mercredi 26 janvier 2011

La Lumière du Thabor n°31. Saint Photios. Aux Arméniens.

SAINT PHOTIOS



LETTRE AUX ARMENIENS




Il sied aux hommes de sens, sachant prudemment gouverner leurs affaires, et versés dans l'étude de la théologie, de ne rien préférer à la vraie doctrine, et de ne pas s'engager non plus par honte de passer pour ignorants, avant d'avoir mieux pris connaissance du contenu de la vraie pitié. Ces personnes ont un zèle particulier pour aimer ceux qui les reprennent et les tirent de l'erreur, offrant, pour ainsi dire en retour du bienfait reçu, leur gratitude à leurs bienfaiteurs. Quant à l'esprit pervers et au coeur aimant la discorde, il se distingue par le mépris des bons conseils et des exhortations salutaires, et par la propension à s'embarrasser dans les entraves et les liens des préjugés issus d'une imagination en délire, quand bien même tout homme de sens et de piété se détournerait avec horreur du mensonge qu'ils abritent. L'oeuvre de ces gens-là, c'est de coudre la haine à la place de l'amour, à la place de la probité, les perfidies, et au lieu de la reconnaissance, la censure acerbe et la calomnie à l'endroit de ceux qui s'efforcent de les tirer du mal vers le bien. Ici se vérifient, en effet, les proverbes qui disent : «Reprends le sage et il t'en aimera, reprends le fou et il te haïra plus encore», «qui reprend l'impie s'attire à lui-même un reproche» et «ne reprends pas les méchants, de peur qu'ils ne te haïssent1».
Or, puisque nous ne plaçons pas votre Piété au rang des mal instruits et des ennemis du bien, mais dans le camp des amoureux de l'étude et du beau zèle, et que la tâche de la sentinelle postée par le Seigneur est d'annoncer clairement le glaive de feu qui châtie les impies à ceux qu'il vient visiter, de peur que ce glaive n'emporte une âme faute d'avertissement, et que la sentinelle qui n'aura pas donné l'alarme ne soit justement condamnée pour sa négligence et son silence intempestif -dans sa colère véhémente, en effet, Dieu, le créateur et provéditeur de notre nature, use de menace et sonne à peu près ainsi de la trompette prophétique : «Fils d'homme, je t'ai fait sentinelle sur la maison d'Israël, et si tu n'avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir l'inique de se détourner de sa voie mauvaise, lui mourra dans son injustice, mais à toi, je te demanderai compte de son sang»- afin donc de n'être pas insensiblement amenés à subir la peine de mort pour prix du sang versé, et parce que nous n'avons pas non plus l'intention de puiser avec un seau percé, après les premières et longues exhortations que nous avons envoyées, suivant en cela aussi les enseignement du bienheureux Paul, nous avons résolu de t'adresser encore celles que voici, pour dissiper le brouillard de l'ignorance que manifeste votre réponse, en faisant briller, comme des rayons de soleil, les dogmes immaculés, et pour inonder de la lumière de la vraie piété les âmes dont l'aveuglement n'est pas volontaire.
Alors, en effet, qu'on en voit beaucoup se détourner de la voie droite, on peut se rendre compte que, chez la plupart, cette attitude ne vient pas du refus de reconnaître les commandements du Seigneur2 -«car tes ordonnances sont justes, et ton commandement est pur, il éclaire les yeux3»- mais plutôt de l'attachement qu'ils ont pour leurs propres méfaits, qui pousse chacun à vouloir l'emporter sur l'autre dans la course au gouffre de la perdition. Ces hommes-là, ce n'est pas seulement de les sauver qui se révèle difficile et laborieux, mais le simple fait d'essayer de les guider rebute la meilleure volonté du monde, parce que ceux qui se sont laissés glisser sur la pente de leur mauvaise volonté n'ont pas envie de renoncer à leur chute. Quoique, en effet, il y en ait parfois certains qui, rompant à grand'peine le lien de leur égarement, ont été repêchés, l'exemple de cette réussite inespérée n'est pas fait pour donner de belles espérances de voir le même changement s'opérer chez leurs semblables. C'est pourquoi laissons ceux-là ; car il n'est pas facile de les hisser jusqu'à un choix qu'ils n'ont pas fait, cependant que leur propre volonté, comme je l'ai dit, les tire d'en-bas vers le mal. Il n'est pas criminel de les abandonner, puisqu'ils marchent à la lumière de leur propre feu et suivent la flamme qu'ils ont allumée ; c'est eux que vise aussi l'exclamation du divin Paul : «Pour l'hérétique, après un premier et un second avertissement, abandonne-le, sachant qu'un homme de cette espèce est perverti, et qu'il pèche, en se condamnant lui-même4». Nous aussi, donc, nous laissons de côté les hommes de cette espèce, usant d'un juste jugement et gardant les lois de nos pères ; pour ceux, en revanche, qui ne se bouchent pas volontairement les oreilles à l'instar de l'aspic qui sait à volonté se rendre sourd aux incantations des charmeurs, mais qui prêtent, au contraire, une oreille bien disposée -car il écrit qu'on doit parler aux «oreilles» de «ceux qui écoutent»- la parole de la piété sera annoncée et retentira puissamment, non sans être, j'en ai la certitude, très aisément crue et acceptée, purifiant l'ouïe des auditeurs de la saumure du mensonge en y versant l'eau douce de la parole de vérité.
Je dirais d'abord que ton devoir était de relire constamment la première lettre, et d'y vérifier, en homme intelligent, l'exactitude de la réfutation qu'elle fait du mensonge, de manière à nous dispenser d'une seconde peine, et à t'éviter de détruire l'harmonie par des contredits. Prêchant le dogme des Pères, tu devais fuir les inventions des acéphales, lesquels, n'ayant trouvé nulle part de quoi se tirer d'embarras, s'appuient, comme dit le prophète, sur un roseau brisé, celui du mensonge et de l'imposture : n'ayant ni argument qui plaide en leur faveur, ni loi qui les secoure, ni aucun des saints qui confirme leur folie, ils ont tourné leur révolte contre eux-mêmes et se sont partagés en un salmigondis d'erreurs ; le découpage, se poursuivant à l'infini, a provoqué leur dispersion, si bien qu'ils ont vérifié sur eux-mêmes la menace adressée aux Israëlites ingrats : «Je les disperserai, dit l'Ecriture, et je ferai cesser leur mémoire d'entre les hommes». Toutefois, puisque tu as jugé négligeable que sous le coup d'une seule parole, celle de notre première lettre, les forteresses de l'hérésie aient croulé et que ses armées, vaincues au prix d'un seul assaut, soient revenues, captives, au Christ, et que tu n'as pas pu la laisser sans défenseur et sans général, mais as jeté toutes tes forces dans la bataille, préférant répondre par les armes et dressant contre nous tes batteries, eh bien, peut-être as-tu agi ainsi pour que ta défaite éclate davantage aux yeux de tous et te donne, sans qu'on puisse te soupçonner de trahison, les moyens de guider tes sujets dans la voie droite, les persuadant qu'il vaut mieux ne pas chercher querelle au-delà de ses forces, mais se soumettre volontiers et se ranger du côté du plus fort, sans s'armer pour un vain combat contre le ciel, qui n'aboutirait qu'à l'extermination des âmes ; car la loi de l'amitié me donne à penser que c'est là ce que signifie ta réticence à consentir immédiatement aux dogmes orthodoxes, et ta façon d'afficher tes préparatifs de guerre et de combat contre eux, et voilà pourquoi nous accourons joyeux à la bataille où tu nous convies, affûtant les traits de nos discours sur la vaillance jointe à la vérité. Avec le Christ Lui-même, notre Dieu véridique, vigueur de nos êtres et stratège de nos troupes, qui dresse les mains au combat et dirige les doigts pour la lutte écrite contre l'hérésie, nous descendons dans l'arène !
Avant l'examen détaillé de ta lettre, mentionnons d'abord ce trait, qui s'y trouve disséminé presque partout : on dit des choses qui ne s'accordent pas entre elles, ni dans leur forme ni dans leur fond, on congédie l'étude et l'examen des expressions, pour pouvoir nier le discours qu'on a tenu auparavant, en ménageant celui qu'on tiendra éventuellement plus tard, et renoncer aux pensées qu'on a eues, mais sans abandonner son arrière-pensée, en évitant d'examiner ce qu'on dit en écrivant. Il sied en effet à l'amoureux de la vertu, qui pare son langage d'intelligence, et qui sait le respect qu'il doit à la Parole et aux dogmes, il lui sied, dis-je, de ne pas assembler un tissu décousu de paroles contradictoires, et de pas violenter des réalités inconciliables pour les assimiler comme si elles étaient de même nature ; mais il doit appliquer à chaque être une appellation qui réponde à son idée, et une idée conforme à sa nature, veillant ainsi à user de paroles identiques quand il parle d'un même objet, et à sauver de la confusion la nature des sujets, en les concevant chacun d'une manière appropriée.
Ne te faut-il pas aimer la contradiction ou ressembler, par l'esprit, aux enfants, pour faire une volte-face si brusque et si risquée, au point de donner à quelqu'un du maître et du docteur, mais sans t'attacher à son enseignement ni rabattre de ta prétention ? Quelle incohérence de reconnaître que notre lettre «telle une rosée matinale a rempli de la douceur du Bien» vos esprits desséchés, tout en déblatérant contre la validité du Concile de Chalcédoine, dont notre lettre avait pour but de démontrer l'autorité, en montrant que les assemblées qui l'ont précédé, les conciles qui l'ont suivi, et les dogmes de la vraie foi, grâce à lui, triomphent avec éclat ? N'est-ce pas le comble de l'absurdité et de l'incohérence, que de commencer par gémir sur vous-mêmes en vous comparant à une terre assoiffée et par déclarer gravement que vous avez été irrigués de nos enseignements, que votre sécheresse en a regermé et fleuri, pour ensuite oser, dans un élan de passion aveugle et incontrôlée, vous vanter de vous séparer du sentiment commun de l'Eglise, qui est aussi le nôtre, et de suivre vos propres pères, dont vous embrassez avec tendresse le rejeton, quoique illégitime, comme s'il était un fruit de la piété ? Mais ce ne sont pas les pères d'enfants illégitimes que la raison nous prescrit d'interroger, mais les pères authentiques, qui se reconnaissent à leurs enfants légitimes et qui n'ont aucunement dévié de la doctrine de vérité, ceux, en un mot, dont il est salutaire de suivre l'enseignement, et dangereux de l'abandonner. Les pères d'une progéniture étrangère, premiers coupables, brouillent le jugement de ceux qui les interrogent. De même, en effet, que le mauvais fruit révèle le mauvais arbre, la confession de pères dégénérés révèle le dogme perverti et stigmatise l'origine inavouable des descendants.
Comment encore est-il possible que l'ondée de nos discours ait inondé et fait embaumer toute l'Arménie, qu'elle l'ait nourrie et l'ait fait croître, et qu'elle l'ait déployée comme un paradis aux fleurs sans nombre -car tels sont les éloges que votre lettre renfermait- et que, tout ensemble, on nous intime l'ordre de fuir les hérétiques et qu'on nous avertisse de revenir au désir de garder la foi ? -car telles sont les piques dont vous l'aviez assortie. Bref, cette missive pleine de raisonnements contradictoires, pleine aussi de paroles vides de sens, dénonce la légéreté -c'est le moins qu'on puisse dire- de ceux qui l'ont procréée.
A quoi bon, cependant, parcourir la suite qui dit les mêmes choses ? Car nous n'avons pas pour but de grossir et d'amplifier le péché pour en accabler la foule de ceux qui sont tombés, comme il est de règle pour un chant triomphal ; mais nous voulons, avec la réfutation des coupables, fournir à celui-là même qui est en faute, les moyens de bien voir son erreur, de la corriger, et de préserver en même temps ses frères de tomber dans la même ornière. Ce n'est donc pas cette ignorance -loin de moi, de la nommer perversité- que j'aurai en vue ; mais les informations qui rendent celui qui sait répréhensible pour sa malice, coupable de blasphème et farci de tous les égarements, surtout s'il s'endurcit dans l'opinion qu'il chérit, sans se repentir de ses audaces, voilà ce que mon discours va scruter, mettant à nu tout artifice, sans hésiter même devant le blâme et les justes reproches. Peut-être, ainsi même, ne cesserai-je pas de t'être agréable, si mon hypothèse est la bonne, que j'évoquais en commençant, à savoir que c'est dans l'intérêt d'autrui et pour ménager le salut du prochain que tu as déclaré, à coup d'objections, la guerre à la lettre que nous avions écrite à votre Piété : n'aurais-tu pas cherché habilement à faire naître, par les objections, la bataille ; de la bataille, la défaite ; après elle, l'impasse, qui te justifierait d'abandonner tes anciennes opinions et de chanter la palinodie ? A moi donc de décocher mes traits, à toi de les mettre au compte des têtes que nous visons : ceux qui ne s'empresseront pas, même après ces exhortations accompagnées de blâmes et de réfutations supplémentaires, de faire pénitence. Dieu veuille qu'aucun autre ne soit atteint par ces traits ni gardé pour le jugement de là-bas, mais qu'il leur soit donné de fuir d'un jugement très infaillible et en vertu d'un choix résolu, les rets de l'égarement, et par là aussi, les châtiments qui le suivent. Car nous ne jouons pas les archers pour prendre à la battue, mais pour rendre à la vertu (...) Mais il est temps de poursuivre notre discours.
Affirmant, donc, que vous avez la foi droite et vous présentant comme fidèles, vous avez, à ce que vous croyez, confirmé, en les mentionnant, l'autorité des trois premiers conciles : mais en ne mentionnant pas les suivants, c'est à tous les conciles que vous avez fait injure ; quant à l'un d'eux, vous osez même en dire du mal, et amasser sur son compte un monceau de propos discordants. Tout se passe comme si nous ne vous avions pas écrit pour vous apprendre la vérité et vous faire revenir, mais que nous vous ayons encouragé à parodier ce concile et les lois divines : vous vous ingéniez à renverser l'histoire par vos histoires controuvées, vous insultez la théologie par votre culte arbitraire, vous rompez les commandements de l'Esprit en calomniant les Pères et vous confirmez les décisions des parricides. Comment ne pas en ressentir une juste douleur, et chanter avec David : «Le zèle de ta maison me dévore et les outrages de ceux qui t'insultent sont tombés sur moi5». Comment ne pas songer aussi en cette rencontre aux paroles des prophètes : «Hélas ! toi qui fais boire à ton prochain une gorgée trouble, afin de voir leur nudité, tu seras saturé d'ignominie au lieu de gloire6 !» Et : «Vous avez été un piège sur la Guette, comme un filet tendu sur le Thabor, que les chasseurs ont fixé pour prendre la proie7». Et : «Ils sont devenus comme des déplaceurs de bornes, sur eux je répandrai ma fureur comme de l'eau8». «Malheur sur ceux qui font paître des vanités et qui délaissent les brebis9 !» «Ils ne voulurent pas être attentifs et ils me présentèrent un dos méprisant, et ils appesantirent leurs oreilles pour ne pas écouter ma loi10». «Contre les pasteurs s'est excité mon ire, et aux agneaux je ferai visite11», «parce que les pasteurs ont été stupides, et n'ont pas recherché le Seigneur12». Et : «Beaucoup de pasteurs ont saccagé ma vigne, ravagé mon champ, réduit mon arpent bien-aimé en désert inhospitalier13». «C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur : Vous avez dispersé mes brebis et vous les avez chassées, eh bien, voici, je vous redemanderai compte de vous méfaits14».
Ces paroles, et toutes celles qui vont dans le même sens, c'est à bon droit que l'un des prophètes cités pourrait les reprendre, faisant aussi paraître le zèle davidique ; car ce sont de vrais filets pour les brebis et des pièges de pasteurs pernicieux et destructeurs du troupeau, que d'abandonner les enseignements des Pères, de mépriser les dogmes pieux, de faire la sourde oreille pour ne pas entendre la loi du Seigneur ni lui obéir, puis de se laisser entraîner par les séductions des mauvais démons et d'abandonner le tout de l'âme à leur tempête, sans plus vouloir guérir de sa passion ni comprendre l'incohérence et la fragilité des propos qu'on tient.
Comment peut-on, en effet, prétendre qu'on honore des conciles, quand on couvre d'opprobre le concile qui les a confirmés de ses suffrages ? Comment affirmer qu'on s'en tient à leur dogme, quand on crache sur celui qui les garantit ? Car le Concile de Chalcédoine est bel et bien le sceau et le garant des trois conciles précédents : quatrième dans le temps, il ne le cède à aucun pour la valeur. D'un même mouvement, en effet, il fustige la folie d'Arius et chasse la démence de Macédonius ; puis, tout en bannissant le délire de Nestorius, il anathématise, pour leurs vaines paroles, les deux pères du blasphème diamétralement opposé à celui de Nestorius et égal dans la gravité, Eutychès et Dioscore, cette paire d'associés des ténèbres ! L'une comme l'autre de ces deux dernières hérésies, en effet, renie totalement notre salut et leurs dards précipitent au même gouffre leurs fidèles ; mais la première, en posant la dualité des hypostases, rend impossible toute participation de notre nature à l'essence divine, conséquence monstrueuse ; la seconde, en posant l'unité de nature, ne frémit pas d'une audace qui élimine entièrement l'une des natures.
Comment peut-on, rejetant le Concile de Chalcédoine, prétendre respecter les autres ? Comment, si l'on reçoit ces derniers, ne pas admettre celui qui les ratifie ? Cela est exclu, rigoureusement exclu, quand bien même Sévère, Pierre, Théodose, Timothée, voire Jean qui s'escrime vraiment en vain, Conon, Eugène et toute la cohorte de leurs sectataires rendraient l'âme à force de hurler ! Car ce n'est pas le bruit des mots, mais la nature des choses, qui signale la vérité et la met au grand jour. De même, en effet, que si quelqu'un, chez vous, affirmait honorer le premier des Saints Conciles, mais rejeter le second, vous l'accuseriez de mensonge et refuseriez de le recevoir comme fidèle, quelles que fussent ses hauts cris et ses protestations ; ou si quelqu'un disait qu'il accepte les Conciles Un et Deux, mais repousse le troisième, vous ne l'estimeriez pas digne de foi non plus en ce qui concerne les deux premiers : nous faisons de même à l'égard de ceux qui respectent les Trois premiers Conciles, mais ne confessent pas le quatrième. A vous prendre, en effet, pour juges, de préférence à tout autre, nous ne saurions être taxés d'injustice, si nous passons contre vous la sentence que vous portez vous-mêmes contre les autres, et nous ne croirons pas que vous soyez jamais véridiques, fût-ce à propos d'un seul concile.
Tu acceptes les décrets des Trois conciles ? Ne renie pas le quatrième. Entre eux, en effet, règnent l'accord et l'harmonie. Tu fuis les dogmes du dernier ? Alors, pourquoi chercher l'amitié de ses frères ? Mais tu agis ainsi pour pouvoir, sous couleur d'admettre les trois conciles, insinuer discrétement l'erreur de l'impiété, en la rendant très acceptable aux yeux des moins experts, et parce que tu t'imagines éviter, par cette machine, les plus grands maux, dans la mesure où tu n'as pas, sans vergogne, répandu ta censure universellement. Et tu ne vois pas que les sages païens n'ont tiré aucun profit de leur reconnaissance de la divinité, du fait qu'ils restaient malades de nier la providence ? Quel bien le peuple juif a-t-il gagné à son attitude, honorant le Père, insultant le Fils ? Combien de malheur n'en a-t-il pas plutôt retiré, vivant le drame du meurtre du Père en se souillant de celui du Fils ? Arius, lui, qui a entrepris d'adultérer les dogmes divins et salutaires des chrétiens et de les ravaler au niveau des jongleries sophistiques des Hellènes, quel adoucissement a-t-il apporté à son blasphème, quand il a défini le déshonneur infligé au Fils comme un hommage rendu au Père ? Quel châtiment n'a-t-il pas plutôt ainsi encouru, en injuriant le Géniteur dans l'exacte mesure où il injuriait l'Engendré ? Car le Verbe divin en personne déclare : «Qui n'honore pas le Fils, n'honore pas le Père» et «Qui me rejette, rejette Celui qui m'a envoyé». Or, si l'on avait rétorqué à Arius qu'il n'acceptait pas ces paroles du Seigneur, n'aurait-il pas, sans hésitation et de toutes ses forces, affirmé qu'il les acceptait, tout en soutenant qu'il considérait comme ennemis de la vérité ceux qui n'acceptaient pas son interprétation ? Tout comme nos adversaires d'à présent, n'aurait-il pas soutenu qu'il vénérait les commandements des Apôtres, considérait leur conservation comme salutaire, comme funeste leur abandon ? Néanmoins, comme il a condamné le Premier Concile, qui a dogmatisé la consubstantialité du Fils avec le Père, ni sa reconnaissance des préceptes évangéliques, ni son éloge des commandements apostoliques ne l'ont soustrait au châtiment que méritait son blasphème contre le Premier Concile. Quel avantage revint à Macédonius de s'être généralement gardé d'attaquer le Premier Concile, puisqu'il a été rejeté par le Second ? Ce n'est certes pas la révérence affichée par Nestorius à l'endroit du premier et du second concile, qui a rendu coupable son blasphème ; mais le Troisième Concile l'a néanmoins chargé des liens infrangibles de l'anathème, l'exposant à comparaître devant le tribunal d'en-haut sous le poids de cette condamnation, sans avoir égard à sa confession des Conciles, faite du bout des lèvres, ni se laisser fléchir ou détourner par ses propos spécieux. Ce concile savait, en effet, il savait que des esprits qui ont tissé la toile de l'hérésie ne lavent pas au bruit des paroles l'impiété qui s'est infuse en eux, mais que c'est seulement par un amour très sincère et venu du coeur pour les dogmes justes que les hommes pieux persistent dans la foi et que les renégats qui ont cédé à l'impiété peuvent rejeter leur erreur et se rendre dignes d'embrasser la foi certaine et infaillible. Or cet amour ne consiste pas à respecter certains conciles tout en méprisant les autres, mais à entourer du même honneur et sans feinte tous les conciles absolument qui ont confessé la même foi. Celui, en effet, qui se conduit comme un homme ivre à l'égard d'un des conciles concordants, rejette et dédaigne assurément les autres du même coup, même s'il ne les calomnie pas ouvertement. Et de même que celui qui lutte pour un seul de ces conciles, de manière dépassionnée et pleine de sagesse, mérite d'être couronné d'espérances inaltérables, pour avoir été le défenseur de tous les conciles, de même, celui qui décrie d'une langue acérée l'un quelconque de ces conciles, est dores et déjà digne d'une condamnation écrite comme s'il avait tourné sa folie contre tous les conciles. Le Troisième Concile n'a donc pas épargné Nestorius, quoiqu'il ne dît pas de mal des conciles précédents, mais comme il refusait son accord à cette assemblée, il fut déposé ni plus ni moins que s'il avait diffamé tous les conciles. Et le quatrième a jugés Euthychès et Dioscore, qui sans doute considéraient favorablement les trois premiers conciles, mais qui le combattaient lui-même, dignes ensemble du même châtiment que Nestorius. Tous ceux donc qui adopteraient leurs vues, encourront, et c'est justice, les mêmes rigueurs de la justice.
Ainsi, il n'a pas suffi, à aucun des hérésiarques, de se réfugier dans les doctrines qu'on ne lui reprochait pas pour effacer les griefs qu'on lui adressait ; et le caractère impeccable des points hors de cause ne les a pas rendus innocents sur le reste. Au contraire, tout s'est retourné contre eux : l'absence de réponse au fait précis dont on les accuse rend patente la gravité du grief, cependant que les faux-fuyants par lesquels ils essaient de changer de sujet et d'esquiver la réfutation, sans néanmoins abandonner l'erreur qu'on leur reproche pour s'attacher à la piété, font paraître un esprit de malice délibérée, qui préfère, pour peu que la dispute s'instaure, courir à une ruine évidente plutôt que chérir un salut certain. Ajoutons que s'imaginer qu'on passe inaperçu, quand on recourt de manière si frivole à des tours et des ruses puériles, et cela alors même qu'on traite des choses de la foi, ce simple fait donne une preuve éloquente, à la fois de la plus extrême démence et de la plus infâme adoration démoniaque.
Voilà pourquoi il ne fallait pas du tout prétendre, pour votre défense, que le remède aux injures adressées au Quatrième Concile réside dans l'éloge que vous faites des trois précédents ; mais bien penser au contraire, que l'injure faite au Quatrième rejaillit sur les autres, de même que leur suppression élimine celui-ci. Il vous convenait aussi de ne pas révéler votre iniquité, en croyant qu'on peut impunément user d'artifice pour éviter de présenter sa défense, car celui qui agit de la sorte dénonce d'autant plus sa culpabilité, pour les raisons qu'on vient de voir.

Tome second.

Certains, toutefois, pourraient dire que 'les arguments qui ont une force irréfutable sont ceux qui gardent la même logique quand on les applique à des choses similaires et non ceux qui sont capables de donner aux uns de quoi se glorifier, sans assurer l'impartialité aux autres, ni leur laisser la faculté de pouvoir, le cas échéant, accuser librement. En effet, pour les choses dont l'être et l'action sont les mêmes, personne ne contestera que les mêmes démonstrations valent. Eh bien, s'il en va ainsi, les raisons qui nous font juger qu'on doit honorer le Concile de Chalcédoine, nous justifient tout autant de réclamer les mêmes honneurs pour le Concile assemblé sous Dioscore. D'autre part, en tablant toujours sur la logique et l'argumentation précédentes, rien n'empêche de considérer ceux qui condamnent ce concile dioscorien comme n'épargnant pas non plus les trois autres, exactement comme on a conclu que ceux qui repoussent le Quatrième ne sont pas davantage fidèles aux autres conciles'.
Pour moi, je ne vois personne qui dise cela en toute franchise et qui ait l'idée de comparer ces deux cas ouvertement. Tant ils s'opposent à l'évidence : le caractère perfide, absurde et illégitime du premier a été démontré, tandis que la légitimité, jointe à l'excellence et aux lois sacrées de l'Eglise, a fleuri sur le second jusqu'à aujourd'hui. La preuve en est que vous-mêmes n'avez pas osé mettre le conciliabule dioscorien au rang des Conciles ni le compter quatrième après les trois que vous reconnaissez. Or, si la juste décision qui prévaut partout a eu la force de refouler votre élan et que, malgré votre envie de déclarer premier le Brigandage, si cela vous était donné, la grande honte qui s'ensuivrait vous défend même de le compter quatrième, il n'y a pas le moindre risque d'en voir d'autres qui non seulement le tiennent pour Quatrième, mais encore estiment comme son égal le vrai Quatrième Concile oecuménique, et revendiquent pour l'un et l'autre une considération identique.
On peut encore facilement vérifier ainsi ce qui vient d'être dit. En effet, aucun des hérétiques, quoiqu'il en ait poussé, de ces herbes sauvages, une quantité infinie, et de très différents, n'a jamais eu l'audace de se vanter ni même de reconnaître comme mère de son dogme l'assemblée dont il embrasse les décisions ; l'on peut donc voir qu'elle est frappée d'une grande réprobation, de la part de ceux-là même qui devraient éclater en applaudissements. Et le fait même que certains commencent, mais pour avoir un argument, et non à cause de la vérité ni par révérence innée envers elle, à s'appuyer sur le Quatrième Concile pour honorer le leur, et qu'ils essayent d'effacer la honte de ses origines en l'inscrivant sur le registre dudit Quatrième, alors qu'on n'a jamais vu aucun orthodoxe, je ne dis pas emprunter ses critères au concile hérétique pour justifier le concile orthodoxe, mais seulement souffrir qu'on fasse une telle hypothèse -il s'en faut de beaucoup !- ce fait même, donc, manifeste de manière éclatante les prérogatives du Quatrième Concile, et confond puissamment l'imposture et la vilenie du Brigandage.
Si l'on aborde la question des évêques, il est facile aussi de voir l'ignominie du Brigandage et la gloire du Quatrième. Ceux qu'on emprunte à ce dernier pour parer de leurs couleurs le concile de Dioscore, nul n'a songé à revendiquer leur présence chez Dioscore pour en faire crime ou gloire à celui de Chalcédoine, ce qui revient à dire que les ennemis mêmes de Chalcédoine avouent malgré eux son éclat et son nom de Quatrième Concile, tandis que les propres partisans du Concile de Dioscore sont unanimes à en dénoncer le caractère bâtard et indéfendable. Maintenant, quand deux choses sont distantes l'une de l'autre comme l'orient est loin de l'occident ou comme l'espace médian entre la lumière et les ténèbres, celui qui essaye de les ramener à l'unité et de les tenir dans la même estime, celui-là, en fuyant le débat présidé par un juge impartial, a déjà presque déclaré lui-même sa culpabilité ou plutôt, pour parler avec le prophète, il s'est mis sous la malédiction de la voix qui crie : «Malheur à ceux qui disent le doux amer, et qui font de la lumière les ténèbres et des ténèbres la lumière15».
Toutefois, ceux qui ont volontairement fait choix du mal, qu'on le veuille ou non, recevront leur salaire. Pour moi, indépendamment de ce que j'ai dit, cet éloge du Concile d'Ephèse, s'il s'adresse aux instigateurs du brigandage, je le condamnerai ; s'il s'adresse à ceux qui se sont laissés entraîner, je considérerai ces derniers dans leur retour au devoir ; enfin, s'il vise ceux qui n'ont jamais consenti, je joindrai ma voix à la sienne. Car l'assemblée nombreuse qui s'était alors réunie était scindée en ces trois catégories : les meurtriers, les consentants par force et non de plein gré, les résistants déclarés. De ces trois groupes, les premiers ont subi le châtiment exigé par la loi : ainsi Dioscore. Les seconds ont obtenu le pardon après avoir fait pénitence pour leur égarement non prémédité, dans la mesure où c'est la peur des représailles, et non la malice de la volonté, qui les avaient poussés à quitter le parti des meilleurs pour embrasser celui des méchants. L'humanité nous demande, en effet, de ne pas garder rancune à nos frères qui ont succombé à des passions humaines et qui se repentent du fond du coeur, mais plutôt de leur accorder miséricorde ; et qui ne voit que cet acte si humain se conforme aussi au commandement divin ? Les troisièmes enfin ont été dignement récompensés, comme il était juste, et de leur nombre sont l'Eglise de Rome et son proèdre et tous ceux dont la sage opinion et la ferveur divine l'ont finalement emporté sur la tyrannie. Ainsi, la loi ecclésiastique d'en-haut, en sauvant les droits du Quatrième concile par la punition des premiers auteurs de la grande iniquité, sans toutefois les châtier pour tous leurs crimes, a donné par là-même, simultanément, les signes les plus clairs de la justice et de la bonté, multipliant les exemples de sa clémence et offrant aux victimes un réconfort. Puis, en recevant dans l'Eglise les pénitents, elle a ouvert toutes grandes les portes de l'amour pour les hommes, et accompli en oeuvre la parole du salut, sans rejeter ceux qui revenaient vers elle, ni laisser la démence prévaloir sur la pénitence. Enfin, en conservant la primauté d'honneur à l'Eglise des Romains, qui avait montré courage et vaillance, et n'oubliant pas les récompenses dues à ceux qui n'avaient en rien failli à la justice, elle a savamment fait paraître sa libéralité et magnanimité, jointe à sa justice.
Toi donc, de ceux qui siégèrent à Ephèse, qui désires-tu louer ? Si ce sont les responsables du drame, tu es encore plus coupable qu'eux, puisque tu ne rougis pas de les complimenter après qu'ils ont été condamnés. Car si nous exaltons des criminels, nous nous dénonçons nous-mêmes comme auteurs, en intention, de choses pires. Loueras-tu ceux qui résistèrent de toutes leurs forces, qui parvinrent presque à empêcher l'iniquité montante de s'imposer et de prendre force de loi, et qui la contenaient dans son ascension ? Tu es notre homme, tu applaudis Chalcédoine ! Car ce concile a confirmé l'honneur dû aux résistants, manifestant que leur lutte, un moment incertaine, méritait les plus belles récompenses.
Or, que te semble de ceux qui se sont laissés entraîner, puis se sont ensuite relevés ? Les rangeras-tu parmi les bons ou parmi les mauvais ? Si tu les dis bons, tu n'es pas loin de penser comme le Concile de Chalcédoine. Car il a lui-même pardonné à ceux qui faisaient pénitence, sans les priver de la grâce du sacerdoce. Si, au contraire, tu les dis mauvais, c'est ton concile que tu tournes en ridicule. A ce concile en effet, certains d'entre eux tenaient, après Dioscore, le haut du pavé, les autres, formaient la part la plus copieuse et la plus modérée du reste du concile. C'est lui que tu injuries en les accusant, et en voulant lui forger une innocence, tu augmentes considérablement les griefs contre lui !
Mais quand sont-ils, selon toi, devenus mauvais ? Si tu réponds que c'est au moment de la réunion du concile de Chalcédoine, songe que ce sont les mêmes qui étaient tes pères et que tu couvres à présent d'injure, sans faire à Chalcédoine la moindre égratignure. Car ils n'étaient pas de ceux qui accordaient le pardon, mais de ceux qui le recevaient ; ils ne faisaient pas partie des maîtres, mais des disciples ; loin de dogmatiser eux-mêmes, ils suivaient avec ferveur les décisions et par leur prompt consentement, flétrissaient leur transgression de naguère, où ils avaient cédé à la violence. Si donc ils sont mauvais, c'est pour vous qu'ils l'on été, sans nuire en rien au Concile. Mais si tu les dis bons, c'est pour Chalcédoine qu'ils le sont en premier lieu, tandis qu'ils portent un coup fatal au Bridandage. Diras-tu que c'est à Ephèse qu'ils ont forfait à leur devoir ? Alors, tu seras vraisemblablement un juge intègre si, les voyant condamner l'attitude que tu leur reprochais, tu avoues à ton tour leur absence de perversité. Car il appartient aux meilleurs, jugés dignes de la providence divine, exercés dans les actions qui font abonder ses dons et parvenus à la cime de la perfection, de ne se laisser ni abuser par des ruses habilement conçues, ni percer des flèches de la menace, ni faiblir devant les souffrances -celles des coups et blessures qui sont le beau titre de gloire du Concile d'Ephèse- mais de triompher de toutes ces épreuves aussi bien que de leur propre penchant au mal, pour sauvegarder en tout temps, inaltérés, inviolables et inattaquables, envers et contre tout stratagème, malheur et nécessité, le trésor des vertus et la parole des dogmes de foi. Il conviendrait aussi à de tels hommes, de considérer avec humanité ceux qui, loin d'égaler ceux qui font mieux que leur prochain, ont fait pire que lui : que les premiers tendent une main compatissante, comme aux membres de la famille, à ceux qui, prenant conscience de l'ampleur de leur défaite, ont cherché refuge dans la pénitence qui redresse les fautes. Oui, si tu mets aussi de ce nombre ceux qui, tombés à Ephèse, se relevèrent à Chalcédoine, tu toucheras au centre la cible du devoir et ne seras pas délogé de la cime de la vertu.
Il est aussi grave à mon sens, et je vois l'Ecriture le décréter, de s'écarter de la droiture que de refuser le pardon aux pécheurs repentants. Car dès l'instant qu'on manque à la miséricorde, on est tombé, par mépris du commandement et oubli de notre nature. Telle est donc la supériorité sur tous de la conduite des hommes du premier rang, dont la vie se mesure à la vie des anges.
En deuxième lieu après eux, viennent les thiasotes du second ordre, qui n'ont pu s'empêcher de pâtir et de tomber, quoique non par mépris, et qui se sont relevés de leur chute : par l'amour de la peine dans leurs labeurs, et la multitude des épreuves qu'ils endurent, ils ne sont guère en reste sur l'impassibilité des premiers. Dans ce second ordre, ceux qui se sont spontanément relevés de leur chute pour s'empresser de courir vers la pénitence, ce remède ingénieux qui guérit tout, tiennent, purifiés, la première place : après leur faux-pas, soit que leur appétit inné du meilleur leur ait rendu des ailes, soit que le souvenir de leurs belles actions passées, pour ceux qui en avaient accomplies, ait renouvelé leurs forces, ils ont repris leur ancienne conduite. Les autres, embrassant de tout coeur les conseils et les exhortations au bien qu'on leur prodiguait, ont rallumé au feu de ces avis pleins de sagesse l'étincelle qui venait tout juste de s'éteindre, et y ont embrasé la flamme d'une vie meilleure : ils ne différent de ceux qui s'étaient sauvés d'eux-mêmes que par le fait d'avoir été ramenés par autrui, mais sont inscrits au même rang et échelon qu'eux pour avoir enduré victorieusement les mêmes labeurs et les mêmes douleurs.
Quant à ceux qui ne trouvent droit de cité dans aucun des registres que nous avons dits, mais qui sont allés au bout de la chute, sans se redresser le moins du monde, qu'on leur applique le symbole du figuier desséché, celui de la vigne privée de sa clôture et abandonnée à tout venant pour le pillage, et bien sûr, la cognée qui se trouve près des racines, puis le destin de la paille, de devenir la proie du feu, et la condamnation aux ténèbres extérieures, où sont les grincements de dents et la multitude des vers, dans les transpercements d'un châtiment sans fin. Il faut certes abhorrer les menaces et les châtiments qui les atteignent, mais aussi leurs actes et leurs arrière-pensées ; inutile de trembler de l'atrocité des châtiments, si nous persistons dans la pratique des oeuvres condamnables. Car il ne suffit sûrement pas de savoir ces peines effroyables pour en fuir l'épreuve de fait : seules la pratique du bien et la piété authentique pour les dogmes divins, et, s'il est nécessaire, la lutte acceptée pour eux, nous permettront de surmonter le châtiment et de mériter les biens éternels.
Mais allons ! Maintenant, le mieux que chacun d'entre vous puisse faire, c'est de prendre appui sur les vérités, d'exercer son intelligence en méditant les bonnes décisions, et de ne rien préférer à leur garde et à leur maintien : de la sorte, premièrement, il mettra en honneur le concile de Chalcédoine, admirant grandement la perfection dans la vertu et la piété divine, qui ont valu à cette assemblée tout entière de se tenir, dans les choeurs d'en-haut, à droite de la taxiarchie qu'on appelle et qui est la première, et lui-même obtiendra un héritage voisin des amoureux de Chalcédoine, des disciples de ses dogmes, des imitateurs de ses prouesses. En second lieu, les hommes qui ont été jugés et condamnés par cette assemblée de divins gardiens, vrais pasteurs et non mercenaires, chargés du soin de l'Eglise partout répandue sous le soleil, ces criminels, les considérant comme pères d'enseignements illicites et philistins, qu'ils se sont enhardis à élever et à nourrir pour la ruine et la destruction des graines et des pousses de l'Eglise, il les conspuera et les abominera, de toutes ses forces et par tous les moyens, et il saisira et empoignera leurs avortons débiles et malformés, pour les écraser, nouveaux enfants de Babylone, sur la pierre indéfectible et inébranlable de la foi, se ménageant ainsi grande récompense et bénédiction.
Voilà ce que nous avions à discuter, en termes généraux et succincts sur le Quatrième Concile.



Adressée au Catholicos des Arméniens, qui était alors Zacharie ou Georges, cette lettre de saint Photios date probablement de 875/877. Nous avons suivi de l'édition B.Laourdas et L.G.Westerink, Photii Patriarchae Constantinopolitani Epistulae et Amphilochia, vol.3, coll. Teubner, Leipzig, 1985, p.98-112 (lettre 285).

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