas tarder à s’abattre sur saint Grégoire et lui permettre de manifester et de confesser sa foi. Un moine calabrais, Barlaam, très versé dans la philosophie et la sagesse de ce monde, débarqua à Constantinople. Il connaissait admirablement le grec et le latin et, dit-on, fut l’un des premiers à enseigner le grec en Italie. Accueilli avec honneurs, il reçut des charges officielles et la mission de travailler à l’union des Églises [occidentale et orientale], union indispensable aux yeux des Empereurs, qui espéraient ainsi recevoir des secours de l’Occident pour lutter contre l’envahisseur Turc. Battu dans une controverse par le célèbre historien de l’époque, Grégoras, Barlaam quitta Constantinople, passa par Thessalonique et de là, arriva au Mont Athos. C’est là qu’il prit contact avec l’enseignement hésychaste [prière perpétuelle dans la quiétude intérieure] qu’il ne comprit pas ; il le dénatura, le ridiculisa et se moqua des moines qui disaient voir de leurs yeux corporels la Lumière Incréée et Divine. Il déclara que cette Lumière, Grâce commune du Père et du Fils et du Saint-Esprit, cette Lumière du siècle à venir, dans laquelle les Justes brilleront comme le soleil, que le Christ révéla à Ses Apôtres sur le Mont Thabor lors de la Transfiguration, Barlaam, disions-nous, la déclara chose créée et étrangère à l’Essence de Dieu. Barlaam disait que la Lumière Thaborique, manifestation de la Gloire Incréée de Dieu, perçue par les yeux corporels des Apôtres, était un phénomène créé, qui était apparu pour disparaître ensuite. En sortant du silence pour défendre les moines attaqués par Barlaam, saint Grégoire Palamas défendit en même temps, et le dogme et la tradition théologique et mystique de l’Église ; et toute une époque, toute une société qui pratiquait dans la vie quotidienne, la Prière. La remarquable figure d’Isidore, encore laïc, parcourant sa ville, allant chez les particuliers pour leur apprendre à prier et prier avec eux, en est une illustration. On raconte que le propre père de saint Grégoire Palamas, interrogé au cours d’un conseil par l’Empereur, ne lui répondit pas, car il était plongé dans la Prière ; le pieux Empereur ne réitéra pas sa question et respecta le silence de son conseiller. Beaucoup d’hommes se levèrent alors pour prendre la défense des moines ; parmi eux il faut citer le célèbre Nicolas Cabasilas. Palamas fut traité de dithéïste, c’est à dire accusé de croire en deux dieux, par la distinction qu’il faisait entre la Nature divine, l’Oussie, [dans cette acception, Nature veut dire Essence] et l’énergie ou opération divine ; accusé d’introduire dans la notion traditionnelle de Dieu des éléments nouveaux. La querelle, placée sur le terrain dogmatique, s’étendit et fut portée à Constantinople, où un Concile local fut réuni. L’assemblée se tint en l’église de la Sagesse de Dieu, ou Sainte Sophie, et saint Grégoire, rempli de la puissance invincible de l’Esprit Saint, eut raison de son adversaire, qui reconnut ses égarements. Mais la querelle continua entre partisans et adversaires de la théologie de saint Grégoire Palamas, que l’Église venait de reconnaître pour être celle de sa tradition. Après Barlaam, d’autres ennemis se levèrent, comme Akyndine et Nicéphore Grégoras. Les troubles politiques suscités par la lutte entre [les empereurs] Jean Paléologue et Jean Cantacuzène, vinrent s’ajouter aux querelles théologiques, qui ne laissaient pas indifférents les chrétiens de cette époque. Palamas fut impliqué dans ces troubles politiques et jeté en prison sur l’ordre du Patriarche Callécas, pour « hérésie », malgré le Concile de Sainte Sophie. Callécas, mauvais théologien, avait essayé de placer le différend sur le plan canonique, pour pouvoir condamner les antagonistes sur des questions disciplinaires. En réalité, le Patriarche se vengeait de saint Grégoire Palamas qui n’avait pas voulu approuver le coup d’État qu’il avait dirigé contre Jean Cantacuzène. Mais Jean Cantacuzène revint à Constantinople, et [fut] reconnu empereur, il libéra Palamas de ses liens. Plusieurs Conciles se tinrent alors, et la Théologie que saint Grégoire Palamas défendait fut proclamée orthodoxe par toute l’Église. Une miniature d’un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, montre Jean Cantacuzène, revêtu de ses ornements impériaux, siégeant au milieu des évêques réunis en Concile et s’appliquant à résoudre la question de la vraie nature de la Lumière apparue aux Apôtres sur le Mont Thabor, lors de la Transfiguration du Seigneur. Pressé par le Concile et par l’Empereur, saint Grégoire accepta la charge épiscopale du siège de Thessalonique et fut sacré évêque au mois de mai de l’année 1347. Dans sa ville, ensanglantée par la lutte des classes, le saint docteur déploya tout son zèle pour apporter la paix et la réconciliation, toute sa science pour instruire son troupeau dans la vérité du Christ, et tout son pouvoir pour améliorer les conditions sociales de son peuple, se rendant ainsi l’égal des grands évêques et pasteurs qui ont illustré l’Église de Dieu. Vers la fin de sa vie, il fut appelé à Constantinople. En s’y rendant par mer, il fut fait prisonnier par des corsaires turcs [de l’islam] qui le retinrent pendant un an. Continuellement déplacé de ville en ville, il en profita pour éclairer, instruire, fortifier les chrétiens restés dans les contrées désormais soumises aux Turcs. Il discutait même avec les infidèles sur l’Économie de l’Incarnation du Fils de Dieu, sur la Vénérable Croix, sur la vénération des icônes. Des chrétiens payèrent sa rançon, et saint Grégoire fut rendu à son peuple, après avoir complété dans sa chair, ce qui manquait aux souffrances du Christ, comme le dit saint Paul. Il était humble et doux --sauf quand il s’agissait de défendre la Vérité– rendait le bien pour le mal, n’admettait jamais de calomnie contre quiconque, secourait les détresses avec grandeur d’âme. Au-dessus de tout désir de jouissance et de vanité, il était pauvre et n’avait rien de superflu, même dans les nécessités de son corps affaibli. Il avait le calme, la paix, la sérénité dans la patience ; toujours attentif, il était plein de sollicitude et de réserve, et, devant le prochain, jamais ses yeux ne restaient sans larmes. Épuisé par une vie remplie d’épreuves, de luttes contre ses propres passions, contre les démons, contre les ennemis de la Foi et de l’Église, accablé par une longue maladie, il rendit son esprit à son Dieu et Créateur, le 27 novembre 1359. De nombreux miracles eurent lieu sur sa tombe. Son ami et disciple Philothée, devenu Patriarche de Constantinople, le canonisa en 1368. Depuis, chaque année, l’Église Orthodoxe célèbre sa mémoire le second Dimanche du Grand Carême. En défendant les moines, saint Grégoire a défendu l’Église contre le rationalisme qui la menaçait. Dieu suscite de grands pilotes quand l’embarcation de Son Église est menacée par la tempête déchaînée de l’hérésie, et Il fait gonfler Ses voiles par le souffle puissant de l’Esprit. C’est en toute justice que nous chantons : « Salut ! Fierté des Pères, Bouche des théologiens, Tente de l’hésychie, Maison de la Sagesse, Sommet des docteurs, Océan du Verbe, Point culminant de la contemplation, Guérisseur des malades. Salut ! Temple de l’Esprit. Salut ! Père qui après ta mort est toujours vivant ! »
Quelques mots sur sa vie
Saint Grégoire Palamas naquit en Asie-Mineure, de parents nobles et distingués, non seulement dans les apparences extérieures, mais aussi et surtout, selon l’homme intérieur, dit le Synaxaire du Triode [la Vie des Saints lors du temps du Grand Carême]. Son père, Constantin, était dignitaire de la Cour, conseiller et ami intime de l’Empereur Andronic II Paléologue ; il revêtit même l’habit monastique avant de mourir et reçut le nom de Constance. L’union de l’Église [entre deux théologies différentes, l’orthodoxe, orientale, et la papiste, occidentale], tentée au Concile de Lyon en 1274, signée par l’Empereur Michel, avait échoué. Le clergé de Constantinople l’avait jugée inacceptable et l’avait rejetée, et, à l’époque de saint Grégoire Palamas, les troubles n’étaient pas encore apaisés. À l’intérieur, l’Église de Constantinople, Nouvelle Rome, était agitée par la lutte entre les Zélotes, qui défendaient l’Église contre les empiétements de l’État, et les Politiques qui, voulant avec l’Empereur sauver l’Empire, étaient favorables, par « économie », à un compromis entre l’Église et le Trône. Le territoire de l’Empire Romain Chrétien se trouvait réduit à de modestes limites. La géographie ecclésiastique, par contre, demeurait très étendue et rappelait ce qu’avait été l’Empire au temps de sa gloire. Sous Andronic II, le Mont-Athos, jusqu’ici sous la dépendance de l’Empereur qui nommait le Protos, ou Président du Conseil des Abbés des Monastères, passa définitivement sous l’obédience du Patriarche de Constantinople. Jeune encore, saint Grégoire perdit son père. Sa mère l’éleva, avec ses frères et ses sœurs, dans l’amour et l’étude des Saintes Écritures. Elle confia à des maîtres éprouvés l’instruction profane de ses fils. Vers sa vingtième année, Grégoire délaissa le Monde et ses illusions trompeuses, et décida de se tourner vers Celui qui est la source de toute sagesse, par la pratique de la vie parfaite et la prière à laquelle l’avaient déjà initié, à Constantinople, des moines comme Théolepte évêque de Philadelphie, dont Grégoire parle à plusieurs reprises dans ses œuvres. Il fit part de son projet à sa mère et lui parla de son désir de Dieu, de son amour brûlant pour Lui. Sa mère l’approuva et déclara vouloir partager ses desseins. Elle en fit part à son tour à tous ses enfants, que Grégoire convainquit ensuite, par ses discours persuasifs. Tous, mère, fils, filles, domestiques, embrassèrent la vie monastique. Mettant en pratique les préceptes de l’Évangile, Grégoire partagea ses biens entre les pauvres, refusa les honneurs et la brillante carrière que lui proposait l’Empereur, et, libéré ainsi des soucis de ce Monde, il prit place dans les rangs de ceux qui suivent le Christ. Sa mère, ses sœurs et les domestiques furent placés dans des monastères de la capitale, tandis que lui-même et ses deux frères, partirent à pieds pour le Mont de la sainteté [l’Athos], où ils vécurent près du Monastère de Vatopédi, plusieurs années, sous la direction d’un homme admirable, qui pratiquait la prière dans la solitude et dont le nom était Nicodème. Ils acquirent auprès du saint homme, et sous la conduite de la Mère de Dieu, la pratique de toute vertu et l’humilité de l’âme. Après la mort de l’un de ses frères et du moine Nicodème, Grégoire, sur un ordre divin, accompagné de son autre frère, alla vivre dans la Grande Laure de saint Athanase. Attiré par la solitude, il se retira dans un ermitage pour goûter, dans le désert, aux fruits de la prière pure. Il se livra aux labeurs les plus durs, dans son désir toujours grandissant de s’unir à Dieu, travaillant à rassembler ses sens et à les purifier par l’oraison, à élever son intellect vers Dieu dans la prière perpétuelle et la méditation des choses divines. Après avoir rythmé admirablement sa vie, il vainquit avec l’aide de Dieu les attaques des démons et lava son âme dans les larmes et les longues veilles. Grégoire devenu vase d’élection où l’Esprit Divin déversa tous les dons de sa grâce, fut gratifié de fréquentes visions. Puis Dieu l’appela à un autre service et il reçut à Thessalonique, l’ordination sacerdotale, vers l’âge de trente ans. Il accomplit, dit le Synaxaire, les fonctions de son sacerdoce, comme un être immatériel. Il créa, près de Berrhée, un skite ou petit ermitage, où il continua sa vie austère ; mais il rejoignait ses frères les Samedis et Dimanches, pour la prière en commun et la Liturgie. Les hommes de Dieu qui l’approchaient, disaient de lui qu’il était porteur de l’Esprit Divin. Les autres admiraient son pouvoir de chasser avec puissance les démons et de délivrer tous ceux qui étaient victimes de leurs illusions et de leurs machinations. Il changeait l’arbre stérile en arbre fructueux et voyait à l’avance l’avenir. En 1331, il retourna à la Sainte Montagne de l’Athos, dans un ermitage, près du monastère de la Laure, puis au monastère de saint Sabbas, après un bref higouménat au monastère d’Esphigmenou. Si, de son propre vouloir, l’homme peut et doit chercher et pratiquer la vertu, il ne doit pas cependant se créer des épreuves ; en effet, les épreuves qui doivent servir à nous faire avancer dans les vertus, --et sans lesquelles il n’est pas possible de marcher vers la perfection ni de manifester la foi--, sont permises par Dieu qui sait ce qui nous est utile et ne demande jamais rien qui soit au-dessus de nos forces. Ces épreuves n’allaient pas tarder à s’abattre sur saint Grégoire et lui permettre de manifester et de confesser sa foi. Un moine calabrais, Barlaam, très versé dans la philosophie et la sagesse de ce monde, débarqua à Constantinople. Il connaissait admirablement le grec et le latin et, dit-on, fut l’un des premiers à enseigner le grec en Italie. Accueilli avec honneurs, il reçut des charges officielles et la mission de travailler à l’union des Églises [occidentale et orientale], union indispensable aux yeux des Empereurs, qui espéraient ainsi recevoir des secours de l’Occident pour lutter contre l’envahisseur Turc. Battu dans une controverse par le célèbre historien de l’époque, Grégoras, Barlaam quitta Constantinople, passa par Thessalonique et de là, arriva au Mont Athos. C’est là qu’il prit contact avec l’enseignement hésychaste [prière perpétuelle dans la quiétude intérieure] qu’il ne comprit pas ; il le dénatura, le ridiculisa et se moqua des moines qui disaient voir de leurs yeux corporels la Lumière Incréée et Divine. Il déclara que cette Lumière, Grâce commune du Père et du Fils et du Saint-Esprit, cette Lumière du siècle à venir, dans laquelle les Justes brilleront comme le soleil, que le Christ révéla à Ses Apôtres sur le Mont Thabor lors de la Transfiguration, Barlaam, disions-nous, la déclara chose créée et étrangère à l’Essence de Dieu. Barlaam disait que la Lumière Thaborique, manifestation de la Gloire Incréée de Dieu, perçue par les yeux corporels des Apôtres, était un phénomène créé, qui était apparu pour disparaître ensuite. En sortant du silence pour défendre les moines attaqués par Barlaam, saint Grégoire Palamas défendit en même temps, et le dogme et la tradition théologique et mystique de l’Église ; et toute une époque, toute une société qui pratiquait dans la vie quotidienne, la Prière. La remarquable figure d’Isidore, encore laïc, parcourant sa ville, allant chez les particuliers pour leur apprendre à prier et prier avec eux, en est une illustration. On raconte que le propre père de saint Grégoire Palamas, interrogé au cours d’un conseil par l’Empereur, ne lui répondit pas, car il était plongé dans la Prière ; le pieux Empereur ne réitéra pas sa question et respecta le silence de son conseiller. Beaucoup d’hommes se levèrent alors pour prendre la défense des moines ; parmi eux il faut citer le célèbre Nicolas Cabasilas. Palamas fut traité de dithéïste, c’est à dire accusé de croire en deux dieux, par la distinction qu’il faisait entre la Nature divine, l’Oussie, [dans cette acception, Nature veut dire Essence] et l’énergie ou opération divine ; accusé d’introduire dans la notion traditionnelle de Dieu des éléments nouveaux. La querelle, placée sur le terrain dogmatique, s’étendit et fut portée à Constantinople, où un Concile local fut réuni. L’assemblée se tint en l’église de la Sagesse de Dieu, ou Sainte Sophie, et saint Grégoire, rempli de la puissance invincible de l’Esprit Saint, eut raison de son adversaire, qui reconnut ses égarements. Mais la querelle continua entre partisans et adversaires de la théologie de saint Grégoire Palamas, que l’Église venait de reconnaître pour être celle de sa tradition. Après Barlaam, d’autres ennemis se levèrent, comme Akyndine et Nicéphore Grégoras. Les troubles politiques suscités par la lutte entre [les empereurs] Jean Paléologue et Jean Cantacuzène, vinrent s’ajouter aux querelles théologiques, qui ne laissaient pas indifférents les chrétiens de cette époque. Palamas fut impliqué dans ces troubles politiques et jeté en prison sur l’ordre du Patriarche Callécas, pour « hérésie », malgré le Concile de Sainte Sophie. Callécas, mauvais théologien, avait essayé de placer le différend sur le plan canonique, pour pouvoir condamner les antagonistes sur des questions disciplinaires. En réalité, le Patriarche se vengeait de saint Grégoire Palamas qui n’avait pas voulu approuver le coup d’État qu’il avait dirigé contre Jean Cantacuzène. Mais Jean Cantacuzène revint à Constantinople, et [fut] reconnu empereur, il libéra Palamas de ses liens. Plusieurs Conciles se tinrent alors, et la Théologie que saint Grégoire Palamas défendait fut proclamée orthodoxe par toute l’Église. Une miniature d’un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, montre Jean Cantacuzène, revêtu de ses ornements impériaux, siégeant au milieu des évêques réunis en Concile et s’appliquant à résoudre la question de la vraie nature de la Lumière apparue aux Apôtres sur le Mont Thabor, lors de la Transfiguration du Seigneur. Pressé par le Concile et par l’Empereur, saint Grégoire accepta la charge épiscopale du siège de Thessalonique et fut sacré évêque au mois de mai de l’année 1347. Dans sa ville, ensanglantée par la lutte des classes, le saint docteur déploya tout son zèle pour apporter la paix et la réconciliation, toute sa science pour instruire son troupeau dans la vérité du Christ, et tout son pouvoir pour améliorer les conditions sociales de son peuple, se rendant ainsi l’égal des grands évêques et pasteurs qui ont illustré l’Église de Dieu. Vers la fin de sa vie, il fut appelé à Constantinople. En s’y rendant par mer, il fut fait prisonnier par des corsaires turcs [de l’islam] qui le retinrent pendant un an. Continuellement déplacé de ville en ville, il en profita pour éclairer, instruire, fortifier les chrétiens restés dans les contrées désormais soumises aux Turcs. Il discutait même avec les infidèles sur l’Économie de l’Incarnation du Fils de Dieu, sur la Vénérable Croix, sur la vénération des icônes. Des chrétiens payèrent sa rançon, et saint Grégoire fut rendu à son peuple, après avoir complété dans sa chair, ce qui manquait aux souffrances du Christ, comme le dit saint Paul. Il était humble et doux --sauf quand il s’agissait de défendre la Vérité– rendait le bien pour le mal, n’admettait jamais de calomnie contre quiconque, secourait les détresses avec grandeur d’âme. Au-dessus de tout désir de jouissance et de vanité, il était pauvre et n’avait rien de superflu, même dans les nécessités de son corps affaibli. Il avait le calme, la paix, la sérénité dans la patience ; toujours attentif, il était plein de sollicitude et de réserve, et, devant le prochain, jamais ses yeux ne restaient sans larmes. Épuisé par une vie remplie d’épreuves, de luttes contre ses propres passions, contre les démons, contre les ennemis de la Foi et de l’Église, accablé par une longue maladie, il rendit son esprit à son Dieu et Créateur, le 27 novembre 1359. De nombreux miracles eurent lieu sur sa tombe. Son ami et disciple Philothée, devenu Patriarche de Constantinople, le canonisa en 1368. Depuis, chaque année, l’Église Orthodoxe célèbre sa mémoire le second Dimanche du Grand Carême. En défendant les moines, saint Grégoire a défendu l’Église contre le rationalisme qui la menaçait. Dieu suscite de grands pilotes quand l’embarcation de Son Église est menacée par la tempête déchaînée de l’hérésie, et Il fait gonfler Ses voiles par le souffle puissant de l’Esprit. C’est en toute justice que nous chantons : « Salut ! Fierté des Pères, Bouche des théologiens, Tente de l’hésychie, Maison de la Sagesse, Sommet des docteurs, Océan du Verbe, Point culminant de la contemplation, Guérisseur des malades. Salut ! Temple de l’Esprit. Salut ! Père qui après ta mort est toujours vivant ! »
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