mercredi 12 janvier 2011

La Lumière du Thabor n°13. Chronique.

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CHRONIQUE

SERBIE

La situation demeure très grave pour les orthodoxes au Kossovo. Le Journal "Orthodoxie" du 1er janvier 1987, se référant à une Information parue dans le Journal gouvernemental Novosti du 11 décembre, signale les persécutions contre les moniales du monastère de Devitch au Nord de la Serbie. L’higoumène de ce monastère, la Mère Paraskeva, écrit notamment : "Les Albanais musulmans s’attaquent maintenant à nos bois, qu’ils coupent, à notre bétail, à nos réserves de foin ; ils apprennent aux enfants à nous jeter des pierres ; ils nous crachent dessus, ils s’exhibent devant les moniales. Quant à la milice, elle vient et repart aussitôt. Ceux qu’elle a pu arrêter et qui ont brûlé nos foins, ont dit au Tribunal qu’ils n’hésiteraient pas à recommencer". La Mère Paraskeva a été elle-même rouée de coups par ces musulmans et elle est restée paralysée. II est curieux que l’Occident ne s’émeuve pas davantage de la situation tragique du Kossovo, alors qu’il y a quelques années la situation difficile en Pologne avait suscité réunions et prières œcuméniques de toute sorte auxquelles des "orthodoxes" avaient participé. Sans doute ces "orthodoxes" pensaient-ils alors qu’il est plus spectaculaire aux yeux du monde de prier avec des hétérodoxes pour des hétérodoxes que de prier avec des orthodoxes pour des orthodoxes.

EGLISES SERBES

Un de nos lecteurs nous envoie la lettre suivante : "Chers amis, je m’étonne que vous ne signaliez pas l’existence d’une Eglise serbe libre, "Hors Frontières", dans la ligne de l’évêque Nicolas Vélimirovitch, qui s’est séparée du patriarcat de Belgrade lorsque le pouvoir communiste, par l’intermédiaire du patriarche Germain, a fait des pressions sur l’émigration serbe. Cette Eglise serbe hors frontières dont nous parlons n’a pas de paroisse en France, mais elle est très importante en Amérique. Sa situation canonique est la même que celle de l’Eglise Russe Hors Frontières qui ne reconnaît pas l’autorité de l’Eglise Mère. Le souci que vous avez de faire connaître ce que les informateurs officiels de l’œcuménisme cachent systématiquement nous fait espérer que vous signalerez cette Eglise Serbe Libre qui est maintenant sous l’autorité du Métropolite Irénée". Nous remercions cet ami lecteur de sa lettre, et nous confirmons effectivement l’importance de cette Eglise de l’émigration serbe aux U.S.A.

Nous signalons aussi à ce propos le livre publie par le centre documentaire Hoover de l’université américaine de Stanford (California), consacré au Général Mihaïlovich : "Patriote ou traître, le cas du Général Mihaïlovich". Ce livre montre de façon définitive que ce premier résistant d’Europe, Serbe Orthodoxe, assassiné par Tito, a été une des grandes figures antifascistes de la Seconde Guerre Mondiale.





CORDOUE

L’ivraie d’Assise tend à se répandre en Europe, même parmi les orthodoxes. A Cordoue a été organisée une réunion du 12 au 15 février, rassemblant une trentaine de personnalités chrétiennes, musulmanes et juives sous la direction de Roger Garaudy, ancien stalinien devenu musulman. Le Métropolite de l’Eglise de Constantinople en Suisse, Mgr Damaskinos, était présent à cette réunion comme son collègue, Mgr Méthode d’Angleterre l’avait été à la réunion d’Assise. Toutes ces réunions ne sont que la préparation indirecte de la grande "messe" œcuménique de Moscou en 1988 qui sera présidée par le Patriarche de Constantinople Mgr Dimitri, et à laquelle tous les groupes protestants, évangélistes, ainsi que les catholiques (papistes), participeront pas leur présence et par leurs prières communes.

Notez qu’une protestation bien symbolique à la réunion d’Assise a eu lieu au Mont Athos, où la Sainte Communauté a interdit à Mgr Méthode de rentrer ; protestation bien symbolique, parce que celui qui déléguait Mgr Méthode à Assise, le Patriarche Dimitri, est mentionné à la Sainte Montagne dans 19 des 20 grands monastères.

LA SITUATION EN AMERIQUE

Aucun document officiel de l’ERHF (Eglise Russe Hors Frontières) n’a encore été publié en Europe au sujet de la séparation de 35 clercs, 3 monastères, 18 paroisses d’avec l’ERHF. En revanche, le dossier du départ de ces prêtres, moines et paroisses, et leurs lettres officielles au Saint Synode sont parvenues à "La Lumière du Thabor". Ce dossier est très épais, puisqu’il fait plus de deux cents pages, et il est aussi très intéressant parce qu’il jette un éclairage nouveau sur certains événements récents dans l’histoire de l’Eglise Russe à l’Etranger. Contrairement à certaines rumeurs mal informées, le motif donné par les prêtres est bien "dogmatique" et il est fondé sur deux arguments fondamentaux : le développement du nationalisme religieux ou phylétisme à l’approche du Millénaire de la Russie, avec la volonté de "purifier" l’ERHF de tous les "étrangers"  non-russes et, surtout, le développement des concélébrations avec des prêtres appartenant à des juridictions œcuménistes, et cela malgré l’anathème de l‘œcuménisme. II est très remarquable que des prêtres russes comme le très respecté P. Georges Kochergin se soient joints au mouvement.

"La Lumière du Thabor" n’a pas, pour le moment, à prendre position sur ce conflit interne à l’Eglise synodale, mais nous trouvons honnête d’informer sur des faits publics, mais curieusement ignorés en Europe. Mous publions ici des extraits de lettres adressées au Métropolite Vitaly et à l’évêque AIipy.

La première lettre est celle du Père David Belden, un ancien prêtre anglican, aujourd’hui recteur de la paroisse Saint-Joseph-d’Arimathée à Toronto. II écrit notamment pour expliquer son départ : "... Ceux parmi nous qui sont convertis de l’Anglicanisme sont particulièrement sensibles à l’idée selon laquelle on pourrait être "orthodoxe" en étant en communion avec ceux qui ne le sont pas ; il existe en effet de sincères anglicans qui luttent pour êtres "orthodoxes", mais qui, de fait, sont en communion avec des évêques anglicans qui renient les bases mêmes du Christianisme.
Moi-même, prêtre anglican pendant dix ans, j’ai pu apprécier le caractère contradictoire d’une telle attitude, et cela m’a aidé à devenir orthodoxe. Ayant perdu mon gagne-pain, les avantages d’une carrière facile dans l’Anglicanisme par souci unique de la vérité, je ne peux supporter maintenant de voir la même ecclésiologie dans l’Orthodoxie. Nous avons beaucoup donné et beaucoup souffert pour venir à l’Orthodoxie, et maintenant nous ne voulons rien d’autre que la foi orthodoxe pure et authentique. Nous ne pouvons donc pas être en communion avec des évêques qui sont en communion avec Constantinople et avec Moscou, et à travers Moscou, avec Rome. II ne s’agit pas de vous personnellement, Vladika, mais, dans la situation actuelle, l’ecclésiologie orthodoxe de l’ERHF est absurde. Nous avons déjà connu cela chez les anglicans ; pour cela, à grand prix, nous sommes devenus orthodoxes, et nous ne voulons pas retrouver une telle ecclésiologie maintenant. Pour nous, il est clair que nous ne pouvons pas rester orthodoxes, si nous sommes en communion avec ceux qui ne le sont pas"...

Le Père Martin Brokenleg, prêtre d’une importante paroisse américaine à Sioux Falls a écrit deux lettres à Mgr AIipy, son évêque. Dans la première il justifie dogmatiquement son départ : "Dans les derniers mois, j’ai pu constater des changement dans l’ERHF. Jusque là j’avais connu la ferme confession de foi proclamée dans le Testament du Métropolite Anastase, dans les Lettres de douleur du Métropolite Philarète, dans les courageuses décisions du Synode des évêques, et enfin dans l’Anathème de l’œcuménisme qui condamne l’hérésie de l’œcuménisme et ceux qui communiquent avec ces hérétiques. Tout cela m’indiquait la position claire et la foi du synode. Dans le passé, il est arrivé que des actes œcuménistes se soient produits, en contradiction manifeste avec les documents que je viens de citer, mais ces faits étaient toujours condamnés et corrigés par un ou plusieurs évêques... qui nous rassuraient et nous remerciaient de les relever. Maintenant, ce n’est plus le cas ; de plus en plus souvent les prêtres et les évêques ont, durant cette année 1986, transgressé la Confession de foi officielle du Synode, sans aucune condamnation. Les Canons ont été foulés, le clergé fidèle a été réprimandé et calomnié, alors que les plus œcuménistes étaient couverts".

Dans une seconde lettre à Mgr AIipy, le Père Martin Brokenleg précise encore que c’est uniquement pour des raisons dogmatiques qu’il est parti : "Aujourd’hui l’ecclésiologie orthodoxe et la vérité sont faussées par beaucoup d’actions et de pratiques de L’ERHF et je ne veux pas participer à cela. Vous dites dans votre réponse que vous connaissez "la véritable raison" de mon départ. Honnêtement, Mgr AIipy, croyez-vous que je risquerais ma paix spirituelle, mon salut éternel, celui de ma famille, celui de mon troupeau, pour d’autres raisons que la foi véritable ? C’est pour la foi que j’ai quitté votre diocèse et l’Eglise Russe Hors Frontières et pour aucune autre raison scandaleuse ou pécheresse. Le jour de mon ordination, j’ai promis de "garder les enseignements de la foi et d’instruire les autres dans ce qu’enseigne la Sainte Eglise Orthodoxe et les Saints Pères, de sauver les âmes qui me seront confiées de toute hérésie ou schisme et de faire revenir les autres sur le chemin de la vérité". Mgr AIipy, c’est parce que je ne peux plus tenir ce vœu que je quitte votre diocèse et l’ERHF. Je ne pourrais plus tenir ce vœu si je restais, étant donné les actes et les enseignements de l’ERHF telle qu’elle est devenue maintenant... en disant cela j’embrasse l’Evangile et la Croix de mon Sauveur Jésus Christ".

INTERVIEW

A l’occasion du quatrième anniversaire de "La Lumière du Thabor", nous avons demandé à notre ami Nectaire Stofati, journaliste, de bien vouloir Interviewer notre directeur. Tous deux se sont prêtés de bonne grâce à cette épreuve...

I

ORIGINE DE LA FRATERNITE ORTHODOXE
SAINT GREGOIRE PALAMAS

Nectaire Stofati : Monsieur le Président, la Fraternité Orthodoxe Saint-Grégoire-Palamas existe depuis quatre ans, et sa revue, La Lumière du Thabor, en est à sa treizième livraison. Est-ce que vous pouvez nous raconter comment elle est née ?

L.A. Motte : A l’origine, j’ai créé avec des amis, le Centre d’Etudes Théologiques Saint Grégoire Palamas à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris. Nous avons alors organisé en 1982, une série de Conférences hebdomadaires sur la théologie orthodoxe. Elles devaient être suivies de débats. II y a eu beaucoup de monde à ces Conférences, mais nous avons été frappés du fait que la plupart des catholiques ou des protestants ignorent (et souvent ne s’intéressent pas) leur propre théologie et leurs dogmes principaux, ce qui transforme le débat en dialogue de sourds. Nous avons dû très souvent expliquer longuement la doctrine latine du "filioque" ou la théologie augustinienne et thomiste de la Rédemption avant d’en critiquer les fondements à la lumière de la théologie patristique orthodoxe. On avait l’Impression que le résultat de l’œcuménisme, loin de pousser à la mise en commun des traditions, était de faire disparaître toute conscience dogmatique et même tout intérêt pour l’histoire de l’Eglise. On résout les oppositions théologiques traditionnelles en disant qu’elles n’ont plus aucune importance...

Que retient-on des grandes controverses théologiques ? Que, puisque les théologiens des deux clans n’ont pu les résoudre, elles sont insolubles ; qu’il serait orgueilleux de prétendre le contraire ; en somme, que Dieu n’a plus la force d’éclairer la conscience, ni la conscience, celle d’être éclairée par Dieu : on ne fait confiance en personne, pas même en sa propre liberté... sauf peut-être, un peu dans le Pape. Et de cette faiblesse, paradoxalement, l’homme ignorant contemporain tire son plus beau tour d’adresse puisque je suis incapable de comprendre ces choses anciennes, ou plutôt, puisque je ne veux pas me mêler d’essayer de les comprendre, c’est qu’elles n’ont, en fait, aucune importance. On dirait une autruche essayant de démontrer la non-importance du lion tout proche, en mettant la tète sous le sable et en disant : "Non, décidément, je ne vois rien". Au royaume des questions mesquines, les aveugles volontaires sont rois.

C’est pour aider, dans la mesure de nos forces, à sortir de cette confusion, que nous avons créé la Fraternité Orthodoxe Saint-Grégoire-Palamas et sa revue trimestrielle, "La Lumière du Thabor".

Nectaire Stofati : Pourtant, un effort est fait, un peu partout de nos jours, pour publier des textes des Pères de l’Eglise.
L.A.M. : Oui, mais les éditions modernes sont généralement faites dans un esprit très différent de celui des Pères. Les textes des Pères sont presque toujours relativisés, noyés dans une "sauce" souvent contestable, une connaissance toute païenne qui voit du Platon et de l’Aristote partout... D’autre part, l’œcuménisme rend impossible la publication d’une très grande partie des textes patristiques et cela pour plusieurs raisons : d’abord il est évident qu’après le VIIIème siècle, les Pères de l’Eglise ont lutté activement contre la théologie latine et en particulier contre le filioque... Publier saint Photios, saint Marc d’Ephese ou saint Grégoire Palamas, serait aux yeux de beaucoup troubler le ciel que l’on veut clair de l’Olympe œcuméniste... Même saint Jean Damascène, quoique célébré ici et là, attend en vain l’édition de ses œuvres dogmatiques : il s’est trop nettement déclaré pour la procession "du Père seul" ; à son égard, on applique le proverbe : louez-le, puis enterrez-le.

Nectaire Stofati : Mais que reproche-t-on aux Pères, ces hommes vénérables ?
L.A.M. : D’abord, de témoigner d’un absolu, alors que, nous l’avons dit, l’indifférence prévaut aujourd’hui. Ensuite, le ton "polémique" des Pères, virulent contre les hérétiques, n’est pas toujours en harmonie avec l’image ridicule que l’on veut donner des Pères, celle d’hommes doucereux, humanistes et aux idées courtes, et dont les "préjuges" étaient dus aux temps difficiles dans lesquels ils vivaient... Je connais quelqu’un qui dit que l’on doit préférer l’amour à la vérité... Mais les Pères de l’Eglise associait l’amour et la vérité et pensaient, avec saint Photios, que le premier devoir de l’amour est de dire la vérité !

Nectaire Stofati : Mais alors, faut-il brûler les hérétiques ?

L.A.M. : Non, répond l’Evangile. L’Occident a vécu pendant des siècles sur une logique faussée, qui était celle de la diabolique et soi-disant "sainte" inquisition : tu as tort, DONC je te fais griller. Et maintenant, on dit : je t’aime, DONC tu as raison. On a simplement retourné la première erreur, en gardant le même préjugé : on dissocie toujours la vérité et l’amour. C’est ainsi que la plupart restent incapables de comprendre comment le chrétien peut aimer le prochain TOUT EN détestant son erreur, dénoncer le mensonge SANS préconiser le recours à la violence... Bref, aimer le pécheur, haïr le péché, comme les Pères l’enseignent par leur conduite et dans leurs écrits...

Nectaire Stofati : Le rôle de La Lumière du Thabor est donc de faire connaitre ces textes...

L.A.M. : Exactement ; sans avoir peur de déplaire, car il ne faut pas se demander ce que nous-mêmes, ou le voisin pouvons penser, mais se demander ce que pense l’Eglise, ce que pensent les Conciles Œcuméniques, ce que pensent les Pères déifiés qui, de façon vivante et constante, nous ont transmis le dépôt de la foi.

II faut savoir aussi que La Lumière du Thabor fait suite à la Catéchèse Orthodoxe du Père Ambroise Fontrier. Cette Catéchèse Orthodoxe a sans doute été, pendant des années, la meilleure publication orthodoxe en français ; mais, malgré toutes ses qualités, elle était très peu diffusée puisque le Père Ambroise donnait gratuitement la centaine d’exemplaires qu’il ronéotait. Songez que le Père Ambroise a été le premier à traduire et à faire connaitre en France le Père Justin Popovic, les Lettres de douleur du Métropolite Philarète, les écrits d’Alexandre Kalomiros ou encore des Peres aussi importants que saint Nicodème de l’Athos... A quoi il faut ajouter la traduction des Offices faite par le Père Ambroise et le travail liturgique mené par le Professeur Jean Joseph Bernard, qui en a composé la musique sur les anciennes mélodies slavonnes. Prés de soixante cahiers, regroupant les Offices des fêtes et des dimanches de toute l’année, sont édités à ce jour ; ces livres sont utilisés aujourd’hui par neuf ou dix paroisses francophones... Or, dans la vie liturgique de l’Eglise, dans les chants et les lectures des Fêtes, se trouve contenue toute la théologie, et il est essentiel de comprendre les Offices...

Nectaire Stofati : Avez-vous aussi publié des choses accessibles à tous, de sept à soixante dix sept ans ?

L.A.M. : Oui, et tout récemment, deux vies d’ascètes contemporains, le Père Joachim l’Athonite et le Père Avvakoum le zélote, une figure vraiment sainte de l’Orthodoxie contemporaine. II n’avait pas appris sa théologie dans les manuels ou les facultés, mais dans la solitude du désert de l’Athos, seul avec la prière... Là aussi, il faut faire connaitre la vie des saints, parce que les êtres déifiés sont l’évangile vécu, l’évangile appliqué, un pan-évangile intelligible par tous...

Nectaire Stofati : Alors, vous n’êtes pas des "intellectuels" comme certains vous l’ont reproché, parce que vous aviez publié des textes ardus de théologie patristique ?

L.A.M. : Ce sont les mêmes, pour l’ordinaire, qui ont trouvé que les vies des saints gue nous avons publiées étaient "d’une inquiétante naïveté pour le XXème siècle". Que voulez-vous... Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage... Mais la sagesse est justifiée dans tous ses enfants, dit l’Evangile.

Nectaire Stofati : Et le nom de "Fraternité Orthodoxe Saint-Grégoire-Palamas" ? Pourquoi l’avez-vous choisi ?

L.A.M. : II me faut d’abord expliquer cette appellation de "Fraternité". En Russie et en Lituanie au XVIème siècle, les Polonais ont imposé l’uniatisme à la hiérarchie, aux évêques, qui sont devenus catholiques romains (papistes) en gardant des dehors "orthodoxes". Alors le peuple s’est organisé en "Fraternités" pour garder la foi et pallier la défection de la hiérarchie (de l’Eglise). C’est à cause de ce bel exemple que nous avons employé cette expression de Fraternité. Certes, il y a encore aujourd’hui quelques évêques orthodoxes, mais le contexte politique fait qu’ils peuvent être soumis dangereusement aux pressions des grands de ce monde. Selon la Tradition orthodoxe, le peuple, les fidèles doivent être responsables de la foi qu’ils confessent tous ensemble. Comme le disait Khomiakov, il n’y a point d’Eglise enseignante dans l’Eglise véritable.

Nectaire Stofati : Et pourquoi Saint Grégoire Palamas ?

L.A.M. : Saint Grégoire Palamas est le théologien par excellence, le sommet de toute la théologie des Pères de l’Eglise, celui qui s’est purifié pour Dieu avant de parler de Dieu. Pour lui la véritable Théologie est le fruit de l’expérience des saints qui ont cherché en pleurant la lumière et auxquels Dieu se révèle dans sa gloire incréée. C’est une science expérimentale. Pas une spéculation fumeuse, ni un état sentimental.

D’autre part, sa lutte contre le Calabrais Barlaam a été une confrontation de la théologie révélée des Pères avec la théologie rationaliste, scolaire, humaine de l’Occident médiéval. Peu de gens, même parmi les orthodoxes, sentent combien les deux mondes s’opposent radicalement : moins nombreux encore sont ceux qui savent que la fausse théologie de l’Occident, qui entraîne une vie également boiteuse, a été explicitement rejetée par l’Eglise. En effet, quand les Conciles de 1341, 1347 et 1351 ä Constantinople ont confirmé la lutte de saint Grégoire contre Barlaam, ils ont condamné la méthode théologique erronée de l’Augustinisme et du Thomisme. Pour comprendre la théologie des Pères, pour la vivre et aussi pour ne pas tomber dans le piège mondain de l’œcuménisme, il ne pouvait y avoir de meilleur pédagogue que saint Grégoire Palamas.

II

SITUATION PRESENTE DE L’EGLISE ORTHODOXE

Nectaire Stofati : La Fraternité Orthodoxe Saint-Grégoire-Palamas est-elle rattachée à ce que l’on nomme curieusement "une juridiction " ?

L.A.M : Statutairement non. En tant que Fraternité, nous sommes une association cultuelle orthodoxe, nous appartenons à l’Eglise, qui est Une, comme on le sait. Certains de nos membres font partie de l’Eglise Russe Hors Frontières (E.R.H.F.), d’autres relevant d’autres Eglises locales : le critère est l’Orthodoxie intègre de ces juridictions.

Jusqu’à la mort du Métropolite Philarète de bienheureuse mémoire, survenue en 1985, la position officielle de l’E.R.H.F. était claire et La Lumière du Thabor a fait beaucoup pour la faire connaitre. Nous le faisons par conviction et aussi dans un souci d’Information parce qu’en Europe l’E.R.H.F. est vraiment minoritaire, n’éditant et ne publiant rien de façon régulière. Comme me disait un diacre russe de mes amis, parlant de cette méconnaissance qui plane sur l’E.R.H.F. : "C’est notre faute si nous sommes si peu connus".

Nectaire Stofati : Est-il vrai que La Lumière du Thabor a été la première à publier en France l’Anathème sur l’Œcuménisme prononcé par le Saint Synode de l’E.R.H.F. et qui commence à faire couler beaucoup d’encre ?

L.A.M. : Oui, c’est exact : l’Information circulait si mal au début, qu’un diacre de Lyon a longtemps prétendu que nous l’avions inventé et rédigé nous-mêmes... Paradoxalement, dans le même temps, cette décision était reconnue et acceptée de nombreux orthodoxes dans le monde entier et encore ignorée de certains des membres de l’Eglise locale qui la prononçait...

Nectaire Stofati : Si je comprends bien cet anathème, l’Eglise orthodoxe rejette l’œcuménisme actuel. Est-elle donc contre le dialogue ?

L.A.M. : En ce qui concerne le dialogue, l’Eglise orthodoxe a toujours été la première à l’offrir : on remplirait des bibliothèques avec les ouvrages renfermant des dialogues entre orthodoxes et hétérodoxes, comme le "Dialogos" de Manuel Paléologue avec un musulman... Ce que l’on pourrait reprocher aux partisans de l’œcuménisme, c’est le refus de tout dialogue véritable. Le Pape ne s’en est du reste pas caché, en allant ä Antioche il a déclaré qu’il n’accepterait aucun dialogue sur tous les points qu’on lui reproche depuis des siècles.

Nectaire Stofati : Mais le ton a changé...

L.A.M. : Le ton a changé, mais est-ce suffisant pour s’embrasser déjà ? Avant, les orthodoxes s’entendaient dire : "Vous êtes des schismatiques, ôtez-vous de là". Maintenant, sans dialogue, on leur dit : "Vous êtes des frères sépares ; venez-là qu’on vous embrasse". Peut-on sérieusement reprocher aux orthodoxes d’y regarder à deux fois, comme le coq de la fable, auquel le renard venait dire la même chose ? Vous qui proclamez : "Paix générale cette fois", êtes-vous agneaux ou renards ? Dialoguons d’abord un peu.

Nectaire Stofati : Alors le dialogue n’existe pas de nos jours ?

L.A.M. : Ce qu’on appelle aujourd’hui "dialogue" consiste à publier de grandes déclarations plus ou moins creuses, où les points capitaux ne sont jamais abordés. Un entrecroisement d’affirmations pontifiantes n’est pas un dialogue ; un dialogue libre, dans le contexte actuel, n’est même pas pensable. Gare à qui ose parler pour dire quelque chose, dans un de ces "documents" comme on les multiplie de nos jours...

Nectaire Stofati : C’est vrai, les journalistes ont renoncé à les compter. Mais pour revenir ä l’E.R.H.F., on entend dire qu’elle traverse une crise grave et que sa confession dogmatique évolue ; qu’en est-il au juste ?

L.A.M. : On sait que la Fraternité Orthodoxe Saint Grégoire Palamas n’appartient pas officiellement à l’E.R.H.F. : nous n’avons donc pas à prendre position.

Ce que je peux vous donner ce sont les informations actuelles en provenance d’Amérique : il est vrai que trente-cinq prêtres environ, -en majorité des Grecs, mais aussi des Américains et plusieurs prêtres russes- ont quitté entre décembre et janvier l’E.R.H.F., et qu’ils ont donné à cette rupture des raisons "dogmatiques". Trois monastères se sont joints à eux, et des milliers de fidèles. C’est certainement depuis la dernière guerre, la plus grande crise à laquelle est confrontée cette Eglise. Mais ce n’est pas la première de ces dernières années ; annonçant ce qui se passe aujourd’hui, un petit monastère de la côte ouest des Etats-Unis a quitté le Synode il y a quelques années ; l’année dernière, pour d’autres raisons encore, la revue Orthodox Word et le Père Herman de Platina sont partis ; et tant d’autres... Mais pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut faire un peu d’histoire. II y a 25 ans, l’E.R.H.F. était tolérée par plusieurs Eglises locales comme un "schisme politique" plus ou moins justifié, et les Eglises locales concélébraient de temps à autre la liturgie avec certains de ses évêques ou de ses prêtres.

Nectaire Stofati : Quand cela a-t-il change ?
L.A.M. : Le tournant a été l’élection du Métropolite Philarète, une grande figure ascétique, qui, avec une grande douceur, un grand amour et une grande fermeté, a donné une orientation nouvelle et nécessaire à l’E.R.H.F., condamnant résolument l’œcuménisme, le Nouveau Calendrier, le modernisme... L’action du Métropolite Philarète n’a pas été acceptée par l’ensemble des Eglises locales membres du mouvement œcuménique et actuellement aucune Eglise "historique" ne reconnaît et n’est en communion officielle avec l’E.R.H.F. II faut dire que quatre actes courageux et historiques de l’E.R.H.F. sont insupportables et intolérables pour ces Eglises :

a. L’E.R.H.F. a accepté l’anathème du communisme lancé par le saint Patriarche Tykhon. Ce qui lui interdit théoriquement toute relation officielle avec les Eglises qui coopèrent d’une façon ou d’une autre avec les pouvoirs communistes. Le Testament du Métropolite Anastase confirmait ce point.

b. L’E.R.H.F. a pris position en faveur de l’Eglise des Catacombes de Russie, dans le silence inquiétant des autres Eglises du monde dit libre. Aux yeux de certains, elle a ainsi dressé, dans la Mère Patrie, autel contre autel, alors que toutes les Eglises "officielles" reconnaissent comme Eglise russe canonique l’Eglise patriarcale soviétique fondée par le Métropolite Serge en 1925. Or le Métropolite Serge niait à l’E.R.H.F. tout sacrement : voir le Messager du Patriarcat de mars 1955.

c. A une époque où les Vrais Chrétiens Orthodoxes grecs (V.C.O.), aussi appelés "vieux-calendaristes", se sont trouvés, après trente années de luttes et de persécutions, sans évêques, l’E.R.H.F. a ordonné, par deux fois, des évêques pour les V.C.O., reconnaissant ainsi que le Nouveau Calendrier était un schisme. Ces ordinations furent encore confirmées par un document officiel de l’E.R.H.F. quelques années plus tard. A peine élu, le Métropolite Vitaly confirmait encore, dans une lettre manuscrite, que nous publions ci-joint, que l1E.R.H.F. ne pouvait pas avoir de communion avec les Eglises qui ont adopté le Nouveau Calendrier.

d. Enfin, en 1983, l’E.R.H.F. lançait son anathème contre l’œcuménisme, condamnant avec cette doctrine "tous ceux qui en toute connaissance de cause sont en communion avec les hérétiques sus-mentionnés ou qui plaident, répandent ou défendent leur nouvelle hérésie de l’œcuménisme sous prétexte de l’amour fraternel ou de l’unification supposée des chrétiens séparés". Cet anathème était une décision redoutable et sévère et ne pouvait pas être pris à la légère. Nous en avons pris acte et nous l’avons publie dans le n° 2 de La Lumière du Thabor.

Toutes ces décisions ont peu à peu créé une ligne frontière entre les Eglises engagées dans l’œcuménisme et l’E.R.H.F. Ainsi, bien souvent, l’E.R.H.F. a reçu dans son sein des prêtres qui rejetaient l’œcuménisme ou le Nouveau Calendrier, et qui, pour ces raisons, avaient été déposés par leurs Eglises iniques. Inversement, lorsque des prêtres ou des évêques ont été déposés par l’E.R.H.F. -comme ce fut le cas de Mgr Jean Kovalevsky ou de Mgr Jacques de la Haye par exemple-, ils ont été acceptés par des patriarcats historiques, ceux de Roumanie, de Moscou, ou encore de Constantinople.

Nectaire Stofati : S’agit-il de querelles de clocher ?
L.A.M. : Non, puisque même les canonisations de saints, en particulier celle des Nouveaux Martyrs russes, faites par l’E.R.H.F., n’ont pas été acceptées par les autres Eglises locales.

Nectaire Stofati : Vous dites donc que certaines Eglises Orthodoxes : l’E.R.H.F., l’Eglise des Catacombes, l’Eglise des V.C.O. de Grèce, celle des V.C.O. de Roumanie, ne sont pas en communion avec les Eglises qui sont membres du Conseil Œcuménique des Eglises. Sur quelle base canonique des Eglises locales peuvent-elles se séparer d’autres Eglises orthodoxes locales ?

L.A.M. : Aujourd’hui, contre les canons apostoliques, la plupart des Eglises orthodoxes locales prient avec les hétérodoxes et reconnaissent leur sacerdoce et leurs sacrements. Toutes les Eglises qui font partie du Conseil Œcuménique des Eglises ont dû en accepter la charte, qui professe ouvertement la théorie des branches : l’Eglise primitive a été divisée, l’Eglise orthodoxe n’est donc pas l’Eglise du Christ, mais une hérésie parmi toutes les autres ; leur réunion formera un jour l’EGLISE, qui n’existe actuellement nulle part.

Or, toujours selon les Règles Apostoliques, on ne doit pas prier avec ceux qui se sont unis par la prière avec les non-orthodoxes, leur fermant ainsi l’accès au bercail du Christ en leur laissant croire que tout se vaut.

Donc, si l’on veut suivre le 45°, le 46° et le 64° Canon des Apôtres, on ne peut pas en conscience prier avec les orthodoxes engagés dans l’œcuménisme.

De même, le 16° canon du Concile Premier-Second, qui a une autorité Œcuménique, ordonne clairement de rompre la communion avec l’évêque qui prêche publiquement une hérésie. L’œcuménisme est bien une hérésie, la grande hérésie ecclésiologique, la pan-hérésie dont parle le Père Justin Popovic. Elle regroupe toutes les erreurs du passé. Ceux qui sont sous l’autorité d’évêques engagés dans l’œcuménisme doivent donc rompre avec leurs évêques, s’ils veulent suivre les canons de la Sainte Eglise Orthodoxe. C’est ce qu’ont fait les vieux-calendaristes, les catacombes russes, et il y a vingt ans un grand nombre de paroisses grecques et américaines qui étaient sous l’autorité de l’évêque œcuméniste lakovos du Canada. C’est ce qu’ont fait certaines paroisses de la "Metropolia" américaine lorsque celle-ci a adopté le nouveau-calendrier. Selon les canons, agir de la sorte, c’est avoir rang de confesseur de la foi.

Nectaire Stofati : Mais n’est-ce pas condamner, implicitement, les autres Eglises ? Et d’autre part, peut-on penser que tant d’Eglises officielles se trompent ?

L.A.M. : L’erreur a souvent le nombre pour elle : voyez la crise arienne, l’iconoclasme, le monothélisme ; dans tous ces cas, le nombre des orthodoxes était infime comparé à celui des hétérodoxes. Toutes les Eglises "historiques", tous les patriarcats ont été hérétiques au temps de saint Maxime le Confesseur. "Les vrais chrétiens sont toujours la minorité » a même dit saint Théodore.

Quand à l’attitude qui consiste à rompre toute communion de prière avec des Eglises contaminées par l’œcuménisme, elle ne signifie qu’une chose : que l’on sépare ses responsabilités, que l’on ne veut pas prendre le risque d’être à son tour contaminé par la maladie. "On ne boit pas dans le verre du lépreux", disent les Pères. Seul un esprit malintentionné peut y voir une condamnation : comme on l’accusait de juger les autres parce qu’il s’était ainsi séparé, saint Maxime répondit : les trois adolescents jetés dans la fournaise, n’ont pas condamné les idolâtres, ils se sont souciés d’eux-mêmes, et de garder la foi dans le Dieu de leurs pères.

D’autre part, en agissant ainsi, on évite la confusion qui caractérise les grandes périodes de crise puisque, au lieu de donner une consolation illusoire au malade, on l’invite à revenir à la santé, et on lui indique le moyen de ce retour.

Nectaire Stofati : Je comprends ici que la vérité et la charité vont ensemble ; mais n’y a-t-il pas un peu d’orgueil à vouloir ainsi dire aux autres ce qu’il leur faut faire ?

L.A.M. : II faut surtout avoir l’humilité de confesser la vraie foi, sans chercher à la réformer sur ses sentiments personnels, d’après son quant-à-moi individuel. Si l’on ne se sépare pas de celui qui veut ainsi changer la vérité, c’est comme si on disait : "Mais ce n’est pas si grave, cher ami, vous n’êtes que malade, vous pourriez être mort". Alors on tombe soi-même dans la justification mortelle de l’erreur...

Nectaire Stofati : Revenons donc à la genèse de l’évolution de l’E.R.H.F...

L.A.M. : J’y reviens. Ce que lui reproche ceux qui sont partis, c’est de rechercher, et tout particulièrement depuis la mort du Métropolite Philarète, la communion des Eglises qu’elle condamnait jusque là ; effectivement les concélébrations avec les prêtres des Eglises œcuménistes sont souhaitées par certains évêques de l’E.R.H.F. quoiqu’il ne soit pas toujours facile de trouver des prêtres qui acceptent de telles concélébrations. Plusieurs ont néanmoins eu lieu, en Europe Occidentale, avec des prêtres de l’Eglise Grecque nouvelle-calendariste. Une telle évolution, que l’on présente maintenant comme une négation de ce qui a été accompli sous la présidence du Métropolite Philarète est due ä plusieurs faits nouveaux :

- II y a tout d’abord le millénaire de la Russie qui approche, et beaucoup de Russes voudraient voir l’émigration unie en 1988, au moment où, à Moscou, se prépare une immense commémoration syncrétiste, un "Assise grand spectacle" où toutes les sectes seront conviées... Malheureusement, la base d’une telle union de l’émigration serait la russité, non l’orthodoxie, car les différentes juridictions russes sont en désaccord dogmatique sur de nombreux points essentiels...

- D’autre part, l’E.R.H.F. a maintenant peur qu’au "pseudo-huitième Concile Œcuménique", de tous les œcuménistes, sous prétexte de régler les problèmes de la Diaspora, on condamne solennellement toutes les Eglises qui ne participent pas au mouvement œcuméniste. Elle risque de se retrouver non seulement marginalisée, mais mise au ban de l’ "Orthodoxie reconnue".

II est évidemment plus facile de canoniser les martyrs que de les imiter...





III

LA SITUATION AU MONT ATHOS

Nectaire Stofati : On dit que la "Chronique" de La Lumière du Thabor, plusieurs fois consacrée aux événements du Mont Athos a suscité des réactions diverses...

L.A.M. : En effet ; il y a cependant là quelque chose de paradoxal : nous avons simplement traduit et publié des articles de la presse grecque, sans commentaires personnels. Et nous avons reçu un abondant courrier, les uns nous félicitant comme ce monsieur qui nous disait : "Comme vous avez raison de dénoncer ces néo-athonites qui voyagent dans le monde entier et créent, contre tous les canons, des dépendances et des métochia un peu partout, et, s’ils le pouvaient, jusque dans les salons parisiens". D’autres, connus à la fois pour être des agents de ces néo-athonites et pour fréquenter des milieux occultes, nous ont écrit des lettres hystériques. Nous publierons un jour ce dossier dont nous n’avons été que le catalyseur.

Sur le fond, cependant, on doit dire que la situation est très grave sur la Sainte Montagne. On risque d’assister à la chute de l’Athos, prédite par les Anciens.

Nectaire Stofati : Mais il y a les Pères zélotes.

L.A.M. : Vous avez raison, un seul père zélote fidèle à la foi orthodoxe serait à lui tout seul la Sainte Montagne. Heureusement, aujourd’hui il y en a des centaines et ils peuvent dire avec le prophète Elie : "Le zèle de ta maison me dévore Seigneur". Seulement, ils sont traités brutalement par les néo-athonites : le Père Daniel Bulgaridès a vu son ermitage pillé, ses affaires saccagées, ses économies volées par ces néo-athonites... et quand il s’agit des zélotes, il n’y a plus ni charité, ni œcuménisme, ni même droits de l’homme.

Nectaire Stofati : Qui sont-ils au juste, ces néo-athonites ?

L.A.M. : Ce sont des novateurs habitant les riches et grands monastères, souvent issus de fraternités protestantisantes étrangères à l’Orthodoxie traditionnelle des anciens athonites. Comme ils n’ont pas la tonsure athonite (donnée par un moine hagiorite), ils n’ont pas le droit, selon les règles de l’Athos, de se dire "de la Sainte Montagne". Mais le gouvernement grec les y a installés et ils veulent y faire la loi...

Nectaire Stofati : Certains orthodoxes, à cause de vos positions anti-œcuménistes, vous ont traité d’intégristes.

L.A.M. : Ecoutez, cela prouve seulement qu’à force de souhaiter l’union avec Rome, ils raisonnent en catholiques romains (papistes), utilisant maladroitement des catégories qui n’ont pas de sens dans la Tradition Orthodoxe. A ce genre d’accusation, il faut répondre en citant le Psaume 118, "Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie". Sur le fond notre position est simple : nous refusons d’appartenir à des Eglises qui sont membres du Conseil Œcuménique des Eglises. En effet, pour être membre de cette Organisation, il faut admettre, en signant l’acte d’admission, que l’Eglise Orthodoxe n’est pas l’Eglise Une et que l’Eglise est divisée, qu’elle n’existe visiblement nulle part. Si l’Eglise est divisée, si toutes les confessions sont des petits morceaux d’une Eglise introuvable, on ne voit pas pourquoi les Eglises "Orthodoxes" œcuménistes acceptent en leur sein des convertis du catholicisme et du protestantisme. II y a là une grande hypocrisie.

Quant au vocabulaire, s’ils disent que nous sommes "intégristes", nous disons que nous sommes les maquisards de l’orthodoxie.

Nectaire Stofati : Mais certains, dans les Eglises "Orthodoxes" œcuménistes croient quand même à l’unité de l’Eglise ?

L.A.M. : Oui, mais leur position est inconséquente. Ils confessent l’unité de l’Eglise et critiquent l’œcuménisme, mais ils prient avec les hétérodoxes ou encore avec ceux qui ont prié, contre tous les canons, avec les hétérodoxes. Leur attitude est ambiguë ; ils oublient que l’Eglise est un corps : on ne peut pas penser dans son petit coin que l’œcuménisme est une hérésie et embrasser filialement la main des évêques qui participent aux prières et aux réunions œcuméniques. C’est un peu du protestantisme, de l’individualisme spirituel, une forme subtile de négation de l’Eglise.

Nectaire Stofati : Ne serait-ce pas plutôt du papisme...

L.A.M. : En un sens vous avez raison. Car en même temps ils font du patriarcat de Constantinople un pape de l’Orthodoxie. Ils savent très bien ce qui se passe à Constantinople. Même le Patriarche Dimitri dans un jour de sincérité a dit : "Le Patriarcat est entre les mains des forces obscures". Mais, contrairement à ce que demandent les canons, ils ne rompent pas la communion. Un higoumène de la Sainte Montagne, le Père Emilianos de Simonos Petra (voir L’Hagiorite, n°3 juin 1985} a même déclaré qu’il préférait s’égarer avec le Patriarche de Constantinople que de rester sans lui dans la verite. Ici nous avons une logique "papiste" ou "intégriste", le patriarcat ou le pape étant au-dessus de la vérité.

Nectaire Stofati : Sont-ils œcuménistes au plein sens du terme ?

L.A.M. : Oui, mais le meilleur qualificatif est celui de semi-œcuméniste, car il ne peut pas y avoir de semi-orthodoxie ou de semi-vérité.

IV

L’AVENIR DE L’ORTHODOXIE EN FRANCE

Nectaire Stofati : Comment voyez-vous l’avenir de l’Orthodoxie en France ?

L.A.M. : II est évident qu’il faut créer une "Orthodoxie française" -avec des Offices en français-, mais il y a ici plusieurs pièges à éviter. Tout d’abord, il est ridicule de prétendre que l’actuel conseil interépiscopal -par ailleurs œcuméniste- soit adapté à une telle œuvre, quand on sait qu’il est composé d’évêques attachés uniquement au caractère national de leurs émigrations respectives... L’orthodoxie française, sous l’autorité canonique d’Eglises orthodoxes locales, doit être composée de Français ou de membres de l’émigration ayant accepté la célébration en français... sans quoi les fidèles ne comprenant pas les Offices, la situation frise l’absurde.
Je connais des prêtres russes d’origine, nés en France, travaillant depuis toujours en France, qui, dès qu’ils sont dans une église, font semblant de ne pas parler français...

Nectaire Stofati : Mais la France n’a pas de tradition orthodoxe...

L.A.M. : II faut distinguer. La France n’a pas un héritage unique. La Gaule romaine fut orthodoxe, ce sont les Franks qui ont peu à peu détruit l’Orthodoxie en Occident ; ce sont eux, par haine de l’empire orthodoxe de la Nouvelle Rome, Constantinople, qui ont inventé diverses innovations -la plus célèbre est le filioque- pour faire croire qu’ils étaient plus subtils en théologie que les "Grecs" (en réalité romains orthodoxes). II n’y a donc jamais eu un christianisme d’Orient et un christianisme d’Occident, mais, à partir d’une époque déterminée, un "christianisme franc" face au christianisme orthodoxe résistant. II faut donc rejeter l’héritage frank, celui de la papauté franque, du filioque, des Croisades...et chercher à retrouver la conscience de la romanité orthodoxe, et avec elle, nos racines...

Nectaire Stofati : Ce retour est-il possible dans le mouvement des idées actuelles ?

L.A.M. : II est certain qu’il ne peut pas se faire dans le cadre de l’œcuménisme, car l’œcuménisme est aussi l’achèvement d’une idée européenne et francque par excellence, celle de la fausse universalité, parodie de la véritable universalité de l’Eglise. Cette uniformisation, l’Europe a toujours voulu l’étendre et l’imposer au monde entier... Si l’on veut retrouver les racines de la romanité occidentale, on le fera uniquement dans la confession dogmatique de l’unicité et de la catholicité (universalité} de la Sainte Eglise Orthodoxe... Plus on vivra l’orthodoxie des Pères, plus on confessera "ce que les Prophètes ont vu, ce que les Apôtres ont prêché, ce que les Pères ont dogmatisé" (selon la formule du VIIème Concile Œcuménique), d’une façon rigoureuse, sans politique et double jeu, plus l’orthodoxie se développera en France avec des traits nationaux et personnels. Le Christ s’incarne dans l’Histoire et ressuscite homme universel ; de même, l’Eglise est nationale ET universelle.

L’orthodoxie, disait le Père Justin Popovic, n’a connu que des renaissances ascétiques, elle ne connaît pas d’autres renaissances... C’est par la vie orthodoxe en Christ, par l’ascèse, par la pratique des vérités transmises, qu’il faut fonder la prédication de l’orthodoxie... Heureux serons-nous si nous pouvons y contribuer en quelque mesure...

Nectaire Stofati : Croyez-vous que ce retour puisse être important ?

L.A.M. : Numériquement non. Nous vivons des temps très difficiles, certainement ceux de la grande apostasie, ceux où la vérité n’est plus prêchée, où elle n’a même plus d’importance... regardez Assise : si le pape était Pierre comme il le prétend, il aurait proclamé devant toutes les autres religions que le Christ est le vrai Dieu, que lui seul est la vérité, le chemin et la vie, "le seul nom sous le ciel par lequel l’homme puisse être sauvé"… On prépare maintenant la religion de l’Antichrist, pour laquelle toutes les religions et toutes les confessions seront bonnes sauf celle qui prêche l’orthodoxie des Pères et des Conciles Œcuméniques… C’est en ce sens que l’on est déjà entré dans l’époque post-chrétienne... Mais le Seigneur Jésus Christ est bon et nous a tout annoncé. Aussi tant que cela est possible, nous devons le prêcher à tous comme étant la seule et unique voie du salut et comme la tète de son Eglise orthodoxe Une Sainte Catholique et Apostolique.

OOOOO

LECTURE DE LA PRESSE

LES DIPLOMATES DU VATICAN EN GRECE.

Le périodique ECCLESIA, organe officiel de l’Eglise d’Hellade, écrit dans son N°18 du 1er novembre dernier :

"... Le Vatican a désigné comme conseiller de ce qu’on appelle NONCIATURE APOSTOLIQUE (non reconnue par l’Eglise), un clerc réputé pour ses courses diplomatiques au Service du Vatican, et qui a servi, successivement, en Bolivie, en Ethiopie, au Portugal, aux pays Scandinaves, au Zaïre, au Salvador et en Hollande" . Cette nomination vise, manifestement, à renforcer la dynamique en Hellade, "de la représentation diplomatique du Vatican, reconnue par l’Etat Hellène, malgré l’opposition de l’Eglise Helladique. Ainsi, les questions suivantes surgissent et se posent : Les diplomates du Vatican en Hellade, vont-ils s’efforcer de rendre vrai, pour les orthodoxes hellènes, ceci : il n’y a pas de mal sans un certain mélange de bien ? "Prouveront-ils que leur diplomatie est capable de comprendre la particularité de ce pays orthodoxe et de transmettre au Vatican des renseignements justes sur les palpitations du pouls des orthodoxes hellènes ? Démontreront-ils au "Saint Siège" que les espérances du "Secrétariat pour l’union des chrétiens" que dirige le cardinal Willebrandt, ne doivent pas être sapées par les provocations incessantes, qui choquent la sensibilité du peuple orthodoxe hellène, comme par exemple, la reconnaissance de fait de l’Eglise de Macédoine, le renforcement de l’uniatisme, etc. Ces diplomates comprendront-ils, que le vrai esprit œcuméniste et la diplomatie souple, imposent parfois des actes comme la suppression de l’uniatisme ou sa limitation et même celle de la Nonciature ?"

* *
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L’ARCHEVEQUE GREC DE GRANDE-B-RETAGNE
Mgr Méthode, indésirable à la
Sainte Montagne.

"Selon des informations sûres et vérifiées, écrit Orthodoxos Typos du 28.XI.86, la Sainte Communauté a fait savoir à l’archevêque de Thyatire, qui séjournait à Thessalonique, dans l’attente euphorique d’être reçu dans les monastères de la Sainte Montagne, avec les honneurs qu’il chérit particulièrement, qu’il était "persona non grata". Son attention a été attirée sur le fait qu’il n’était pas possible de lui assurer une réception, sans incidents imprévisibles. Mais c’est sa présence aux côtés du Pape et sa participation chaleureuse à la prière commune pour…la paix, qui ont été la cause de sa disgrâce. Ainsi il paie le juste prix de sa participation et reçoit la leçon qu’il mérite..."

Le "Combat Ecclésiastique" n° 226 de janvier 1987, qui est publié sous la direction du Métropolite Augustin de Florina, de l’Eglise d’Etat, demande dans un article, la déposition de l’archevêque grec de Londres, Mgr Méthode, qui a participé à la réunion d’Assise, comme s’il était le seul responsable.

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