dimanche 9 janvier 2011

La Lumière du Thabor n°11. Aux origines de l"oecuménisme.

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AUX ORIGINES DE L’OECUMENISME
DANS L’EGLISE DE GRECE

La Réforme Iconomaque sous le Régence

Les pages ci-après sont extraites du livre de M.A. Delembase : l’HERESIE de I’OECUMENISME, Athènes. 1972, D’autres pages suivront dans le N° 12 de la LUMIERE du THABOR. Nous y avons ajouté quelques notes explicatives pour en faciliter la lecture.

Au cours de l’insurrection hellénique de 1821 et après la fondation du Royaume de Grèce, des événe­ments dramatiques arrivèrent. Après la pendaison du Patriarche Grégoire V de Constantinople (Lumière du Thabor n°6), les relations entre les évêchés de Grèce et le Patriarcat Œcuménique (de Constantinople) furent interrompues. Le Gouverneur de la Grèce libérée, Capo d’Istria entreprit de les rétablir, et son entre­prise aurait réussi s’il n’avait pas été assassiné (1). Après la mort de Capo d’Istria, l’affaire ecclésiastique s’aggrava, puis trouva sa solution hors de la voie orthodoxe. En 1833, fut fondée et organisée l’Eglise autocéphale de Grèce, sans l’ap­probation du Patriarcat Oecuménique duquel elle relevait. Cette fondation de l’Eglise de Grèce, comme autocéphale était schismatique et se voyait pour la première fois dans l’Eglise Orthodoxe. Elle était une innovation qui brisait l’unité de l’Orthodoxie dans la pratique canonique.

Les artisans de cette innovation furent le prêtre Théoclète Pharmakidès et Georges Maurer qui était un protestant, soutenus par Adamantios Koraès (2) et par la pleine approbation de l’Angleterre. Pharmakidès a travaillé comme membre principal de la commission chargée d’examiner les affaires ec­clésiastiques avec Maurer qui était aussi membre de la Régence (3) sous Othon. Pharmakidès était le véhicule des doctrines cacodoxes occidentales. Il avait étudié la théologie protestante à Göttingen d’Allemagne et il était très libéral, contrairement à son contemporain Constantin Oeconome de la famil­le des Oeconome qui était le porteur de la doctrine orthodoxe et de la sagesse des Pères de l’Eglise (4). Pharmakidès, en collaboration avec le protestant Maurer, devint le fondateur de l’indé­pendance et de l’organisation de l’Eglise de Grèce ! C’est ainsi que l’Eglise de Grèce tomba entre les mains des cacodoxes qui l’ont conduite sur des voies étrangères (5).

Maurer suivait les modèles protestants occidentaux et voulait l’Eglise de Grèce dépendante du roi Othon (6) qui était catholique(papiste) ; le roi, tête temporelle de l’Eglise ; Pharmakidès partageait ce point de vue. L’Eglise grecque fut organisée de manière à dépendre totalement de l’Etat. Le césaropapisme de la Régence ravalait l’Eglise et la soumettait à la politique othonite. Tout ce que l’iconoclasme n’avait pas réalisé au temps de l’Empire de Constantinople, la Régence protestante iconomaque devait le réaliser. L’attitude de la Régence envers l’Eglise fut, en effet, iconomaque. Bien qu’en 1850 l’Eglise de Grèce ait été réconciliée au Patriarcat Œcuménique et reconnue par lui comme autocéphale, l’immixtion, de caractère protestant et iconomaque, de l’Etat dans l’Eglise, s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui, telle un mauvais héritage.


LA SUPPRESSION DES SAINTS
MONASTERES

La conduite iconomaque de la Régence envers l’Orthodoxie s’est également manifestée envers les monastères de Grèce. En 1833, il y avait, dans le royaume, 563 monastères et métochies... que la Régence détacha de la juridiction de l’Eglise pour les livrer à l’Etat ; elle décida aussi de supprimer tous les monastères de moins de trois moines et de confisquer leurs biens pour différents buts ! Un décret du 25 Septembre 1833 supprima 412 monastères d’hommes et confisqua leurs biens.

Tous les monastères de femmes, sauf trois, des monastères que les plus barbares des conquérants de la Grèce avaient respectés pendant quatre siècles, et qui avaient nourri les âmes des chrétiens orthodoxes pendant les années les plus noires, furent également supprimés par un décret du 25 Février 1834, signé par les soi-disant amis du progrès, nouveaux iconomaques venus des ténèbres du Couchant ! Celui qui lit ce qui précède a l’impression que ces choses sont arrivées, non pas de nos jours, mais au temps ancien de l’iconoclasme. L’hérésie anti-ecclésiastique de l’iconoclasme, chassée d’Orient et réfugiée en Occident, retourna en Orient. Le caractère iconomaque de la Régence se révéla donc dans la dissolution des saints monastères.

Un préfet, désigné pour la fermeture des églises et la suppression des monastères pénétra, un jour, dans une église et se dirigea directement vers le sanctuaire. Là, lui et sa suite, pillèrent le saint autel et celui de la prothèse, s’emparèrent, sans scrupule, des vases sacrés, des saints calices, des tabernacles, des veilleuses, les jetèrent en un tas à terre, pour les inventorier, comme des objets communs. Cela paraît incroyable, et pourtant, nous ne citons que des incidents généraux, car en des cas particuliers, la barbarie fut horrible. Dans un monastère où l’on décrochait des icônes pour les inventorier, l’une d’elles, enrichie d’ornements de grand prix, attira les regards du préfet ; il la saisit, la jeta à terre et, la fixant avec son pied, il arracha, avec des tenailles, les joyaux, les mit dans un petit sac et ... oublia de les inscrire sur la liste du pillage et de les remettre à l’Etat. La dissolution des saints monastères par ces nouveaux barbares, persécuteurs de l’Eglise et adeptes des soi-disant amis des idées progressistes et humanistes, se fit avec grand soin, au mépris de la religion, avec une fureur profanatrice de tout ce que la nation chrétienne orthodoxe avait de sacré.

L’ESPRIT ICONOMAQUE

Cet esprit iconomaque apparaît aussi ailleurs. Les biens des monastères pillés, destinés par les innovateurs à la formation "scientifique" du clergé, disparurent à jamais ! La formation du clergé et la dissolution des saints monastères combinées, prouvent que les innovateurs entendaient cette formation cacodoxement, qu’ils l’entendaient non pas comme formation selon la piété (2 Timothée 3, 5) telle que Dieu la désire, mais comme une connaissance multiple et systématique de choses religieuses et profanes, d’après les modèles rationalistes protestants.

C’est dans ce but que furent dissous, d’une manière impie, les saints monastères, ces ateliers de la sainteté et de la piété chrétienne orthodoxes, de la formation selon Dieu, et que leur fût préférée une "formation" étrangère du clergé, une formation selon l’esprit de ce monde. Dissoudre des saints monastères pour des fouilles archéologiques ! Les monuments chrétiens qui se dressaient sur la sur­face de la terre n’intéressaient pas les "sages" des ténèbres du Couchant, comme les intéressaient les choses païennes qui étaient enfouies sous la terre ! Pour eux, la connaissance des oeuvres païennes était supérieure à la connaissance des oeuvres de l’Eglise et cette dernière devait être sacrifiée à la première. La formation selon la piété cédait la place à la formation séculière. Le caractère païen de la culture iconomaque apparaît clairement ici. La réforme iconomaque de la Régence a détruit les monuments chrétiens et saints, pour ressusciter les monuments païens.

Comme l’hérésie anti-ecclésiastique de l’iconoclasme, qui avait attaqué l’Eglise dans son élément visible et dans les manifestations sensibles et matérielles de la piété orthodoxe, la réforme de la Régence a attaqué la direction ecclésiastique et l’unité ecclésiastique, en se révoltant contre le trône oecuménique de Constantinople ; elle a soumis l’Eglise à l’Etat pour mettre comme tête un roi terrestre qui n’était même pas orthodoxe. Elle a attaqué le monachisme et s’est jetée sur les sain­tes églises et en a démoli un bon nombre. Elle a pénétré dans les sanctuaires, dans les Saints des Saints des églises et les a profanés. Elle s’est jetée avec impiété sur les saints autels et les a pillés. Elle s’est emparée des saints calices et des tabernacles et en a fait des objets ordinaires. Elle a ôté les saintes et vénérables icônes et les a piétinées. Elle a méprisé la foi orthodoxe, in­sulté la piété ancestrale et humilié ce que les Pères avaient de sacré. Elle a été sourde aux cris des saints Pères de l’Eglise et a suivi les con­seils de l’Occident égaré Elle a rejeté l’héritage paternel des prêtres orthodoxes, la piété hiératique orthodoxe comme inutiles et les a livrés à l’orgueil du savoir humain. Elle a attaqué la culture selon la piété et a mis en avant la culture de l’impiété. Elle a combattu la piété orthodoxe et, au nom du progrès, elle a soutenu l’impiété, au nom du progrès et de la liberté !

CONFUSION ET COEXISTENCE
OECUMENISTE

Pendant que tout cela s’accomplissait contre la piété orthodoxe, l’ignorance et la confusion sur les relations entre orthodoxie et hétérodoxie régnaient sur la majorité des clercs et des laïcs orthodoxes. Les activités des hérétiques en Grèce étaient insoupçonnées, car l’ignorance des divergences entre l’Eglise Orthodoxe et le Protes­tantisme était telle, qu’un missionnaire étranger, l’helléniste Hartley avait fondé à Egine une école et prêchait du haut de la chaire d’une église orthodoxe de l’île, en présence de l’évêque Néophyte Métaxas. Ce dernier, évêque d’Attique, entretenait des relations étroites avec les mis­sionnaires étrangers, assistait aux funérailles de protestants, célébrées dans des églises orthodoxes.

Lors de la réception du roi Othon qui venait pour la première fois à Athènes, Néophyte, vêtu de ses ornements pontificaux, était accompagné de pasteurs protestants ! Un office protestant, un évêque or­thodoxe, un roi catholique, formaient la synthèse de l’unité extérieure oecuméniste ! Les théories oecuménistes pénétraient déjà, profondément, l’Eglise de Grèce ; la réforme de la Régence était, au fond, oecuméniste ; pour elle, l’Eglise de Grèce devait ressembler à l’Europe hétérodoxe.

Le désordre dans les affaires ecclésiastiques orthodoxes s’étendait à d’autres secteurs, celui de la psalmodie et de l’iconographie que les nouveautés occidentales commençaient à envahir. La musique de charme et la peinture sentimentale européennes altérèrent, ici et là, la psalmodie et l’iconographie orthodoxes. La nouveauté devint une mode. La musique remplaça la psalmodie, le chantre céda la place aux muses païennes. L’iconographie traditionnelle qui représente, avec piété, les saints comme vraie image de Dieu, du Fils et Verbe de Dieu, s’effaça devant la peinture qui représente la nature vivante et l’homme charnel. Le sacré et le saint disparurent pour que règne la beauté profane et païenne.

Par ces altérations fut, insensiblement, cultivée chez les orthodoxes, une conscience oecuméniste égarée, selon laquelle l’expression et la forme ecclésiastique orthodoxes pouvaient coexister avec cette hérésie. L’Eglise métropolitaine d’Athènes (église édifice) illustre ce confusionnisme. Sa construction fut décidée en 1838, accomplissement du voeu de grati­tude de la nation fait au Sauveur. En cours de travaux, elle fut dédiée à l’Annonciation de la Mère de Dieu. Le plan original de l’Eglise tracé par le Danois Théophile Hansen, était un mélange de styles roman, gothique, byzantin et renaissance ! Révisé pendant l’exécution, ce plan fut transformé en style helléno-byzantin, par un autre architecte, Dimitri Zézou. La cathédrale, enfin terminée, fut inaugurée en mai 1862. A cause de toutes ces péri­péties, l’Eglise métropole d’Athènes ne ressemble à aucun style architectural orthodoxe traditionnel.

LA REFORME IMPOSEE PAR LE POUVOIR
ET PAR LA FORCE DE L’HABITUDE

Malgré l’ignorance et la confusion, la réforme de la Régence suscita le mécontentement du peuple. Une violente réaction se manifesta, à la tête de la­quelle se trouva le champion de la piété orthodoxe traditionnelle : Constantin Oeconome de la famille des Oeconome, qui rappela la doctrine patristique sur toutes les questions ecclésiastiques. Ici et là, des troubles éclatèrent et des soulèvements, aussitôt réprimés par des mesures ecclésiastiques, policières et militaires. La Vérité orthodoxe, malgré sa présence imposante, ne fut pas prise en considération par les réformateurs qui voulaient imposer leur réforme. Les protestations de la Vérité orthodoxe et l’indignation des orthodoxes étaient rejetées, réprimées par la violence, méprisées, dans le secret espoir qu’avec le temps, elles s’affaibliraient et disparaîtraient. Kyriakos, l’occidentalisant et partisan de la réforme écrit que la réforme de la Régence "avait provoqué partout, des troubles, surtout en Mane et en Akarnanie... que partout la foule était fanatisée contre le régime, qu’elle pensait que l’orthodoxie était en danger en Grèce, qu’une société secrète avait été formée pour oeuvrer, si nécessaire, contre le régime... Tout ce soulèvement contre l’ordre ecclésiastique établi n’aboutit à aucun résultat, car peu à peu, tous s’habituèrent à l’ordre nouveau". Cette tactique d’imposer par le pouvoir et par la force de l’habitude, des mesures anti-ecclésiastiques, a été adoptée et continuée par l’oecuménisme.

LES ASSOCIATIONS ET LES ORGANISATIONS
CHRETIENNES
LES CONSEQUENCES FACHEUSES INEVITABLES

Après la soumission de l’Eglise à l’Etat et la conduite iconomaque de celui-ci envers l’Eglise, un climat religieux et moral particulier s’est formé en Grèce.

L’Etat devint le régulateur des affaires ecclésias­tiques, le clergé son employé, au point que les places ecclésiastiques s’obtenaient par des pots de vin offerts aux hommes politiques. La piété traditionnelle orthodoxe s’affaiblit, de même que les coutumes chrétiennes. L’Empire orthodoxe chrétien cessait d’être le modèle dans la construction de la Grèce nouvelle et, à sa place, l’Occident pénétrait dans l’Etat, l’Eglise, l’Education et la vie so­ciale. Même un courant anti-chrétien se développa qui sapa, par l’incrédulité, le matérialisme et le libertinage européens, le sentiment juste, reli­gieux, national, moral et la force des Grecs orthodoxes.

Cet état des choses inquiéta et révolta beaucoup d’orthodoxes. Un grand nombre drentre- eux, comme Papoulakis, Cosma Flamiatos, Makrakis et d’autres (7) développèrent une intense activité de la Parole et créèrent un courant très sensible, inorganisé et organisé, qui endigua l’extension du mal.

En 1876, Makrakis (8) fonda l’Ecole du "Verbe" où son enseignement fut systématisé et ses efforts organisés. Ces maîtres enseignaient le peuple et luttaient contre les progrès de l’incrédulité et la dissolution des moeurs, contre l’abandon des tradi­tions orthodoxes, contre l’attrait des étrangers, des hérétiques, des maçons et des incroyants. Ils s’élevaient, avec une violence inouïe, contre les clercs déviateurs et contre l’Etat responsable. Makrakis enseignait au nom de la science, du chris­tianisme et de la grande idée de la nation. Ces efforts étaient la conséquence de la conduite antiorthodoxe de l’Etat grec dans les affaires ec­clésiastiques. L’Etat et l’Eglise réagirent et réprimèrent ces initiatives personnelles. L’Etat utilisa les tribunaux, la police et même l’armée. L’Eglise condamna les erreurs de Makrakis et exila bon nombre de ses adeptes. L’Etat et l’Eglise en­trèrent en lutte contre les consciences religieuses révoltées du peuple et les conséquences ne furent pas heureuses pour l’Eglise de Grèce.

LA TACTIQUE DE LA "PRUDENCE"
ET LA VOIE DU "JUSTE MILIEU"

Les mesures prises par l’Etat et l’Eglise contre les erreurs de Makrakis poussèrent ses adeptes et ses collaborateurs, de même que tous les autres prédicateurs de la Parole, à adopter, désormais, la tactique de la prudence. L’Eglise collaborant avec l’Etat, réduisit au silence ceux qui se révoltaient contre elle, sans cependant leur montrer la voie droite des Pères de l’Eglise, ce qui fit que les prédicateurs de la Parole Divine se laissèrent aller à leur propre inspiration.

Malheureusement, ils commirent une faute fondamentale, dont les conséquences se font encore sentir de nos jours : celle de ne s’être pas liés avec le monde monas­tique qui, lui, continuait la piété ancestrale ; de ne s’être pas tournés vers les Saints de l’Eglise Orthodoxe, vers les Pères de l’Eglise et leur esprit. Privés donc de fondements patristiques suffisants, ils sont restés profondément attachés à l’esprit de l’école philosophique du "VERBE" dont le signe distinctif était le règne de la raison et qui était proche de la logique qui caractérisait la conduite iconomaque de l’Etat contre l’Eglise.
En conséquence, le discours de ces prédicateurs allait suivre des mesures raisonnables, comme les mesures aristotéliciennes de la "PRUDENCE" et du "MILIEU". Leur discours serait plutôt guidé par le concept humain de la prudence, selon lequel l’opportunité doit être préférée, de même que par le concept humain de la voie du juste milieu, selon lequel tout extrémisme doit être évité. C’est alors qu’apparût la tendance de tout mesurer, de tout régler raisonnablement et éviter ainsi toute friction avec l’Etat et l’Eglise. La réaction de l’Etat et de l’Eglise contre les fidèles indignés dont il a été question ci-dessus, eut pour résultat, que les prédicateurs de la parole cherchèrent à accomplir, sans entraves, leur oeuvre, par la tactique de la PRUDENCE et de la mesure du "JUSTE MILIEU".

Dans l’Orthodoxie, les mesures de la PRUDENCE et du JUSTE MILIEU ne sauraient être entendues rationnellement, mais spirituellement, conformément à la Vérité Révélée du Seigneur. La PRUDENCE ne joue pas dans les questions de la foi. La Révélation Divine est reçue par le fidèle orthodoxe simplement, sans curiosité, sans hésitation ni objection de la raison. L’amour pour Dieu, dans la vérité de la foi, est cherché par le fidèle non pas dans la mesure de la PRUDENCE, ni dans celle du JUSTE MILIEU, mais avec un désir jamais rassasié du Bien Suprême qui est le Seigneur.

La perfection chrétienne est poursuivie, non pas avec mesure, mais dans les efforts les plus grands, voire dans la démesure, "Dieu ne donne pas l’Esprit avec mesure" (Jean 3, 34), c’est-à-dire sa Grâce. Le chrétien doit croire et aimer Dieu et s’unir parfait à Lui, non avec mesure mais "immesurément" c’est-à-dire de "tout son cœur... de toute son âme

Celui qui suit la voie du JUSTE MILIEU dans les vertus spirituelles ou théologiques, est réprouvé par le Seigneur comme étant "ni froid ni bouillant" (Apocalypse.3, 16). Dans la foi, la prudence et le juste milieu ne doivent pas précéder, c’est la foi qui les précède. Quand ces mesures précèdent la foi, la foi est alors détruite et la PRUDENCE et le JUSTE MILIEU ne servent plus à rien. Le JUSTE MILIEU et la PRUDENCE deviennent alors des moyens de chute dans la foi. Quand, au contraire, la foi précède et les mesures suivent, la foi est alors sauvegardée et la PRUDENCE, comme le JUSTE MILIEU, sont alors judicieusement, utilisés, dans la pratique des vertus, comme le courage, et les vertus corporelles, comme le jeûne.

L’Eglise, surveillée par l’Etat, est devenue un organisme ecclésiastique d’un genre nouveau, ressemblant plutôt à un organisme politique. Dans cet organisme ecclésiastique, le poids des charges administratives exclut le loisir nécessaire au travail systématique et efficace, aux rendements spirituels. Les prédicateurs dont nous parlons recherchèrent alors, en effet, dans leur œuvre spirituelle de la prédication de la parole divine, un rendement sans tracas ; ils ne désiraient pas être mêlés aux affaires administratives de l’Eglise. Puisque, dans l’organisme étatisé, il n’y avait pas de marges assez larges pour développer, sans tracas, une telle oeuvre, les diverses immix­tions laissant des marges restreintes et incom­modes, les prédicateurs recoururent à la solution qui consistait à travailler par des associations. D’ailleurs, leur conviction, leur opposition à la politisation de l’Eglise, le souvenir douloureux des violences exercées contre eux par l’Eglise et l’Etat, les poussèrent à cette solution. Le pouvoir politique infiltré dans l’Eglise fut la cause qui engendra les ASSOCIATIONS CHRETIENNES.
LES ASSOCIATIONS CHRETIENNES

A l’intérieur des associations, les ouvriers spirituels étaient libres de tout ennui politique, libres de toute immixtion de l’administration ecclésiastique, libres de tout tracas dans leur travail d’éducation morale. Les persécutés trouvèrent ainsi un refuge et un "nid" (psaume 83, 4) pour leur activité spirituelle persécutée par l’administration ecclésiastique et politique. L’oeuvre chrétienne des associations fut si honorée que certaines d’entre elles furent fondées non pas par des laïcs seuls, mais aussi sur l’initiative d’évêques et autres clercs. Ainsi le travail spirituel commença, organisé, à se développer dans la société ou plutôt fut continué par la création de foyers d’activité chrétienne, de prédication, de prière et de philanthropie, hors de l’Eglise ou loin d’elle.

Malgré leurs défauts, les associations chrétiennes ont offert beaucoup de services à la société, à la nation, à l’Eglise. Elles ont combattu le matérialisme et ont freiné le courant du mal en Grèce. Chrysostome Papadhópoulos écrit à ce propos que : "Les associations éthico-religieuses, quelles que soient leurs noms (fraternités, unions, groupes, etc.) aident partout l’oeuvre multiforme de l’Eglise. Créées sur l’initiative d’évêques et autres clercs, ou sur l’initiative privée, comme à Athènes par le prêtre Marc Tsaktani (+ 1924), beaucoup d’entre elles contribuent à donner du tonus au sentiment religieux et à moraliser la société, par des prédications, des conférences, des fondations d’écoles catéchétiques, et par leurs luttes contre les propagandes. Certaines d’entre elles montrent une activité morale et religieuse, comptent des milliers de membres, ont acquis, tout récemment encore, des salles pour la prédication et des centres pour la formation... " Ces choses étaient écrites avant 1938.

Après l’apparition des associations chrétiennes, il y eut trois guides, trois foyers de culture chré­tienne pour le plérôme de l’Eglise de Grèce : les évêques, le monde monastique et les associations chrétiennes. Les évêques en activité, vraiment absorbés par l’administration étatique de l’Eglise, ne suffisaient pas, à part quelques exceptions, à l’oeuvre spirituelle de l’Eglise. Le monde monasti­que qui continuait la tradition orthodoxe de la vie spirituelle en Christ, à la suite de la conduite anti-monastique de la réforme iconomaque de la Régence, était dans l’isolement. Il a cependant produit des hommes de grande vertu et de sainteté comme saint Nectaire (d’Egine). Les associations chrétiennes avaient, dans la société, et la force et le zèle pour l’activité spirituelle : elles l’ont en effet développée à un degré impressionnant et très sen­sible. Le mouvement chrétien et l’activité efficace des associations donnaient l’impression que l’oeuvre spirituelle ecclésiastique était plus fructueuse dans les associations que dans les églises ou directement dans l’Eglise. C’est pour­quoi des associations chrétiennes furent fondées, comme on l’a dit plus haut, même par des évêques.

LES ASSOCIATIONS CHRETIENNES,
LES ORGANISATIONS ET L’EGLISE

Avec le temps, le mouvement spirituel des associa­tions s’étendit sur toute la Grèce, se développa et, en beaucoup d’endroits se transforma, d’associations chrétiennes en unions interépiscopales.
Aussi, ce mouvement "associatif" ne devait pas rester dans les limites de sa mission "prédicative" et philanthropique qui fut celle de ses débuts, mais devait, secrètement, prendre une allure admi­nistrative. Par ce changement, l’affrontement des organisations chrétiennes avec la Direction de l’Eglise devint inévitable, d’autant plus que la Direction ecclésiastique était de caractère éta­tique. Les organisations chrétiennes qui s’étaient développées dans l’Eglise de Grèce jouissaient d’un grand prestige auprès du peuple et de l’Etat. Lors de difficultés nationales, l’Etat accepta, avec joie leurs services, et la société les entoura de respect et les regarda avec espérance. Comparant les services rendus par les organisations à ceux de la Direction de l’Eglise, la société blâma cette dernière.

La Direction de l’Eglise de Grèce, mesurant la force grandissante des organisations chrétiennes, fonda, elle aussi, la Diaconie Apostolique de l’Eglise de Grèce. Cette Diaconie Apostolique fut constituée comme "instrument pour la systématisation et l’unification des forces pratiques de l’Eglise", sous la surveillance directe du Saint Synode. Un organisme inter-épiscopal fut, de plus, créé sur le modèle des organisations chrétiennes. L’exemple des organisations chrétien­nes commença à influencer l’Eglise de Grèce. L’esprit étatique de l’administration ecclésias­tique à l’intérieur, l’esprit d’organisation des mouvements chrétiens à l’extérieur, accouplés, commencèrent à pousser l’Eglise vers des modes d’action et d’activité proches de la conception papale des ordres monastiques...

La transplantation de l’esprit activiste des organisations chrétiennes dans la Direction ecclésiastique prit, plus tard, de la force, quand des éléments de ces organisa­tions accédèrent aux chaires épiscopales. Tout ce phénomène est dû à la soumission de l’Eglise à l’Etat et, par suite, à l’accent mis sur la partie administrative de l’Eglise au détriment de son oeuvre spirituelle. L’Eglise de Grèce pourrait corriger ce phénomène des organisations et des mouvements chrétiens en se libérant de la tutelle de l’Etat et en revenant aux rapports de coordi­nation, tels qu’ils existaient dans l’Empire de Constantinople.

LES DEVIATIONS
DES ORGANISATIONS CHRETIENNES

De nombreuses organisations chrétiennes étaient privées, comme les premières, de fondements patristiques suffisants. Et l’Eglise n’a pas été en mesure de leur insuffler un esprit patristique. II en était de même pour la théologie enseignée à la Faculté de Théologie d’Athènes fondée en 1837 à l’Université, à l’Ecole de Théologie de Halkis et à la Faculté de Théologie de Thessalonique. La théologie de ces écoles, qui subissait l’influence de la science protestante germanique, poussait les mouvements chrétiens, comme toute l’Eglise Orthodoxe, vers l’hétérodoxie et le rationalisme, et non vers les Pères et la piété ancestrale. Aussi, les organisations chrétiennes s’affermirent-elles, dans leurs conceptions rationalistes de la mesure, de la PRUDENCE et de la voie du JUSTE MILIEU.

A partir de ces mesures de la PRUDENCE et du JUSTE MILIEU, bon nombre d’organisations chrétiennes, adoptèrent une tactique inadmissible du point de vue orthodoxe : éviter les luttes dogmatiques te­naces avec les hérétiques et cultiver, en profon­deur, la piété pratique.
Elles négligèrent ainsi la piété des ancêtres et les rites ecclésiastiques, expressions sensibles du dogme orthodoxe, et elles mirent l’accent sur l’enseignement moral, les oeu­vres pratiques et l’activité sociale. Elles négli­gèrent l’étude systématique des Pères et se limi­tèrent à la lecture de la Bible, des revues, des livres modernes tant orthodoxes qu’hétérodoxes. Elles utilisèrent le discours personnel et impro­visé, devenant ainsi les récepteurs des influences étrangères. Récemment des "éléments" de la X.A.N. = Union Chrétienne de Jeunes Gens - qui a fourni des ouvriers au Mouvement Œcuménique - se sont infiltrés dans les associations chrétiennes, y ont suscité, par leur influence étrangère, des troubles, et des éclatements, dont les conséquences ont été la perte de leur grande force. Mais aujourd’hui, certaines de ces organisations se réveillent, recouvrent leur force, retrouvent la véritable voie des Pères, rejoignent avec les vivants le "CAMP de DIEU" (Genèse 32, 1), la tradition indestructible de la vie ecclésiastique en Christ. D’autres poursuivent, malheureusement, jusqu’à nos jours, leur tactique inadmissible ; beaucoup entrent dans les rangs de l’Oecuménisme, deviennent ses utiles instruments, des haut-parleurs oecuménistes dangereux pour les orthodoxes.

On peut dire que l’Oecuménisme trouve, dans les Associations chrétiennes qui ont dévié de la voie droite, bon nombre de points communs. Les Associa­tions manquent d’ardeur pour les luttes antihérétiques, lui évite, systématiquement, les discussions dogmatiques. Elles négligent l’étude des Pères, lui oublie la Vérité Divine Révélée. Elles ont la piété pratique, lui le "christianisme pratique". Elles ont un mouvement inter-épiscopal administrativement organisé, lui en possède un du même genre qui est "inter-ecclésiastique" et international. Chez elles, coexistent livres et auteurs orthodoxes et hétérodoxes, chez lui coexistent des Eglises orthodoxes et des hérésies indépendantes.

Elles prêchent la renaissance de l’Eglise, lui proclame, partout, le renouveau de l’Eglise. Tout cela se passe pendant que les organisations "inter-ecclésiastiques" œcuménistes du Protestantisme, comme la X.A.N., répandent parmi les orthodoxes de Grèce, la fausse idée d’une unité extérieure entre orthodoxes et hérétiques. En reconnaissant les ordinations anglicanes, en établissant des relations avec l’anglicanisme, les orthodoxes se sont livrés à l’action corrosive des cacodoxies angli­canes qui, dans les assemblées de Lambeth, se mobi­lisaient pour dominer les orthodoxes par l’inter­médiaire de l’Oecuménisme. Vraiment, les SAINTS, c’est-à-dire les chrétiens orthodoxes, ont été vaincus. Il faut que celui qui sort indemne de tout cela répète la lamentation inspirée de David :
"COMMENT LES HEROS SONT-ILS TOMBES DANS LES BATAILLES ? COMMENT LES GUERRIERS ONT-ILS PERI ?"(9)

NOTES

1 - Capo d’Istria né à Corfou en 1776 et mort à Nauplie en 1831, entra au service de la Russie et en devint le Ministre des Affaires Etrangères de 1816 à 1822. Il joua un grand rôle dans la guerre pour l’indépendance des Grecs contre les Turcs et fut quelque temps gouverneur de la Grèce libérée. Soit par sa faute, soit qu’il eût subi forcément l’empire des circonstances, Capo d’Istria a usé son prestige en peu de temps ; et s’il avait jamais nourri, comme ses actes le donnèrent quelquefois à penser, le secret espoir de fonder une dynastie, les progrès constants de l’opposition durent détruire bien vite ses illusions.
Suspect d’être un agent de la Russie il fut assassiné à Nauplie, ville du Péloponnèse, résidence du gouvernement, en entrant dans l’église de saint Spyridon, pour assister à la liturgie, par deux hommes de la famille des Mavromichalis, les frères Constantin et Georgakis.

2 - En I827, le nouvel Etat grec proclama Adamantios Koraïs "PERE" de la Nation, lors de l’Assemblée Nationale et approuva toutes ses oeuvres comme utiles. Ainsi, le néo-hellénisme héritait, officielle­ment, par cet acte, la ligne de Koraïs, à savoir que ceux qu’on appelait Romains ou Roumis, en réalité hellènes asservis par les Romains de l’Ancienne et de la Nouvelle Rome (sic) puis aux Turcs, devaient se libérer de la Romanité et de l’Orthodoxie de Constantinople et s’occidentaliser, en imitant l’oeuvre du Tsar Pierre le Grand. Influencé par ses maîtres calvinistes à Smyrne et à Amsterdam, il croyait, avec fanatisme, que l’hésychasme antimétaphysique devait être arraché du cœur de la Nation. Adamantios Koraïs demeura un fidèle consacré de la philosophie métaphysique et de la morale jusqu’à sa mort en 1830.

C’est pour cela qu’il montra un grand intérêt pour le changement de la Romanité en Hellénisme et pour le remplacement de l’Hésychasme qui était le coeur de la Nation, par la philosophie métaphysique et sociale. La persécution du monachisme par le nouvel Etat grec est connue de tous. Elle a régné dans les milieux gouvernementaux et chez les collaborateurs des chefs religieux, l’idée que les monas­tères devaient être transformés en centres d’activité sociale et de bienfaisance. Le néo-hellénisme de Koraïs et du nouvel Etat a déclaré et fait une guerre dure et sans honneur contre les hésychastes des petites synodies... On dit, à qui veut l’entendre, en Grèce, que Koraïs a été le représentant du Siècle des Lumières français et que c’est pour cette raison qu’il s’est dressé contre l’Orthodoxie traditionnelle.

Des historiens tentent de le présenter, en général, comme indifférent à la religion et comme un grand démocrate ; ils oublient qu’il a été un admirateur de la théologie orthodoxe, de l’orthodoxie russe et surtout de l’oeuvre ecclésiastique de Pierre le Grand et qu’il ne s’est jamais départi de son admiration pour l’éthique métaphysique calviniste, un des aspects du dogme calviniste. Il a été aussi un agent et un admirateur du pas très démocrate Napoléon, en faveur duquel il a appelé les Roumis ou Romains d’Egypte et de Grèce, en leur disant qu’ils étaient les descendants des Grecs antiques, à se révolter contre le Sultan, et aider le futur empereur Napoléon à conserver les morceaux de l’empire Ottoman qu’il avait conquis et à s’emparer du reste. Napoléon vaincu en Egypte, par les Anglais, cherchait, par l’entremise de Koraïs, l’aide des Roumis ou Romains, pour délivrer son armée encerclée...

Koraïs a été l’adversaire de la métaphysique papiste et le défenseur de la métaphysique calviniste, que les Russes utilisaient en partie... Cf. Romanides : Les Pères Romains de l’Eglise. Thessalonique 1984.

Lorsqu’il s’est agi, pour les Grecs libérés, de savoir quel nom ils allaient prendre : Romains, Romans ou Hellènes, Koraïs leur conseilla le nom de GRECS, car c’est ainsi, disait-il, que nous appellent les peuples éclairés de l’Europe... Le nom d’Hellène fut alors pris dans le sens de païen qu’il avait eu pour les Pères de l’Eglise. L’Occident se passionna alors pour la nouvelle Grèce et admira son œuvre antique, etc.
Adamantios Koraïs a combattu la forme extérieure de l’Eglise, a demandé la mutation des offices et des jeûnes, le changement du mode de jeûne, des prêtres mariés, l’obligation des clercs céliba­taires à se retirer dans les monastères, le mariage des évêques ou qu’ils ne fussent pas ordonnés avant soixante ans, enfin la suppression progressive du monachisme.

3 - Pendant la minorité du roi Othon, la Régence fut confiée, selon la disposition 10 du Protocole du 7 Mai 1832, à trois conseillers choisis par le roi de Bavière, père du roi Othon. Ce conseil de Régence était composé du comte d’Armansperg président, du conseil­ler Maurer et du général Heydeck, ce dernier connu pour la part active qu’il avait prise comme philhellène à la guerre de l’Indépendance.

4 - Constantin Oeconome est né à Tsaritsane de Thessalie en 1780. Il enseigna à Smyrne et fut prédicateur à Constantinople. Quand éclata l’Insurrection grecque, il fuit à Odessa où il prononça le discours funèbre du Patriarche martyr Grégoire V de Constantinople dont la dépouille fut amenée là-bas. Il fut nommé sociétaire de l’Académie Impériale Russe, membre de l’Académie Ecclésiastique et correspondant de l’Académie de Berlin. Plus tard, il s’installa a Athènes où il devint le chef du parti qui refusa le détachement des évêchés de Grèce, du Patriarcat de Constantinople. Il écrivit [très de 70 commentaires de l’Ancien Testament, des discours et d’autres œuvres.

Théoclète Pharmakidès est né en 1784 à Larissa de Thessalie. Il fit ses études à Göttingen d’Allemagne, enseigna à l’Académie Ionienne et à l’Université d’Athènes. Pour ses opinions libérales, il fut transféré de la Faculté de Théologie à celle de Philosophie en 1839. Pharmakidès se défendit et rejeta cette qualité de philosophe comme une calomnie.

Comparant C. Oeconome à Théoclète Pharmakidès, le professeur Balanos écrit : "Le premier considérait que toute la théologie des siècles précédents formait la tradition, le second faisait une distinc­tion entre la vraie tradition et les données sans fondements, et pensait que la recherche pure sur des sujets historiques et scientifiques ne devait pas être liée ni empêchée par la tradition. Le premier recevait, pour inspiré, le texte des Septante, le second le niait. Le premier était contre la traduction de la Sainte Ecriture en langue vulgaire, le second la considérait utile et nécessaire. Le premier pensait que la moindre abréviation du culte était impie, le second était pour la limitation des offices ecclésiastiques. Le premier considérait tout serment interdit, le second admettait, qu’en cas de nécessité, le serment n’était pas contraire au christia­nisme. Le premier rejetait tous les missionnaires hétérodoxes et leurs livres, !e second faisait une distinction entre eux et les livres qu’ils éditaient. Pharmakidès soutint et organisa le détachement de l’Eglise de Grèce du Patriarcat de Constantinople et écrivit diverses œuvres.

5 - L’assemblée des évêques de Grèce proclama en 1833 l’indépendance de l’Eglise de Grèce en la détachant du Patriarcat Oecuménique. Une commission en rédigea la première Charte qui fut publiée comme Loi de l’Etat. Le nouvel ordre des affaires ecclésiastiques suscita des troubles dans le Péloponnèse, mais cette irritation s’apaisa peu à peu et l’Assemblée Nationale de 1844 approuva l’ordre nou­veau.


6 - Les Puissances Occidentales avaient décidé que la Grèce aurait un roi. Il était utile et bon que ce roi fût choisi dans l’une des familles souveraines que le respect des peuples et une possession séculaire ont investies du privilège de personnifier l’autorité monar­chique. C’est ce que ressentaient fort bien les Grecs ; ils attendaient avec une vive impatience le choix des plénipotentiaires ; mais, quel qu’il eût dû être, le roi futur était assuré d’avance des sympathies de son peuple. Pourquoi les plénipotentiaires n’ont-ils pas choisi un des descendants des Empereurs de Constantinople... ? Le duc de Nemours proposé par la France fut écarté par la jalousie de l’Angleterre.

La France à son tour, n’aurait pas souffert une élection qui eut assuré la prépondérance à l’Angleterre ou à la Russie. Les trois puissances convinrent donc que leur choix collectif ne tomberait sur aucun de leurs princes. En conséquence, la France proposa le prince Charles de Bavière, et, sur son refus, le prince Othon, son frère ; ils étaient tous deux fils de ce roi de Bavière qui avait si chaleureusement épousé et soutenu la cause des Hellè­nes. L’Angleterre patronnait le prince de Hesse-Homburg, la Russie le duc Bernard de Saxe. Aucun de ces princes n’ayant réuni l’unanimité des suffrages, la France mit en avant le prince Jean de Saxe qui n’accepta pas. Enfin l’Angleterre proposa le prince Léopold dle Saxe-Cobourg, qui fut agréé par les trois puissances. Mais ce prince, égaré par des rapports infidèles, effrayé de l’immensité de la tâche, de la responsabilité qui allait peser sur lui, d’ailleurs répugnant à l’idée de changer de religion, renonça au trône de Grèce : il abdiqua dans les formes, le 21 Mai 1830.

Un protocole daté du 7 Mai 1832 reconnut Othon de Bavière, souverain héréditaire, avec le titre de roi. La France, l’Angleterre et la Russie firent reconnaître le nouveau roi par les alliés. Le roi Othon jeta l’ancre le 1er Février 1833 dans la rade de Nauplie. Cinq jours après il fit son entrée solennelle dans la ville, au son des canons des vaisseaux alliés et des forts.

De tous les décrets du Gouvernement, le plus important fut celui qui faisait d’Athènes la capitale du Royaume ; les souvenirs de l’Antiquité déterminèrent le choix du Gouvernement ; car s’il n’eût voulu consulter que les avantages de la situation, Corinthe, avec ses deux ports, semblait destinée par sa position centrale à devenir la capitale d’un Etat commerçant. Athènes fut reconstruite d’après un plan régulier, à la mode allemande. En quelques mois elle sortit de ses décombres ; l’Acropole fut dégagée. Le marbre du Pentélique fut prodigué pour la construction d’un palais royal - qui abrite aujourd’hui l’Assemblée Nationale - dont le tort est de manquer complètement de caractère. Athènes devint promptement une ville moderne, mais sans physionomie, comme les petites villes du duché de Bade ou du Wurtemberg.

Le roi Othon fut déclaré majeur, le 12 Janvier 1835. Grâce à l’admi­nistration ruineuse du comte d’Armansperg, la Grèce s’enfonça de jour en jour dans le désordre et l’anarchie. Le roi de Bavière, alarmé des nouvelles qu’il recevait du royaume de son fils, fit en 1836 un voyage en Grèce pour juger par lui-même de la situa­tion. Mais les mesures étaient prises pour que la vérité ne vint pas jusqu’à lui ; circonvenu par le comte d’Armansperg, il crut tout voir et ne vit rien, et se déclara satisfait. Au reste, il visita la Grèce en archéologue, et il en remporta une riche provision d’antiquités qui font le plus précieux ornement du musée de Munich.
Othon lui-même suivit de près son père en Allemagne ; il y épousa la jeune et belle princesse Amélie d’Oldenbourg. Elle était protestan­te et le roi était catholique ; mais, par une clause du contrat de mariage, ils convinrent que leurs enfants seraient élevés dans la foi orthodoxe. Cette décision que les époux prirent spontanément, fut pour beaucoup dans les démonstrations de joie avec lesquelles le jeune couple fut reçu à son arrivée en Grèce en 1837. Si le roi avait eu assez d’énergie et de puissance réelle pour accomplir tout le bien qu’il voulut faire, la Grèce compterait au nombre des Etats les plus fortunés de l’Europe.

Mais la politique grecque a toujours tendu à réaliser l’idée panhellénique, en reprenant a la Turquie les territoires des parties orientales de l’Empire Orthodoxe de Constantinople. Pendant la guerre de Crimée 1853-1854, pendant la guerre d’Italie, des mouvements natio­nalistes se produisirent dans le jeune royaume. Le roi, pour des motifs clé politique internationale, n’ayant pas cru pouvoir les favoriser, fut bientôt renversé en 1862 par une révolution et l’Assem­blée Nationale élut comme nouveau roi le prince Georges du Danemark qui était protestant...

7 - Parmi les hommes ecclésiastiques qui illustrèrent la période qui suivit l’Insurrection Grecque contre le Turc, il faut placer Cosma Flamiatos 1786-1852. Il fut un maître ecclésiastique, un grand ascète, un observateur rigoureux des principes orthodoxes. Pour avoir censuré le régime politique qui gouvernait, à son époque, les îles Ioniennes et la Grèce libre, il fut dénoncé comme conjurateur, arrêté avec 150 personnes, dont la plupart étaient des moines. Incarcéré dans les prisons de Patras où il fut tonsuré moine, il y mourut en martyr le 19.7.1852, abandonné, sans soins, sans secours, à la suite des mauvais traitements qui lui furent imposés. Certaines sources disent qu’il fut trouvé étranglé dans sa prison.

A l’époque de sa naissance, les Iles Ioniennes se trouvaient sous la domination vénitienne. Son enfance et son adolescence, sous la domination des Français démocrates (1797-1800), puis celle des Russes et des Turcs (1800-1806) ; des Russes (1807) ; des Français impériaux (1807-1809) ; il atteint, enfin, sa majorité sous le protectorat des Anglais (1809-1814-1864). Cette riche expérience, qui fut l’héritage tragique du peuple éprouvé des Iles Ioniennes, a permis à Flamiatos de mesurer, avec justesse, la politique de l’Angleterre et de la critiquer, d’en décrire le mécanisme obscur et ses conséquences dans la formation de la vie nationale. Sa principale publication : "Voix orthodoxe et grave" fut sa philippique et le miroir de son âme. Il a vu et dénoncé à l’avance, l’état actuel de l’Eglise Orthodoxe.

Pour Flamiatos l’Angleterre n’était qu’une puissance impérialiste, visant à la domination universelle, caressant l’espoir de devenir, un jour ou l’autre, la maîtresse du monde entier, comme l’avait été l’antique Rome. Au temps de Flamiatos, la domination anglaise s’étendait, progressivement, sur tous les pays de l’Orient. Par Orient, Flamiatos entendait l’Hellade et les étendues orientales de la Méditerranée, l’Asie-Mineure incluse. Pour lui, la substance et le caractère particulier de la politique anglaise sont définis ainsi : "Toute la force et la sagesse de cette politique consiste a susciter, sous le masque de l’amitié et du bien, dans tous les états et les peuples, la ruine et la destruction... " Il accuse l’Angleterre d’avoir inspiré le meurtre de Capo d’Istria, d’avoir dirigé la Régence et le roi Othon, d’avoir provoqué le schisme qui a séparé l’Eglise de Grèce du Patriarcat Oecuménique, d’avoir contribué à la fermeture des monastères…
…d’avoir introduit le luxe et la corruption, d’avoir corrompu la vie politique en achetant les hommes politiques, par l’aide accordée aux missionnaires protestants, de vouloir ruiner la foi orthodoxe et d’introduire la religion anglicane calviniste, de préparer la subversion insensible mais profonde de la religion orthodoxe, etc.

Les remèdes que Flamiatos proposa pour guérir la maladie qui ravageait la vie politique et ecclésiastique, révèlent les fondements traditionnels, orthodoxes, patristiques de sa pensée et de son caractère.

Voici quelques uns de ses remèdes :

1° Dévoiler les œuvres du "fils d’iniquité de l’Occident".
2° La fin du schisme ecclésiastique de 1833.
3° La fin de la persécution de la foi orthodoxe.
4° Le choix d’hommes dignes pour l’épiscopat.
5° La convocation d’un concile œcuménique.
6° La fondation d’écoles orthodoxes.
7° La formation de prédicateurs pour instruire le peuple.
8° L’union de tous les orthodoxes.
9° La fin de toute intervention du pouvoir politique dans les affaires ecclésiastiques.
10° Le choix d’hommes politiques dignes, sages et orthodoxes.

Ces propositions demeurent toujours valables et sont la meilleure justification du combat de ce maître ecclésiastique et martyr céphalonite !

8 - Apostolos Makrakis est né à Siphnos, une des îles grecques, de père Crétois. Se rendant, enfant, à Constantinople, il eut, au cours de la traversée, une vision de la Mère de Dieu, vision qui a sans doute influencé son évolution. Après ses études à la Grande Ecole de la Nation à Constantinople, il fut professeur. II se consacra au renouveau religieux et moral de ses élèves et suscita, chez eux, la pratique de la communion mensuelle. Il entra, à cause de cela, en conflit avec l’Eglise. Makrakis comprit qu’il fallait, avant tout, éduquer les parents. En 1866, il choisit, pour son activité, Athènes où il prêcha en plein air et dans les églises. Il édita un journal sous divers noms et fonda une école privée.

Erudit, éloquent, il déploya un grand zèle pour l’Eglise et lutta, avec courage, contre tout ce qui n’allait pas bien dans l’Eglise. Il fit beaucoup d’adeptes, clercs et laïcs et aussi beaucoup d’ennemis irréductibles. Il enseigna une trichotomie de l’homme : corps, âme, esprit, et pensa que seul l’esprit était immortel en l’homme. Makrakis fonda une église personnelle, pas très éloignée en substance de l’orthodoxie et utilisa pour le culte, les prêtres qui le suivaient. Il introduisit la confession publique et la communion hebdomadaire sans jeûne préalable. L’Eglise de Grèce publia en 1878 une encyclique pour demander aux fidèles d’abandonner les erreurs de Makrakis. L’Etat ferma son école et son église.

Condamné par deux fois pour hérésie, à deux ans de prison, par les tribunaux d’Athènes 1879-1881, il vit sa seconde condamnation annulée par l’Aréopage. Peu après, la majorité de ses clercs fidèles te quittèrent avec les meilleurs des laïcs, mais Makrakis n’en continua pas moins son oeuvre jusqu’à la fin de sa vie en 19O5.
9 - De ces Organisations et Associations Chrétiennes sont sortis les néo-athonites, qui sous le régime de la Junte des Colonels et de l’Archevêque Jéronymos d’Athènes, lui-même membre de "ZOE" se sont emparés des grands et riches monastères de la Sainte Montagne.

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