mardi 1 mars 2011

Vie de Saint Pappa Planas.

VIE DU SAINT PERE NICOLAS PLANAS

( 1885-1932 )

par MARTHE LA MONIALE.

Traduction de Presbytéra Anna.

Editions de la Fraternité Orthodoxe Saint Grégoire Palamas.


Sommaire

Ptéface : « In Memoriam »
Père Ambroise Fontrier. p.1

Introduction
Saint Photios Kondoglou. p.3

Vie du Pappa Planas.
Marthe la Moniale. p.13

Lettres de Marthe la Moniale. p.91

Autres témoignages. p.103


Couverture : Père Timothée Pignot, Hagiographe.



Préface.
«  IN MEMORIAM »


Avant de publier les pages qui suivent sur le Saint Père Nicolas Planas, connu sous le nom de Pappa Planas, « pappas » signifiant « prêtre », nous avons beaucoup hésité , dans la crainte que le style naïf en lequel était conté cette vie ne fît servir à la ridiculiser, & à la laisser incomprise de l'homme d'aujourd'hui, pour qui la simplicité qui caractérisa notre Saint n'est pas une vertu, lors même qu'elle en est une, & des plus difficiles.

Lors d'un passage en Grèce, nous avons vénéré son tombeau, & fait la connaissance de Marthe la Moniale, sa plus ancienne fille spirituelle, qui avait écrit sa vie. C'est alors que nous sommes demandé pourquoi, en dépit de ce monde, priver les fidèles de l'exemple d'une telle Vie En Christ, qui illustre & confirme la présence du Saint Esprit dans l'Eglise.

Quelqu'un disait un jour que nous manquions de penseurs. Nous ne partageons pas, du moins pas complètement, ce jugement. Ce qui manque aujourd'hui, ce sont, bien plutôt, des hommes de l'envergure spirituelle des Apôtres, d'abord simples pêcheurs de Galilée. Notre Saint est de ce type. De tels Saints, Dieu n' a jamais privé son Eglise. Dieu a aussi les siens, & même en plein XXème siècle, il les indique, à ceux qu'Il Voit les chercher. L'humilité aime à se cacher; elle ne fait pas de bruit; elle n'est pas spectaculaire...

Les lignes ci-dessus ont été écrites il y a quelques années, pour présenter dans La Catéchèse Orthodoxe, quelques extraits de la Vie du Saint Père Nicolas Planas. Depuis, Marthe la Moniale a quitté ce monde pour le pays où les Justes reposent, où il n'y a ni maux, ni peines, ni soupirs. Quelques semaines avant sa Mort, nous l'avons visitée, & lui avons promis de publier en Français la Vie de son Père spirituel. En remerciement, elle nous donna quelques objets ayant appartenu au Saint Père Nicolas Planas, dont un ornement liturgique avec lequel il avait longtemps célébré.

Nous sommes heureux aujourd'hui d'accomplir notre promesse. Que le nom du Seigneur soit béni! Que les Prières du Saint Père Nicolas accompagnent le lecteur qui lira, en toute simplicité, ce livre.

Nous cédons la place à l'inoubliable Saint Phtios Kondoglou, le grand iconographe, qui a bien connu le Saint homme, & qui a écrit l'introduction ci-après.

Père Ambroise Fontrier.


Introduction
de Saint Photios Kondoglou.


La bouche toute Sainte & plus que douce, qui n'a dit que la Vérité, a aussi prononcé ces paroles qui donnent le repos au coeur de chaque homme.

«  Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu. Bienheureux les pacificateurs, car ils seront appelés fils de Dieu. » Bienheureux en effet est celui dont il est parlé dans ce petit livre. Bienheureux son auteur; bienheureux le lecteur qui se délectera de sa simplicité bénie. Simple fut l'homme. Simple fut son historienne. Simple doit être le lecteur. Pour ne pas troubler cette harmonie entre le Saint homme, sa pieuse disciple, qui a écrit tout ce qu'elle avait retenu de cette vie agréable à Dieu, & le lecteur, il faut que les trois aient vécu avec simplicité de coeur. Que le coeur mauvais & incrédule s'abstienne d'ouvrir ce livre.

Si l'homme pervers & méchant est épuisant, l'homme bon & pieux est reposant. Le prophète David a dit du premier : « Sous sa langue, il n'y a que malédiction, tromperies & fraudes. » (Psaume 9, 7-8). C'est avec juste raison que les Grecs anciens appelaient l'homme mauvais un « pervers ». Un tel homme n'est pas seulement épuisant pour les autres. Il est lui-même épuisé par ses perversités. Tandis que celui dont l'âme est simple & bonne est reposant. C'est pour cela que le Seigneur a dit ; «  vebez à moi, vous qui êtes chargés & fatigués, & je vous donnerai du repos. ( Matt.11,28). Par ces paroles, il n'a pas appelé auprès de lui que ceux qui étaient fatigués par les afflictions & les malheurs de la vie; mais il a aussi appelé ceux qui étaient chargés & fatigués de vaines connaissances, de vains soucis, & des mensonges qui jettent l'homme dans le désespoir de l'incrédulité.

La conversation de l'homme bon repose & donne la paix; elle est droite, simple, sincère, & notre âme, semblable au voyageur du désert qui se désaltère de l'eau fraîche d'une source, prend plaisir à l'écouter.

Ainsi, reposant & plein de paix est ce livre, écrit par une âme simple, mais remplie de cette sagesse humble que Dieu donne aux hommes qui L'aiment par-dessus tout. Le monde marche «  sur la voie large qui mène à la perdition. ( Matt. 7,13). Ceux qui s'en écartent vivent cachés du monde, méprisés, ridiculisés, mais possédant l'espérance bien heureuse & pleine d'immortalité. C'est pour cela que ce bienheureux Prêtre, dont la vie est ici décrite, a vécu joyeux comme un enfant, malgré les amertumes qui furent les siennes. Il possédait en lui le Saint Esprit que l'on appelle Consolateur. Celui qu'éclaire l'Esprit possède la consolation qui triomphe de toutes les amertumes & fait resplendir les visages. Il accepte avec joie le mépris, la pauvreté, & les privations lui deviennent une richesse. Le mépris se change en honneur, la haine en amour, le désespoir en bienheureuse espérance, la tristesse en joie.

Bénis & bienheureux sont en vérité ceux qui ont vite compris l'amertume qui se cache derrière les joies de ce monde, & qui se sont réfugiés auprès du Christ, qui a proclamé bienheureux les pauvres en esprit, les affligés, les doux, les miséricordieux, les purs de coeur, les pacificateurs.

Les hommes dont la pensée est charnelle les considèrent comme malheureux, méprisés, rejetés, asociables, incultes, arriérés, douloureux. Mais ces bienheureux ont reçu du Seigneur le don merveilleux de transformer le deuil en joie, les larmes en allégresse, & en tout ce que nous avons dit plus haut. En eux s'accomplit le mystère de cet état merveilleux que les Pères appellent «  le deuil joyeux » . Les dons du Saint Esprit sont d'une sublimité telle que l'homme charnel ne peut les comprendre. C'est pourquoi l'on use d'expressions nouvelles, telles que «  deuil joyeux ». Ce sont là les langues nouvelles dont le Christ a dit que tous ceux qui croiraient en lui les parleraient. «  Ils parlèrent des langues nouvelles. » ( Marc 16, 17).

Les hommes de Dieu choquent les impies par la simplicité de leur coeur. Leurs paroles semblent étranges; on les croit vides de sens. L'impie est sans expérience spirituelle, car il n'a pas goûté à la Grâce de Dieu, dont le prophète a dit : « Goûtez & voyez combien le Seigneur est doux. »

Saint Isaac le Syrien écrit bien des choses à propos du deuil joyeux, entre lesquelles ceci : «  L'on ne connaît pas la consolation qui vient des larmes, si ce n'est celui qui a adonné son âme à cette oeuvre. » Et Saint Syméon le Nouveau Théologien : « De toutes les vertus chrétiennes, la première est l'humilité. Elle en est le commencement & le fondement. La seconde, c'est le deuil, & la source des larmes. Sur elle, j'aurais beaucoup à dire, mais je ne trouve pas assez de mots pour m'exprimer comme il le faudrait. C'est un miracle inexprimable! Comment les larmes coulent-elles des yeux & lavent-elles spirituellement l'âme de la souillure du péché? O larmes qui jaillissez de l'illumination divine& me procurez la consolation de Dieu! Par la douceur que je ressens & le désir qui me presse, je répète toujours la même chose : Là où les larmes sont abondantes & la connaissance vraie, là est l'éclat de la lumière divine. Là est la lumière divine. Là est l'empreinte du sceau du Saint Esprit, de qui viennent tous les fruits de la Vie: la beauté, la paix, l'aumône, la douceur, la bonté, la foi, la continence. Des larmes, viennent l'amour pour ses ennemis & la prière en leur faveur; la joie dans les épreuves de faire siens les péchés des autres, & de les pleurer. »

Tous ces dons célestes, le Père Nicolas les avait reçus de Dieu. Tous ces diamants impérissables paraient ce petit vieillard pauvrement vêtu, humble parmi les humbles. Aussi la Grâce Divine l'a habité, selon la parole de l'Ecriture qui dit : «  Sur qui porterai-je mes regards? Sur celui qui est humble & tranquille, & qui tremble à mes paroles. »(IS.66,2).

Quel prince, quel riche, a vécu comme le Père Nicolas, qui n'avait pas même où reposer sa tête? Quel homme glorieux a été aimé autant que lui, qui se cachait pour n'être vu de personne? Quel orateur a été plus éloquent que le Père Nicolas, qui ne savait que balbutier comme un petit enfant? Qui, en vérité, a été plus riche que ce vieillard sanctifié, qui possédait tout & ne gardait jamais un sou dans sa poche?

Il a vécu comme ces hommes bénis dont parle l'Apôtre Paul, « qui n'avaient rien & qui possédaient tout. » Il a cherché tout d'abord le Royaume de Dieu, & tout le reste lui a été donné par surcroît. ( Marc 4, 24). Il ne pouvait garder jusqu'au soir dans sa poche la plus petite pièce de monnaie sans la donner. Car, comme le dit Saint Syméon le Nouveau Théologien, «  Celui qui amasse l'argent ne peut croire en Dieu, ni placer en Lui son espérance. » & cela est bien vrai, car le Christ notre Dieu a dit aussi : «  Là où est votre trésor, là sera aussi votre coeur » ( Matt.6,21).

C'est un grand exemple, bienfaisant pour nos âmes, que la vie d'un tel homme, surtout en nos jours où le péché surabonde, où les hommes se livrent à toutes sortes de dérèglements & sont devenus insensibles. De nos jours obscurs, où la face lumineuse de Dieu est voilée à nos regards, la bonté divine a manifesté l'existence parmi nous d'un « envoyé », qui pars a Vie a affermi notre foi, même s'il n'a pas beaucoup parlé. Cet envoyé a été le Père Nicolas Planas qui ne savait pas lire, & dont la parole était malaisée, contrairement à ceux que le monde appelle « théologiens », qui étudient dans les Universités & sont diplômés des Ecoles.

Un des signes distinctifs de l'Orthodoxie, c'est la simplicité du coeur porteur de la Foi. &, là où se trouve la Foi véritable & inébranlable, là se manifestent tous les charismes spirituels & les dons de Dieu.

Notre Peuple Orthodoxe vit spirituellement de par sa vie liturgique. Ce dont il a besoin, ce n'est pas de théories ni de systèmes philosophiques, mais de Sainteté. Il aime à voir des clercs sanctifiés, même s'ils sont moins instruits que lui. Plus ils sont simples, plus il les respecte & les aime, & va vers eux comme vers un refuge. Le désir du Peuple de voir un Saint de nos jours est tel qu'il suffit qu'un clerc soit seulement vertueux pour qu'il le proclame Saint.

Pour le Chrétien, il n'est pas d'enseignement plus efficacement édifiant que la lecture de la Vie d'un Saint, surtout d'un homme contemporain manifesté comme Saint, sans publicité pourtant, ni tapage officiel. Considéré comme Saint, il apparaissait comme tel par tous ses actes, par toutes ses paroles. Il n'avait aucune idée de sa Sainteté. Il pleurait ses péchés, & tâchait de vivre isolé & caché, «  comme l'oiseau solitaire sur le toit. »

Sa joie, c'était de servir Dieu jour & nuit, de célébrer des liturgies, des vigiles, des vêpres, des offices d'intercession, de bénir des maisons, de porter l'huile aux malades, de prier pour les défunts. Hors cela, il n'y avait pour Père Nicolas ni Vie, ni bonheur, comme le dit David : «  Je voudrais habiter toute ma vie dans la maison du Seigneur, pour contempler Sa magnificence.3 ( Ps. 26,4). Dans sa soif inextinguible de célébrer le Seigneur, il entraînait avec lui, non seulement sa suite d'âmes simples, mais aussi les indifférents, les impénitents, & les amenait au Christ. Sa compagnie, c'étaient ses enfants spirituels, les fils & les filles du Christ, compagnie bénie dont ce vieillard était le centre, le guide, le bon berger. Il faisait paître ses brebis dans les verts pâturages de l'Orthodoxie. Tout le souci de ce vieillard, toute sa préoccupation, c'était le Salut de ses brebis. Il les aimait, car il n'était pas le mercenaire qui abandonne ses brebis & prend la fuite.

Non, ce n'était pas un mercenaire. Toute sa vie, passée sans qu'il eût jamais rien possédé, l'avait assez montré. Il n'avait nulle affaire avec l'argent, comme on l'a déjà dit. Tout ce qu'on lui donnait pour ses liturgies, ou encore pour les services funèbres que sont les Pannhikydes, il ne le prenait d'une main que pour le donner de l'autre. Il ne pensait qu'à soulager ses brebis, & il lui importait peu qu'il eût lui-même faim, soif, qu'il fût fatigué, qu'il eût la gorge desséchée à la suite des milliers de noms qu'il commémorait. De fait, il traînait avec lui, depuis de longues années, des liasses de papiers jaunis sur lesquels étaient inscrits d'innombrables noms de défunts.

Quelle simplicité! Quelle incroyable bonté! Bienheureux les défunts dont les noms furent commémorés par un tel Prêtre!

Voici ce qu'écrit, pour le Père Nicolas, un des plus remarquables poètes grecs contemporains, & parfait Chrétien Orthodoxe, Papadiamanti : «  Parmi les Prêtres, il en est beaucoup qui sont bons & vertueux, tant dans les villes que dans les campagnes. Ce sont des personnages respectables, bienfaisants, populaires. Ils ne prononcent pas de discours, mais ils connaissent une autre manière d'enseigner leur troupeau. Je connais un Prêtre, à Athènes. C'est le plus humble des Prêtres, & le plus simple des hommes. Pour n'importe quel service liturgique, si tu lui donnes une dercahme, ou cinquante sous, ou deux sous, il les accepte. Si tu ne lui donnes rien, il ne demande rien. Pour trois drachmes, il célèbre un service qui dure toute la nuit, - liturgie, complies, vêpres, mâtines, les heures, & le tout dure neuf heures. Si tu lui offres deux drachmes seulement, il ne se plaint pas. Si, avec cette offrande de deux drachmes, on lui apporte des noms de défunts couchés sur un papier, il les gardera pour toujours. Deux ou trois ans durant, il continue de commémorer les me^mes noms. De là qu'à chaque prothèse, avant la liturgie, il mentionne deux à trois mille noms. Il est infatigable. La prothèse peut durer deux heures, la liturgie deux autres. A la fin de la liturgie, tous les pains des offrandes, il les distribue à tous les présents. Il ne garde rien pour lui.

Une fois, il se trouvait devoir une petite somme. Il voulait la rembourser. Il possédait alors dix ou quinze drachmes en menue monnaie. Pendant des heures, il comptait & recomptait sans arriver à trouver la somme due. Il est un peu bègue & pratiquement illettré. Dans les prières, il dit correctement la plupart des noms; mais dans l'Evangile, il fait des fautes. Peut-être direz-vous : Mais pourquoi ce contraste? C'est que les paroles de la Liturgie, contrairement à l'Evangile, il les répète chaque jour. Si même les fautes qu'il commet au cours des lectures sont parfois comiques, nul d'entre les auditeurs ne rit. Nous y sommes habitués. Le Pappa Planas est digne de tout notre amour. Il est simple & vertueux. Il est digne dès lors de la première Béatitude du Sauveur.

Supposez maintenant le même Prêtre sortant d'un séminaire ancien ou moderne. Serait-il meilleur? Il aurait un vernis de quelques lettres médiocres, confuses, peut-être mal assimilées, & il serait en contrepartie rempli d'orgueil & de prétention.

Dans une de ses plus belles «  Chanson de Dieu », Papadiamanti parle encore du Père Nicolas, mais cette fois en indiquant son nom : «  Après trois jours, nous accompagnâmes la petite Koula au tombeau. Les Prêtres & les chantres de profession chantaient selon la coutume, à partir de : «  Bienheureux ceux qui sont intègres dans leur voie. », jusqu'au « Venez, frères, & donnons un dernier baiser au défunt. » Seul, le Père Nicolas le Naxiote semblait chanter l'Office à part. Il le murmurait en lui-même, & les larmes baignaient ses yeux. » Que murmures-tu, petit père? » lui demandai-je par-dessus la stalle où il était appuyé. « - Je récite en moi-même l'office des enfants, » répondit-il. & de fait, à cet être innocent, c'était bien l'office des enfants qui convenait.

Une telle vie, seule une biographe tel que fut la respectable moniale Marthe pouvait l'écrire. Elle avait vieilli aux pieds de Nicolas le Simple. Elle avait vécu dans son prisme. Elle avait été son ombre. Elle n'avait omis ni un froncement secret de sourcils, ni un de ces coups d'oeil rapides, qui passent inaperçus, ni une parole d'importance, ou qui en parût dénuée, ni un mouvement de son père spirituel, dont elle avait tout inscrit profondément dans son âme. Tout ce qu'elle a pu écrire, elle l'a fait à son tour simplement, sans artifice.

Elle est aussi une de ces âmes qui ont vécu dans la crainte & l'amour du Seigneur, comme Anne, la fille de Phanuel. Elle a passé sa vie dans le temple, allumant les cierges qui l'éclairaient, tels des esprits, & elle se réjouissait de l'encens agréable, qui, comme un nuage s'élevait de l'encensoir du Père Nicolas, le Nouveau Syméon.

C'est une bénédiction de Dieu, que de l'avoir encore vivante parmi nous, & d'entendre sa conversation, recueillie, mais combien joyeuse & intelligente. Elle est une poétesse de l'Orthodoxie, sans avoir jamais rien écrit autre que ces notes en mémoire de son Père vénéré, qui sont imprimées dans ce livre. Je lui demande de me pardonner ce que j'écris sur elle.

Gloire à Dieu de ce qu'on trouve encore des âmes humbles, qui aiment le service de Dieu, & qui vivent en s'abreuvant à la source inépuisable de notre Orthodoxie.

Bienheureux ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la Loi du Seigneur. Heureux ceux qui méditent Ses préceptes, & qui Le cherchent de tout leur coeur.




LA VIE DU PERE NICOLAS PLANAS.

Ce Prêtre pieux & admirable, que l'on appelait communément « Pappa Planas », de Pappas, en Grec, qui signifie Prêtre, est né à Naxos. Ses parents étaient aisés. Ils possédaient des terres, &, dans leur propriété se dressait une chapelle dédiée à Saint Nicolas. Enfant, il y allait à toute heure, se revêtait d'un drap, & chantait tout ce qu'il savait. Un passant, un soir, entendit sa psalmodie, &, poussé par une bien naturelle curiosité, il descendit de sa monture pour voir ce qui se passait. & il vit le futur Père Nicolas, petit enfant, chanter des psaumes.

Le Père Nicolas racontait souvent des anecdotes de son enfance. Il nous contait qu'un soir d'hiver, alors que la famille était rassemblée près de l'âtre & se chauffait, il dit soudain à son père : «  Père, en cet instant notre bateau, l'Annonciation, fait naufrage au large de la ville. Son père, effrayé, dit à sa mère : « Femme, que dit l'enfant? » Et en effet, à l'heure dite, le bateau avait bien fait naufrage.
Mais, pour cacher son saint charisme de clairvoyant, l'enfant ajoutait que tous les petits enfants possédaient le don prophétique de voir à l'avance ou la clairvoyance permettant de voir au loin ce qui s'y passait.



SON ORDINATION.


Son père mourut jeune, le laissant orphelin à quatorze ans. Sa mère le prit & partit avec lui à Athènes. Elle le maria à l'âge de dix-sept ans. Il vécut peu de Temps avec sa jeune femme, qui mourut lui laissant un fils. Il fut ordonné Diacre le 28 juillet 1879. Il fut fait Prêtre cinq ans après, en 1884. Après son ordination, il partagea l'héritage paternel avec sa soeur. Un de ses compatriotes, menacé de faillite, le supplia de l'aider. Pour sauver son ami, le Père Nicolas se porta garant pour lui. Il en perdit son héritage, mais gagna de trouver la paix. Délivré des soucis de ce monde, en pleine ville agitée d'Athènes, il se livra corps & âme à la vie des grands ascètes du Désert.




LA VISION DE SAINT PANTéLéIMON.



Au commencement, il fut nommé Prêtre en l'église de Saint Pantéléimon, dans le quartier dit du « Nouveau Monde ». Sa paroisse comptait au départ treize familles. Au cours de son service, un Prêtre sans paroisse le visita & lui demanda à concélébrer avec lui. De toute son âme, le papa Planas accepta, car il était simple & bon. Mais le « confrère » alla ensuite trouver le conseil de paroisse & s'entendit avec ses membres pour faire chasser le Père Nicolas. Le Père fut donc chassé de sa propre paroisse, & envoyée dans une autre paroisse, formée de huit familles, dite Saint Jean le Chasseur. Son traitement consistait en un morceau de viande pour le Carnaval, et un pour Noël. Mais cela ne lui faisait rien, car il avait fait du jeûne sa règle. Il lui suffisait d'avoir une église pour y célébrer.

Mais son renvoi de Saint Pantéléimon avait beaucoup affligé son âme. Un soir qu'il avait quitté sa nouvelle paroisse de Saint Jean pour rentrer chez lui, il pleurait en chemin. Le lieu était désert. Tout-à-coup, il vit un jeune homme lui dire : «  Pourquoi pleures-tu, «  papouli? - ce qui est dire « petit Père ». « Je pleur, mon enfant, parce qu'on m'a chassé de Saint Pantéléimon. - Ne t'en afflige pas, papouli. Je serai toujours avec toi.- Mais qui es-tu, mon enfant. - Je suis Pantéléimon, j'habite le nouveau Monde. » & aussitôt, il disparut. Cette vision, le Père Nicolas l'a racontée, telle quelle, à une de ses filles spirituelles.

Dès lors, chaque année, pour la fête de Saint Pantéléimon, il se rendait à l'église du Saint pour y célébrer l'office toute la nuit entière. Une année, il était malade ce jour là, & avait beaucoup de fièvre. Ses proches voulaient l'empêcher de célébrer l'office toute la nuit. Mais lui, dans son amour ardent pour le Saint, alla malgré tout à l'église.
« La nuit, après la litie, épuisé, » raconta-t-il par la suite, « je me suis appuyé sur le bord de l'autel. &, dans le feu de la fièvre, je vis devant moi le Saint, jeune d'allure, tenant à la main une coupe emplie d'un remède. «  Bois, papouli, » me dit-il, «  & tu guériras. » Je la pris de ses mains, & la bus. La fièvre me quitta aussitôt & je fus soudain complètement guéri. Durant toute la semaine, je gardai dans la bouche la douceur de ce miraculeux breuvage. Je considérai alors comme une ingratitude, un péché de garder le silence. Je sortis alors des portes royales & je parlai aux fidèles : «  Mes enfants », dis-je, « j'étais très malade, ce soir. Saint Pantéléimon vient à l'instant de me donner un remède. Je l'ai bu, & me voici guéri. » Tous crurent ses paroles, s'agenouillèrent, & glorifièrent le Saint.


SES LITURGIES.

Durant cinquante années consécutives, il célébra chaque jour la liturgie, qui durait de huit heures du matin à trois heures de l'après-midi, par tous les temps, & quelles que fussent les circonstances. Même lors de l'occupation des anglo-français en 1917, il n'interrompit pas le cours de ses liturgies. Dans les chapelles des rues étroites de l'Acropole, brûlantes sous l'ardeur du soleil de juillet, en plein midi, il célébrait dans des églises qui n'avaient qu'une porte, par où pénétrait le soleil; ses vêtements liturgiques dégoulinaient de la sueur ruisselante du véritable ouvrier de la vigne du Seigneur qu'il était.



SES JeûNES.


Il ne mangeait que le soir ; durant les carêmes, il ne prenait même pas d'huile.

Pour la fête de la Croix, il commençait le jeûne le premier septembre, & le poursuivait jusqu'au quatorze du même mois. Pour les Saints Archanges, en novembre, il jeûnait les huit premiers jours du mois. Lors des grandes fêtes, il chantait l'office de consolation, jusqu'au temps du renvoi.

En tant que père confesseur, sur l'abstinence des jeûnes il n'était point exigeant pour les autres, mais il l'était pour lui-même, se soumettant aux jeûnes les plus sévères. Un jour que nous étions venus lui apporter quelques chocolats, nous l'assurions qu'il pouvait sans peine les consommer en carême. Il n'était pas de cet avis. Il les prit, mais, après qu'il eut constaté qu'ils n'étaient pas carêmiques : «  Reprenez-les », dit-il, «  ce sera plus sûr ».


SES « FACTURES » & SES « CONTRATS »


Des heures durant, il commémorait tous & toutes à la proscomédie. D'abord venaient les défunts, les Patriarches, les Métroplites, les Prêtres, les Diacres, puis les Fidèles, habitants de Naxos & d'Athènes. Les noms qui lui étaient remis un jour, il les commémorait durant des mois & des mois. Désireux de lui épargner cette peine, & pour écourter ces litanies interminables, ses enfants spirituels venaient à son insu lui prendre, pour les déchirer, les vieux dyptiques qu'il traînait avec lui en quelque église qu'il allât. C'est à cet effet d'ailleurs qu'il les serrait dans deux grands linges qu'il nouait en formes de besaces, qu'il plaçait sur son coeur, au risque d'étouffer. & lorsqu'enfin de retour chez lui, vers cinq heures du soir, il parvenait à se défaire du fardeau de ces deux besaces, qui lui pesaient sur la poitrine - &, outre ces deux sacs, il avait encore une petite boîte qui renfermait de Saintes Reliques -, nous lui demandions : «  Qu'est-ce donc que ces deux besaces? », « -Mes factures », répondait-il, « & mes contrats. »

Il avait cette simplicité extrême qui ne se rencontre point hors de la petite enfance. & cependant, c'était le même être qui faisait des réponses plus pertinentes qu'un philosophe.

On lui disait parfois : «  Mais n'êtes-vous pas fatigué, père? Quand donc prendrez-vous quelque repos? » Avec une grande humilité, croisant les mains ; «  Je chanterai tant que je vivrai » répondait-il, citant le verset du Psaume 103, & je chanterai mon Dieu.

Il n'était point de ces bavards qui jacassent à tort & à travers. Un autre lui faisait cette question :  «  Mais pourquoi donc restez-vous si longtemps dans l'église? » « - Quand tu ouvres ta boutique, n'y restes-tu pas tout le jour? L'Eglise est pour moi la même chose. »

Comme il célébrait tous les jours, il changeait souvent d'église, mais il avait quelque préférence pour celle du Prophète Elisée de la rue Aréos, qui n'existe plus aujourd'hui. Des mains impies l'ont abattue, sans songer que, telle un vivier d'Ames Saintes, elle fournissait aux Monastères de la Sainte Montagne & de toute la Grèce des hommes vertueux, &, aux couvents de femmes, de pieuses Moniales. Les offices qui se célébraient là duraient la nuit entière, avec des chantres de premier ordre, tel le poète Alexandre Papadiamanti, - celui-là même qui, dans ses « chansons de Dieu », célèbre cet ouvrier digne du sacerdoce & de la vigne du Seigneur que fut le Père Nicolas-, comme aussi l'écrivain Alexandre Moraïtidi qui, plus tard, devint Moine, sous le nom d'Andronikos. Toute la nuit le Père Nicolas veillait avec eux, & avec l'inoubliable Pappa Antoni, le Prêtre de Saint Nicolas des Pencades. Le Père Nicolas arrivait le soir, à neuf heures et demie, lorsqu'il avait pris un peu de repos après la liturgie du jour. A peine était-il entré dans l'église, qu'on se bousculait pour l'y recevoir. C'était à qui lui baiserait les mains, la soutane, la tête même, car il était de petite taille. Quelles vigiles inoubliables! & comme le Pappa Planas aimait cette église du Prophète Elysée! C'était là qu'il se tenait le plus souvent; il fallait une fête pour qu'il célébrât dans sa paroisse.


LA VISION DE L'AVOCAT.


Un avocat nommé Dallas, originaire d'Athènes, le révérait à l'égal d'un Saint. A une époque donnée, la famille de l'homme de loi s'en fut en Allemagne. Peu après, l'avocat reçut des siens une lettre désagréable. Il en conçut un si vif chagrin que, dans son désarroi, il ne pouvait plus trouver le sommeil. Aussi songea-t-il à se rendre à Saint Jean. Là-bas, il en avait la certitude, il trouverait le Pappa Nicolas occupé à veiller.

Il y alla donc, & se haussa jusqu'à la fenêtre de l'église pour regarder à l'intérieur. & là, que vit-il? Pappa Nicolas assis sur le banc avec, à sa droite, vêtu d'une tunique de peau, un homme maigre, d'apparence ascétique, en tous points semblable à Saint Jean Baptiste, dit Saint Jean le Précurseur.

Stupéfait, il courut chez Madame Simina, la sacristaine.
«  Réveille-toi », lui dit-il, « & ouvre-moi la porte, que je puisse rejoindre le Geronda » - ce qui est dire l'Ancien. Mais, s'étonna-t-elle, le Geronda n'est pas ici ce soir! - Que dis-tu là? Je viens de le voir dans l'église. Laisse-moi entrer, je voudrais le voir. » Elle ouvrit la porte; il entra, & resta cloué sur place : Dans l'église, il n'y avait personne...

Par la suite, c'était toujours avec la même stupeur que l'avocat racontait l'histoire de sa vision.



LE ChâTIMENT DE LA SACRISTAINE.


Il s'était naguère trouvé à l'église Saint Jean une jeune sacristaine, Marie, que le Malin tourmentait au point de lui faire depuis longtemps concevoir de l'aversion à l'endroit du géronda. Un jour que le Prêtre entrait dans l'église, elle fit à son adresse un geste insultant. Lui, pourtant, ne parut pas même s'en apercevoir. Cette nuit-là, la sacristaine fit un rêve. Saint Jean lui apparut & lui dit: «  Que t'a fait mon serviteur, pour que tu l'insultes de la sorte? » Là-dessus, il lui administra un soufflet, dont, au matin, elle portait encore la marque...Lorsqu'elle s'éveilla, sa joue était noire.

Le lendemain, quand le Prêtre vint à l'église comme chaque jour, la sacristaine courut à sa rencontre &, se jetant à ses pieds, implora son pardon, le conjurant aussi de lui piétiner les mains. Mais lui, toujours doux & paisible, s'écartait pour n'en rien faire. Elle criait : « Piétine-les, mon Père! » Dans sa simplicité, il demandait : «  mais pourquoi les piétinerais-je? »

Cela dura assez de Temps, lui refusant, elle inistant toujours. Il lui pardonna de bon coeur cet incident auquel il n'avait pas voulu prendre garde.

Peu après cette vision, la sacristaine se fit Moniale, & reçut le nom de Matrone.



SA PATIENCE & SA LONGANIMITé.


Sa patience, sa longanimité étaient sans limites.

Il avait, pour l'assister, un chantre, qui le suivait partout afin de psalmodier, lorsque personne d'autre n'était là pour le faire. Son nom était Michel.

Bien qu'il aimât le Père Nicolas, il le persécutait & l'assourdissait de ses glapissements.

Les jours de gel ou de neige, lorsque tous les petits vieux se serraient frileusement près de leurs poêles, il fallait encore que ce Michel se trouvât à ses côtés dans l'église. Il frappait dans les paumes de ses mains pour les réchauffer &, au Père Nicoals qui commémorait longuement les fidèles, il criait : «  Allez, viens Pappa-a-a-a-a! Allons, tu fais tout pour arracher les Morts à l'Enfer, & pour nous enterrer de froid! »

& de plus belle, il battait des mains & des pieds pour se réchauffer, tandis qu'au dehors la neige continuait de tomber...

Une autre fois – c'était en été-, il célébrait à l'Institut du boulevard du roi Georges, qui abritait une petite église dédiée à Sainte Anne. Là, au sortir de la liturgie, sur le coup de trois heures de l'après-midi, le Géronda s'était assis en plein air devant l'église, sur un siège de fortune, & il s'était endormi. Sous prétexte alors de lui témoigner sa sollicitude, Michel accourut, le heurta brutalement, & bouscula sa chaise en vociférant : «  Tu vas prendre froid, Pappa. »

De fait, il avait bu, comme il faisait toujours à la première occasion, dès la fin de la liturgie.

Ces réveils en sursaut étaient toujours, pour le Père Nicolas qui était si fatigué, une cause d'effroi pénible. Mais, avec son humilité qui n'était pas feinte, il nous dit : «  Ne le grondez pas. Il m'aime, mais il ne le montre qu'à sa manière. » Ces paroles nous confondirent,& nous ne sûmes que répondre.

Quoique les petits enfants eux-mêmes ont aussi leurs humeurs, & leur égoïsme propre, lui n'avait jamais su ce qu'était que l'égoïsme. Non plus que la colère. Une seule chose l'attristait, c'était qu'on l'interrompît dans sa prière. Son visage,alors, s'assombrissait.

Il arriva que ce même Michel ne lui permit pas, après la liturgie, de faire un office d'intercession, (- la paraclèse), à la Mère de Dieu. Tout ce jour, lors, le Pappa garda un air sombre, cependant qu'en lui-même il se répétait : «  Et dire qu'il ne m'a pas laissé faire la paraclèse ! »

Lorsqu'un jour, à Saint Jean, une querelle éclata entre les marguilliers, il se cacha au fond du sanctuaire pour ne pas y prendre part.
Un autre jour, à l'heure de la sieste, il conseillait à une de ses filles spirituelles une méthode pour retenir sa colère :  « crois-tu, mon enfant, lui disait-il, que je ne sais point parler moi aussi? Je sais parler, mais je songe aux suites malheureuses qu'auraient mes paroles, & alors je me tais. »


LE CALENDRIER.


Un jour, Panaghiotis Tonis, le chantre des grandes vigiles, lui fit cette question : «  Pour quel calendrier es-tu donc, Père? »  « Par conviction, répondit le Pappa Nicolas, pour l'Ancien; & par contrainte, pour le nouveau. »

La réponse ne parut pas satisfaire le chantre, qui s'en alla.

Le Pappa Planas resta néanmoins fidèle à l'Ancien Calendrier en actes comme en paroles, ce qui lui valut des ennuis avec la hiérarchie officielle. Il fut même convoqué par l'Archevêque Chrysostome Papadopoulos. Voici comment l'évêque Germanos rapportait cette étonnante entrevue : Convoqué par l'Archevêque, Pappa Nicolas se faisait de plus en plus inquiet, &, comme un enfant s'effrayait d'avoir à le rencontrer. Il ne cessait de répéter : «  Que me veut-il? Que peut-il bien me vouloir? » Quand il se rendit chez l'Archevêque, l'on eût dit un élève envoyé au bureau du proviseur. Etant un être d'une douceur exemplaire, Pappa Nicolas détestait ce genre de comparution. Il n'aimait pas non plus se trouver mêlé à des querelles. Quoi qu'il en soit, quand il entra dans le bureau de l'Archevêque, celui-ci se leva pour l'accueillir, le reçut trèe aimablement, & lui offrit un siège. Pappa Nicolas prit place, toujours sur les charbons ardents. L' air grave, l'Archevêque commença :  « Père Nicolas, nous avons pour toi, tu le sais, beaucoup d'amour & de respect. Toutefois, j'entends dire que tu es un Ancien Calendariste & que, nonobstant les décisions de l'Encyclique de notre Saint Synode, tu célèbres les fêtes de l'Eglise selon l'ancien comput & non selon le calendrier coriigé de la récente réforme? » Alors, dans sa candeur d'enfant : » Oh! Seulement la nuit, Monseigneur! Seulement la nuit! » répondit le Pappa Nicolas. Réponse qui laissa l'Archevêque pantois.



LeçON AU COCHER.



Il prit une fois un fiacre pour se rendre à Saint Jean, ssa paroisse. L'on atteignait les Portes d'Adrien, lors, pou je ne sais quelle faute commise par le cheval, le cocher se mit à jurer.

Le Prêtre lui dit aussitôt : «  Arrête-toi, mon fils, que je descende », & lui paya le prix convenu pour la course. «  Mais je ne t'ai pas conduit jusqu'à ton église », dit le cocher.  « Je le sais, mon fils, mais je ne puis rester dans ton fiacre, parce que tu insultes Celui que je sers. »

Le cocher embarrassé ne sut que répndre. & qui sait s'il jura de nouveau...


LA VISION D'UN GARçONNET.


Mme K.M se rendit un jour, avec son enfant, à l'église du Prophète Elysée, où célébrait le Père Nicolas.

Durant toute la liturgie, l'enfant était dans le sanctuaire. Tout-à-coup, sa mère le vit sortir, blême, & courir à elle, disant : «  Maman! Le Père Nicolas est comme ça au-dessus du sol! «  & il montrait de sa main la moitié d'un mètre.

L'enfant n'ayant que huit ans, sa mère lui dit : «  N'aie pas peur, mon enfant. Tous les Prêtres, quand ils célèbrent, s'élèvent au dessus de la terre ».

L'enfant la crut & se calma. Durant ce Temps, de fait, le Pappa Plans était bien en lévitation, à cinquante centimètres au-dessus du sol.


LA LUMIERE AU-DESSUS DE SA TÊTE.


Il voulut un jour aller célébrer la fête annuelle d'une paroisse, le 8 juin, jour des Saints Théodores, dans la petite église des champs du Vieux Phalère, dédiée aux Saints Théodore.

La veille au soir, il se rendit dans une famille amie, une famille très pieuse, pour y dormir, afin de pouvoir être de très bonne heure le lendemain à l'église. Il se coucha très tôt dans la chambre qu'on lui avait réservée, cependant qu'à l'autre bout de la maison l'on installait son chantre, soeur Victoria, une âme sanctifiée.

Afin d'être libre le lendemain d'accompagner le Père Nicolas à l'église, la maîtresse de maison prépara le repas dès le soir. Pendant qu'elle cuisinait les fenêtres ouvertes – c'était l'été-, elle vit une lumière venir du plafond, aller par les fenêtres jusqu'à la tête du Père Nicolas, puis sur celle de son chantre, & revenir sur le Père Nicolas.

Effrayée, elle appela son époux, s'écriant :  « Photi, viens voir! ». Voyant tous deux le phénomène, les époux se signèrent. Avec beaucoup d'émotion, le matin, en nous accompagnant à l'église, la dame nous raconta la chose. Le Père Nicolas ne sut jamais qu'elle l'avait vu dans la Lumière.


PAPOULI, N'ETEINS PAS LA LUMIERE...


Une jeune fille, qui plus tard devait devenir sa bru, hébergeait un vieillard indigent, malade, & abandonné. Le Père Nicolas le visitait deux fois par semaine, & l'avait, en somme, pris en charge.

Un soir que le soleil s'était déjà couché, la jeune fille sortit sur son balcon. Elle vit de loin une lumière. La nuit tombait, & elle ne put discerner exactement ce que c'était. Peut-être la lanterne d'un fiacre? - Cela se passait en effet il y a cinquante ans d'ici-. Quand la lumière fut proche, elle reconnut le Père Nicolas, précédé de la lumière. Il pénétra dans la cour. La jeune fille sortit & lui cria : « Papouli, n'éteins pas la lumière, je vais descendre pour y allumer ma lampe. » «  Mais, mon enfant » repartit-il, «  je n'ai pas de lumière! »  «  -Mais, moi, je t'ai vu venir de loin avec la lumière! » « -Non, non, mon enfant », répéta-t-il, «  je n'ai pas de lumière. »

Chose inexplicable pour les incrédules, & pour tous ceux qui n'ont pas connu le Père Nicolas & la Grâce qui était en lui...Pappa Planas avait vu la Lumière Incréée du Christ, & il advenait qu'il marchât dans la Lumière.


SON DéTACHEMENT.


Quelle que fût la tâche dont il s'acquittait, le Pappa Planas ne demandait pas le moindre argent ; car, il avait des biens matériels un mépris sans égal.

Un jour, alors qu'il lisait un office d'intercession à
l'intention d'un dénommé Georges Stellas, ce dernier tint à lui témoigner sa reconnaissance; il lui remit donc une enveloppe cachetée, dans laquelle il avait glissé une somme coquette. Mais le Pappa Planas ne la prit que pour la donner aussitôt à une pauvre femme qui se tenait là dans l'église. Il n'avait pas seulement cherché à l'ouvrir. Le donateur était estomaqué, en proie à la plus grande perplexité. «  Ah! » s'exclama-t-il, «  quand je pense que cet homme béni n'a pas même jeté un regard sur ce que je lui donnais! »



JE NE VEUX PAS D'ARGENT.
TA BENEDICTION ME SUFFIT.


Le Père Nicolas tenait une de ses filles en estime particulière; aussi n'était-il pas rare qu'il lui fît des confidences. Un jour – c'était durant ces heures chaudes de l'après-midi, pleines de paix & de sérénité – il lui avoua qu'il s'était trouvé jusqu'à onze familles de veuves & d'orphelins auxquelles il versait des pensions; il ne se cacha point de l'avoir fait aussi pour de très jeunes veuves, cer, disait-il, la misère pousse à la perdition. Des années durant, il continuait de verser ces sommes, & il nous arriva de voir leurs enfants devenus grands – ils pouvaient bien avoir près de quatorze ou quinze ans- venir à l'église pour y chercher leur subsistance.

De fait, il lui passait beaucoup d'argent entre les mains, qu'il redistribuait tout aussitôt en aumônes. Il n'était pas jusqu'aux jeunes Diacres auxquels il n'offrît des études. Que de fois ne se trouva-t-il pas sans le sou. Mais il n'y prenait garde.

C'est ainsi qu'il emprunta quelque jour un fiacre pour se rendre dans une maison qu'il devait visiter. Lorsqu' arrivé à destination, il voulut payer, il sortit sa petite sacoche de toile bise pour y chercher de l'argent, fouilla, fouilla encore, mais n'y put rien trouver. Il se trouva fort gêné.

«  Mais, lui demanda le cocher, ne serais-tu pas le Prêtre de Saint Jean, le Pappa Nicolas? » « -Oui, mon enfant, c'est bien moi. » « Eh! » fit l'autre, » en ce cas, je ne veux pas d'argent, ta bénédiction me suffit! »

Il lui advint un jour de monter à Saint Jean dans une voiture de transport public pour aller en ville. Il était accompagné de ses enfants spirituels. Ceux-ci coururent acheter leur billet. Mais le contrôleur les arrêta. «  Non, » dit-il, «  le propriétaire de la compagnie m'a défendu de prendre de l'argent au Pappa Nicolas ou aux membres de sa compagnie, s'ils montaient en voiture ». Pour le Pappa Nicolas, dont la notoriété passait loin au-delà des portes de sa paroisse, tout était souvent acquitté d'avance.

Le Père Nicolas sortait un dimanche d'une maison afin de se rendre à Saint Jean. En face, à quelques pas de là, se trouvait une station de taxis. Quand les chauffeurs l'aperçurent, tous, d'un même élan, s'abattirent sur lui comme une nuée : C'était à qui reviendrait l'honneur de le conduire. Lorsque l'un d'eux, enfin, l'eut emporté, les passants s'enquirent auprès des autres de ce qui causait tout ce beau tumulte.

« C'est », leur répondirent-ils, «  une chose bien connue des chauffeurs que si l'un de nous prend le Père dans son taxi, il en reçoit beaucoup de profit dans son travail, car il le couvre de sa bénédiction. » La même chose se produisait encore devant l'église du Prophète Elysée. & l'on était bien loin alors des gestes d'insultes dont l'on voyait ailleurs,& dont l'on voit encore dans la rue les prêtres salis.



UNE DAME LE MET A L'EPREUVE.


Une dame, de celles qui éprouvent la tentation diabolique d'éprouver les Saints, & trouvant toujours prétexte à médire des Prêtres, en tendit parler des vertus du Père Nicolas, & décida de le mettre à l'épreuve. Elle vint un jour à l'église, & lui dit: «  Père, tu viendras chez moi, pour me faire une quarantaine de jours de prières, car j'ai beaucoup de revers de famille. Je t'attendrai tous les après-midis. » «  Avec joie, mon enfant », fut la réponse.

Il prit l'adresse & s'y rendit dès le lendemain. Il fit l'office d'intercession. A la fin, la dame lui donna la somme dérisoire de dix sous qu'il accepta, sans rien dire. «  A demain », lui dit-elle. «  Avec joie », répondit-il. & il repartit.

Le lendemain, il revint, épuisé de fatigue, comme toujours, pour ce qu'il se faisait vieux déjà. IL célébra le même office, & reçut encore dix sous. Simple & innocent comme il l'était, il les accepta.

Ce jeu dura quarante jours. A la fin cette femme mauvaise se jeta à ses pieds, contrite, lui demanda pardon, & lui dit :  «  Tu es le Prêtre-modèle de la patience & du devoir! »


IL BOIT DU POISON SANS DOMMAGE.


A une époque où il était épuisé par les vigiles & les longues liturgies qu'il célébrait sans presque discontinuer, un de ses fils spirituels, un jeune pharmacien, lui prépara un fortifiant : un vin de différents toniques, mêlé d'une certaine dose d'arsenic. Il devait chaque soir en boire la faible dose d'un petit verre à liqueur. Les sien s'étaient chargés de lui administrer le remède.

Deux jours s'étaient à peine passés depuis qu'il avait reçu cette bouteille, lorsqu'un matin il se leva très tôt pour aller célébrer la liturgie. Dans sa prière – il priait dès qu'il ouvrait les yeux-, par distraction, au lieu de prendre la bouteille de vin pour en remplir le calice, il prit celle qui contenait le remède. Il se rendit à l'église, célébra la liturgie, & consomma le tout. Se trouvant en parfait état, il rentra chez lui.

Quand on voulut lui donner son remède, on chercha partout la bouteille sans la trouver. Voyant l'inquiétude de son entourage, il la sortit de sa poche avec son étiquette. Ce que voyant, tous furent vivement troublés. Ils s'inquiétèrent : «  Ne sens-tu rien? » «  Ne vous en faites pas », leur répondit-il. « Le Seigneur n'a-t-il pas dit : Si même vous buvez un poison mortel, il ne vous fera aucun mal? »

Tout au contraire, il avait trouvé bien doux le remède amer. 


LA GUERISON DU PERE DIMITRI.


Nous évoquerons maintenant l'un de ses miracles, & cela pour la Gloire de Dieu!

Un jour de fête, un Prêtre de la région de Marathon s'en revenait chez lui. Dès qu'il fut entré, il commença, très gêné, à tirailler ses manches avec insistance, comme pour se défaire de quelque chose qui le gênait. Sa femme lui demanda ce qu'il avait. En proie au délire, il lui raconta qu'en route, alors qu'il revenait, des malfrats l'avaient arrêté & chargé de chaînes. &il tentait, pendant son récit, de se défaire de ses chaînes imaginaires! On l'amena sur-le-champ dans une clinique de la capitale. La science décréta que cela provenait d'un empoisonnement du sang, à la suite d'une longue insomnie...Il y demeura quarante jours, & son état ne fit que s'aggraver. On décida alors de le mener à l'église de Pappa Nicolas, ce petit hâvre tranquille où se réfugiaient les âmes que ballottaient les vagues déchaînées de la vie. On l'y porta un soir. Une longue vigile durant, un office devait être célébré à son intention. Deux personnes l'accompagnèrent pour le maintenir tranquille: Sa femme, & son fils de dix-neuf ans.

Lorsque la « synodie » - ce qui est dire la compagnie, du
Père Nicolas, composée de cinq à six personnes, le vit, elle prit peur. Enfin, on commença l'office. Le père Dimitri fit beaucoup de bruit ; il voulait monter sur les stalles, sortir en courant par la fenêtre, laquelle était heureusement grillagée de barreaux de fer. Il voulait encore quitter sa place
pour aller battre les religieuses qui chantaient. Son fils menaçait de l'attacher avec une corde qu'il tenait à la main. Sa femme le sermonnait en vain. Il répondait : «  Je veux tuer le Prêtre! & je veux brûler ces femmes! » hurlait-il, vociférant, en désignant les moniales qui chantaient. Il était véritablement possédé du Diable. Au bout d'un moment, il échappa à sa garde & intrusa le choeur où les soeurs chantaient avec le Père Nicolas. Curieusement, le prêtre malade se mit à chanter avec beaucoup de contrition le tropaire de Saint Nicolas qui n'était pas de mise à ce moment là. Mais le Père Nicolas dit au soeurs : «  Ne l'interrompez pas, laissez-le le chanter en entier. »

Puis, il retourna à sa place, où il demeura calmement. Puis, lorsque le jour se leva, paisible, il déclara qu'il était guéri, & qu'il allait dormir, dormir longtemps, car il y avait quarante jours qu'il n'avait quasiment pas dormi. Il faisait peur à voir, par suite de son insomnie; Ses yeux rouges & gonflés lui donnaient l'air sauvage. Il rentra chez lui, dormit trente heures, & se réveilla en parfaite santé.

Dans la semaine qui suivit sa guérison, il alla à l'église du Prophète Elysée, & participas comme chantre à la liturgie du Père Nicolas. Les soeurs eurent peine à retenir leurs larmes, & allèrent, après la liturgie, lui baiser la main.

Quand ce Prêtre venait à Athènes, il se rendait d'abord chez le Père Nicolas, recevait avec gratitude sa bénédiction, puis, & alors seulement, il allait à ses affaires.

Combien de miracles le Père Nicolas a-t-il encore à son actif! Mais je les tairai, de crainte de passer pour bavarde.


APPARITIONS DE SAINT JEAN & DE SAINT PANTELEIMON.


Au cours de l'année 1923, l'un de ses enfants spirituels qu'il chérissait tout particulièrement , (– au reste, c'était un homme débordant de santé, & qui manifestait toujours une activité débordante-), se trouva être atteint d'une typhite. Il n'en eut bientôt plus que pour huit jours à vivre. Ce peu de jours-là, l'on eût dit que le Père Nicolas faisait descendre le Ciel sur la terre, tant l'on sentait, montant de son coeur, monter la Prière, droite, brûlante, ininterrompue? IL suppliait que vécût son enfant bien-aimé.

Mais, un soir, il rentra chez lui, l'air abattu, la mine défaite : «  Elie va mourir », annonça-t-il péniblement aux siens. Saint Jean & Saint Pantéléimon me l'ont dit. »

Et c'est vérité que son enfant bien-aimé s'en alla, celui qu'il ne saluait jamais que dans une étreinte.

Trois mois se passèrent avant que la soeur du Mort, dont la douleur ne peut se peindre, fût en état de demander au Père Nicolas une description plus détaillée de sa vision.

« C'était, » lui dit-il, à l'heure où je célébrais. Tout-à-coup, face à moi, derrière la Sainte Table, je vis Saint Jean & Saint Pantéléimon. « - Nous avons transmis ta requête au Christ notre Maître, » m'expliquèrent-ils, mais il nous a répondu qu'il ne se pouvait faire qu'il ne mourût point. Ils ajoutèrent à cela qu'ainsi en avait disposé Dieu Très Haut. »

Et nous, nous hochâmes la tête, quelque peu consolés.


APPARITION D'UN ANGE.


Une autre fois, alors qu'il n'était pas encore très vieux, il se mit en route, seul, pour se rendre à une chapelle perdue dans la brousse de Péristéri, où devait avoir lieu un office. Au bout d'un moment, cependant, il s'égara, & s'engagea dans les champs sur des sentiers, sans savoir où il allait. Embarrassé, il avançait en Priant. Tout-à-coup, un jeune homme surgit devant lui, & lui dit : «  Tu as perdu ton chemin, Papouli? Je vais te guider.

Le Père Nicolas suivit le jeune homme, & tous deux arrivèrent à l'église. Ici, c'est le Père Nicolas qui raconte : « Dès que nous fûmes devant la porte, & que je me retournai pour le remercier, il resplendit d'une Lumière éclatante, &, tout-à-coup, disparut. »


DANS LE MONDE, LOIN DU MONDE.


Lorsque la liturgie avait pris fin, - c'était ordinairement aux alentours de deux, trois heures de l'après-midi, car il fallait dire une kyrielle d'offices d'intercession, & commémorer une litanie interminable de noms, ce qui doublait toujours le Temps de l'office-, l'excès de fatigue faisait ressembler le Père Nicolas à une loque. Aussi, quand il fallait encore visiter de proches amis, prenait-il quelque repos dans un fauteuil, où il ne tardait pas à s'endormir.

Autour de lui cependant, tout son monde qui, à cette heure, se trouvait assemblé là devisait politique, & l'on échangeait mutuellement des opinions.

Or, un jour, il arriva que l'on prit aussi l'avis du Père Nicolas : «  Et vous, mon Père, avez-vous entendu ce que nous disions à l'instant. Qu'en pensez-vous? »

Et, bien qu'il lui en coûtât de s'arracher aux profondes pensées où il était plongé, il ne voulait point les décevoir, & s'efforça de parler à son tour. Nous l'entendîmes nous demander alors : » Bien. Qui donc nous gouverne à présent? » Car il ignorait jusqu'au nom du premier ministre. Quelle curieuse façon avait-l de se mettre au fait des affaires du monde! Aussi, ce jour-là, tous ceux qui se trouvaient à ses côtés lui caressèrent-ils la tête, & lui baisèrent-ils les mains, tout en le laissant replonger dans son hésychia.

Toutefois, quand il sortait de chez nous pour aller à l'église, les femmes du voisinage, en signe de respect, se signaient sur son passage, & les passants, dans leur vénération pour lui, suspendaient leur marche. Ne voyez-vous pas le zèle que les gens mettent à chercher un Prêtre vertueux, si quelque part il en surgit un? Sur-le-champ, ils s'enquièrent de l'endroit où il prêche, du lieu où il célèbre la liturgie, tant est grande leur hâte d'aller l'entendre.


QUEL IL ETAIT AVEC LES RICHES & AVEC LES PAUVRES.


Du Pappa Planas, cette personnalité, cet homme admirable, on pouvait attendre qu'il ne fît pas acception de la condition sociale des êtres qui l'approchaient. Et, de fait, il en allait bien ainsi: Pour tous, il était le même. Sophia Tricoupis, d'éternelle mémoire, était du nombre de ses connaissances, & elle avait pour lui une grande vénération. A cette époque, Madame Zlatane venait, en grand équipage, le visiter également. Que de fois ne s'était-il pas rendu à l'hôtel particulier qu'elle habitait alors, pour y bénir les eaux! Et il n'était pas rare que cette eau bénite fût portée à la reine, chez qui Madame Zlatane était admise. Mais, au sortir de l'hôtel, il allait de ce pas s'acquitter du même office chez une pauvre Chrétienne qui occupait un misérable taudis perdu dans un lacis d'étroites ruelles au pied de l'Acropole. Cette pauvre femme avait pour unique gagne-pain un plateau de caramels qu'elle vendait pour tâcher de survivre. Lorsque la bénédiction était achevée, éperdue de reconnaissance pour un Prêtre si compatissant, la pauvre femme au grand coeur lui offrait quelques-uns de ses bonbons. Lui, n'en prenait pas pour ne pas la léser. Ce n'était pas faute de les aimer, pourtant.

«  Pourquoi, Père », lui demandait-elle, «  ne prends-tu pas de caramels? » Il trouvait difficilement à répondre, mais, à la fin, avec une simplicité candide, il lui avouait : «  Mais, pour ne pas te léser! »

Sa fille spirituelle demeurait stupéfaite, elle qui tout-à-l'heure l'avait aidé à gravir les escaliers de l'étroite rue escarpée : Non content de ne pas lui prendre d'argent, il refusait encore, pour ne pas la léser, les deux ou trois bonbons qu'elle lui tendait!

Toute sa vie témoignait ainsi de la noblesse de ses sentiments, à laquelle se mêlait une enfantine simplicité.


COMBIEN SES LITURGIES ETAIENT MAJESTUEUSES.


Lorsqu'il célébrait, il voulait que tout concourût à la magnificence du service. C'est ainsi que, lors de la petite entrée par exemple, il ne se contentait pas d'un petit cierge pour précéder l'Evangile, mais il en voulait un grand. Et il en voulait aussi un devant les portes royales. La nuit, lorsqu'il disait l'office à la Sainte Trinité, c'était une multitude de cierges qu'il allumait devant l'icône du Christ. Il avait passé sa chasuble & se tenait là, hiératique. Et il mettait dans ses chants une telle contrition qu'une nuit, entre les nombreuses nuits où il s'était trouvé à psalmodier dans la nef de Saint Jean, il entendit, dans la chapelle adjacente dédiée à Saint Basile, les anges qui l'accompagnaient. S'interrompant alors, le Père Nicolas saisit par la main sa fille spirituelle qui l'assistait alors : » Entends-tu, Marie? Entends-tu les Anges? ».  « Je ne les entends pas », fit-elle.

Tout aussitôt alors, il se repentit d'avoir parlé, & il marmonnait en lui-même : «  Je n'aurais pas dû parler, je n'aurais pas dû... »

Au petit matin, la Moniale qui s'était trouvée à ses côtés conta l'histoire à ses soeurs qui étaient absentes cette nuit-là.

Il avait d'autres visions, dont il ne s'ouvrait qu'à son proche voisin du moment. Mais si plus tard d'autres lui posaient des questions, il n'en soufflait mot, disant seulement : «  Je n'ai rien vu. »

Mais les autres couraient apprendre la vérité du chantre qui se tenait toujours à ses côtés.


LA PROSPHORE DES ANGES.


Pendant un demi-siècle, où il célébra sans interruption chaque jour la liturgie, jamais il ne manqua de prosphore, - ce pain rond marqué de croix & de symboles, & destiné à devenir l'agneau liturgique. S'il n'en avait pas avec lui, il s'en procurait aisément chez un boulanger du voisinage.

Mais, un jour, alors que l'office de mâtines était très avancé, il n'y avait nulle part de prosphore. Il dépêcha deux femmes de sa synodie chez les boulangers de quartiers, ainsi que chez les pieuses maîtresses de maison qui, d'habitude, en pétrissaient & en avaient chez elles. Mais l'on n'en trouvait nulle part. IL fouilla les placards du sanctuaire, pour voir si un autre Prêtre n'en avait pas laissé. Rien. Après une si longue suite de liturgie, devoir l'interrompre par empêchement de célébrer! Il en fut affligé jusqu'aux larmes.

C'est alors qu'on le vit sortir des portes sacrées, tenant une prosphore toute fraîche. IL venait de la trouver sur l'autel. Bouleversé de joie, il nous dit: «  Voyez mes enfants, quel signe Dieu vient de me faire! »

De fait, tous les miracles, il les appelait « signes ». Du reste, il ne s'attardait pas à ces phénomènes extraordinaires qu'il regardait comme normaux. Il ne les commentait pas non plus, à crainte de se donner de l''importance. Comme dans la Vie des Saints, où un Ange vient servir les Ascètes du Désert, leur prodiguant révélations & secours surnaturels, ainsi en était-il pour le Pappa Planas. Et pourquoi le même Ange n'aurait-il pas secouru celui qui était dans le monde tout en étant hors du monde? Ce véritable serviteur du Seigneur, cet ascète, était le même Saint Prêtre sur lequel les journaux publièrent des articles sous le titre : » Les ascètes dans Athènes », où se voyaient louées sa piété exceptionnelle & ses vertus.

« Tout est possible à celui qui croit! »


« C'EST PHOCAS, L'EVEQUE MARTYR! »


On était à la veille de la fête de Saint Phocas, l'Evêque Martyr.

Il faisait nuit encore, lorsque les Moniales s'étaient toutes assemblées à l'église pour y chanter mâtines. A la droite du Père Nicolas, proche à le toucher, se trouvait une de ses filles spirituelles. Mais voici que, l'espace d'un instant, prise d'un léger sommeil, elle s'endormit debout. Et voici ce qu'elle vit alors:

Derrière le Père Nicolas se tenait, attentif à suivre l'office, un Prêtre à la mise splendide, coiffé comme un Evêque! Sur-le-champ, elle revint à elle: » Père, souffla-t-elle au Père Nicolas, là, derrière vous, un Prêtre magnifiquement mis...Il s'applique à observer la manière dont nous chantons l'office... »

«  Chut! » fit le Père en mettant un doigt sur ses lèvres. C'est Phocas, le Saint Evêque Martyr! »

Et il se tut, à crainte que les autres ne l'entendissent.

Autant qu'il était en lui, il taisait ces choses-là. Mais c'était un commerce intime qu'il entretenait avec les Saints. Que l'on pût les fréquenter lui paraissait chose très naturelle.


La GUERISON MIRACULEUSE.



Voici plus de quarante années déjà, une riche famille d'Athènes pressait le Père Nicolas de venir célébrer l'office de l'onction pour les malades. Le Père Nicolas accourut. A peine a-il achevé l'office que la maîtresse de maison le priait de passer encore au chevet d'un malade à qui elle avait loué une des chambres de sa maison. Elle désirait que le Prêtre fît à ce jeune homme la même onction qu'il venait de faire aux siens, car son état semblait désespéré.

Là encore, le Père s'exécuta. Après quoi, il s'assit à son chevet, & entre plusieurs questions qu'il lui fit, s'enquit de son nom. Celui-ci lui dit s'appeler Jacques. «  Ah, mon enfant! » s'exclama-t-il, «  voilà qui est bien. Tu portes le nom de l'Adolphothéos, le frère du Seigneur. » L'autre cependant, qui était incrédule, lui rétorqua, sarcastique : » Ah! Vraiment? Le Christ avait donc des frères? »

Alors, lentement, posément, le Père Nioclas expliqua qu'avant de se fiancer à la Toute-Sainte Mère de Dieu, Joseph avait eu, d'un premier mariage, cinq enfants légitimes, au nombre desquels était Jacques. Cet éclaircissement du Père Nicolas émut l'homme de compassion. «  Ah, mon Père! » supplia-t-il, implore donc Saint Jacques de me guérir! Pour moi, je fais le voeu de célébrer chaque année sa fête avec la plus grande magnificence qu'il se pourra. »

Sur ces mots, - car c'est lui-même qui, par la suite, s'ouvrit à l'une des filles spirituelles de Pappa Planas de tout ce que nous rapportons ici en ces lignes, le Père Nicolas poursuivit : «  De retour chez moi, je fis mon de voir de Prêtre.. » Et l'on peut douter si, cette nuit-là, il songea de donner à ses paupières quelque repos. Toute la nuit donc, il pria pour le malade. Et cette même nuit, le malade vit en songe un hiérarque splendide, tenant à la main un coffret contenant un onguent miraculeux. « Tourne-toi sur le dos, » lui enjoignit-il, «  que je te signe les épaules de ce baume. ». Le malade s'étant exécuté, le hiérarque, avec le précieux remède, avait marqué ses épaules du signe de la Croix. « Qui es-tu? » avait interrogé le patient. «  Je suis Jacques », lui avait répondu l'apparition. Après cette vision, non seulement le malade guérit dans son corps, mais, de surcroît, il fut régénéré dans son a^me. Dans sa joie, le jeune homme épousa même la fille de ses hôtes. Dès lors, chaque année, en grande pompe, il faisait célébrer à Saint Jacques une fête très solennelle, &, à l'église Saint Jean, il faisait suivre la liturgie d'agapes fraternelles. Parfois même, il faisait venir un choeur, afin de donner à la cérémonie plus de magnificence encore. Et toujours, de ce Temps, le Saint protégea sa famille.

Un jour qu'en présence du Pappa Planas nous évoquions ce miracle, nous lui demandâmes quel métier exerçait le miraculé. Le Père Nicolas l'ignorait, mais nous apprîmes plus tard qu'il était en réalité à la tête d'un ministère. Le Pappa Planas se préoccupait si peu des affaires de ce monde!

Un colonel avait reçu un bienfait du Père Nicolas, & venait régulièrement recevoir sa bénédiction. Ses enfants spirituels lui demandèrent un jour quel était le grade de l'officier en question. Le Père leur répondit qu'il le croyait n'être que capitaine.

L'on essaie de nos jours, au vu du triste état de l'Eglise, d'y trouver des causes. Et l'on prétend que les Prêtres devraient recevoir une instruction théologique « érudite » & «  scientifique ». Toutefois, ce n'est que par leur zèle pour la piété, s'ils en ont, qu'il sera remédié à ce mal.
Faites donc venir vos Métropolites des Saints Monastères, tel Saint Niphon, qui fut Patriarche de Constantinople, Saint Théonas, qui fut Archevêque de Thessalonique, & tant d'autres Saints, qui sortirent de la Sainte Montagne. Si leurs semblables faisaient des études à Genève, de quel profit cela serait-il pour l'Eglise? Ils en reviendraient simplement imbues de notions protestantes? Pis encore s'ils étaient formés au Vatican. D'aucuns prétendent que notre Eglise a un siècle de retard. C'est l'inverse qui est vrai. Certaines de nos Traditions n'ont toujours pas été adoptées par les autres églises, après mille ans de schisme. Et puisse notre Eglise retrouver la piété d'il y a un siècle. Quatre cents ans de servitude ottomane nous ont valu trente cinq mille Nouveaux Martyrs –pour la plupart peu lettrés. Certes, une éducation culturelle est une excellente chose, mais seulement si elle vient couronner une édifiante piété. Toutefois, le Pappa Planas, dont nous parlons, avait très peu de lettres. Mais, du fait de sa piété sincère, il possédait toutes les Béatitudes.


LA VANITE FLETRIE.

Sans discours éloquents, le Pappa Planas savait convaincre, éclairer, redresser les âmes. Sa vie, sa présence, à elles seules y suffisaient.

Une dame, femme d'un industriel Athénien, tomba malade. Une de ses cousines, très riche elle aussi, était venue d'Egypte pour la voir. Au cous de la conversation, elle lui conseilla : «  Tu devrais faire venir le Père Nicolas, afin qu'il prie pour ta santé. »

La fille de la malade tenait beaucoup aux apparences extérieures. Le Père Nicolas, qui célébrait tous les jours dans des chapelles poussiéreuses, qui manipulait des cierges & de l 'huile, ne pouvait être, à ses yeux, d'une propreté impeccable. Il était propre, certes, mais pas au goût de la demoiselle.
Elle dit à sa tante : «  Appelons un Prêtre d'une grande paroisse, qui soit présentable, & non celui-là, couvert de la poussière des chapelles... »
Mais, dans la nuit qui suivit, elle vit en songe le Père Nicolas, vêtu d'ornements d'or, qui lui dit : «  Je te plais ainsi, mon enfant? » Effrayée, elle se réveilla. Elle fit appeler sa tante, & la pria de faire venir le Père Nicolas au plus vite. La tante dépêcha donc une de ses filleules, lui disant : «  Va vite dire de ma part au Père Nicolas de venir à la maison, sitôt après le liturgie. »

On amena le Père Nicolas chez la malade. Pendant qu'il montait l'escalier, la jeune demoiselle de la maison alla au-devant de lui, & s'inclina pour lui baiser la main. Ce fut alors que le Père Nicolas lui dit : » T'ai-je plu, mon enfant, tel que tu m'as vu? » L'émotion, la stupéfaction s'emparèrent de la jeune fille. Elle ne s'attendait pas à ce que sa vanité fût flétrie d'un tel blâme.


LA COMMUNION DU LEPREUX.

Un autre fait révèle sa foi & sa piété inégalables dans l'accomplissement de ses devoirs sacrés.

Dans une ruelle située non loin de sa paroisse se cachait un lépreux. La redoutable maladie lui avait dévoré les chairs & les lèvres. Un jour, le Père Nicolas alla lui porter la communion. Sa bouche dévorée par le mal, ne put la recevoir, & le Saint Corps du Seigneur tomba de côté. Sans nulle hésitation, le Père Nicolas se pencha sur le lépreux, posa sur lui ses lèvres, prit la «  Perle Divine » qui était tombée, & la consomma. Que ceux qui éprouvent de la difficulté à communier, par crainte des microbes, y songent! Quel grand blasphème de penser que le Dieu des Vivants & des Morts, Créateur du Ciel & de la terre, peut-être atteint par les microbes. Délires de ténébreux incrédules.
Le malade, découvert par la police, fut envoyé à l'hôpital pour lépreux, avec sa fille qui avait été contaminée,& qui avait perdu ses doigts. Le Père Nicolas demeura indemne.


SON ZELE BRULANT, SA SAINTE PATIENCE.

Durant les dix dernières années où il célébra, le Papouli Nicolas était plus que jamais un vieillard épuisé. Un jour qu'à l'église Saint Jean il avait achevé de célébrer la liturgie, vers trois heures de l'après-midi, il était complètement brisé de fatigue. Survint alors son concélébrant, de beaucoup plus jeune que lui, frais & dispos qui lui dit : » Géronda, telle famille a demandé que l'on porte la communion à l'un des siens, qui est mourant. Va donc lui porter la communion. » Et après avoir ainsi laissé ses injonctions, il s'en alla.

Pour nous, notre sang se figea lorsque nous entendîmes que c'était encore au Pappa Planas qu'incombait cette nouvelle course si fatigante pour lui. Mais lui n'eut pas un murmure. Sa Sainte patience avait tout balayé, jusqu'à la moindre mauvaise pensée , dont dès longtemps il ne lui venait jamais une à l'esprit.

Il prit le calice avec la Sainte Communion, & commença de marcher avec sa lenteur accoutumée. Deux Moniales de sa synodie s'avisèrent de l'accompagner, afin qu'il pût s'appuyer sur leurs bras.

Il s'agissait d'aller dans le quartier du « Nouveau Monde ». A cette époque-là, cette banlieue était vide de toute habitation. Partout, ce n'était que des champs.

Lorsque, après avoir fait communier le malade, ils prirent le chemin du retour, le Père Nicolas & les deux petites Moniales offraient un spectacle émouvant. Figurez-vous un petit vieillard se traînant, le calice entre les mains; puis, au fur-et-à mesure qu'approchant de l'église, ils avançaient sur cette route, tous les attelages, toutes les charrettes s'arrêtaient, & les conducteurs en descendaient; la casquette au bout des doigts, ils inclinaient la tête en se signant, en un Tel était le tableau qui offrait à tous les regards une vue de la piété telle qu’elle jaillissait du peuple. A n’en pas douter, ce jour-là, les Anges aussi devaient se réjouir de la victoire que la patience du Père Nicolas lui avait acquise.

REFUGE & CONSOLATION.

Dans toutes les petites églises où célébrait le Père Nicolas, il était le refuge & la consolation de beaucoup.
Un père de famille, depuis longtemps sans travail, s’était épuisé en démarches auprès des ministères & des institutions d’insertion, tué de fatigue à gravir les degrés en marbres des différents bureaux pour l’emploi. Il s’y rendait chaque fois, riche des promesses qui lui avaient été faites. Et chaque fois, il était éconduit. Alors, trempé de sueur, rompu, brisé, désespéré, il regagnait son taudis. Là l’attendait sa femme avec leurs deux petits. Ce jour-là, comme tous les autres jours, ils poseraient sur lui leur regard, dans l’attente fiévreuse de ce qu’il leur dirait. & ce seraient encore les mêmes mots : Sans espoir !
Mais, cette fois-là, sa femme lui dit : «  Ne cède pas au découragement. Je vais aller chez ce petit Géronda, qui est Prêtre, & notre vœu sera exaucé ». Elle alla donc à l’église voir le Père Nicolas . Elle lui donna leurs noms à commémorer dans sa Prière, & exposa sa peine. Lui l’écoutait avec attention, & d’un air de grande compassion. Il lui dit qu’il prierait, à cette condition qu’elle plierait aussi les genoux pour supplier avec sanglots la Mère des affligés qu’elle les protégeât.
Lorsqu’elle quitta l’église, elle sentit que son âme était comme délivrée d’un poids très lourd. Le lendemain, son mari se voyait proposer un travail…

Une autre jeune femme, non moins infortunée, vint un jour à l’église du Prophète Elysée. Au travers de ses larmes, elle confessa qu’elle appartenait à un homme qui, depuis neuf ans, remettait le mariage de jour en jour.
Le Père Nicolas l’assura qu’il prierait beaucoup pour eux. «  Mais, ajouta-t-il, autant que tu le pourras, tâche de me l’amener ici afin que je fasse sa connaissance. »

Sitôt revenue à la maison, la femme enjôla si bien son futur « mari », & joignit à ses cajoleries tant de supplications qu’à la fin il se laissa mener à l’église. A peine eut-il aperçu le Pappa Planas , dont tout l’aspect inclinait à la vénération, que, sur-le-champ, comme si tombaient les rêts invisibles par où le Diable le retenait prisonnier, il fut ému de contrition. & il ne savait que dire ces mots : «  Père, je veux me marier ».

Il ne s’était donc pas écoulé dix jours que l’on célébrait les noces. Alors les époux ressentirent une grande joie spirituelle, leurs consciences étant apaisées. Au-dessus de leur chevet ils placèrent le portrait du Père Nicolas. Comme ils nous l’apprirent eux-mêmes, le Père Nicolas leur avait fixé cette règle d’en carême, & le mercredi & vendredi de ne manger que des nourritures séchées, & de donner autant d’aumônes qu’il se pourrait. Tout cela, c’est avec une grande joie qu’ils l’accomplissaient, pour l’amour de celui qu’ils n’appelaient jamais que « notre Père » ; &, très souvent, ils l’invitaient à dîner avec sa synodie.
Il est une autre histoire, qui n’est pas sans rappeler la précédente. Certains jours où l’église était pleine, on pouvait y voir, outre les visages bien connus, des personnes tout-à-fait étrangères. Un de ces jours donc, survint une inconnue qui s’avisa de donner une prosphore au Pappa Nicolas. Il posa sur elle un long regard attentif, puis, après un silence, lui dit enfin : «  Je ne puis l’accepter » ? « Et pourquoi cela ? » fit la femme. « Parce que tu vis dans le péché ! » Alors seulement, elle comprit le poids de sa faute. Elle avait offert la prosphore sans même imaginer qu’elle pût avoir le moindre reproche à se faire. Elle éclata en sanglots. Mais lui répétait toujours : » Que puis-je faire pour toi ? Je pleure moi aussi avec toi, mais je ne puis accepter ton offrande. »

Une amie à moi vivait elle aussi dans le péché. Et elle aussi entendit célébrer les merveilles accomplies par le Pappa Planas. Alors, emmenant avec elle une jeune fille de sa famille, elle se rendit à l’église. Là, elles demandèrent au Père sa bénédiction.

Celui-ci laissa volontiers la jeune fille lui embrasser la main. Mais, lorsque l’autre voulut à son tour y imprimer un baiser, il ne le voulut point, & la retira ostensiblement.

Tout en pleurs, elle vint me trouver, & m’avoua qu’elle vivait dans le péché. Mais, ajouta-t-elle, le secret était si bien gardé que nul ne le savait ; & cependant, le Pappa Planas, lui, savait, & l’en avait blâmé sans qu’il eût eu besoin de longs discours pour ce faire. La Grâce du Saint Esprit lui suffisait, qu’il recevait d’abondance.

L’ENFANT PERDU RETROUVé.

Une famille athénienne avait un fils, disparu depuis trois longues années au cours des péripéties de l’armée grecque en Russie. On ne savit seulement s’il était vivant ou Mort.
L’on fit beaucoup de démarches pour le retrouver, mais elles demeurèrent vaines.
On leur parla alors du Père Nicolas, & on leur dit qu’il était en mesure de les éclairer. Ils allèrent donc à son église. Ils lui firent part de leur douleur. Il leur dit : «  Revenez demain, & je vous dirai. »

Dans d’aussi douloureuses circonstances, ill était connu que le Père Nicolas passait ses nuits en Prière.

Le lendemain, ils revinrent, angoissés & pleins de crainte, pour entendre ce qu’il allait leur dire. « Votre fils », leur dit-il, est en vie, & le mois prochain, vous le verrez vous revenir. » Et la chose arriva comme il la leur avait annoncée.

Toute la famille vint le remercier & l’invita à venir bénir la maison & à partager le repas qu’on lui offrait. Il était si épuisé que l’on dût, pour ce faire, l’y porter pratiquement à bout de bras.

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