jeudi 18 décembre 2014

Ballade des âmes. Le Paradis. Version corrigée.

 BALLADE DES AMES.
                                                                                       CHANT III.
                                                                                      LE PARADIS.

                                                                                Notre Dieu est au Ciel.
                                                                                Il fait tout ce qu’Il veut.
                                                                                                       Ps. 115,3

                                                                               A tous les Saints du Ciel dédié,
                                                                               Que par leur Sainte Prière ils nous portent,
                                                                                Qui fait tout ce qu’elle veut.

                                         
                                                                          Ballade des Ames.

1.Avez-vous vu, Amants, avez-vous vu leurs Ames ?
Ils ont quitté la rive, aux grèves d’oriflammes,
Folle de vie ; en nef de Mort, leur Jour  dérobent.

2.La poupe est au Levant tournée ; la rame monte
Sur la voile, Soufflant en Manteau de Prière.
La mer sur eux  se ferme ; ondulent ses escarpes.


3.Au palanquin des Eaux, le sang n’est plus si rouge ;
Résédas, liserons, shintz à son cœur l’en ornent ;
Aux Noces de Dieu,  une favorite on mène.

4.Qui L’aime, Dieu marche avec lui. Qui, au Secret
Du Cœur, se fait Juste, Christ de Ses Eaux le lave.
Au Déluge, l’Esprit dessine l’arc-en-Nuée.

5.Las, en terre ils ont laissé ceux qui n’eussent su
Partager leur bonheur pur,  leur souffle en baiser
Mener en haute Mer, à l’Horizon jointive.
.
6.Se pourraient-ils déjoindre, s’ils ne se discernent ?
De poussière d’étoiles une même nuit
Désennuie la Mer et le Ciel qui s’ajointent.

7.Ton Ange les accompagne ; ses voies sont sûres ;
Larmes ! guidez au rayon vert des anses saintes !
Comme l’aire marine a des ciels limpides !

8.Elle y agite, propices, les alizés ;
Sous tes zéphyrs, ils ondoient ; Ses bons vents sont saufs ;
Des brisants se profilent ?  Ils changent d’amure.

9.En la mâture, faveur d’Amour Tu exhales ;
Au rinceau des cœurs, la coque en fusion ne plie ;
En Terre Aimée, le vaisseau porte les Amants.

10.Sous Ta lumière, ils font route ; ils cinglent au large ;
La Mer irise son tulle. Dieu ! Quelle Beauté !
L’ai-je rêvé ? Non, ces Noces bien advinrent.

11.Toi ! qui d’algues bleues nouas l’Ame aux nœuds du voile !
Dont aux coins de la terre tu posa les franges ;
Aux angles, tu brodas ton fil d’azur,  turquoise,


12.Gaze qu’en dais nuptial, sur la mariée, Tu mis,
Qu’au palais de saphir ce voile couvre Amour,
Dont tu nous borderas dedans nos blancs linceuls !

13.Lors, les vêt l’anneau d’épithalame, la cape
Fleurdelysée de l’ancolie, près l’Ile heureuse
D’Amour parfait . Nef d’Amour ! qu’ en Gloire Tu mènes.

14.Comme d’Occident en Orient vont les astres,
Amour aux pourpris du palais conduit les Ames ;
Et c’est à l’Orient qu’éclate Sa Splendeur !

15.« Enamourée, Joyeuseté, m’en  vais périe ;
D’Amour ne suis laissée, Ses débords m’emportèrent ;
Seul un Sien baiser à Ses lèvres tient mon âme. »

16.Au gré ils vont du rebond, des lames de fonds ;
Si tôt départis, par voie des airs, ils relâchent ;
Aux avant-ports de Désirade est leur mouillage.

17.A leur chaîne s’amarre Liberté d’En-Haut ;
Y ondoie la lune ; elle, oh ! à leurs doigts s’effile ;
Celle qui leur semblait loin est d’avoisinance.

18.Qui,  l’ encre jetée, au navire de son Ame
Intérieure arrimé demeure, un jour parvient,
Au plus profonds du Cœur, au point d’Inconnaissance.

19.A mi-cercle d’une lune d’eau,  cycloïde,
 Réflexion- , tourne ta roue sans loi, parfaite,
En lune du Cœur, sans éclipse, dans son cercle.

20.Au visage Tu nous regardes, d’un regard
Tien, et verses en l’Ame ennoblie, qui  n’est vile,
Ta fleur de Sceau de Lumière, en cire estampille.


21.L’Amant du Christ, par cette cire, est fait Ton Etre ;
Il est  de Ta Justice un digne receleur,
De souffrance résilient ;  Sceau, Ta  Perle au front.

22.Ta fiancée ! Ce Sceau, au Cœur pris du Seigneur,
Fit son Cœur, et son Amour, plus forts que la Mort.
Car, éteindre l’Amour, les grandes Eaux ne peuvent.

23.Aux cerisiers où s’embrassaient les amants,
Ce même temps nous pleurions, venus complaignants ;
D’amoureuse Vie, nos pleurs pour Toi nous transirent.

24.En fleurs son Ame, à la passion grandit des cypres ;
Sa chair y a pleuré ; y a pleuré sa Mort.
Aux cerisiers de Pâque, pleure Joie de l’Ame.

25.Si tant sublime est l’amour qu’à la fiancée
Porte le Fiancé, que de plus Haute Amour
L’aime encore Dieu, de belle Amour précieuse !

26.Tant qu’à Abraham l’arrachement d’une épouse,
L’Aimé a bu ce qu’il lui en coûta de larmes ;
Enserrée la sirène, en chambre gondolière !-

27.Or nous, qui sous cette onde étions enterrée
Aux vanités de la terre y dormîmes-nous ?
Les vains  madrigaux font renaître ceux qui s’aiment.

28.D’où cascades en mers, ouragans sur la grève,
En rocailles s’ouvrant, aux grottes du co-naître ;
Que s’y rie le jour, lui appartient la veille.

29.Comme En Ta Nudité se cherche Vérité,
A Tes berges, en noyés, nous laissant rouler,
A fonds de barque de Vie nous dormons sous Toi.


30.En nous Vit Christ ; où ne voudrions, Il nous mène ;
Il  jaillit Paix ; la Joie des Vertus Il embaume ;
Mais, au Nard de Myrrhe, En Vertu, tous Parfums entrent.

31.A Face de l’Oint, par larmes ils s’en épanchent ;
Ô Joie nuptiale ! Myrmidons, n’en savez rien.
L’Epoux a pris mon Cœur ; du Sien promet l’Aurore.

32.D’aimer à grand Deuil, Lui, fait aimer à grand’Joie.
Sur Ses mains, Il porte : c’est flèche d’Ascension.
En cet Envol, Il presse ; elle, à Son Sein, repose.

33.Ce qu’elle possède, elle fuit ; plus Haut,  désire.
L’Archer arme à gauche ; de Sa droite, Il l’étreint ;
A son côté, elle porte blessure d’Amour.

34.Elle pleure sa vie ; jusqu’au Mourir,  en pleurera ;
A ce signe, Seigneur, Tu reconnais les Tiens ;
 Ta Paix Tu leur donneras ; ô Blanche Colombe !

35.Coucou de mon Amour ! Ma Lumière, mon Air !
Colombe, ô Justice ! Ma Liberté d’Envol !
Liberté : Grande Dame, qui, à l’aumônière,

36.Suspendit Cœur du Monde, esclaves d’attelage,
Qu’au char de Mort elle arrache – Œuvre de Mercy-
D’obscènes empires, sans Gloire, elle piétine,

37.De ses pieds nus, que nul roi du monde n’embrasse,
Dieu, de Splendeur d’Amour, te fait un Diadème,
D’un cristal de larmes, de cristallin de Ciel !

38.Sa Couronne est Sagesse, qui donne Allégresse ;
Colombe est son nom, donné par Toi, Dieu, Esprit !
De son Seigneur est fiancée la Dame d’Amour.


39.Ceignons les Couronnes de Vie ! Demain, vois-tu,
Nous Mourons, déjà ! N’attendons d’en partager
Les Roses rouges, d’effeuiller Partage au Vent !

        40 . A la Vie noue ta vie, qui n’erre au songe-creux ;
               La Mort d’Amour plus ne s’offense. Amour la vainc;
               D’Amour la Mort est vie ; Sa senteur vit En Myrrhe ;

41.Qui saurait la douceur du Vivre en rémission ?
              A nous qui sommes en sursis, ajournés ivres,
Elle est avant-part d’entre ses frères du Ciel .


42.L’on s’y fait Joie des Insoumises. Passion
D’Amants ceint le thyrse, dont la Couronne est Vertu ;
Amour s’en honore,  et Maître de son Ancille ;

43.Dieu vêt l’Ame, Sa fiancée, en Plénitude
De Gloire, de Sa beauté Sublime. Plus Belle
Qu’Aaron Il la fit, d’habits d’Amour, d’Or, Pourpre

44.Violine, d’un Damasseur tissée d’écarlate.
Loin qu’à l’Hyménée la fît périr le poison
De sa robe,  de  Médée mise à sa rivale,

45.Pour qu’elle  en chût Morte, trépassées ses amours,
Celle-ci, En Amour, dès là que  portée,  hausse
La Rosée du Fiancé , si Beau, plus que Lune,

46.Des larmes d’Amour en Sa tête,  boucles  pleines,
Des gouttes de la Nuit. Car c’est la Nuit qu’Il vient,
Par l’huis du Cœur d’Ame qui son Amour Lui donne ;


47.Je suis allée voir en la Nuit si m’ Ami m’Aime ;
Par ta seule Amour, je reçus  cette fiance :
Ton Sang fut signe à la porte ; Tu la rouvris ;

48.Nous qui de Mer n’avions qu’une fente aux volets,
En  Prince changé, par l’huis du cœur, Tu voyais ;
L’oculus Tu heurtas. Qu’éblouissent Tes Yeux !

49.Ah ! Dieu ! Te voici, ô mon Epoux, qui arrives !
Bel Amant de mon âme indigne ! Ô mon Sauveur,
Je n’ai pas la robe,  la Tunique des Noces !

50.Ô mon Dieu ! Désonge-moi, du Baiser d’Amour !
Si long Temps ! j’ai dormi…et c’est la onzième Heure !
A dos de Dieu, en palefroi, emmène-moi   !

51.Mon âme s’était souillée, maculée, vêtant
De fautes la tunique costumée. A  Vents
De Mer , la déferlaient ceux qui de Toi  n’ont crainte.

52.Mais Ta Divinité me vêtis, du manteau
De mon humanité vraie,  que fût retirée
De sa prison mon âme aux Portes de la Mort.

        53.Ô mon Maître ! moi qui dormais en Nonchaloir
              Quand le stratège du Mal ravit mes dépouilles !
              D’Exil rappelle-moi, et de la servitude !

54.Mon Aimé, donne-moi la robe de Lumière !
Rossignols, doux cytharèdes, à mon Seigneur
Chantez ! Qu’en Palais Nuptial de l’Ame,  Il entre !


55.D’où  ce répons qu’à l’Ame éprise Tu Te fiances,
Pour au clos d’elle y établir Sa demeurance ;
Je mis Sa robe à Lui plaire. Il  Se Vit  Lumière ;

56.L’Homme libre, s’il se veut Saint, s’incline à Grâce,
Lors, ce Christ-Roi, de tous les Amants le plus Doux,
L’Unique à toute épreuve fidèle, l’Amante

57.Sienne accompagne, portant ses pas, partout, mène,
En Enchanteur, de tous ses vœux  Puissant servant.
D’esclave amère, de souillarde, en fée de Joie,

58.Après sale Peau d’Ane, et, du Temps couleur lente,
Pour qu’à la robe d’ Ame Il mette le Soleil,
Qu’au Bal des Astres son Prince Cendrillon mène.

59.Il la Change. Et, sur sa nuque, Son Souffle Saint,
Pour qu’en son sein béni se pût porter le monde,
Jour après  jour, à tout instant d’heure, Il inspire.

60.Si pudiques étaient nos Pères ! Abraham
Vit la Terre promise, Israël, puis l’Egypte,
Avant qu’il n’eût bien regardé Sarah, sa femme,

61.De si long Temps son accordée. Aux eaux d’Egypte,
Son voile ôté mit son reflet. « Aimée », dit-il,
« Je te sais à présent de Chaldée la plus belle. »

62.Une servante en voit plus aux hautes époques
Qu’un prophète. L’Eternel dit à Abraham :
Fais ce que dit Sarah ». – Vocation de Désert-.


63.Maintenant que si peu savent, Dieu aisément
Donne Sa Grâce. Il la confère aux pécheurs même :
Il ne regarde rien autre qu’au cœur Aimant.

64.Ô Dieu ! Qu’à Ta Vérité s’ouvrent les mémoires,
Oublieuses de Ton dû ! Surseois à la peine,
Et tout cayolar  excepte ! où règne  Piété,

65.Comme dans l’Egypte Tu fis aux Hébreux, lorsque
Au long de leurs Portes Tu passas, du Sang pleines
Des Justes, qui de leur Souffrir scellent l’Alliance !

66.Mais la fiancée du Cantique est la Vraie Sœur
Du Christ, non plus serve au péché de Pharaon ;
De s’offrir aux regards des hommes, elle néglige.

67.La séparée tout soudainement s’ébahit :
De par-delà l’Etre, le Christ vient, lui éverse,
 Epanche à ses soupirs  Consolation suave ;

68.Sous les flots fougueux, vois ! cy, roulée d’Amour, l’Ame
Qu’en trombe, en Mer, en terre, sous la Nue balaye,
Tout autour de Lui, Christ, irradiant Sa bonté ;

69.Intelligiblement vient l’Amant Divin d’Ame.
Elle marche aux flots d’un Océan de Délices ;
C’est le Deuil de  vie que reflète son Visage ;


70.A qui s’efforce plus, Il dispense Son Feu ;
Qui, d’Amour de Lui, se meurt, Il mène à Sa Gloire.
L’Ame, à sa trame, les variations emperle

         71 . D’Amour ; elle poursuit aux lais  son Avancée  ;
                 Comme le musicien à ses mêmes vieux thèmes,
                  Se trouve, en chute  a son point de rebroussement,
   
    72.D’En Abime – En Dieu-, de Sagesse, elle ressaute.
         Elle n’a dévêtu sa robe de tristesse
         Que pour vêtir leur corps de Christ ; Ame d’Amour !

     73.  Christ , la Sienne En Sainteté vêt ! Damasquinures,
            Où Tu Te tiens, Toi qui, devant l’Arche, à Ton Peuple
            Dissipes toute entrave, au Désert de Bonté.

        74. Le lys des champs qu’a Dieu de Sa Splendeur vêtu
             Point plus ne scintille que leur Radieux Visage ;
              Epure de lune en marche ;  dessous, ils vaguent ;

          75. Comme est très en Beauté l’Ame vêtue de Dieu !
                Lui se vêt d’Ame, toute forfaiture oublie
                Et le Pur Amour, plus que l’amour, lui décèle ;

             76. Leurs Ames tissulaires, Dieu les a frangées
                    Aux plages d’Amour, de son tant bleu coquillage
                    Qu’au monde ils redéploient Ses Voiles de Prière ;

               77. De leur Sein sourd l’Aurore ; Soleil n’en décline :
                      Dieu  est Lumière Incréée, sur Sa Création ;
                      Sa traîne de Gloire à leurs pas. En proue , Justice.

               78. En cette Lumière Adam contemplait tout.
                      A l’aube de la Création, il y voyait,
                       D’un bord à l’autre, l’Espace, le Temps,  le Monde.

                79.  La fiancée du Seigneur est comme l’Aurore,
                       La Lune et le Soleil. Elle est l’Ame Divine.
                        Sa Robe est d’Apparat En Dieu,  Joie sa Parure.

                     80. Cy, comme une fiancée, l’Eglise, la Belle,
                           De  Blanche Robe des Noces Il a orné ;
                            De Sa Chlamyde d’Or la revêt son Seigneur ;

                          81. Pour sa tunique, Il a pris du sinople au Ciel ;
                                 Des Belles Vertus, Il veut faire la Parure
                                  Qui de Ses Beautés voudrait la semblance prendre.
       
                   82. Outre Lune et Soleil, Christ s’y fait Jupiter ;
                          Ainsi eût-il fait Sa fiancée, si sa comète,
                          Trop près de Lui passée, n’en fût désintégrée ;

                    83. Aux voûtes d’En-Haut  sa soie d’Isis elle pose,
                           De leurs couleurs tissée, qui  Son Sang  entre-tisse ;
                           A sa voilure elle a mis de blancs anneaux d’Astres ;

                       84. Sa toque de Soleil y dore, safran pourpre ;
                              Du Coeur de ses  chers Morts,  mais bien  Vivants Là-Haut,
                              Elle Vit, palpite, fontaine au bois d’Amour.
                                                                                                                                                             
                       85. Aux fouleurs de pressoir s’assortit sa vêture ;
                             A la saignée s’allie le  Manteau de l’’Epoux ;
                            L’épouse, à Son Ombre désirée, s’est assise,

                        86. D’Amour soumise ; en elle, l’Amour édifie ;
                             Justice lui est, par seule Grâce, infusée ;
                             Lors, notre vie n’est plus nôtre ; Christ vient, nous presse ;

                         87. Sa robe est vêtement de Gloire, vêture, oh !
                               De Thaborique Lumière, qui transfigure
                              Lorsqu’une âme, par l’Union, est faite Ame En Gloire.
                           
                         88. Près  Son cyprès, Il a pris Sa Robe de Gloire,
                              Qui plus qu’olivier –Paix-Justice  emblématise ,
                              Qu’au fort de l’Abime, En Son Profonds, Tu mesures ;

                          89. «  Pour Don Nuptial, Je t’envoie l’escarboucle en Feu,
                                 Mon Esprit », Souffle-t-Il. « sur ce cou , que  j’Effuse.
                                Fille de Roi Je te fais, qu’en ton Ame j’Entre,

                             90 Qu’a ton paraître Clair, Je n’aie point déshonneur. »
                                  En  sa coiffure, Il a mis l’or de cheveux d’Anges ;
                                  Ceignant sa tête,  un Voile argent de Grâce Il  pose,

                             91. Lui qui, Gracieuse, et Glorieuse, désire,
                                   Aux lais des harpeurs de Divine Epithalame,
                                   Sa fiancée, d’Abyssinie, qu’en Reine Il voile,

                             92. Qu’aux confins de l’occident et de l’Orient,
                                   Qu’au Kamtchatka même se reconnût Sa Gloire,
                                   Surnaturelle, Suressentielle Puissance,

                               93. Au Monomotapa,  chez la reine de  pluie,
                                     Qui sur les hommes règne de sa sombre Afrique,
                                     Exauçant qui L’Aime En Véridicité simple,

                                94. Là-bas, sous la berce des Vents,  delà les Iles
                                      Aléoutiennes, en la ceinture de feu,
                                      Aux lieux où choient les glaciers dans le Pacifique ;

                                 95. Vois ces hauteurs immenses,  Désert de Montagne,
                                       Où, d’en  skyte de Feu, prie le Prophète Elie,
                               -Sa skyte  qu’au jour de sa fête il donne à voir-,

                                                96. Aux pentes des volcans, qui ces îles embrassent,
                                                      Où, glabres, les morses plus ne se colorisent ,
                                                      En  polaire froidure où meurt le chromatisme,

                                                 97. Aux sites oubliés où vit le Roi des glaces,
                                                       Où rien ne s’offre aux naufragés en tempête,                            d
                                                      Que le Mourir resté, trace d’un Aléoute,

                                                   98. Celui de Saint Germain d’Alaska, les Chapelles
                                                           Orthodoxes après lui essaimées, kayaks
                                                            A l’entoilage en loutres,  princesses marines ;  

                                                   99. Torturé des Latins, Saint Pierre l’Aléoute
                                                         Prie pour nous ! Ô Saints Martyrs ! Vénérons ! vos pas
                                                         Qui, d’audace prise au Christ, Ses brisées foulâtes !.

                                                    100. Ô Dieu des glaces ! au fonds  demeuré du puits
                                                           De Vie où Tu  Sais, fraîchissant,le Secret d’Humbles
                                                           Ames,  Tu les  Rétribues,  Doigt d’Or,  au centuple.

                                                     101. Neige aux branches ! Pousse nos  Limites Ultimes,
                                                             Qu’au son des Vents nous abasourdisse  un  Tonnerre,
                                                             Que sur l’ombre au déclin regagnât Ta Lumière !

                                                        102. Qui, un soir, à sa porte, Ta Sagesse y voit,
                                                                Assise, sans en rien dire venue, furtive,
                                                              Qu’il sache :  plus onque elle ne s’éloignera.
         


                                                  103. En grand Désir, il n’a Cesse qu’il ne la veille ;
                                                            Elle, à mesure d’Amour, en retour le recouvre ;
                                                              Chaque jour, de plus Beau elle orne sa Parure ;

                                                    104. A nul elle ne vient qu’il ne l’eût suppliée,
                                                            L’en eût requise, à grand peine de Patience.
                                                            Persévérance brûle en veilleuse du Moine ;

                                                     105. Il en oublie son pain. A peine s’il boirait ;
                                                               Il en perd le sommeil. Son esprit, d’elle est plein ;
                                                                D’amoureux transports frémissant, s’ouvre son Cœur ;

                                                         106. Celui qu’elle Aime, pour elle devient transi ;
                                                                    La passion le transporte ; En Esprit il jubile ;
                                                                     S’ouvre un Infini d’Amour, tous  jours plus grandiose.

                                                             107. Sagesse est d’Esprit la figure. Sa forme, elle
                                                                     La sait. Ses haillons, habits noircis, humiliants,
                                                                     Ne voilent plus Sa Beauté,  trop resplendissante ;

                                                     108. Qui la verrait sans Voile, en terre tomberait ;
                                                               A telle sublimité, les yeux s’obscurcissent ;
                                                               Mais elle, veut, d’Amour, ouvrir toutes paupières ;

                                                      109. «  Qui s’unit au Seigneur avec Lui n’est plus qu’Un
                                                               Esprit, chair de Sa Chair, os de Ses Os. Y brille,
                                                               En qui n’est  régénéré, l’Etincellement ;

                                                      110. De ses vêtements il se dépouille : abandon
                                                               Du vieil homme.  Mais il vêt Nudité de Voile.
                                                                Son Ame ceint la Couronne. Honorance à l’ Œuvre !

                                                      111. Qu’au Christ mort En Myrrhe, le mort au péché sombre
                                                              Mystiquement avec Lui se meure,  se Joigne
                                                             A u Plasmateur  par saintes luttes ascétiques ;


                 

                                                           112. Si pour sa nudité fut acquittée Phryné
                                                                    De n’être semblante à la  déesse sculptée,
                                                                    Le Mystère est plus que le beau signe sensible.

                                                            113. Qui revêt la ceinture d’Aphrodite, un Temps
                                                                   Court  Semble irrésistible, mais qui, pour Toi, ceint
                                                                  Le Chapelet, par la  Prière du Cœur, vainc.                                                                      
                                                                                                                                                                                                                           
                                                             114. Pour Toi, Ta fiancée se dépouille des vices ;
                                                                 Tu lui brisas le cœur ; sois lui Bon ;  ouïs ! s’exhalent
                                                                 Ses soupirs : c’est Vertu (Voie de Joie) –L’ Ame y danse- ;

                                                           115. A l’Aimée le Seigneur prodigue Ses Hauts Dons ;
                                                                   - Plus de Biens profus qu’elle n’en eût rêvés jamais.-          
                                                     Epousant Son Amante Ondine, Il la fait, nue



                                             116. De Mal, sortir de la Cythère du péché,
                                                      Roi des Ondes,   loin de la souillure, qui crée
                                                      Purs le Soleil et la Lune,  et le Ciel  en terre

                                                117. Unit ; qui sur la voûte étoilée,  Firmament
                                                         Des Cieux,   harmonisa les Astres, et posa
                                                          La terre par-dessus les Eaux. Il la recrée.

                                                  118. Que si étroitement l’aimé tient embrassée
                                                           L’aimée, Christ, Lui,  au plus près séjourne de l’Ame,
                                                           Qu’Il Aime, et d’Ame Aimante Il fait Son habitacle ;

                                                    119. Et comme d’Yseult Tristan disant : «  Je ne puis
                                                            Me séparer d’elle, ni elle de moi, » l’Ame
                                                             Eprise de Christ ne s’en peut désassembler ;

                                                          120. Ah ! Plus Chère qu’avec l’ami la Demeurance,
                                                                   Si même il l’eût enserrée, en jonchée fraîchie,
                                                                    Jusqu’à la Rosée, tout contre son noir Manteau,

                                                       121 Veillée, l’eût-il délacée, devant l’aubépine,
                                                                Entre ses bras l’eût-il prise, eussent-ils en lits
                                                                 De fleurs songé, tant que pour amants fussent pris,  


                                                         122  Plus chère que Chastes Noces, qu’en Terre Hymen,                      
                                                                   Delà  brumes des Mers, qui les Amours séparent,
                                                                   Delà  franchîment du Noroit,  Ta Retrouvance !

                                                          123. Christ, à l’Eglise, Orthodoxie, s’est fiancé.
                                                                   Il la dit Belle comme Lune, pure en Soleil ;
                                                                    Il la Fait bosquet de Fontaine, l’ouvre grande ;

                                                             124. Sa Beauté ne décline ; elle est inaltérable.
                                                                     De Nuits en Aurores s’avive sa Splendeur ;
                                                                     Aux opulentes chambres, de Désir, elle entre ;

                                                              125. Il est Vie ; au jardin de son Cœur Il descend ;
                                                                       En l’intérieure Chambre, au Palais Nuptial
                                                                       Des Noces, Radieux, En Sa Mandorle, Il paraît ;

                                                              126. Dès avant la naissante Aurore, -  Vérité-,
                                                                       Sans que nul ne les eût su lire en cette sorte,
                                                                        Il devance les souhaits traversés de Sa Belle ;

                                                                 127. Avant qu’elle n’eût pu les proférer, consciente,
                                                                          A l’orée des pensées, Il les a devinés ;
                                                                          De Son Amante, Il est le Souffle ; Il est son Air ;

                                                                     128. Elle le profère sur le Souffle de Prière
                                                                             Du Cœur, au grand Parc qu’est l’Eternité – Prière
                                                                              Encore -. Il y sanctifie son dévoilement.      


                                                                      129. Aux Yeux de Sa Bien-Aimée seule, Il Se dévêt ;
                                                                               Du Manteau de Sa Gloire, Il la pare ; Il Vient ; ah !
                                                                                Et l’étreignant, célèbre leur Union Sainte.

                                                                      130. Oui, Seigneur ! Tu la Fais Reine d’Amour de Toi,
                                                                               Qui, en dessaisissement, souillon s’était faite.
                                                                                Tu combles son Vide, de Ta Présence intense !

                                                                       131. Dans le Silence, qui borde les murs très Hauts,
                                                                                Où flotte, si tangible, Présente, la Grâce,
                                                                                Fleure, Embaumante, Son Exhalaison Suave ;

                                                             132. Ses baisers d’Amour, toute Ta Tendresse y  Soufflent ;
                                                                        Ses lèvres exhalent ce qu’à sa vue Il montre ;
                                                                        Dieu, de Son Aimée, fait le Fondement du Monde ;

                                                               133. Des baisers de Sa bouche, Il tient ses paupières
                                                                        Closes ; lui fait oublier tout. Lors, s’abolit
                                                                          Sa peine, de ce que, d’Amour, toute, Il l’enivre.

                                                         134. Il lui ouvre en son Cœur des Jardins d’Hespérides.
                                                                   C’est Nectar, Senteurs d’Ambroisie, Blanche Fleur Belle.          
                                                                    Là, il n’est plus de soif, de faim, ni de sommeil ;

                                                          135. Aux rivages sans rives Il la mène – contrées
                                                                   Oublieuses – En Paradis l’esquif aborde ;
                                                                   De Mara, Il l’a retirée, des eaux amères.                

                 
                                                           136. Loin des flots du péché, aux tempêtes atroces,
                                                                    Ses lèvres ont pris le goût des Eaux du Repos ;
                                                                     Ce qu’Il lui donne à voir sont les Splendeurs des Saints.

                                                          137.   Après la terre d’Exil, c’est terre Promise,
                                                                     Après la Croix et la Bannière, Vents d’Esprit ;
                                                                      C’est Oriflamme-Victoire, au Pays planté ;

                                                           138. C’est Lune, c’est Miel, Bonheurs d’Abondance irène,                                                                                        
                                                                     Dont l’omphale est planté du rameau de la Paix ;
                                                                      Après désespérance, message d’Espoir ;

                                                            139. Parmi vasques et roses sont les Paradis
                                                                     De l’Ame, aux blancs cerisiers du Cœur qui pleure ;
                                                                     Crève cœurs, fontaines d’Amour y chantentpleurent ;

                                                            140. A leurs jeux irisés, l’Ame en rosée se mire ;
                                                                     Gouttelettes d’embellie, à la fraîche, bruinent ;
                                                                     Douce est l’Heure, clair le Temps, l’Ame a mal de Bien ;

                                                            141. Il la fait un jardin fermé et sa fontaine
                                                                     Prend Son Sceau ; car cette Ame est à Lui, Lui à elle.
                                                                     Il la garde, Celui qui le Jour lui donna ;

                                                    142. Au Lieu Saint qui tout enclot – Sein de fiancée-
                                                              Du fleuve de l’Eden sourd la Source Gardée ;
                                                               Les Eaux d’En-Haut, toutes eaux, en gelées, s’englacent ;


                                                      143. Le Vent du Nord Souffle à ces Eaux ; s’en cristallisent,
                                                                Givrées, des Fleurs de Neige. L’Eau n’en eût fondu
                                                                Si le Vent du Sud ne les eût brisées, Soufflant.              
                                           
                     
                                                       144. Tout autant incessamment qu’eau en glace, et Glace
                                                                En Eau, l’une en l’autre mutuellement se fondent ;
                                                                Ainsi fait l’âme en Dieu, et Dieu en l’Ame pure ;

                                                        145. Elle, de Lui, monte Bonne Garde. Il la rend
                                                                  Terrible, plus qu’aux oriflammes les guisarmes.
                                                                   A Sa Parole Il Donne le tranchet du Verbe.

                                                         146. Par ses Prières s’accomplit le mieux du Bien ;
                                                                  Il détourne le Mal, opère le Prodige.
                                                                  Tous ses Ennemis en demeurent atterrés.

                                                          147. En Dieu, dépouille tout ; abaisse armes, bannières ;
                                                                   Se voit Sien l’Univers ; les galaxies scintillent ;
                                                                   Les voix qui s’y entendent sont Voix d’Ames Pures ;

                                                            148. C’est un Immatériel, aux Yeux rendu sensible,
                                                                     Qui met En Suavita l’Irreprésentable ;
                                                                     Terribilita, Son Sublime apaise En Beau ;

                                                              149.  Amante ! est Justice ; elle se lève en Aurore,
                                                                        Fulgente, plus que Lune de Mer exquise ; ah !
                                                                        Dis-moi celle qui, en huile, à l’eau ne se mêle !




                                                            150. De la Blanche, la Parole, du Désert, monte,
                                                                     Qui ne Vit plus qu’Inclinée sur son Bien-Aimé ;
                                                                      Aux Oasis des Jardins d’Eden, Christ, l’installe

                                                         151. Habitante. Aux portes, Il met des grenadiers,
                                                                   Tout le mieux sous les Cieux, tant que durent les cieux ;    
                                                                   En sa Fleur Fruitée, Il lui sourd un Jardin d’Eaux ;

                                                            152. A Cour et à Jardin d’Eden se configurent
                                                                     Les Splendeurs d’Esprit qui ruissellent Son Verbe ;
                                                                     C’est l’Amour Blanchoyant sur des rives nacreuses ;

                                                             153. Seigneur ! Source de Sanctification, Fontaine
                                                                     Baptismale ! En Tes Théophanies s’enfle l’oued !
                                                                     L’Océan d’Amour, au long, au large T’éploie ;

                                                             154. Comme a l’Eau en Mer reçu tant de si grands fleuves,
                                                                      Un Flot de Vie Coule En Christ, roule en si Fort Flux
                                                                      Qu’Il emporte l’impur En l’Océan de Joie ;

                                                                155. Vont des vaisseaux en Ciel Libre ; les Oiseaux servent
                                                                         Christ-Enfant aux grèves où ils viennent, s’arriment,
                                                                        La vague à l’Ame, de Rêverie fluctuante ;



                                                                  156. Ils sont longtemps restés sur le Lac de leur Ame,
                                                                           En Immersion , sentant l’Eau aux points de l’Etre,
                                                                            Au Profonds plongeant du Méditer des Mystères ;

                                                           157.  Tant ils y enfoncent qu’ils ne se soutiennent,
                                                                      Jusqu’à passer au point où Dieu tout leur pardonne,
                                                                      Leurs manquements – force enfuie-, à tout suppléant ;

                                                             158. Défaillies leurs âmes , Dieu de Tout leur tient Lieu ;
                                                                       Ils touchent au Lieu de Vie qu’est l’Indescriptible ;
                                                                       Ils y sont illunés, y Voient le Christ Azur.

                                                               159. Les Murs de la Prison du moi choient en poussière ;
                                                                         D’âme individuelle, du moi le sens se fond
                                                                         En Moi Universel, joint de Toi-moi l’Abime ;

                                                                 160. Toi ! qui des Exilés le Prince, l’Exilarque,
                                                                           De Perse, au Jardin de Tes Roses, rappelas,
                                                                           Rappelle-moi et m’épargne, endeuillée, pleurante.

                                                                    161. Au Lieu des Délices, Tu donnes un Royaume ;
                                                                              Y règnent les Humbles ; dessus eux Tes Parfums
                                                                              Des mandragores s’exhalent, aux Fruits d’Amour.

                                                                       162. Ils ne songent plus à haïr des Ennemis
                                                                                Les lunes nouvelles, pâles, qui sont d’hiver ;
                                                                               Car, En Vie, l’Amour, plus Fort, a vaincu la Mort.  


                                                                163. Et cet Amour est Fol, qu’enivre Sa Passion ;
                                                                        Embaumant Il découle, aux grandes Eaux ne meurt ;
                                                                        D’Amour, au palais de Douceur, Vit Suavité ;

                                                                 164. Jardin secret ! où se cultive Eternité ;
                                                                         Dieu Se penche en Tendresse, murmure à Noèse :
                                                                        « Fais ci, va là, regarde, écoute, pour le dire » ;

                                                                     165. Au Jardin d’Amour, de Co-Naissance secrète
                                                                             Entrée, l’Ame perçoit, pur, le phrasé du siècle,
                                                                             Saisit que Dieu est le Bien, le Lieu du Monde ;

                                                                       166. Lors, à ses fautes, la Grâce supplée, ses manques
                                                                               Vient corriger. En ce qu’elle ne pouvait seule,
                                                                               Dans sa Nuit, mener à Bien, Elle y met Son Jour ;

                                                                      167. Psyché, Femme, est l’Ame, qui s’y fait Pénitente,
                                                                               De Nuit, en Lieux Secrets, s’unit à l’Invisible ;
                                                                               En Eden, au Jardin d’Amour, elle conçoit

                                                                         168. Volupté ; Amour lui aura rendu Ses Ailes
                                                                                  Alors, lorsqu’En Cime dernière, à l’Un Beau,
                                                                                  Son Point Haut, Centre de l’Ame, elle coïncide ;

                                                                        169. Tout le jour, elle y peine extrêmement, prostrée                                            
                                                                                 D’épuisement demeure. Acédie vient, l’assaille ;
                                                                                 Mais, au soir, elle déterre des talents d’Or.


                                                                         170. Ô !ce Jardin qu’est l’Ame !en dispendieuse crue
                                                                                   Des Energies Fertile de l’Intelligible !
                                                                                   Infinitise ! Son seuil de Désir, recule !

                                                                         171. D’où fut Aphrodite femme puis sœur d’Amour ;        
                                                                                  La Richesse et la Pauvreté connut cette Ame,
                                                                                  Qui ce Jour n’est plus Psyché, mais Fille de Roy ;

                                                                        172. Du Principe Divin la Fille, du Roy-Dieu,
                                                                                 Reine est Psyché, au Jardin d’Amour, qui détient
                                                                                 De l’Age d’Or la tout édénique Science :

 173. Dieu découvre aux Devineresses les Mystères                                                                                                                                 De l’Esprit ; c’est Lit d’Amour, plus qu’Alphée, Suave,  
Qu’Esprit, le Saint, le Lien d’Amour de l’Anneau Trine ;

174. La Contemplation des Mystères s’y abrite,
         Qu’à Ses Amants déploie Dieu, de Lui consumés ;
          Transis ils demeurent, dans la Sidération.

175. Leurs membres s’arrêtent, leurs Yeux, mi-clos, se ferment ;
         L’on dirait des Morts immobiles, qui louangent ;
         De l’Effort Surhumain, même, ils ne se ressentent ;

176. Dieu, d’Invisibilité leur prête le casque,
         De Méduse le Miroir, terrifique aux vils,
          Et tous monstres méprennent la proie pour leurs Ombres ;


177. S’y jugent les rois qui rien n’ont que des couronnes.
        - Dieu Voit l’araigne tisser sa toile de Vie,
          Sachant le Soleil plus brillant au Crépuscule - ;

178. Ah ! Prenons le courage des Cohortes Saintes !
        Aux traversées des Gués, à Dieu nous recommande,
        Couleur vair de paon, la Dame si Bien Parlante ;

179. Ses Souffles en baiser, aux Vents d’Autan, murmurent :
         « Gagnez l’Amour d’un Fils, pour entrer En Sa Lande ;
           Dès l’Aube Rosissante y Vient le Vavasseur ;

180. Vous qui guettiez la moindre brise de l’Ombre
         Trine,  En Vallée de la Mort, sans nulle balise,
         Sous vos pas écloront des Cierges sur les Eaux ;

 181. Le Cabotin semble un Faux, plein de singeresses
          Figures. Qu’adviendra-t-il de lui, si, Mourant,
          Il abandonne sa dépouille et son cadavre ?

  182.Il ne se veut pleurer ? Fort bien. Qu’il se Voie Mort,
          - Quelque insensible que soit son être sans Ame -
           Au cercueil étendu, que l’on va reclouer,

   183. Lorsqu’à l’Office chanté de ses funérailles
           L’on psalmodiera l’hymne : « Venez, donnons, Frères,
           Au défunt le dernier baiser… » Ah ! Il Pleure…


    184. Mais au Méditant croît son Arbre ; il devient Ange,
             Et comme une Constellation Météore,
             Va traversant les Cieux, Galaxie d’Andromède ;

    185. Telle un mendiant errant, passant à tous Vents
             Sa Vie, de pèlerinage en pardon, fraîcheur
              Lunaire, qu’après le plein jour torride il goûte,

       186. D’éternité En Eternité perpétuée,
                Sans s’accrocher à rien, moins que la lune aux Cloches
                Du Campanile droit, demeure sa Mémoire ;

      187. Aux requérants des Droits de la Droiture Intègre,
              En Nuits de vos Douleurs :  Dieu sera toujours vôtre,
             Qui l’Ame à son Faîte incante, lui ceint diadème ;

       188. Hauts Ecrits – de vertigineuses Ecritures ;
               Veilleurs de tours des Vertus, Etres Inspirés !
               Qui, visités d’Esprit de Prophétie, au char

          189. Céleste pris, En Ravissante Grâce,  y Vîtes
                   La Mystique contemplée, aux flambeaux d’Amour,
                   Après Josué, en Nard entrez ! aux Aires Hautes :

             190. C’est Terre Promise que Contemplation
                      En l’Orthodoxie. La Tunique est recousue,
                      Antan scindée. – Tradition de Saints Anciens-.


               191. Les uns, pour ne l’avoir connu, n’ont reconnu
                        Christ ; les catholiques, en autodafés, tuèrent
                        Ses Ancêtres Juifs ; puis, les Chrétiens Orthodoxes

                192. Durcirent leurs Traditions sacrées et Saintes,
                         D’esprit étroit, de Littéralisme empiégés ;
                         L’Esprit, aux Vrais Orthodoxes Son Souffle agite

                  193. Aux Eaux. Partout, du Christ, nomade est la Demeure ;
                          « Qu’il n’y ait guerre d’eaux aux pistes du Désert. »
                          A ces mots ouïr, nous reconnûmes la Vierge ;

                      194.Sa couronne est tressée des Vertus exemplaires ;
                              S’y Voient les roses d’hiver de la vie. Les Roses
                              D’Auréation s’y mêlent, Vie dont l’Etre est rare ;

                        195. «  Si d’Enfer sortis, vous fussiez En Paradis
                                Avancés, tel Saint Joseph de l’Athos, peut-être
                                Nous eussiez-vous Vus, mon Fils et moi, de l’Icône

                         196. Surgis soudain, à ses Yeux, animés, Vivants ;
                                  Le Saint n’en sut plus, Irradiée sa cellule,
                                  Si plaine elle était, Ciel, Paradis, ou Palais.

                          197 .  Pour ce faire, il sied, en champ de Forces puissant,
                                    De muer à l’Eglise en Prière des cœurs durs,
                                    Mieux que l’on ne change l’étain en antimoine ;


                           198. Christ était ce Vavasseur ! pour Dieu-Roy Oeuvrant,
                                    Qui Sa Gente Vierge en litière étendue mène,
                                    Par l’irisé damier des champs, Chevaucheresse ;
                         
                             199. Mais à cette pleine Co-Naissance de Source
                                     Eternelle où l’Un se réalise de l’Etre,
                                     N’accèdent que des Ames épanouies, ouvertes ;

                              200. Elles peuvent atteindre à l’Union Divine,
                                       Qui  la Perfection Spirituelle leur délivre,
                                       Et de ces Ames -là Dieu exauce les vœux.

                              201. Au point de passage entre l’être et le Divin,
                                      Au Saint sous la Nuée d’Union à Toi,
                                       S’inaugure en l’Ame déifiée, l’Etre Dieu ;

                             202. La Nuée est le Lieu de Retournement,
                                     Où, sans Nécessité, l’Esprit Libre, Amoureux
                                     De Dieu, sur Lui s’incline, s’éploie, de Grâce ;      

                             203. Lors le monde-Homme, par Centration Sainte,
                                     Tend sa chaîne vers le Monde-Dieu, que Lui treuille,
                                     Arrime En Haut  ses anneaux ; Dieu Se L’allie .    

                            204. Libre, en ses Jardins de Nuit, s’accomplit le Temps ;
                                    Christ-Roy ! qui, au matin, vient devant l’ouverture
                                    Du Jour rendre à l’Ame l’Oeuvre de Nuit scellée ;



                           205. L’Ame aux confins croisait, gardez-lui souvenance,
                                    D’absolue Perfection, aux marches du Royaume ;
                                    Lors, par Dieu, se tisse sa chair de Grâce Sainte ;

                           206. Ce Joyau appartient aux Non-possesseurs,
                                     Qui, pour l’obtenir, ont su le Renoncement,
                                     Que plus rien n’afflige – ce sont des Enfants de Joie-.

                            207. A leur Fête Nuptiale, Orient les voile ;
                                    Abaissez vos regards, qu’à Lui Il vous élève
                                     Où les abrupts tout l’Espace En Ciel épousent.

                           208. Rends-nous Byzance, la toute Orthodoxe reine
                                   Des villes d’Ame ; aux sables lève Ta Splendeur ;
                                   Ta Beauté est Sublime, ô Christ ; Toi Seul T’en pares ;

                           209. Dans Ton Orthodoxie brille encore Ta Gloire.
                                    D’ivresse d’Amour En ivresse s’est enclose,
                                    Ta Relique de baisers ; - châsse reliquaire-.

                            210. Au seuil du Temple s’image l’Eternité.
                                     D’un même trait ténu s’éveille l’Ame de Chair,
                                    Que l’Esprit Seul y trace, aux mille crayons d’Or,

                           211. Ombre astrale qui reflète la Lumière.
                                   Comme d’un habit royal l’entourent Ses Œuvres ;
                                  En leur déliaison se goûte le repos ;

                           212. En cet Abime de Dieu, s’évanouit l’Ame…
                                    L’Esprit l’ouvre en Psyché d’intérieure Ame et Science,
                                    Et lui Souffle Tout, Temps et Lieux, et Faits d’Amour ;

                             213. Puis, de si Haut, l’huis de Délices lui entrouvre ;  
                                      Mais, Embaumante et Suave – ô combien- Sa Grâce,
                                       Il la décèle à Ses seuls pauvres en Esprit ;


                              214. Aux Déserts étendus à la paroi des Cieux ;
                                       L’Ame au Firmament du Ciel suprêmement sise,
                                       Prend la Vision du Cœur de Pays immenses ;

                               215. Aux branches de ses Fleurs, tous ses Fruits naissent Miels ;
                                       Aux violes d’Amour de Dieu l’Ame s’ajuste ;
                                       La Mystique, Erotique de l’Ame, s’y fiance ;    

                                216. Là, sourdent des Fontaines, des Sources de Lait,
                                        Dont la Rosée étanche les Gazelles Vives,
                                        Mieux que tous les mirages du grand monde ensemble,

                                 217. Aux délectations mièvres. Car l’Ame épousée
                                         Du Roy  est conviée au festin d’Hyménée
                                         D’Amour, aux Parvis du Ciel, aux marges gardée

                                    218 Des Palais de Séraphins, des anges servie ;
                                            Là, il n’est plus besoin de nul autre, ni Prince,
                                             Ni Pauvre. En Dieu Tout est ; rien, d’Amour, jamais,

                                    219. Ne saurait plus faillir.  A ceux qui L’ont trouvé,
                                            Les Grottes de Sirènes sont des châteaux forts ;
                                            Les géhennes d’Exil sont des Palais ; Déserts,

                                    220. Cités interdites d’Impératrices ; Caves
                                             De Solitaires sont foules insouciantes ;
                                              Les ermitages des Basiliques très Saintes.                              
                             
                                     221. L’ermite aux sables passe sa traîne de Reine.
                                              Rien ne compte sous le Manteau Voilant  de la Nue
                                               Que l’Ame Recluse des Renonçants du monde ;

                                      222. Aux filets de l’Amour de leur Seigneur captifs,
                                              Tout, Palais comme bouge émine en Citadelles
                                              Intérieures, d’où s’acquiert leur Vue distanciée,


                                      223. Qui s’ouvre de plain-pied sur l’Infinité pure ;
                                              Vermisseaux, Etoiles, Tout, en leur Cœur s’avive ;
                                              Ce sont des Saints qui vivent en la Nef des Fols ;

                                      224. Métaxyque, Eros, dans l’intervalle se tient,
                                               - Finitude dépassée à Face Divine -.
                                               Que Tes paupières à mes cils, Aimé, sont douces !

                                      225. L’Ame, qui au Vrai contemple l’Un, tout Soi-même
                                               Devient, sans Dualité ni Schyze enfin,
                                               D’amoureux maux passant au Pur Amour atteint ;

                                      226. S’apprend à chérir ceux qui furent mal Aimés ;
                                               Le Fruit de chaque instant se cueille en Jouissance ;
                                               Et Toute Chose se goûte, ah ! d’intense sorte !

                                      227. Qui, pour ce Pur Amour, de tout, En Pur Esprit
                                               Se délie, l’Esprit l’inhabite, et Se le lie,
                                               De l’Aube des Siècles à la Fin le soutient,
                                   
                  228. Ineffablement.  Mais nul, avant que d’atteindre
                          A cette anse sacrée, havre de sûreté,
                           Clairement ne perçoit les Mystères d’Amour,

                  229. Les divins secrets de l’Amour purifié-.
                           Ensuite des combats, Il restaure les forces
                           Démâtées par la rage des luttes anciennes,

                 230. Et le jaloux courroux des Démons et des hommes.
                           Puissance d’Esprit, en l’Infini d’Horizon,
                           Illimite ceux dont l’Amour fol, à la voile

                   231. Ample, outrepasse l’aune d’homme faible et piètre.
                            A l’Ancre, au mouillage, là, paisible, Il confère
                            Clairvoyante Sagesse, Félicité, Liesse


                   232. Sereine, Allégresse introublée. La rêverie
                            S’y sculpte une statue, plus belle, d’Ame-Vie.
                            Mais à ceux seuls Il donne, qui vœu Lui ont fait

                   233. Mourir, et, pour leur Seigneur d’Amour, remourir,
                            - D’invisible mourir, être Tout l’Un à l’Autre-
                            Qui, de tous, le plus beau risque à courir demeure ;  

                   234. Si disent les amants : « Il nous faut séparer »,
                            - Ce ne se peut, crainte d’en même Jour mourir -,  
                            Comme il se vit « lui par elle, et elle par lui »,

                   235. Ainsi, s’il fallait qu’avec Dieu – l’Esprit- l’on meure,
                            Ce ne serait que par Lui, avec Lui, en Lui ;
                             Car n’est telle la Lune, apparaissant plus grande,        

                     236. A l’Horizon qu’au Zénith, mais tel, de cet Astre,
                             -Soleil- diffère en éclat, Puissance et Beauté,
                              L’être chéri de Lui, de l’Amour, - Soleil-, Dieu ;

                      237. Aux sables de Vie, visage en vague s’efface ;
                               Toute face en la mer s’engouffre, en Toi renaît ;
                               Si Lui par elle meurt, elle par Lui revit ;

                       238. «  Enamourée, Joyeuseté, m’en vais périe ;
                                D’Amour ne suis laissée ; Ses débords m’emportèrent ;
                                 Seul Sien Baiser à Ses Lèvres retient mon Ame » ;

                       239. A mes lèvres Il porta Sa Coupe d’Amour ;
                                Philtre en est plus fort que tous breuvages ensemble,
                                Dont le sortilège au buveur ne se peut rompre,

                       240. Ni longues Nuits d’Amour jamais plus oublier ;
                                Et, de Liesse, Larmes m’en ruissellent encore,
                                Et sans pleurer n’y puis, à Bonne Heure, songer ;

                        241. De Ses Lèvres l’effleurement Tout enamoure.
                                 Qu’on ne mésentende : La déposition
                                 Ne dérobe à soi : Aux insondées profondeurs,

                         242. L’Ame, en terre, à la racine s’ente du Ciel ;
                                  La Dépossession met l’Ame En Grand Amour ;
                                  Des Doux Archanges se transmet la Co-Naissance ;

                           243. Sur leurs orbes, Planètes, Comètes ils meuvent ;
                                    Depuis le Commencement des choses, aux Ames
                                    Ils veillent, de Retranchement, de Vigilance ;                
                   
                                          244. Rien ne peut Dieu refuser, nulle Grâce à l’Humble ;
                                                   La Racine, entée, de Vertu, luit en Clarté,
                                                   Qu’Humilité germine, En Lumière diffuse ;
           
                 245. Grand Dieu, Sa Déité lui donne, étincelante,
                      Laquelle en Lui flue, d’Effluence fluctuante,
                       Par Prière émanée de l’Essentielle Cause ;

              246. Ce qu’a l’hiver de Vie, en dormance, germé
                       En l’opacifiée chair de ses Saints, l’Eden,
                       En Dieu, le transparaît, et les corps irradie.

               247. Où sont temps passés, que claquemurés vécûmes ?
                        Qui, de nos saisons, nous rend la couleur celée ?
                        Qui restaurera ? las ! péries nos amours mortes,

                 248. Dont, pavoisés, nos cœurs portent à s’enchérir,
                          A la rive posés des hommes de douleur.
                          Mais Tu Tends la chaîne de Foy qui treuille aux Cieux.

                   249. Fallut-il qu’en telle durée Tu nous laissasses,
                            Au gros Temps, nos Leçons repasser de Ténèbres,
                            Avant qu’au Secret d’Ineffables Tu nous misses ?

                     250. Les Plis des Choses d’En Haut défont les mystères
                               D’en-bas ; des amours défuntes la meurtrissure
                               S’entourne en vrille aux ombres du domaine vieil ;

     251. – Péremption- . Dessaisi de ses appartenances,
              Où perdait sa peine l’âme aux pauvres ébauches,
              Le Temps, des venets, sur l’Eternel prend l’Echappe !    

252. Songe que cette vie va vers sa Mort marchant,
         Aux Yeux des Volants, en son plonge, en vain, s’abyme,
        Où les Dormants, d’un Somme, leurs Tombes se creusent !



253. Pour eux se sont, en gouffre, déjointes les rives
         D’Ame et de corps, qui, en chair éphémère, furent
        Un Temps en consonance, près le Grand Départ ;

254.  D’où vient qu’à Ton Penser eussions perdu Mémoire ?
         Tyrannie des Passions le cède à Paix fertile ?
         Qu’en Ravissements Fonte de Larmes muassent ?

 255. Quelle est cette Douceur, qui pénètre nos Ames ?
         Quoi, en nous, s’insuffle ? Là-bas, dans ce silence,
         Dort le sonneur. Lui, l’Eveilleur, songe et resonge…

   256. Evanescence, en bas, de formes fantomales !
            Tout s’abolit, de ce qui nous tint lieu de sûr.
            Qu’en dérobée de vie nos yeux tant s’abusèrent ?

   257. Nous qui de glace étions, pareils à Tes anges
            Dormants – long endormement -, recrus de fatigue,
            De Martyre épuisés, en leur Grotte reclus ;                  

258. De tant étrange Vie morte, la Remembrance
        Se garde, comme du mourir d’un naufragé,
       Qui lentement dérive aux rives oublieuses ;

259. De l’endormement des Dormants, en dormitance
   Ils dormaient, lorsqu’à l’Office angéliciel
Ils accourent soudain, rendus à Vigilance ;

260. – Beaux Sept Dormants ! Priants enfants persécutés,
        En crypte d’ église emmurés, tous Vifs,  l’an deux
        Cent cinquante, après deux siècles, trouvés d’un pâtre !

261. L’on les eût dits péris, d’un immortel sommeil chus,
       - Psyché, pour cent années dormante restée, n’eut,
         Au royaume des Morts, leur élixir – Parfum-,

262. Par pleurement d’Aimance, pris à ce dormir,
      - De leur destin la trame, en semblance, défaite –
       De leur tardance, Vigilants, ils s’éveillèrent ;

   263. A nous élever Bien Haut, veillons notre Veille,
           Au grès des Grottes grèges, soupirant, d’humides
           Pièces d’eaux, vers Ta Sainteté de Chaleur chaude ;



   264. Plus que du puyloubier au secret des celliers,
           Dont les Danaïdes savent la cache sombre,
           Résinée, - clairet rare dont fleurent les pleurs -,

265. Le Sang du Christ est rouge, Puissant, Mystérieux :
        Si vos péchés ont de l’écarlate le rouge,
        Neige ils seront ; blancs, si pourpre incarnate ils furent ;

266. C’est pour punissement de leur orgueil qu’aux hommes
         Dieu donna le vin, dit Platon. La pie ils croquent.
        Mais les Siens d’Ambroisie le Christ ensuave ;

267. Que s’en allât leur mie, ils font en Dieu l’Amour,
        Nicement. Ils rencontreront les Désireux
        Là-Haut, qui aux bords de l’Abyme L’ont Prié ;

   268. Du Sublime, ardente vocation ! Aux Cieux Clairs
           Montent, Uniques, de dilection ces Ames ;
          D’Emmurement, elles cueillent la Liberté ;

   269. Aux fenêtres de l’Ame, en miroir, numineuse
          Captation de Dieu, Principe Intelligible,
          Appert, mue son Icône en Radiance pure.

   270. De Sébaste les Quarante Martyrs, en lac
           Gelé jetés, mirent une nuit à périr ;
          Morts debout, de Glace En Feu d’Amour ils passèrent.

   271. Au Saint des saints, vide de tout, n’est que Ton Trône
           De Gloire ; là, l’Ame Divine Tout emplit,
           Et bénit en Grâce ceux qui le Bien désirent ;

272. Vois ! De tous êtres le plus Noble, l’Amant veille,
        Tel le Veilleur du Guet, sur son Eternité
        D’Amante. O Lui ! qui fut proue ! et poupe du Monde !

273. Du Seuil du Palais Se penche au Trône Son Ombre ;
        Nul désormais ne triomphera de son Ame ;
       De ce qu’elle a Vu, il n’est plus d’abdication.

274. Servants ! Suspendez vos soins ! Vous, Ses affranchis !
         Elle ira seule au Roi poser Son diadème !
         De vos mains la fit s’enjalouser Sa Beauté !



275. Toi ! qui, des Temps, la naissance élus, et son  Jour !
         Toi ! qui, des Lieux, fixas le centre, où Tu n’habites !
         Penche-toi, et regarde : Ici se tient Ton sacre !

 276. Ah ! Qu’en rivage, en Lunaison, Splendeur s’incline !
          Qu’au cercle solaire, aurée, fulgure Ton Ombre,
         Qu’à ceux Tu mets, qui ont en Toi leur Demeurance !

277. Sur Son Cœur Il la pose, où battit l’Univers ;
         L’Exilée, Sienne Il clame, à la face des Astres ;
        A Chambre Haute Il la mène, royale, où s’aiment,

 278. Et, hors le Temps, s’aimèrent tous Amants du Ciel ;
          Des Saints la fuite au Désert, réprouvés pour Dieu,
         Voyage au Pays haut, mouille en Ciel d’abysse ;

279. De Cœur de Tout à Tes Splendeurs, Guide ! ô mon Ame !
        Lors, ainsi que Colombelles, à l’Orthodoxe,
        Nous aimerons, Colombellement, Vie d’Un Siècle !

280. Mon Bien-Aimé! Mon Doux Amour ! O ma Colombe !
        Rends nos pieds de biches ! nous passe aux Lieux très Hauts !
        Que de Ta Grâce nous étanche Ta Rosée !

  281.  A Ta Fontaine, les colombelles d’amour,
            Venues s’aimer, à leur insu l’Amour y burent,
            Vie qui ne meurt, ô Source, au Monde, d’Immortel !

282. Ah ! Que sous l’arc-en-ciel, ne suis-je colombelle,
         L’arc d’Amour arquant, aux ponts déserts, Nuée
         Des Fiançailles, Lieu du Christ, qui Ses Ailes donne !

283. Que n’ai-je ces Ailes, pour nos Morts y pleurer,
        Leur plein Souffle du Vivre toucher au Soleil,
       De Lune oublier le plein, Isis se baignant !

 284. Que ne puis-je l’Eau rouvrir qui, dès prime y fut,
          Quand, au Temps primordial, tout n’était qu’Eaux encore,
         L’Eau de Dieu qui monte, et vers Rébecca s’en vint !

   285. De malgracieux chameaux suivie, Rébecca
           Vers Eliézer s’en fut ; femme-clavecine,
           A chaque touche elle vibre, pour l’Envoyé ;



286. La Terre en Ciel monte, embrasée, s’y affraîchir ;
        Les chaudes vapeurs d’humus s’embuent, aux senteurs
        Se mêlent ; d’Ames Vives, leurs Parfums s’exhalent ;

287. Toi ! qui de mainte peine tressas la Couronne,
        De violence telle Aimas que nonpareille ;
        A Tes Amants fervents, viens !  insuffler, infuse,

   288.-  Qu’En Gloire porteuse de Grâce, Tu T’attaches-,
             O Toi, Délectation !  qui ailes les Ames,
            Et de nos Cœurs le colombier de Paix consumes !

289. Colombe de l’Ame, palombe à tourterelles,
        Joignons, en jardin d’Amour, aux jacinthes d’Eaux !
        Par Amour, aux Portes du Jour, m’en vais mourir !

290. O Dieu ! Toi ! qui donnes à qui T’aime d’Amour,
         Et de Toi la requiert, Ta Grâce en luxuriance,
        Puis sur Ton Trésor prodigues, à Foisonnance !

   291. En Son Temple, Son Cœur a mon cœur dérobé ;
            Pour Lui navrée, prie d’aubade Sa colombelle ;
            Amin ! Que tôt Tu nous reviennes et nous Vives !

292. L’Epousée, des Mondes hérite ; sa Prière
         Point ne retombe inexaucée. Elle prononce,
          Tout absous son Empire, et Dieu scelle et couronne ;

293. Eaux ! Ecartez-vous devant l’Arche ! Chérubins,
        Couvrez-la de vos Ailes ! L’Autel des Parfums
        Figure le Cœur, Repos au bois d’oliviers ;

294. Qui nous donnera Tes Ailes de Colombelle ?
         Qu’ailés nous volions vers Tes Eaux Salutaires ?
         Au Bleu du Ciel, nous garde ! En l’état de Vertu !

295. Goélette a quitté l’Arche, tous les pinsons,
         Dessus les Grandes Eaux a éployé ses Ailes ;
          Musc y fleure d’Aloès ; ô Paix ! sur sa Bouche !

296. Ô mon Seigneur ! Libérateur ! Ta Puissance ouvre
         L’Image où pleurait l’Aloe ; elle a pris Son vol ;
        Ô Viduité Sainte ! S’y abyme l’Extase.



   297. Par Tes Prières, la folie qu’ils me pardonnent
            De follement T’aimer. Tu ouvris Ton Silence ;
            Pour Toi cette pavane fit Ton flamant-rose ;

    298. Ô nobles alcyons ! Craignez de révérer
             Ses pieds, Lui qui, pour L’adorer, aux Séraphims
             Aux six Ailes, fit Don d’aimer Vacuité.

   299. Comme au-delà d’aimer aime l’Amour de Dieu,
            A qui n’en veut s’offre l’Amour, intempestif ;
            Violant Pudicité, l’Etre Pudique est Don.

   300. Qui de Toi jouit plus Rien ne veut que trop Aimer,
            A en mourir ; - de ce trop de Jouissance, ah !
             Mourir-. Mais Tu le ressuscites, pour qu’il crie :

   301. «  Je crie vers Toi, mon Dieu, qui m’entends : Vois, Tu viens !
             En Toi Seigneur, je crie ! Emmène-moi encore !
             Je crie pour Toi, Sauveur ! Qui T’aime nous revienne ! »

302.  Qui T’adore, de Pureté tu rebaptises ;
          Ce Baptême est de Feu. S’y ordore tout miasme.
          En Son Cryste est Colombe. S’y complaît Amour.

   303. Avez-vous vu, Amants, avez-vous vu leurs Ames ?
           Ils ont quitté la rive, aux grèves d’oriflammes,
           Folle de vie ; en nef de Mort, leur Jour dérobent ;

304. L’Aurore, de ses doigts, à leurs mains mit l’Alliance ;
         A leur lèvre, éclose, incarnat, Sa Rose Amour ;
         Au Cœur, Perle sans prix du Royaume, elle enchâsse ;

  305. Le lys des champs, qu’a Dieu de Sa Splendeur vêtu,
           Point plus ne scintille que leur radieux visage ;
           C’est épure de Lune, sous laquelle ils vaguent ;

     306. Lorsqu’aux flots le Soleil s’abyme, Astre rapide,
             De splendeurs du Couchant en Fleurs de Mer sombré,
             En ses yeux ocellés, un paon mire ses plumes.

   307. En l’Océan du Ciel, sur la barque du Jour,
            Dieu du Soleil, à Fleur de Sa Terre, navigue ;
            En barque de Nuit, aux Embaumeurs Il s’enfonce ;



    308. Caps vifs-argent, lames dorées, Rosaces d’Ondes,
              Plus rien, à Ton cou d’Aède, n’effraie l’Amante ;
              Au miroir de Tes Eaux, Tu as miré Tes chantres ;

  309. Leur âme Tu fais Tienne ; et cette Ame est Ton Ame ;
           S’y contemple Cryste, Aigues marines, Glycines
          De Ciel, cristallines lueurs, opale En Feu.

   310. Brûlant d’au Pays de l’Ame amarrer l’Esquif,
            De Justice nous hissons le foc, aux Vertus
             Chantant nos lais d’Amour ; là, nous verrons le Prince ;

   311. Vite ! A la Belle, courons ! C’est là qu’est le Prince !
            Ailleurs, tout dort, rêvant de dormir. Floralie,
            En ce Paradis, de l’estive tient le lieu.

   312. Comme au cou de l’amant l’amante fort s’accroche,
            L’Amante à l’Amant son Ame lasse recharge ;
            De son cœur sur le Sien ouït le pulsatile ;

   313. Ainsi qu’à Dieu se refait l’Ame épuisée ;
            A Lui, d’ultime Effort, elle s’agrippe toute ;
            Son miroir brisé capte les Ondes divines ;

     314. Dessus Son Cœur s’incline l’Ame violine ;
              A la Source elle s’accorde de la Puissance,
              D’enstase s’enforce, qui l’Extase précède ;

   315. Lors, Tu dévoiles l’Ampleur, amplifies le Cœur ;
            Aux Souffles du Large, Tu éploies sa mantia ;
            Jours alcyoniens, d’Amplitude étayent Ton Amble.

316. Tu lui fermes les Yeux – Captation intense - ;
         Tu invoques Ta Force, en biche l’y étanches,
         En Vertu de cette Eau, dynamique Puissance ;

317. La Nuit verse ses pleurs de rosée ; c’est d’orgueil ;
         Le Cœur cache les siens : c’est de Contrition :
         L’Humilité couronne une Beauté secrète ;

318. Soleil que leur Nuit ! Noce à l’arrachée du monde !
         Hors l’entrelacement, se prenant de courage,
         Ils s’avouent être à l’Extrême de leur Possible :



 319. Mieux écoute Dieu la Prière de qui souffre ;
          S’étrécit l’Ame que l’Ascèse canalise ;
         De souffrir pathique, toute, elle se concentre,
       
     320. Monte bleuie, se hisse, haute à l’Horizon ;
         Elle prend des couleurs, Vertus en sa parure ;
Ce n’est plus le voile d’Isis - ; s’en orne un Monde ;

321. Ayant de tout manqué par pénurie d’Ascèse,
        Hélitreuillée naguère, elle est montée très haut.
        Inséparée de Christ, elle goûte la Vraie Vie.

  322. D’un ventre nue surgie, nue elle s’en ira,
           En ses seules Vertus s’approchera du Ciel ;
          Elle y retrouvera un Corps de jeune femme ;
         
323. Telle est la Rose qui de soi n’a plus souci,
         Ni d’être vue ne désire, car Dieu, de Tout
         Prend soin, et son Désert Il refleurit d’Or pur ;

324. Ce Désert, sous le linceul de ses sables blancs,
       Ses Eaux cèle, sous d’écarlates plis d’Esprit,
      Qui lui sont chaudes fontaines, bienfaisantes ;

325. Chair contre chair, cœur contre Cœur, âme contre Ame,
        Etre contre Christ – Est-il Bonheur plus Suave ?- ;
        De rassembler un Monde s’y trouve la force ;

   326. Au corps à Corps, l’Energie de Vie se diffuse ;
           C’est un Souffle Vital , en Respiration d’Ame ;
           Car la Prière du Cœur est Pulsation ;

   327. Vif, l’Etre en soi-même au Bonheur parfait atteint ;
          - Souverain Bien, non point contentement
          De son état, mais unitive Fusion

     328. De l’hypostase humaine avecques la Divine,
             Somptueuse, Splendide, en quoi s’accroît chacune,
            Et, croissant sans cesse, Son Essence conserve :

   329. En rien extirpés, ses opposés coïncident ;
           Se quitte enfin l’Enfer de la Disproportion
          De soi à Soi. Le Cœur Voit, en sa Transparence ;



330. L’on y Voit dans l’Azur. Pensée passionnée
        D’un corps de mort-vivant, lourde, plus ne s’y meut ;
        S’allège tout fardeau. Les souffrants sont chantants.

  331. Au portail Ecclésial, monte Acclamation ;
          Les pas s’enguirlandent aux mains des Tympanons ;
        -Bois d’emmêlement - ; qu’aux Vents aillent les clarines !

332. Rhapsodes chamoisés ! Vos pieds, cabris aux pentes,
         De lestes dahus les sentes sacrées foulèrent,
         Où l’Ame En Dieu reçoit l’Illumination ;

  333. Aux rapiéçants poètes, « lyres de l’Esprit »,
           Consonnez-vous ? Fut ainsi dénommé le grand
           Saint Isaac le Syrien, Poète d’Art.

334. Dieu dans l’Etre comme à Sa porture se tient ;
         Mais Il est Temple, sur ce parvis érigé ;
         Son Intellect suprême a le Lieu, le Temps, l’Etre.

   335. Sur la vague de fond de l’éclipse où la Lune
            Et le Soleil s’encontrent, en Nuit de sa Douleur,
             Pose un poète la Rose du Témoignage ;

336. Du Seigneur de la Mer sont fleuris les parvis ;
         En Mimésis se cherche Originarité ;
         L’Ame s’applique à saisir les Energies Saintes.

337. Point elle ne se dévêt, touchant à l’Essence ;
         Des Mers la Souveraine approche à son rescrit,
         Qui de Désir les bleues Transparences arpente ;

338. Au péril du Temps, elle guide à l’Absolu,
        De Nuit l’absout ; au matin, Elle le retrouve,
         Au cône du Cœur sise, où s’aiguise Acuité,

339. Au-delà de la pente de la rêverie,
        Au plus intime enclos, au plus forclos de Soi,
        Lui apprend ces mots : « Sainte Mère, sauve-moi ! »

340. – En l’état se mettre, au plus retiré de soi,
           De recueillie méditation, d’Art Spirituel-
          Pour en ses régions entrer de Contemplation ;



   341. Mon Christ ! Théophanie ! D’Amour Visitation !
            De Tes Yeux les tons changent, de Couleur christique !
            Les Grands Transparents en Félicité se meuvent ;

    342. A qui Te chérit paraît Ta Couleur non-peinte
             D’inassouvissement ; Ton Nom est l’Innommé ;
             Car Tu Te meus parmi les lumineux Principes ;

    343. Qui du monde voit les couleurs ne peut saisir
            Le Secret Saint de l’Angélification
            De Perfection sereine En Lumière Incréée ;

   344. Diaphane Intelligence ! en l’Ame qui laissa
            Passer du Paradis la Lumière des Anges,
           Dont le Premier Ordre est Christ Irradié !

   345. Pivoine est la Mauve, où la Robe d’Eaux s’aère ;
            Brûlante, Ta Tiédeur, qui ne se nomme encore ;
            Va ce vaisseau, d’Amour ; un lé joint les Amants ;

   346. Au Commencement sera l’Etre. Oublie l’amour.
            L’Amour est seul possible. Deçà gît le reste.
            L’Innocence, au Premier Jour, cy restaure Eden.

   347. Ici ils n’ont rien laissé, mes Aimés, Beaux frères,
            Que leur Chanson douce d’Aimer, qu’ils font entendre
             Au Firmament. Veillent ris, pleurs, et vos amours.

    348. En Palais Crystal, Amour, Sa cage de verre
            Elève, d’Air, les larmes y transmue, filantes ;
            Lucarne de Lune, Nuit, veillent Sa Radiance ;

   349. Au navigateur des passes, Phare est l’Eglise ;
           Nuit y flamboie, Soleil fuschia y voit Rose ;
          D’ocelles de paons, l’Immense forme la voûte ;

350. Criantes Couleurs ! – ô plumes de ces oisels !-
         Dont, vibrantes de Dieu, ils ornèrent Son Trône,
         En leur Cœur sis, par l’OInt fait Œil et Cœur de Dieu !

351. Aux Yeux fertiles, se décoche, ailée, Sa Flèche
        D’Amour de Dieu ; et sur le dôme fuse celle
        En Croix des Croyants Orthodoxes, qui cy prient ;



 352. Ainsi vit Sainte Sophie Paul le Silentiaire,
          Qui Ta Basilique de Silence habita,
          Où de Ton Esprit s’approfondit le Mystère ;

 353. Que sous l’or des coupoles parut au grand Jour
         Le Triomphe de l’Orthodoxie, la Vraie Foi,
          Où Tu reconnaîtras les Tiens au Jugement.

   354. Mystère sacré de la Quête du Salut !
           Qui meurt avec Toi, Seigneur, avec Toi renaît !
          Comment l’officier ? En nef basilicale ;

   355. Saint Patriarche, Photios de Constantinople,
            En sa Bibliothèque immense peignit Christ,
            En grand Humaniste, dont l’œuvre est Basilique ;

  356. Sophia ! Ta Divine Sagesse qu’aux Saints
          De par Tes Lèvres Tu fais fuser ! Qu’en jaillisse
          L’Arbre de Vie, pour ombrager l’Ame germante ;

   357. Ses pommes d’or sont les fruits d’Immortalité
           De l’Ame de Dieu, qui goûte aux Vertus jouissives ;
          Mais sur sa table elle écrit, et revit Ta Cène ;


 358. Aux frondaisons elle voit rinceaux fleuris, pointes,
            Pinacles, encorbellements, de baptistères
            Fleurons, ressauts sublyrés, voûtes des ogives ;

359. Des transepts s’ouvrent les roses, couleur de Grâce ;
         Des lapidaires les sables, perles de pierre
        Fine, au dessin brillent, d’où s’éclot Vérité ;

360. Mosaïques-miroirs ! Les tesselles n’ont gemmes
        De semblable eau. Sur ces bains d’or, brocards diaphanes,
        Des silhouettes ondulent, d’eau drapées de Mer ;

361. A l’embellie, le Mosaïste vient, s’éverse
        La lumière. Au vaisseau de l’abside il meut
        Une grand’ Résonance, en chambre thalamique ;

362. D’un voile masquées les Beautés se renchérissent.
        Mais par la lumière haillonnée de ces fresques,
       La Couleur, royale, ôte sa gaze à l’Aveugle ;


   363. La luminescence éther, d’ondes concentriques,
           Sur la voûte, à plis lents, se déploie, du Regard
          Christifiant ; limpide, Il transperce qui Le voit ;

 364. A ce milieu lumineux les feux consonnent
          Du liquide miroir où, réfléchi, frissonne
         L’Oeil vivant : Dieu, Voyant Tout, Sa Splendeur répand ;

365. Œil de Dieu ! Oh Pantocrator ! Christ Tout Puissant !
         Fresqué, Tu rassembles Tout, relève l’Espace
         De la terre au théurgique sacre du Ciel ;

  366.  En ce solsticial Espace où tous points s’échangent,
           L’Ascensionnel au Déscensionnel se noue ;
           Le Très-Haut rédime : Sur Ses Mains l’on s’envole ;

  367. Ta Chaîne d’Or relie tous les Priants ensemble,
           Invisible aux Fidèles, en ce vide immense,
           Sous Ta Coupole, à Ton Essence Nue s’ouvrant ;

368.  En chambre intime d’Intériorité, l’Ame
         Résonne. Jaspée vibrance, Colombe, Sein
        D’une Vierge, au lutrin Te médite, féconde.

369. Las ! mon luth est sans cordes, mon cœur sans Pitié ;
        Qu’ouïrais-je en l’esprit tinter la Voix Divine ?
        Qu’En Esprit Te peindre ? Un Vertige est Ta Louange !

370. Bleue de Spiritualité, sa Robe en Simplesse,
        De Lumière se tisse, et ses cheveux de Vierge ;
        Ce lit du désir, pour Ton Feu, Elle renonce ;

371. A ce clos virginal surgi, l’Archistratège
         En l’Esprit met sa sanguine d’Arc-en-Ciel ;
         Iris, au Beau du Ciel son écharpe en oublie ;

  372. Qui ne peut son écharpe donner, en tient lieu
          Un fil, un pétale à qui n’a de Rose Rouge ;
         Plus est de Bonheur à donner qu’à recevoir

373. L’homme vil est un caméléon ; sa couleur mue ;
         Retiré, un Contemplateur, en sanctuaire
        D’Esprit, se fait une Divine Puissance ;.



374. Ô toi, l’Annoncée ! Puits sans fonds, que ne sonda
        Nulle main d’homme ! Que les intempérants soient
        Emus à boire le Pur à ta Fontenelle ;

375. Ô Vierge ! L’Esprit te voulut ensemencée
         Sans qu’en ta matrice les verrous ne s’ouvrissent ;
         Sur toi brillent en polyèdres les étoiles ;

376. En toi du Ciel la Constellation se forme
       Des constellations. Au front, tu ceins l’Etoile,
       Deux aux épaules : Tu portes la Trinité.

  377. Dieu, Tienne est cette Constellation, d’où fluent
           Toutes choses, qui en émanations ruissellent,
           En Roses, que la rosée de l’Hermon plus Suaves ;

    378. Ô Mère de Dieu ! Vêts ta Robe de Soleil,
            L’Or des Impératrices en Hauts Diadèmes ;
            Que te couvre de Dieu l’Ombre, ornée de Lumière !

379. En Soleil rayonne ta Gloire, en pluie d’Etoiles ;
         Ô fille d’Israël ! Plus proche es-tu des hommes,
         D’eux l’Intercédante, à Ton Seigneur la plus Chère ;
380. L’infiniment touchante ! d’être infiniment
        Touchée ! Ô toi ! L’infiniment Droite ! inclinée
         Infiniment vers Dieu pour l’être vers les hommes !

381. Los à la Reine ! Des Arbres muscades fusent
        De blancs pétales ! Mille Fleurs musquent son Sein !
         Cloches aux rosiers ! Du Ciel en blêmit la Lune ;

  382. Aurorale Grâce ! Intelligible Lumière
          De l’Ame Clairvoyante ! Son Regard Voyant
          Se Voit ; la Déité Contemple, a Vue de Tout ;

  383. Mysticité ! Au Couronnement de la Vierge,
          D’Etoiles tiarée, c’est Opale boréale !
          Enigme en miroir ! Ombre  Lumière de Myste !

384. Louange virginale ! A Celui qui vient,
        Tout Lieu habite, et que nul ne peut contenir,
        Ton Sein fit Son trône, plus vaste que les Cieux !

  385. De toi, Mère de Dieu, le Sein est infini,
           Azur bliaud du Ciel, habit de Sainteté,
           D’Incorruptibilité ; - Vie delà la Mort- ;
  386. Icône au miroir, onirique, ci dépeinte,
           Sur ta nef, aux membrures ajustant les voiles ;
           Embrassons ton Ombre, ce peu d’Illuminisme ;

  387. Ce chemin suit nos rêves en la voie lactée,
           A l’émerveillante foule menant des Saints.
           Mirons au Crépuscule du Matin l’Etoile !

  388. Christ En Mère de Dieu, Mère de la Lumière !
          Reine de Ciel et Terre ! Haute Reine des Anges !
           Aux poètes de toi, tu insuffles ta Science ;

389. Aux vitres d’émeraudes, en médaillons ornés,
        S’élucide un reflet, moire d’étoffe peinte ;
        Dans l’Or et dans le Sang s’abolit le couchant ;

390. S’est couché l’astre ; il a dedans la Mer pleuré ;
         A l’aube, les vapeurs en la rosée se mouillent ;
        Le coq de la girouette aux Vents tourne, s’affole ;

391. Aux Lieux où entre le Divin plus n’est nul vide ;
         Surgit Surabondance, en Plénitude d’Etre ;
         De l’enceinte d’une fenêtre, la Vie sourd ;
 392. En Clôture enceinte, l’Ame à son Cœur contemple ;
         En verrière spiralée, tout s’effuse au myste ;
         Le pénètre la Grâce à la rosace vive ;

  393. Hors Fantaisie, tous les Vertueux y reçoivent
          En Image la Contemplation du Bien ;
         De Son Etre s’est assurée la Certitude ;

394. Véronique ! Tu es verrine verrière,
        Du Conseiller merveilleux Belle estampillée ;
        Capte ! des Etoiles mortes la Lumière !

395. Cette Assurance de l’Unique est Infaillible.
        Hors de toute raison discursive, Il délivre
        Par Sa Vision, la Connaissance parfaite ;

   396. Aux injonctions de Conscience, les Témoins,
           Par leur Vie, leurs œuvres, d’Amour l’Amour vous crient ;
            Tels ces statues-colonnes, aux tympans d’églises ;

   397. Aux porches, d’humble mutisme un instant surgis,
           Aux Fidèles ils éploient ce voile au parvis,
          D’Arachné toile tissée, en Vision pure,
398. Aux brocarts fleuris, mêlés de fils de soie ;
        C’est d’Esprit faste Puissance, invite à entrer.
        Puis lors, ces humbles, en statuaire s’effacent.

399. Aux Cryptes voûtées, bat, de cœur basilical,
        L’office ecclésial, où sont reines d’antan,
        Emperesses d’Eglise, et leur Sainte éponyme.

400. De royal époux laissée, gisante, Ingebruge,
         En Abbaye fermée, soit Douleur, soit Blessure,
        De s’abymer prit Désir En Tienne Amour Sainte.

401. Des reines, sous ces berceaux d’ogives, les tombes
        Géminées, aux baies lovées du cœur, quoique closes,
        S’ouvrent aux plafonds de glace, en voûte de Ciel ,

402. Aux Eaux très élevées des étendues célestes ;
        Elles s’en font des surplis ; du Ciel des Cieux
         S’y prend naissance ; le Co-naître en phiale émane.

403. Il est tant d’êtres pour Morts laissés dont le Mal
         S’est en Bien mu. Ces Ames de grande Douleur,
          De par mon Dieu ont, au Ciel, trouvé le Repos.

404. Or, ce ne sont point les Vierges tendres toujours
         Qui eurent pour Mission de rapporter le Ciel
        En terre, comme par un miracle nouveau ;

405. L’Esprit Poétique, ou ce Bonheur partagé !
        Le Réel qu’il rêve advient. Quels plus vrais Poètes
       Que les Saints ? Leur chant mue la terre, sonne l’Aube ;

406. Le Seigneur au matin leur Souffle ce qu’au soir
        Ils diront. Or est Saint celui dont Dieu ouït
         Toutes requêtes souffrantes et épleurées.

 407. Christine de Pisan en vers celait sa peine ;
          En Moniale hors Moniage vécut cette veuve ;
          Qu’écrivassière obscure Il aime, Dieu l’élève ;

408. Serait-ce Epistolière, quelque Ephéméride
         Lisant ou la Lettre d’Amour du Prince, en veille
        Qu’Il trépassera, à Sa Bien-Aimée léguée ?



409. En Sa Poésie, de Dieu les Voyants appris,
         Aux bassins Voient des lacs ; aux mers des Renaissances ;
        Aux parterres, des prairies ; aux fonds, des pinèdes…

410. Sauve-nous ! Seigneur : Il n’est plus de Saints en France !
        Ô vous ! tous les Saints du Seigneur ! Priez pour nous !
       Et vous, louez-Le, Astres et Sa Lumière !

411. Louez-Le, Cieux des Cieux ! Eau ! par-dessus les Cieux,
        Dragons, et tous les Abymes ! Par l’Eau lustrale
        Des pleurs, purifions-nous de Malignité !

412. Qui saurait l’Art conter de la geste des Saints ?
        Qui pourrait ces Ames sentir, aux mille Fleurs ?
       D’aucuns, aux pages des Synaxaires, peignirent

413. Ces Lamentants, las d’une vie de finitude.
        Au Jardin de Ses Saints, qui sont autant de Fleurs,
       La Providence recrée Sa Geste d’Amour ;

414. Car l’Ame n’est plus ce falot entendement
        Qui rien n’entendait, n’intelligeait. Pulsatile,
       Intuitive, et sensitive, en toi, Cœur, bat l’Ame ;
415. Heureux ! sont ceux entrés par l’Echappée des Portes
         De la pénitence, de Pleurs lavant leurs Robes :
         Dieu, celles d’Amour leur ouvre, qui tout éclaire ;

416. Mère de Dieu, Porte du Ciel, et de l’Eglise !
        Marie la Vierge, Aimante et Mère de Christ,
        Ô Douceur des Anges ! Souveraine aux Archanges !

417. Pareille est la Vierge en Manteau protecteur
        A la Sagesse éternelle : Jeune figure
        D’Humilité vêtue, couvrant la Race Humaine,

418. Au Trône chérubique, à la Droite de Dieu
        Sise, seconde après la Trinité, qui tant,
        Tant, en Mère pleuras, gisant, Son Christ voilé ;

 419. Reine ! Ô Tour de David ! Porte de l’Orient !
          Porte Sacrée, par où la Mort fut terrassée,
         Qu’y fit Nidation l’Orient des Orients !

    420. Sur Lui, Son Baptême, s’est la Porte des Cieux
             Déclose, qu’aux battants, grands, tiennent les pasteurs,
             Cortège Lui faisant, dans la Gloire des Anges,
  421. Devant les Siens, auxquels Ses Consacrés d’Eglise,
           Par le Baptême, en Immersion, d’Orthodoxie,
           Le seul Passage livrent devers le Royaume.

422. Les grands Saints du Haut de leurs montagneuses Skytes,
        Les Ermites, vivant au creux des arbres secs,
       Loin du monde, de ses haines, de ses colères,

423. Ont Vu qu’au Jugement Redoutable des âmes,
        Le Christ apparaîtra à ceux qui n’auront Cru,
        Et qu’ils seront assis en Ténèbre au Schéol.

 424. Face à l’Occident, le baptisé en Lumière
          Par trois fois crache sur Satan : Il le renonce.
          Il se lie à son Christ, indissolublement.

425. Tous les regards, en Un Centre, se surimposent ;
         Christ est ce Centre qui fut au Commencement ;
        Du crâne d’Adam mort,  la Croix rejoint la Vie ;

426. Du profonds de son Cœur, où gîte jas d’Amour,
        L’Ame au tombeau ses péchés vient ensevelir.
        Au seul  à Seul, plus jamais l’on n’est seul En Dieu.
427. Sous Ses Ailes brille du Firmament l’Eclat,
        Au Roi des rois, son usufruit, se lie son Ame ;
        Lui, l’Eternel, des passions, un jour déliera.

428. Tes Belles de Nuit sont telles des libellules
         Aux ailes azurine ; la Lumière à l’Ombre
          Se rejoint. C’est l’heure du pieux Récitatif.

429. Au sein de Ta Clôture, Christ, sur Tes Fils s’ouvrent
        Les Portes de la Paix. Ô mon Seigneur ! Tes Enfants,
        Vois, vers les Portes du Ciel ont tendu leurs mains.

430. A leur voûte d’Ombre enclose, au cœur de Ses Saints,
        Montent en stalactites, à la verticale,
        Les Eaux de Rose de leur Ame, au Dieu de Source ;

431. En leur caves cloîtrés, ils s’invisibilisent ;
         De cette Retraite sûre, ils ne se déclosent,
         Pour acquérir du monde la Claire Vision ;

432. Les Sages, en palimpseste vieil, voient le Monde
         Premier, si Pur, auquel Christ a mis Son Reflet ;
        S’y défont du réel les illusoires encres ;
   433. De l’Un-Miroir chaque fragment d’Ame réfracte
           Le beau Désintérêt et l’Eclat magnanime ;
           De Ses bris Il a rassemblé leur Liberté ;

434. A leur huis,, admirant du Seigneur les Beautés,
       Et l’Aurore vêtir la pourpre du Grand Roi,
       Comme au jour, une à une, mènent les Etoiles,

435. Veillent aux fenestrons les Observants de Dieu ;
        Des Yeux, ils suivent les Astres, en leur esprit
         Parcourent les dunes, au long du noir rivage,

436. Où s’allume une alternance d’Etoiles mortes,
        Ou sur leur fin, du faîte voûtant la courbure.
       Vénus, invisible, suit le Soleil de près ;

437. Le Sage est Miroir de Ciel, de Terre Ecritoire ;
        En lui se reflète le Tout : Son esprit, d’Anges
        Se tisse. Bien peu osent l’approcher, de crainte.

438. Mais Dieu est Perfection, en Tout, par Tout, sur Tout,
        Au balancement oscillant de Son Vertige ;
       De cet Enchantement, plus n’est d’Escamotage ;
439. Lune, au lac d’Ame, l’ombre de son âme joint ;
        Que cette Lune trop tôt, trop tard, au point-nœud,
        Frôle la terre,  en varie, solaire, l’éclipse ;

440. Ainsi qu’au tien Soleil, la Lune à Temps s’égale,
        Toi ! Dieu, fis Ton Fils à Toi Egal, et la Femme
        Egale à l’Homme, au point-nœud de sa côte prise ;

441. Au lieu d’Effervescence se consume l’Etre,
        Plus que pâle Vénus, en planète d’amour ;
        L’Ame purifiée la brûlure n’en souffre ;

442. Comme  Vénus, libre étoile matutinale,
        Au-devant du Soleil se lève, dessus lui,
       Après ce dernier, à la nuit, pose sa course,

443. Vespérale, se couche, étoile d’un long soir,
        Et que l’Etoile aussi du Matin, Radieuse
       Encor’paraît, sous son Soleil sa course mène,

444. Toujours du Soleil demeure également proche,
        Ni plus proche, ni plus lointaine que toute autre
        Etoile, - sa très Blanche, seule Confidente-,
445. Ou comme est la Lune en son plein, pleine en ses Jours,
        Sur la Nature ayant sa seigneurie, pleureuse,
       Au sommet de sa force au plus loin la Mer jette,

446. De même, qui veut à l’Union parvenir
        Ne doit, lune faible, en terre sa clarté perdre,
        Qui s’offusque et pâlit, mais en Lune bien pleine,

447. Ou de son dense brouillard sortie, libre Etoile,
        Soir, matin, en tout temps – plénitude des Temps-
        Près Dieu demeurer, en Prière, Acte, ou Pensée ;

448. A qui, humblement, fait tout pour l’Amour de Christ,
        Dieu donne à diriger la Navire du Monde,
       Que, de l’Ombre sortant, Il le mette En Lumière ;

449. Fi de toute échappée ! Angélique est le Temps
        De ceux qui firent tout pour plaire à leur Seigneur.
       Ce sont des Veilleurs, sous verres d’Eternité.

450. Un verrier maître d’œuvre, en une trois rosaces
        Enceignant, tous bris de lumière, En Vision
       Fond, d’un Monde Unitaire – Unicité Divine- ;
451. Or Un est le Monde où Dieu créa l’Homme égal,
       Dit Saint Basile, que d’ailes d’Ange Il orna,
       Multicolores, qu’en la Mort il ne restât ;

452. Qui  de l’Un ne fut enveloppé l’Un n’a Vu ;
        Mais un Saint le fut sous la Nuée, En Vision ;
        Las ! l’œil atteint de chassie ne voit le Soleil ;

453. Qui Bit l’Un, ce fut en lien d’un à Un, sans science
        Que l’Art des arts, Spirituel, d’unitive Amour ;
       La Nuée arquée descend en Cellule Sainte,

454. Par la Prière Sainte appelée, envoilant
       Cosmos, qui tout l’Univers contient, réel,
       Psychique et Spirituel : Trois Roses d’Homme en Un ;

455. S’y Contemple un autre Ciel, non les bouches mauves,
        De blanc de céruse peint, de gloire de Naples,
        De rouge laque, aux effeuillés pétales verts

456. Fusant aux Astres, leur course y achevant, d’Or ;
         Mais ce Ciel est sur terre, oh ! tout mystérieux,
        Et l’Ame, béate, en jouit, silencieuse ;

457. Que l’Ame est grandie de Voir ainsi l’œil de Dieu
Qui l’enserre d’un arc de Roses ! Mais tant Humble
Se sent celle qui naquit poussière d’Etoiles ;

458. Aux arceaux du cloître assis, au Cœur leur Vision,
 Au monde ces Saints  ouvrent tout  grand leurs croisées,
Des verres colorés serties du grand vitrail ;

459. En cime suraiguê de la plus haute chambre
D’esprit pur, ils convoquent l’Union Divine,
En cœur profonds, soupirant à Dieu : «  Viens ! Descends ! »

460. A la pointe fine de la Concentration,
Ils se sont En Dieu par la Prière immergés,
Qui la Mer Divine aux Feux de leur Cœur balise ;

461 C’est là, en cette Vue, que se tient leur Repos,
En Sa Chambre d’Echos que s’épanouit l’Ame ;
Le diamant du Beau, librement, s’irise au prisme ;

462. Ceux-là dans les espaces intuitifs vécurent
D’intériorité profonde, en l’Ile d’Amour ;
S’éclaireront les fonds de leur Recueillement ;

463. Lors, leur Vie devient une lanterne Magique ;
   L’irisé s’ peint de l’étoffe de l’Esprit,
  Qui leur accorde d’exaucer leurs plus chers vœux ;

464. Sous les cabochons ternis des vitraux du monde,
  Ils révèlent l’Art de purifier ce Cœur
   Qu’en Premier Lieu tissa Dieu, au sein d’une mère ;

465. Les Justes, en Cénacle, le Tout parachèvent,
De Divines Beautés investissent le monde.
Ils veillent ceux qui meurent en Joie, jubilants :

466. Ils sont heureux des Retrouvailles avec Dieu ;
Leur Visage n’est plus qu’Illumination.
Mais vous, au contraire, qui gisiez, déprimés,

467. Croyant de vous toute vie retirée, debout !
Et vous qui si longtemps fûtes disparaissantes,
Revenez aux arcatures d’hyperborée,

468. Au matin penchées du balcon où nous vous vîmes ;
En vos intérieurs profonds, ô reines des îles,
Bannissez tout esprit de Découragement !

469. Au Temps long, l’Ame a mal aussi d’Oisiveté ;
A qui de soi se déprend, le Temps ne s’égrène ;
 Que l’Ame, de ses disparus, fasse Mémoire !

470. Dans son petit coin sombre où la restreint Amour,
« Où d’être homme d’honneur on ait la liberté »,
La Conscience Désirante demeure En Dieu ;

471. Il est deux branches à la Croix : l’Apostolat
Est l’une. Vois cy les Douze en leur Cénacle clos
Qui par Foy s’apprêtent à sillonner le monde ;

472. Mais les Ascètes exténués sur l’Athos
Et dans leurs cellules demeurent, à chanter
La Vierge qui d’en pâmoison revient, près Christ ;

473. Ces Fils, pour leur Seigneur, se sanctifient encore ;
D’un seul Cœur ils L’attendent ; sur eux l’Esprit souffle ;
Dieu leur met la Couronne de Béatitude ;

474. Les Saints, usés, T’acclament, gisants sur leur couche ;
Ils ont en leur Voix le glaive, et des ceps de fer
Pour lier les rois de chaînes : C’est là leur gloire ;


475. Hauts sont les pays, là-bas, des amas stellaires,
Où vont, en leurs Constellations, les Etoiles,
Qui sont chanteresses de Tes couleurs d’Amour ;

476. De Dieu célébrante, d’enchanteresse Gloire,
Sourd d’un même jet, sacrée, la poésie pure,
Doctrinale un peu, pour disposer à Tes Voies ;

477. D’Essence Religieuse fut le plus grand Art.
Saints Anargyres ! Savoir-faire et Haute Science
De guérison Tu donnas à Tes Thaumaturges !

478. Tu confères aux Tiens tous les styles de Saints
Et Tes charismes. Car tous reçoivent tes Dons.
Le voyant, Tu veux spiritualiser l’homme.

479.  Vous qui, Tout à Tous vous étant faits, fûtes Un,
De plusieurs faits, en votre universalité,
Les prières que vous dites sont des poèmes ;

480. Christ, en vos Ames, Sa Parole a déposé.
De Sa Divine Incompréhensibilité,
Incirconscrite, vous fîtes le Ménologe ;

481. Du Passionnaire, Il apprend la Sublimité
A Ses Passionnistes, poètes aux violes
D’Amour, religieux – si tant passionnément.

482. C’est Déni de croire que de Nécessité,
De Moïra, mère des Parques, s’enfantât
L’Art, dont, long Temps, elle se dit seule accouchée.

483. Au Cœur de l’Artiste se scrutent les secrets ;
Mais pour que ce que l’Esprit Saint est vraiment très Humble,
Il a instruit cette Ame en Humilité ;


484. De son Art ni le secret ni la fin n’a l’Ame,
Ni Ton Poïétique Génie, Contemplateur,
Dont chacune galaxie ouvre en nues d’Etoiles ;

485. Quel Art ils se sont acquis se voit aux Artistes :
Mais le plus grand Art est celui qu’accomplit Christ ;
Christ couronne de Gloire et d’honneur ceux qui peinent

486. Pour Lui, le Parfait, le Dieu-Homme accompli.
Ceux qu’Il éclaire, Il les fait devenir Lumière.
De Surnaturelle Beauté l’Esprit adorne.

487. C’est l’Heure délicate où l’Ame, le fermoir
Clos des livres, plus rien n’en lit, l’envie éteinte ;
Lors la Prière monte vers son Seigneur Dieu.

488. Combien de Saints, qui rien n’écrivirent, vécurent
Pourtant des Vies dont le récit seul serait fol !
Mais leur Humilité les fit taire, ô Sublimes !

489. Ils restent avec leurs secrets ensevelis ;
Auprès de Toi ils n’ont guère dormi ; debout,
Déjà, ils exultent à Tes côtés, en Gloire !

490. Ils ont vaincu la Mort qui rôdait aux parages ;
Leur vie de souffrants s’est muée en autre Vie
Béatifique, qui croît En Béatitude ;

491. Dieu Poïète ! Ton amplitude ouvre un Monde !
A nos chansons anciennes, mets la ciselure
De Peïthô qui persuade, et beaux traits de déesse ;

492. Et l’Artiste Tien, l’Assonancé, qui Te suit
En Tes Voies montantes devers le Paradis,
Pousse-le, puis l’embrasse de Tes voiles d’Aube !


493. Qui de Dieu, en son Penser, tout attend, se meut
Par son seul vouloir. S’il ne sait quel parti prendre,
Au Temps dit, Dieu le lie, tout en le laissant Libre ;

494. L’Homme Libre n’est point le noble au haut lignage,
Mais celui qui T’a abandonné son vouloir :
Tu lui fais Don-Liberté, rendue au centuple.

495. Mon Dieu ! Vois qu’à de vains vers futiles grimer,
A notre insu passe, impartie, la vie, si brève
Que nous n’aurons rien fait d’Amour que T’en écrire !

496. De ce qu’ont Vu les Contemplatifs, ils soulèvent
Le Voile, en donnent à goûter l’Eau précieuse ;
Ce qu’ils ont fait, ils l’ont écrit avec leur Sang ;

497. Ce qu’ils dépeignirent vient des Textes Sacrés,
Et de leur Expérience aussi de Jeûneurs,
De Veilleurs. Dieu les fit Aèdes Inspirés ;

498. Certains de leurs Livres firent d’amples forêts ;
Ils y mirent à chanter l’Amour Magicien,
Pour enseigner la Sagesse Théorétique ;

499. Sous la Sagesse Pratique, court leur Vie même,
Sous le Labyrinthique, l’Authenticité ;
Sous l’allusif se restitue la Dogmatique ;

500. Ils ont dépassé l’œuvre au noir de l’alchimiste ;
Leur Silence a sculpté l’espace de la Nuit,
Et ils l’ont rempli de leur Prière vibrante ;

501. Ils ont rejoint la Nuit Originelle, non
Point l’antique nuit, de nos péchés alourdie,
Du Chaos venue, la primordiale nuit,


502. Qui Chronos le Temps, puis le Diable, et la Mort
Enfanta, malfaisante, ennemie du beau jour,
Nuit de l’âme obscurée, aux Enfers dévolue,

503. Abyme d’Informe, qui n’est la Nuit Divine
De Moïse entré En la Ténèbre Divine,
Où sourd, en Arc de Nuée, le Voile de Gloire ;

504. Ces Voyants ont descellé, de Sept Sceaux Scellé,
Le Livre qu’au Temps du Malheur descelle l’Ange,
Au Cœur de qui, dans l’Ombre, crie vers la Lumière,

505. Sachant que la tristesse et la joie se succèdent
Comme la nuit et le jour. Mais la Joie en Dieu,
-Joie d’Amour-, la tristesse plus jamais ne vainc ;

506. Cette irrépressible Joie aux Adversités
Même demeure, celle d’avant tous les Ages,
Celle d’avant les Temps de la Vraie Vie d’antan,

507. D’avant cette longue traversée des années,
Lorsque les Saints nageaient en la Béatitude ;
C’était cette Nuit qui se faisait Lumière.

508. La Solitude, la Persécution, la Mort,
De si Très Haut, sonneraient plus avantageuses,
Que d’être à soi-même une lyre dissonante ;

509. Mais en bonne compagnie ils s’y voient, et belle
Harmonie des contraires, sous Christ subsumés ;
Dieu leur y est Jour et Nuit, Ombre de Lumière ;

510. De la mer démontée des passions sauvés,
Des éléments déchaînés, l’Ame avec le Ciel
L’Affinité retrouve et l’Incorruption.


511. Sous les Vents ils attendent l’Union Divine,
Les Manifestations Fastes, les Miracles,
Et, de la Révélation, la Libération ;

512. Celui qui aux ailes du Désespoir pendu
Ne pouvait que choir, à présent serein, et Libre,
Quoi qu’il en fût, lût-il en Dieu, plane En Esprit ;

513. L’escorte, en Blanche éployée, l’Oiselle des Mers,
Qui guide à la Paix les médusés du radeau
De l’Ame, aux Lieux Hauts fortifiés, Antres des Sages,

514. Vers l’Idéale Cité le menant, aux Portes
Eternelles, leurs linteaux étageant vers Dieu,
De mille fenêtres à la Lumière ouvrant,

515. D’Eclairs transperçant la chape de l’Apparence ;
Aux solives se pouvait lire cet adage :
« Aime et fais ce que voudras, d’un qui n’appliqua ;

516 .Ô vous qui toute nébuleuse aviez perdu !
Regards d’orbites ! Bouches chues ! Plis d’amertume !
Ames idiotistes, inaccomplies,  malades !

517. Vous qui des yeux ne pouviez sonder nulle abysse,
Sans crainte d’y sombrer votre désespérance !
Ô vous, approchez ! Son Abyme est Plénitude !

518. Nuit ! de Ta grande Pâque ! Ondée spirituelle !
Ta Lumière lève de tout le voile, oh !
Illumine le Ciel, l’Enfer, et la Terre !

519. Venez ! Naissez Lumière ! où s’allume l’Aurore ;
Le Prince de toute Mansuétude y gîte !
Qui vient à Lui, courbé, d’un autre âge exténué,


520. A Sa Source n’épuise les flots de l’Aimer ;
S’y verse Alacrité, en corne d’Abondance ;
Au dard des yeux n’y sont pétrifiées les Licornes ;

521. Si la Licorne veut ce que l’Eléphant fuit,
L’Ascète s’attelle à l’Ouvre de la Vertu.
Vois, Seigneur Dieu, qu’en Cerf brame Ton Solitaire !

522. Aux pieds de Jérôme, son Lion, de Séraphim,
Son Ours, de Marc, son Aigle : C’est un bestiaire.
Les bêtes ont reconnu leur Dieu. L’homme, non.

523. Si Licorne fut Orgueil, Sirène, Flatterie,
Christ-Dieu est Pélican, qui donne aux Siens Son Sang,
Lequel, en l’air lancé, sur les Impies retombe.

524. Si vous voulez cueillir les Fleurs de la Vie, faites
Ce que vous voudrez mais avec la clef d’Amour ;
D’où, vers le soir, Tu viens, mets sur l’autel Ta lampe,

525. A l’Heure où de Désir le Brasier s’allume ;
Dès lors, l’amer n’entre plus au Pays de l’Ame ;
Les Suavités du Ciel et l’Amour y descendent ;

526. Les Saints ont cessé de parcourir l’Univers
Sous le Soleil, qu’ils savent, sur son char doré,
N’être plus qu’un rayon du Soleil de Justice ;

527. Se purifier pour Christ, en Pénitence Sainte,
Est devant Dieu plus grand que tous ses biens donner
Et courir le monde en Vaticination ;

528. De cette Terre qui, jadis, fut un Soleil,
Ils ont vu – semi-Lunes- les solaires taches
Des péchés de ceux qu’Humblesse ferait des Astres ;


529. Ô Verbe ! Tu es le Dieu Trine Intelligible !
Au Ciel Tu tournes Ton char de Joie Spirituelle !
Tu ordonnes le Monde, éclaires les Ténèbres ;

530. Au Soleil allait Constantin se dévouer,
L’Empereur, du dieu Phoïbos fervent idolâtre,
Aux autels sacrifiant de cendre et de sang,

531. Lorsqu’à l’astre il vit ce Signe en Croix du Sauveur,
Et ces idéogrammes : «  Jésus-Christ Vainqueur » :
« Par ce Signe tu vaincras », disait le prodige.

532. Au Jour de fête de l’Ancien Calendrier,
Sur l’Eglise assiégée des Chrétiens, Diamantée,
Apparut au Ciel une longue Croix d’Etoiles.

533. Sans plus de nuit ni de pluie, sous les Vents d’Esprit,
Les Yeux ouverts sur les mondes intérieurs
Distinguent, Immense, la Présence Divine ;

534. Le triste pouvoir du Temps qui Tout désagrège
N’y a prise. Dans la Nuit où s’embrase un Cœur,
A l’œil visité d’Esprit s’enflambe un Soleil ;

535. A la Visitation de l’Esprit de Grâce,
- Ô Vraie Luminescence de l’Ame Théophore-,
L’être, de Phénoménalité se délie ;

536. De la chaîne causale des causes causées,
Qui des choses n’exhibe que le seul comment,
Le Pourquoi de la Cause Incausée se délivre ;

537. C’est de Beauté la Révélation ! Ô Miroir !
Et comme deux miroirs se renvoient l’Infini,
La Vision Sainte réfléchit le Mystère.


538. S’y voit à fonds de Ciel, renversé l’Infini.
La fée des Eaux de Paix en garde, inamissible,
Le Trésor. Dans sa paume, elle détient un Monde.

539. Orthodoxie ! Cause planétaire ! A sauver
Ce Continent englouti, se sauvera, Tout,
Le Monde, allant de Vertu En Perfection.

540. Car son Fondement, dit Saint Nectaire d’Egine,
Est la Vertu, et sa Fin est Perfection.
Sa planète est celle de Dieu la plus proche ;

541. S’y sublime l’Approfondissement ; s’élève
Tout. Y sourd le Débordement de Ton Amour.
L’Eternité d’Un seul Jour enfin se recourbe ;

542. A perte de Vue, sans cloisonnage aucun, oh !
S’y étend la plaine de Vérité – Splendeurs !
Les Reines des steppes à cœur ouvert y lisent ;

543. Sainte Vassilissa, qui a nom de Princesse,
Martyre Romaine, n’y croise plus Guenièvre,
Périe trop bel objet, sous l’Arbre aux Ames sise ;

544. Il n’y est plus de brèche ni plus de créneau,
Où pleurait Antigone, à défendre le Droit
Des Vifs, à l’altercation s’épouvantant

545. De ses deux frères, tombant demi-morts, percés
L’un par l’autre. Il n’y est plus de Volupté nulle,
En prompt Temps flétrie, telle la peau des Grées, vieilles ;

546. Telle Antigone pourtant, pour le Droit des Morts,
Vint l’Ame à s’ensevelir, menée, blanche, aux marches
De la Mort, d’un Tombeau sur la Mer, s’emmurer ;


547. Aux fenêtres s’encadre la Mer, mais n’en partent
Plus les Fils de la sombre Afrique qui, hélas !
Antan, furent vendus pour un miroir plein d’ombre.

548. La Joconde, maîtresse d’un Doge en secret
S’est évanouie. De son Palais, aux fenêtres,
La Charmeuse, la Dormeuse, plus ne paraît ;

549. En loggia sur rien accoudée, d’où s’admirait,
Au fonds du val d’eau venir une grand’princesse,
Qu’aux noces escortent Tritons, Génies, et Nymphes,

550. C’est la Sainte Abbesse Thaïssia qui s’enclot,
Fille Spirituelle de Jean de Cronstadt,
Saints à leur balcon captant la Semblance à Dieu ;

551. D’Apollon l’inspir au poète plus ne tombe ;
Les cordes d’un luth vide à l’autre sont cédées ;
Aux formes décousues il crée l’Habit de l’Ame ;

552. Le roi et la reine plus n’y viennent saluer ;
A Dieu ! princesses ! Vois cy le roi mis en caisse ;
C’est la fin de la vie, un Memento Mori ;

553. Léonard  plus ne livre sa commande : Il aime
Son modèle ; chaque jour, plus beau le refait,
Et le Monde ; Mort vient, les prend inachevés ;

554. Qu’eût cultivé Mona la Vertu, son sourire
L’énigmatique semblance eût eu de Gandjy ;
-Sa Lumineuse Sérénité Souriante ;

555. Ô ! ces Yeux mi-clos, ces paupières baissées, sages,
Qui du Cœur coupolé Tout l’intérieur espace
D’un unique regard embrasse, et l’Innocence - ;


556.  Cléopâtre est en l’Intemporel enfouie,
Aux alexandrines fenêtres de son phare,
Dont nul ne sut l’éblouissement des miroirs ;

557. S’y voit qu’en pyramide, au profonds, s’en étagent
Force appartements, à la Montée plus Somptueux ;
Comme est loin l’Etage Nival du viol de Lucrèce !

558. Aux pièces d’Eaux penchées des Intérieurs Jardins,
Sous les mortes ondes, dormantes, des canaux,
Flamboyantes, flottent aux fonds des cathédrales

559. D’ombre sombrées, leurs villes englouties, à s’être
Au gouffre brisées du mauvais infini, qui,
Sur leurs pilotis lacustres T’édifièrent ;

560. Péris leurs architectes, gauches astronomes,
Ton Ciel par petit bout scrutant de lorgnette, où
Ne se dévoile, Infinie, la Suite des Choses ;

561. Où sont de Ninive les murs, de Babylone
Les claustras, de Persépolis tous les palais,
Les temples de Baalbeck, la muraille de Chine ?

562. Des rois de Juda les nécropoles royales ?
Où ? La  basilique d’ombre au soleil offerte,
De Stonehenge les pierres, les dolmens des dieux ?

563. Babel n’était de « Dieu la porte », ô Doux Messie
Du Monde ! aux pieds de qui point ne s’étaient assis,
Avant que de la bâtir, ceux qui Ton Nom Saint,

564. Sans Tes fondations y creuser, usurpèrent.
Qui veut, l’entier édifice, au faîte apposer
Du Ciel, sache que Toi seul en choisis les pierres ;


565. Où est Egée ? qu’aux bras de Phèdre oublie Thésée,
Egée qui sur sa terrasse la voile guette,
Noire, par faute d’oubli : S’en jette en Mer, Meurt ;

566. Où ? les royales momies, bleues aux nécropoles,
Aux sceaux de bracelets lazulis, inhumés
Les pharaons ? qui se prirent pour des Etoiles ?

567. Les soleils huréus en jaspe scarabées ?
Les masques d’or Mycéniens, les sarcophages ?
La tête d’Ibis, faux dieu façant dieu Granit ?

568. Thot ? sans son habit plissé, qui en linceul
Emmailloté, fut aux marais déserts laissé ?
Dont les convois par la plaine à présent l’on mène,

569. Ne croisant plus qu’ânons dedans la poussière,
Et des cobras, bouchant nos Puits, où d’Eaux écrit
Maryam, dont, au soir de la Création,

570. L’Esprit ouvrit  les Bouches, lui qui descella
Nos lèvres, bénissant nos dits. Car Dieu est Grand.
Où ? Tancrède, en prison mis du château d’Armide ?

571. Où Charlemagne ? Les Croisades des Impies ?
Qui nos Livres brûlèrent, nos Tours arasèrent,
Nos reliques pillèrent en le Saint Sépulcre ?

572. Ici, au Paradis d’Eden, Vit Wladimir,
Le Saint Tsar qui  en Quête fut de la Vraie Foy,
Lequel, en l’Amour, la Sainte Russie baptise ;

573. Par le Monde il envoya ses ambassadeurs ;
Lorsqu’ils virent de l’Asie Mineure l’Eglise
Orthodoxe, ils se dirent transportés au Ciel ;


574. Qu’à la Lune nous cessions de mesurer
Le Temps apparent, sur la ligne d’Horizon ;
Que Claire fût la Nuit du Jour des Corps Célestes…

575. Perle irradiait, dedans la boue enfouie,
Parmi les ombres de vie, qui passe, Olga, Sainte,
Princesse de Kiev, de Saint Wladimir l’Aïeule ;

576. Saint Serge de Radonège ! aux pins résineux,
Ange du Ciel, Ermite ; par Dieu préservé
Des tentations, aux Tempérants sa Paix instille ;

577. Toi qui, de ta retraite secrète mûri,
Assez, sortit pour devenir de l’entière
Russie l’Illuminateur Tout Spirituel !

578. L’Astronaute, en la Lune, vit bleue la planète ;
Se féconde au fleuve Amour la Sainte Russie ;
Ses Saints ! D’Amour vous avez la Surpuissance !

579. Saint François, de Dieu le Louangeur, et Son Pauvre !
D’Evangélique Simplesse acquit l’Ame Orphique,
Qui Tout chante, Eau Pure, Frère Soleil, Sœur Lune !

580. Terre ! Icône du Ciel Archangélique ! Eau bleue
D’Intensification de soi ! Vie phlogistique !
En Science des Miroirs, Océan Catoptrique !

581. Dieu ! Telles des Roseraies Tu Vois les Célestes
Sphères ! Au Buisson d’Ardentes Roses, Tu brûles,
Puis, au plus près l’on s’approche, plus Vif Tu ardes !

582. Cette Paix profonde, ô ! de Ton fleuve épanchée,
Est l’Eau saphirique d’Esprit. Ne songeant plus
Qu’à Toi, les Tiens déposent tout souci du monde.


583. Spirituelle Vie ! Emerveillante En Dieu !
S’y reçoit l’Esprit, d’Adoption légitime,
Et la Fiance filiale En le Fils Libre.

584. S’y contemple Providence, qui de Son Ombre
Couvre l’Ame qui marche aux Eaux aux plis fluides ;
Elle peut Tout En Christ, qui Sa Force lui donne ;

585. En Conversion des Yeux, l’Entité du Monde,
Par l’Intérieur Regard Métamorphosé Toute,
De par ses Saints, Touche à la Conscience totale ;

586. Par-delà les mystiques de l’Union, l’Ame
A la plus haute atteint, ekstasiée, Divine,
De Saint Denys qui sur l’Arès Saint Paul ouït ;

587. Semblable au Pleur de moire, à la Joie des jeux d’Eaux,
Le Saisissement de qui s’ekstasie aux rives ;
Ces Yeux ont fait le tour du Monde et de la Vie ;

588. Qui pyramidal s’est cru, qu’il Voie, dans les Sables,
Evanoui, des Siècles le Néant. Qu’il se Voie
A Rien tombé, de n’avoir que des riens couru.

589. Mais qui, perdant tout, et ce qu’il a de plus cher,
En Prière du Cœur s’enclot, il oublie tout.
Christ y est, en rocher d’Horeb, jailli Eau Vive ;

590. Qui pour Dieu tout oublie, et d’en aimer les hommes,
Dieu, en cette Amour de Christ, Tout lui rend, Amour
De Dieu, celle des Hommes, et celle des Mondes ;

591. Du Dieu Trine, il découvre l’Essence Intime,
Des Choses, des Hommes, Soi au plus haut des Trônes,
Où du Logos sourd l’Eau, Fontaine de l’Esprit ;


592. Car l’Ame a Vu d’Amour se déchirer les voiles,
Et, de son Cœur ouvert, a jailli les Eaux
De Vie, qu’au Pays de la Soif elle fleurisse !

593. Sainte Photinie, la femme Samaritaine,
Cherchait l’eau sensible. Mais elle trouva l’Eau
De Vie, Christ, Fleur d’Un Siècle et de tous les Siècles ;

594. Sur l’Antique dit et le Poïétique dire,
Se rouvrent en la terre du Cœur, où cette Eau coule
De Source, des Fleurs d’Ecritoire, Dits d’Amour ;

595. Qui Entre En Dieu saisit que Lui seul Est. Dieu Un.
Dieu Est l’Un, dont je ne suis rien qu’une expression ;
Et par cet Un, tout s’exprime et tout s’entre exprime ;

596. Cette Eau continûment animée de l’Esprit,
Comblement de Rosée Divine intérieure,
Feu au dehors, brûle Marie au Saint Sépulcre.

597. Magdeleine en soi Christ portait, comme une femme
Son amour porte ; plus que soi ce qu’elle aimait
Etait l’Amour, qui la met plus haut que les Anges ;

598.  Plus dur l’effort vers Toi, plus Forte Ta Présence ;
De Tes Parfums Tu couvres. Ce Baume est un Fruit
D’Esprit, et ce Fruit est la Joie Vivifiante.

599. Saint Jean de Cronstadt écrivit : «  Ma Vie En Christ ».
La Vie En Christ néantit la Mort terrassante ;
C’est Eksistence Vive, Eden à l’Orient.

600. A Ta Fontaine, les Colombelles d’amour,
Venues s’aimer, à leur insu l’Amour y burent,
Divin, Vie qui ne meurt, ô Source d’Immortel !


601. Avec l’Origine, en Originarité,
Sur les Fons de la Vie Spirituelle En Un Dieu,
Sous l’emprise d’Amour, les Amants se penchèrent ;

602. –En Ciel et Vie Fœtale sont faits les Mariages ;
Mais l’Eros Divin est infiniment plus Fort- ;
Ils virent lors surgir du fonds des grands Abymes

603. Le Cœur d’Arbre de Vie qui lie la Terre au Ciel ;
« L’Homme qui Jour et Nuit médite est comme un Arbre
Près d’un courant d’Eau ». Son Fruit est d’Or d’Hespéride ;

604. Y goûte qui apprend à exécrer le Mal,
A lutter contre la matière envahissante,
Jusqu’à ce que l’Ame se fasse Transparente ;

605. Dieu, des liens de la Mort, du Temps, de Tout, de soi
Délie et libère ; aux entours du Monde alors
Il effuse l’Oint Christ, Rose tant Radieuse.

606. Entés en Toi ont végété nos mots. Tu scelles
Nos écrits du Verbe et de l’Esprit de Sagesse,
Que s’enfuie de nous la propension au Mal.

607. Le Juste est Racine, Colonne, Arborescence,
Arbre de Vie fait Christ ; s’y goûtent les bons Fruits
Du Discernement et de la Vraie Co-Naissance ;

608. Du bois de son Cœur l’Homme fait une cithare ;
Il pince les cordes des sens, accordant bien
L’oreille au Chant ; son plectre est pure Intelligence ;

609. Rien ne lui est plus à Douleur ; c’est Connaissance
Parfaite qui tient en Silence, émerveillé,
L’Hésychaste exultant sous la Mélodie Douce ;


610. Ainsi parle aussi dans la Philocalie Saint
Callixte le Patriarche. Christ-Dieu est Miel ;
Lors le citharède à Suavité s’abandonne.

611. Qui dans la vigne de son Cœur a travaillé,
Les passions déracine, qu’endort le Désert ;
Au Cœur Secret – Lieu d’En Haut- se Voient Tes Mystères.

                612. Il est un Paradis au Cœur profonds de l’Ame ;
                Un Paradis Intelligible – outre l’Eden- ;
                Ce Cœur qui s’enracine fleurit en Arbre Haut ;

                613. Au pied de l’Arbre s’assied l’Epouse – c’est l’Ame.
                L’Arbre est le Christ où s’élève la Perfection ;
                Car l’Esprit accompagne toujours le Seigneur ;

614. Ses branches sont la Grâce et la Gloire divines ;
Ses Fruits sont la Contrition du Cœur, la Joie,
L’Amour, la Douceur, la Patience, la Noblesse,

615. Et des myriades de Choses Bonnes et Belles ;
Lors s’en nourrit cette Ame pure dont les sens
Sont tous ceux de l’intérieur intelligible ;

616. Car c’est au plus profonds du Cœur que s’ouvre un Ciel
Qui mène à Toi, par volées d’escaliers tournés,
Jusques aux Lieux où Tes plus Beaux Enfants Tu gardes ;

617. Cinq pour l’Esprit sont ses Degrés, quatre d’Amour :
Sensible, Imagination, Raison, Intellect
En Noèse, Intelligence d’Intelligible ;

618. Au milieu du Paradis du Cœur, la Source
Se divise en quatre courants : c’est en Patience,
En Humilité, en Justice et en Courage ;

619. Par cette Eau Vive, la Co-Naissance aide ceux
Qui font Œuvre de Justice. Elle est appelée
Chasteté, Assagissement, et Puissance ;

620. En cet Arbre où s’élève cette Haute Tour,
De neuf Degrés étagés, en Claustration
L’Ame longtemps hiverna, à Ta Porte assise ;

621. Abattue, sans Fruit, prostrée, elle s’éplorait :
« Viens, Père ! » en pleurs ses Yeux appendus à Ta Grâce,
Ses doux Yeux de palombe, appris en cantilène ;

622. Qui veut, aux déplis de Lumière, ouvrir ses Portes
D’Ame, Dieu l’assiste et sauve garde ! Qui huis
Et pertuis clôt de volets, Dieu en aie pitié !

623. Qui tant soit peu les entrouvre, bientôt après,
Sur lui, perçoit un manteau d’Ondes Irradiantes
De Grâce. Amour, Sa Surpuissance y effuse ;

624. S’y virilise la Force ; en croît le Divin ;
S’y épaissit le Silence ; s’approfondit
Le Mystère ; plus Irrésistible Il se fait ;

625. C’est, par Purification, Montée En Puissance ;
Ce sont, degré par degré, Visitations
Aux châteaux de l’Ame ; au début, fort tristement,

626. Rien ne s’y contemplait que la Mort de ce globe,
Le Temps s’enfuyant, nul en Dieu ne se sauvant ;
S’y priait qu’un Monde se levât, de Croyants.


627. Tes Parvis, au vrai, maintes Demeures recèlent,
Dont les plus dorées sont des chambres d’Amour Haute,
Pour ceux qui Te prient à une telle Hauteur.

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